‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 1 sur 236 · IMPRIMERIE GÉNÉRALE A. LAHURE · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE GÉNÉRALE A. LAHURE

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Le nom de Poquelin est celui que le grand poète comique de IsL France a reçu de sa naissance. Au théâtre, il en prit un autre : Moliè&b sera toujours pour la postérité le yrai nom de ce fils de ses chefs-d'œuvre, le seul qui ne la désoriente pas. Derrière Molière toutefois Poquelin n'a pas entièrement disparu, non plus qu'Arouet derrière Voltaire.

Cest grâce au comédien qui a déserté leur boutique héréditaire, que les bons tapissiers Poquelin sont connus. Us auraient pu Jui dire, s'ils avaient parlé la langue poétique de la Fontaine :

Nos noms unis perceront Tombre noire.

Cette famille d'honnêtes bourgeois, qui doit à Molière sa petite place dans le souvenir du monde, a été l'objet de pa* tientes recherches '.

On l'a trouvée établie dès le quatorzième siècle à Beauvais, où elle ne s'éteignit qu'en 1787. Vers la fin du seizième siècle, des branches s*en étaient détachées, qui devinrent

I. Vojrez au tome I, p. lxxiii des CEuvres de Molière (édition d*Auger), Paris, 1819, la Généalogie de Molière, dreuëe d'après les indications de Beffara; — Jal, Dictionnaire critique Je biographie et d'histoire au nom PoQtiBLui; — et deux opuscules de M. E. Rérérend du Mesnil, publies à Paris, chez laidore Liseux, 1879 • '** ^^' mille de Molière, et les JUux de Molière à Beauvais et à Paris. MoLdkSB, X I

a NOTICE BIOGRAPHIQUE

parisiennes. Â Tune d'elles, dont la vie fut un peu moins longue que celle de la tige demeurée à Beauvais, et ne dépassa pas Tan 1723, appartient notre poète.

Un Jean Poquelin, marchand et bourgeois de Beauvais, qui fut échevin de sa ville en i566 et en 1S68, eut, entre autres enfants, un fils de son premier mariage, nommé, comme lui, Jean, qui alla s'établir à Paris, rue de la lingerie ^ près dti cimetière des Innocents. Il y fut marchand tapissier*. Sa boutique avait pour enseigne l'image de Sainte Véronique. Ayant épousé le 11 juillet 1S94 Agnès Mazuel, fille et sœur de Violons du Roi', il en eut dix enfants. L'alné de ces enfants (encore un Jean Poquelin), né en iSgS, fut le père de notre Molière.

Ce Jean Poquelin, deuxième du nom, si Ton n'a égard qu'aux Poquelins de Paris, dont nous venons de parler, fut, comme son père, marchand tapissier; il est qualifié tel dans le contrat de son premier mariage, daté du aa février i6ai. Ce mariage fut célébré le 27 avril i6ai*. La femme qu'il épousait était Marie Cressé, fille d'un tapissier, Louis Cressé, ou, comme il signait, Louis de Cressé, et de Marie Asselin, nièce d'un tapissier. Ainsi l'hérédité de cette profession dans la famille Poquelin était encore renforcée par les alliances,

I. Voyez, dans les Recherches sur Molière^ par Eud. Soulié, le contrat de mariage entre le père de Molière et Marie Cressé, p. 117.

9. ibidem, — Dans Pacte de baptême de Molière, son petitû\% et filleul, il est dit « porteur de grains ». C'était le titre d'une charge ou office, dont le titulaire faisait exercer le métier de porteur par des ouvriers à ttê gages.

S. ibidem^ p. is8, et Dissertation sur /,-£» \Poquelin'Molière^ par Be£fara (x8ii), p. 5. — On a fait remarquer (voyez Molière inconnu^ par Auguste Baluffe, Paris, 1886, p. 11) que cette aïeule maternelle de Molière, Agnès Mazuel, morte seulement en i644i avait pu donner des soins à l'éducation de son petit-fils lorsqu'il eut perdu sa mère. M. Baluffe reconnaît que c'est problématique; nous n'ajouterons pas comme lui : « quoique probable ». Catherine Fleurette était là dès i633. C'était à cette seconde mère qu'il appartenait de gouverner l'enfant.

ce qui était très confonne aux moeurs du temps. Molière se trouvait enfermé dans un cercle étroit domt il était invraisemblable qu'il sortit jamais.

On s'est beaucoup inquiété de connaître exactement remplacement, dans le vieux Paris, de la maison de ses parents, à l'époque où il naquit. Il y aurait peut-être malséant dédain à traiter de vaine une curiosité que le culte de la mémoire des hommes illustres rend très naturelle. Il est seulement permis de dire que savoir Molière né à Paris, c'est tenir l'essentiel. C'est pour nous autres Parisiens un honneur auquel nous ne sommes pas indifférents; c'est quelque chose de plus encore : il ne semble pas chimérique de trouver Ik une explication de quelques traits saillants de l'esprit de notre poète. Beaucoup l'ont bien senti, entre antres un récent et très acharné détracteur de sa gloire, que son parti pris d'hostilité nous dispensera généralement de citer. Mais cette fois M. Louis Veuillot doit être entendu : « Molière, a-t-il dit*, est le premier en mérite des écrivains célèbres nés à Paris. Après lui on cite Regnard, qui vint au monde sous les piliers des halles ; Voltaire, place duHarlay; Beaumarchais, près de la rue des Lombards; Béranger, rue Montorgueil, et enfin Scribe, rue Saint-Denis : tous aux environs des halles, tous, à différents degrés, dans la bourgeoisie active, et tous dans la boutique, ou à peu près. U existe entre eux un air de quartier, un air de famille. On cite encore, parmi les Parisiens, Rutebeuf * et François Villon, qui sont si bien de la même lignée. » Voltaire, Parisien « ou à peu près' », aurait réclamé contre l'autre h peu près ^ celui de la boutique. A part cette inexactitude, que Ton croirait volontaire et d'un trop grand seigneur, la remarque est vraie et non sans portée. La lignée à laquelle Molière a été très justement rattaché par M. Veuillot, était aux yeux de celui-ci fort peu recommandable ; mais il était trop fin lettré

1. Molière et Bourdaloue (i volume in-i3, 1877), p. 149 a la note.

%• Rutebeuf est un Parisien au moins douteux. On le croit plutêt Champenois.

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