n est né à Chàtenay, près Paris
pour ne pas reconnattre chez elle une sorte de quintessence de l'esprit français, surtout dans sa malice.
Jean Poquelin et Marie Cressé, lorsqu'ils se marièrent, demeuraient « rue Saint-Honoré, sur la paroisse Saint-Eustache ^ ». Une semblable indication est donnée par l'acte de baptême de Molière (Jean-Baptiste Poquelin). Dans ce Paris où tout est instable et se renouvelle incessamment, cette maison de la rue Saint-Honoré, où naquit Molière, n'existe plus, et il est même devenu difficile d'en fixer la place. Celle que l'on a le plus récemment indiquée est encore un sujet de dispute. On ne peut pas, aujourd'hui du moins, dire plus certainement : « Ici fut son berceau » que « Voici où fut sa tombe ».
Grimarest donne à entendre qu'il naquit sous les piliers des halles*. Cette erreur, si longtemps acceptée et répétée, a vraisemblablement son origine dans ce fait qu'en i633 Jean Poquelin acheta une maison sous ces piliers, devant le pilori, à l'image de Saint Christophe', et qu'il y mourut : les derniers souvenirs sont les plus sûrs de vivre dans la mémoire des hommes. La maison à laquelle fut attribué, à la fin du siècle dernier, l'honneur d'avoir vu nattre Molière sous les piliers, n'est d'ailleurs pas la maison devant le pilori, mais celle qui était rue de la Tonnellerie, n** 3. Sur la façade de cette maison le propriétaire et M. Alexandre Lenoir firent placer, le a8 janvier 1 799, le buste de Molière et cette inscription : « Jean Poquelin de Molière est né dans cette maison en i6ao ». Aujourd'hui, sur l'emplacement que l'on croit être le même, est une autre maison au n<* 3i de la
I. Voyez le Contrat de mariage entre Jean Poquelin et Metrie Cresse\ ci-dessus cité.
s. La Fie de M, de Molière, p. 5. — Cette biographie fut publiée en 1705. Le privilège est daté du onzième jour de janrier.
3. M. Auguste Vitu, dans les Mémoires de la Société de Vhiuoire de Paris et de Pt'U de France, tome XI (i885), où il a fait Thistoire de la Maison des Poquelins (p. 349-^64), a ëubli que Jean Poquelin n*a dû prendre possession de la maison à l'image de Saint Christophe qu'après la Saint-Jean 1643, lorsque Molière uc demeurait plus chez lui.
nie du Pont-Neuf. On y peut voir le buste de Molière, non plus de Houdon, mais de Coysevox, et la même inscription légèrement modifiée.
Beffara a relevé Terreur de la date de i6ao, acceptée par Voltaire sur la foi des plus anciens biographes*, et que l'on est étonné de lire encore dans l'inscription de la rue du Pont-Neuf. 11 a fait en outre remarquer que les documents les plus certains indiquent la demeure des parents de Molière en i6aa dans la rue Saint-Honoré, ce qui devait exclure la maison, tout à l'heure nommée, de la rue de la Tonnellerie. Une maison de la rue Saint-Honoré qui, au temps où Beffara écrivait, numérotée 36, donnait, en retour, sur la rue de la Tonnellerie et sons les piliers, aurait favorisé jusqu'à un certain point l'ancienne tradition; mais, après informations prises, il doutait beaucoup qu'elle eût été habitée parles Poquelins*. Dans une lettre qu'il adressa en i8a8 à M. de la Chapelle, ofiScier d'artillerie, il ajouta que Jean Poquelin, avant d'habiter en i636, 1687 et i638, une maison de la rue Saint-Honoré, au coin de la rue des Vieilles-Etuves, parait avoir demeuré « même rue Saint-Honoré, dans une maison portant aujourd'hui {en i8u8) le n* 40, à peu près au milieu entre les rues des Piliers, de la Tonnellerie et des Prouraires ». Soulié est d'avis que la maison natale de Molière est celle qui se trouvait à l'angle des rues Saint- Honoré et des Yieilles-Étuves, aujourd'hui n* g6 de la première, et n« a de Ja seconde, devenue rue Sauvai*. L'autorité, qui s'attache justement à ses Recherches, a mis fin un moment
I. Bmzen de la Maitinière, dans sa Fié de Vautêur, qui est en tète des QEuvrês de Molière (Amsterdam, 17s 5), et qui ii*est en très grande partie qu'une reproduction de la biographie de 1705, dit expressément (p. 10) : « Jean-Bapdste Poquelin jiaquit è Paris Tan 1630 », et renvoie à Grimarest, s'y croyant autorisé par le passage où celui-ci (p. 99$) veut que Molière, lorsqu'il mourut en 1673, fût âgé de cinquante-trob ans. Perrault, qui écrivait avant Grimarest, a^ait déjà dit que Molière était mort, âgé de cinquante-deux ou cinquante*trois ans, et Bayle, dans son Diciiorumire : c II naquit à Paris enriron l'an i6«o. »