PREMIERE PARTIE
La $, Cong. de la Propagande existait lorsqu'il fut question de la nomination de Mgr. de Laval, déjà Vicaire Apostolique, au Siége de Québec, et de la création d’un Chapitre pour sa cathédrale, C'était à cette Cougrégation qu'il appartenait de décider la question préalable, c'est-à-dire s’il était à propos pour le bien de la religion de former un Chapitre dans cette nouvelle église, et la réponse fut favorable : à S.Cong. de prop. fide de justissimis causis decretum fuerat.*
L'examen et la discussion de ce précieux projet fut continué par la Congrégation préposée aux affaires consistoriales, qui se déclara également en faveur de l'érection de la ville de Québec en cité, et de l’église paroissiale sous l’invocation de St, Louis, en cathédrale ; recommandant d'omettre la forme et la solennité ordinaire pour l'érection des cathédrales ; et d’incorporer l'abbaye de Meaubec, déjà possédée en commande par Mgr. de Laval, Evêque de Pétrée, à la mense épiscopale pour le soutien de l'Évèque, avec le
consentement du Roi auquel la nomination appartenait en vertu du
concordat.
La Congrégation recommande de plus, qu’une fois les limites de
l'église et du diocèse de Québec fixées par le Roi et approuvées par Sa Sainteté, ‘cet Evèché soit soumis immédiatement au Siége Apostolique pour tout ce qui concerne l’ordre et la jurisdiction et avec la jouissance de tous les priviléges et honneurs qui appartiennent de droit commun à tous les Evèques.” L'avis de la Congrégation est que l'Evêque soit tenu ‘‘d’ériger au plus tôt dans son Eglise des dignités, des canonicats et des prébendes qui composent ordinairement le Chapitre et le clergé des autres cathédrales et que le revenu n’en soit pas moindre que de 24 ducats d'or, Que
la charge des âmes de la paroisse (qui devra ètre supprimée) soit .
exercée par le curé actuel tant qu'il vivra, et après sa mort, par un chanoine ou un autre prébendier de la même église, ou par les chanoines, prébendiers et dignités comme dans les autres chapitres suivant que l’Evêque l'aimera mieux.”
La Congrégation entrait ensuite dans ce qui concernait les statuts, les insignes des chanoines, et la présentation des sujets au Pape par le Roi ou par les fondateurs et bienfaiteurs qui en auraient obtenu le privilége du St, Siége.
Enfin elle proposait Mgr. de Laval pour être le nouvel Evéque, Ce rapport très-circonstancié fut soumis au Souverain Pontife,
ÆErectionis in Cathedralem in Nova Francia. Archives de l’Archerêché de Québec.
qui, le 9 octobre 1670, donna son approbation â tout ce qui était suggéré.
Cette résolution fut formulée dans une bulle du 1er octobre 1674, renfermant toutes les clauses de droit, et stipulant expresséinent que l'Evèché dépendra immédiatement du St. Siége Apostolique.
Les mêmes expressions Cathedralem Ecclesiam Sedi Apostolicæ immediate subjectam, sont répétées dans la Bulle du même jour par laquelle Mgr. de Laval est nommé Evêque de Québec. C’est un titre d'honneur pour la métropole de cette province ecclé siastique.
Ce prélat, si attaché aux règles canoniques et ne voulant se guider que par les lumières du St. Siége, représenta qu'il était prètà observer l’ordre de créer son Chapitre, mais qu'aucun ecclésiastique de son diocèse n’avait pris les degrés dans les facultés de droit
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canonique et de théologie, requis pour être pourvus des dignités € d’un chapitre, et demanda dispense de cette vendition. Le Pape Innocent XI, qui venait de monter sur le trône pontifical, accorda ls cette dispense le 23 août 1677. *
Il s’écoula encore sept ansavant que Mgr. de Laval organisât son q chapitre, et, le 6 novembre 1684 seulement,il put donner une ordon- tr
nance à cet effet. Il y rappelle d'abord en termes magnifiques l'origine des chapitres dans l’Eglise, et, après un exposé rapide de l’état du diocèse, de l'érection de l’Evêché par le Souverain Pontife à la demande du Roi de France, il constate que ce Prince lui a donné les Abbayes de Meaubec et de Lestrées pour le soutien de lei l'Evêché et du Chapitre. Il règle qu'il ; aura pour le présent cinq Dignités seulement, savoir le Doyen, le Chantre, l’Archidiacre, le st4 Théologal et le Pénitencier, douze chanoines, et quatre chapelains C ou Vicaires pour remplir les offices de maîtres de cérémonies, de sacristain, de chantres, et les autres fonctions inférieures, puis douze enfants de chœur pour servir à l'Eglise.
Il peut être utile de dire ce que l’on appelle dignité. A propre- H ment parler, ce titre n'appartient qu’à l'archidiacre et à l'archipré. de tre, qui ont une certaine part dans l’aGministration accompagnée ( d’une jurisdiction et de prérogatives propres à leurs charges. H
Néanmoins, dans les chapitres, on appelle aussi dignités, les les fonctions qui donnent une préséance à ceux qui en sont et revètus,
* Les difficultés matérielles étaient grandes. Il fallut emprunter pour les habits et les aumusses des chanoines, que l’on faisait confectionner en i'rance, C'est ce noi que l'on voit par la correspondance cntre M. Dudouyt et Mgr. de Laval, 11 mars 1684,
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La première dignité dans un chapitre est tantôt qualifié de doyen, tantôt de président, de prévost. C'est son droit d’officier dans les fêtes plus solennelles de l’année, lorsque l'Evèque en est empêché: la liste de ces fêtes est donnée dans un décret du 3 déc. 1672.
C’est à lui qu’il appartient de convoquer le chapitre, de donner le signal pour le commencement de l'office, de présider le chapitre en toute occasion, de faire prêtre-assistant aux fonctions épiscopales,
Lui-même est assisté d’un prêtre en chape, lorsqu'il célèbre à la place de l'Evêque.
= L'archidiacre juge 15: difficultés temporelles des ecclésiastiques et des églises : il fait les installations, doit empêcher les désordres, visiter le diocèse tous les trois ans au défaut de l'Evêque.
Quant à la jurisdiction qu'ils avaient avant le Concile de Trente, elle ne leur est plusreconnue.
Le théologal est chargé de l'explication de l’Ecriture Sainte dans la cathédrale.
Le pénitencier est chargé d'entendre les confessions de tous ceux qui se présentent dans l'étendue du diocèse, et doit se tenir à son tribunal régulièrement et à jours fixes.
Le Chantre ou primicier a la haute direction du chant, des cérémonies et de ce qui regarde le culte extérieur,
La succession des chanoïnes est réglée par le décret d’érection ; les anses des Abbayes divisées entre l’Evèché et le Chapitre, et les trois cinquièmes de la seigneurie de la Petite Nation donnés au Chapitre à certaines conditions. L’Evèque s'engage à donner des statuts pour la direction du Chapitre et nomme les titulaires aux Canonicats, suivant le pouvoir que lui en donne la Bulle,
Leur installation eut lieu le 12 du même mois et fut faite par l'Evèque, en présence de M. de la Barre, gouverneur, de M. de Meulles, intendant, de Messieurs de Monthoré, d’Esnos, du Rivaut, Iuet, Ruette d'Auteuil, Provost de Comporté, Chalons, Juchereau de la Ferté, tous mentionnés dans l'acte et qui représentaient, en ete occasion solennelle, toute la noblesse du pays. Messieurs Henri de Bernières, nommé doyen, Louis Ango, archidiacre, Charles Glandelet, théologal, Thomas Morel, alors curé de St. Thomas et du Cap, Amador Martin, alors desservant de Beauport, Jean Guyon et Jean François Buisson, tous deux prêtres du Séminaire furent installés en personnes; mais Messieurs Jean Dudouyt,
nommé grand chantre et déjà Grand Vicaire, Jean Gaultier de N
Bruslon, curé des Trois-Rivières, nommé pénitencier, Pierre de Caumont, curé de Boucherville, Benoit Duplein, curé de Contrecœur, Louis Soumande, curé dans la côte de Beaupré, et Jean Pinguet, curé de la Pointe aux-Trembles, tous nommés chanoines, furent représentés par M. Pierre Francheville, promoteur général de l’officialité, qui était alors curé de St. Jean, St. Pierre et St. Laurent, en l’Jsle d'Orléans.
L'acte de prise de possession porte l'obligation pour les absents (excepté pour M. Dudouyt, demeurant à Paris pour les affaires du diocèse,) de se présenter dans le cours de l’année.
Les chapelains installés en personne furent Messieurs Nicolas Du Bos, prêtre François Grouard, sous-diacre, et Philippe Boucher, acolyte. M. Paul Vachon, alors missionnaire des Grondines, Ste Anne et Batiscan était le seul chapelain absent,
Voici le cérémonial qui fut observé en cette circonstance s0lennelle.
L'hymne Veni Creator ayant été chantée, M. Pierre de Francheville, promoteur général, fit lecture des lettres d’érection du Chapitre et chacun des £itulaires vint prononcer devant l’Evêque, la profession publique de la foi catholique, puis s'étant agenouillé et ayant reçu des mains de l’Evêque le livre des $S, Canons répondit Amen en s'inclinant.
Ensuite tous, demeurant à genoux et ayant touché les SS, Evangiles, prononcèrent séparément la formule du serment prescrit.*
L'Evèque les rovêtit alors de l’habit canonial, c’est-à-dire du surplis et de la cape noire avec le bonnet de même couleur. Après la récitation du Pater, de quelaues versets et d’une oraison, l’'Evèque leur fit toucher le psautier, et après qu'ils eurent baisé sa main, il les embrassa tous, les conduisit au chœur, où il assigna à chacun sa place suivant son grade et sa dignité, et le tout se termina par le chant du Te Deum et la sonnerie des cloches.
Un mémoire concernant l'érection de l'Evéché, de la Cathédrale et du Chapitre de Québec rend compte de cette fête.
* Elle était dans les termes suivantes :
Ego N. insignis Ecclesiæ Quebecensis canonicus juro et promitto in eadem Eccle-
sin resideutiam Canonicam, necnon Rmo D.D. N. Episcopo Venerabilibusque
Dnis, Decano, Canonicis et Capitulo reverentiam obedientiam et fidem: quæ
omnia et eorum singula juxta ejusdem Ecclesiæ Statuta et decreta fideliter obser- j
vabo.
Ita me Deus adjuvet et hæc sacrosancta Evangelia.
Pierre de de Contre- ; Jean Pinchanoines, sur général et St. Lau-
les absents ‘affaires du
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onstance S0+
rre de Franl'érection du int l'Evêque, nt agenouillé anons répon-
uché les SS.
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à-dire du sur” ileur. Après 'une oraison, eurent baisé r, où il assi- , et le tout se loches.
Cathédrale et
5 in eadem Eccle- Venerabilibusque et fidem: quæ
| (£ Le 6 Novembre 1684, le Sieur de Laval nommé par le Roy à l’'Evêché de Québec donne son décret pour l'érection vs Ch . conformément aux dispositions de la Bulle et aux pieu . tions de Sa Majesté Louis XIV, et le 12 du même so ir ed mAme possession et y mit les dignités et chanoines ot ch at ne qu'il avait choisis, et auxquels il avait donné des do. “ane * Shen présence du général, du corps des ions : ue OU ea TARA Es conseillers etautre magistrats. Cette rémonie qui d i-) :
Re par un Te Deum Re Lis e es ‘ss ice ‘ Rita, au bruit de l'artillerie rs la ° es milices étant sous grand nombre des citoyens y étant ans Nue qe n'y syant fait aucune opposition, mais au contraire s’en à . jee témoignant leur joie et contentement.” né e jour même de son installation le chapitre s’ i des vèpres, sous la présidence de ne * .
chapitre général. Anràs l’éloction d’un syndic ou tréso , se secrétaire, l’Evêque conjointement avec les chanoines Me ntto à dresser quelques statuts qui furent continuées dans Les “à nr suivantes et finalement approuvés et confirmés 1 ue ans par le prélat [le Parla Bulle de l'érection de l’Evêche, la paroisse avait été pr'mée, et le chapitre était chargé de la cure des A a rip lo A . mauvais: Mgr. de Laval érigea la paroisse op es à l'autel de la Ste. Famille dans la cathédrale on 1670 sé à u procès-ve : as $ a Res bal de l'assemblée du 13, Nov. 1684, on lit ce ‘ Mrs. les chanoines ayant fait i obligation qu’ils ont dd ire Fa ERA Css pe à ment à ce qui est porté dans les bulles de Clément re avoir mûrement considéré l’incompatibilité du soin de . .. avec les assistances qu’ils sont obligés d’avoir aux offic pire fonctions de la cathédrale n'étant comme ils sont « 1 5 Me nombre, ils ont très humblement supplié Monscig kr de Ee en sorte auprès de Sa Sainteté d'à présent que “te + . obligation d'administrer la cure do Québec leur fût e dd. . Ôtée, estant tout-à-fait déterminés et résolus autant dates eux de se démettre de la dite cure, ainsi qu'ils s'en : . & jourd'hui entre les mains de mon dit Seigneur,” C do délibéra. tion ne fut pas signée par tous les chanoines, js Le lendemain 14, l'Evêque érigea de nouveau la cure de Qué
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bec, supprimée comme ii a été dit ci-dessus, par la Bulle du Souverain Pontife, et l’unit au Séminaire de Québec * lui donnant le droit de présentation : c'était ramener les choses à-peu-près à leur premier état,
C'était le St. Siége qui avait supprimé la paroisse, et cependant l'Evêque l'érigerit de nouveau. On sentit que ce n'était pas régulier. Mgr. de St. Valier qui passait en Europe et se rendait à Rome, fut prié de demandar la ratification de ces procédés.
L'année suivante Mgr. de St. Valier étant arrivé, sans apporter l'approbation du St. Siége qu'il avait été chargé de demander, le chapitre ne voulut pas prendre la reponsabilité entière d’un ordre de choses qui, dans la pensée de l'Evêque et de ses chanoines, ne pouvait être que provisoire, et le 29 Nov.(1685), il passa la résolution suivante:
Sur ce qui a esté représenté à la compagnie “ qu'à raison des différences qui sont présentement entre Rome et la France, le chapitre ne pouvait commodément avoir recours à Rome pour obtenir la démission du soin et administration de la cure de Québec dont il était chargé, ainsy qu'il avait suppliée Mgr. l'Evêque avant son départ pour la France de s’y employer auprès de Sa Sainteté, il a été conclu que le Chapitre qui se démit alors de: la dite cure entre les mains de Monseigneur l’Evesque pour qu’il en disposât en la manière qu'il le iugerait à propos ainsy qu'il a fait depuis en faveur du Séminaire des missions Etrangères de Québec, n'aura point son recours à Rome, si cela n’est jugé nécesi aire, et que pour cela il envoiera sa ratification en France à Monseigneur de la donation de’la dite cure faite au dit Séminaire.”
Il était donc resté des doutes sur la question de savoir si le Chapitre pouvait renoncer à la cure de Québec sans l’intervention du St. Père qui l'avait unie au Chapitre. Et en effet la règle touchant l’union des bénéfices est que celui seul qui l’a faite peut la dissoudre, (cap. omnis res. 1. de requl. juris) et que l'Evêque ne peut dissoudre les unions prononcées par le Souverain Pontife ex plenitudine potestatis. On trouve aussi dans Pignatelli (t IX. conclus, 81. n. 141) une décision de la 8. Cong. du 12 février 1622, qui défend l'union des cures aux Séminaires: Meque Seminario uniri possunt beneficia curata, nequidem habitu tantum.
+ C'était la troisième union faite de cette cure au Sémin, de Q., car Mgr. de Laval avait donné un nouveau décret d'union à l’époque de l'union du Séminaire de Québec à celui de Paris en 1676,