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que de méchantes ou des moindres, et s'attirait de plus par une grande humilité toute admirable le mépris de plusieurs et l'estime qu'on faisait qu'elle était très d.îicile. , Quelqu'un rapportant souvent à Sa Grandeur que l’on disait qu’elle était fort difficile pour son manger, Sa Grandeur ne faisait autre réponse que de dire fort tranquillement et doucement qu'il fallait les laisser dire.
“Mais, me direz-vous, Monsieur, quelles étaient ionc les viandes qu'il fallait servir à Sa Grandeur ? Tous les cuisiniers et dépensiers qui ont été au Séminaire peuvent dire avec moi qu’il ne lui fallait que du bœuf puant et corrompu, et que pourvu qu’elle en eût de tel eile était contente; si on y ajoutait du veau ou des voilailes, il fallait qu’elles fussent de même puantes et corrompues et propres à plutôt faire mal au cœur qu'à contenter le goût.
“Je l'ai vu plus de cent fois garder de la viande cuite dans sa chambre (car, comme vous savez, Monsieur, Sa Grandeur a toujours mangé dans sa chambre pendant les vingt dernières années de sa vie), je l’ai vue, dis-je, garder de la viande cuite cinq, six, sept et huit jours dans les chaleurs de l'été, et lorsqu'elle était toute moisie et pleine de vers, elle la lavait dans de l'eau chaude ou dars du bouillon de sa soupe et ensuite la mangeaic et me disait qu'elle était très-bonne. Je m'en rapporte à quiconque et je demande qui est-ce, même des plus pauvres, qui n’aimerait pas mieux s'en passer que d’en manger de pareille ? J'ai vu Sa Grandeur après m'avoir fait aller à la cuisine, jusqu'à deux et trois fois pour chercher d’autres viandes que celis que je lui avais apportée, je l'ai vue dis-je, se mettre à genoux devant ces viandes Lt manger en cette posture ce qui était de plus méchant: aussi dois-je avouer que Sa Grandeur ne me renvoyaitpas ainsi rechercher des viandes peur le désir qu’elle eût d’en avoir de meilleures, mais c'était pour me mortifier, me faire rompre ma propre volonté, et surmonter la peine que j'avais de lui obéir, quand elle me renvoyait ainsi plusieurs fois, outre que par ce moyen elle avait davantage de viande pour donner aux pauvres à qui elle’ donnait t&us les jours une bonne partie de sa portion.
Elle faisait tout sôn possible nonobstant son grand âge et infirmités continuelles pour observer tous les jours d’abstinence et de jeûnes, tant ceux qui sont commandes pur la Sainte Eglise que ceux qui s’observent par dévotion dans le Séminaire, et, si Sa Grandeur a quelquefois cédé en cela à l’ordre des médecins et
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aux prières de Messieurs les Supérieurs du Séminaire qui jugeaient qu’elle devait faire gras; c'était pour Sa Grandeur une grande mortification de ne pas se mortifier en cela, et ce n'était que par une extraordinaire charité et déférence.
“6. Un autre point de mortification et d'humilité fort extraordinaire en une personne du rang, de la dignité, de l’âge et des infr: mités de Monseigneur, est que Sa Grandeur ne m'a jamais permis, pendant toutes les vingt années que j'ai eu l'honneur d'être à aon service de faire quoique ce soit pour son service qu'elle ne l'ait pu faire elle-même. Si bien qu'il fallait que je demeurasse les bras croisés, ou que j'allasse à mon travail pendant que Sa Grandeur faisait son feu, balayait, desservait sa table, lavait son petit meuble: de table, s'habillait, faisait son lit, &c., &c. C'était une mortification continuelle, pour une personne un peu zélée à son service, de n’y trouver presque rien à faire.
“%, Pour sa patience il ne m’appartient pas d'entamer ni de par. ler des sujets que Sa Grandeur a eu de la pratiquer en un souverain degré, parce que ce ne sont pas choses purement temporelles et où il ne s'agissait que du temporel, comme perte de bien, in cendies, douleurs, &c., &c., c'étaient plutôt des sujets de triomphe pour Sa Grandeur que des sujets propres à lui faire de la peine, et Sa Grandeur pour toutes les pertes de biens et pour les deux ‘in. cendies générales de son Séminaire, :'en perdit pas pour un seul instant sa paix, sa joie, ni sa tranquillité, parce que ces accidents n'étaient pas des sujets capables d’s‘taquer sa patience et sa ver. tu qui était bien au-dessus de tout cela; les seuls intérêts de Dieu, de la vertu et de la religion étaient capables de l’'émouvoir.
‘“ Je me sens néanmoins obligé, Monsieur, par reconnaissance pour la charité que Sa Grandeur a eue pour moi, de vous dire que ça n’a pas été une petite peine à Sa Grandeur de se servir 8i longtemps de moi qu’elle a fait, à cause de mes indocilités des attachements à ma propre volonté, et des raisonnements contradictoires que je faisais à Sa Grandeur quand elle exigeait quelque chose de moi qui ne me plaisait pas; toute autre patience que la sienne se serait lassée et m'aurait chassé cent et cent fois d'iu-
près de sa personne. Et c’est à cette patience de Sa Grandeur que j'ai obligation de ce q.2 je suis non seulement resté, mais incorporé en une qualité beaucoup au-dessus de mon mérite dans sa sainte maison, et qu'elle m'a témoigné à l’article de sa mort que ce se.
rait, si j'y persévérais fidèlement, le lieu et le sujet de ma prédestination.”
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SON HuMILITÉ.
‘ Comment aurait-il goûté les honneurs du siècle?” dit un contemporain. ‘“Y a-t-il quelqu'un dans ce diocèse qui n'ait pas senti et éprouvé l'opposition extraordinaire qu’il avait aux louanges ? L'a-t-on jamais pu louer impunément? Que n’a-t-il pas fait, que n’a-t-il pas dit pour rompre les desseins qu'on avait de rendre quel que hommage à sa vertu? Si je n'étais rassuré par le St, Esprit qui loue les justes quand ils sont hors de danger de cesser de l'être, et qui par l’ordre de l'Eglise dans cette cérémonie lugubre * m'ouvre la bouche pour adoucir la douleur de tant d'enfants qui ont perdu leur père, je craindrais que le corps de ce prélat qui est déposé devant cet autel ne se ranimât et que sa langue ne reprît l’usage de la parole pour me faire des plaintes amères de ce que je fais après sa mort cequ'il n’a pu souffrir pendant sa vie.”