I. Xm NewtlUs mwMês, tome III, p. i33« a. lèidem, p. iSg
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ombres, il y avait de grands éloges du jeu de tous les acteurs dans l'École des femmes. De cela surtout la troupe maie avait dû garder à de Visé quelque rancune, même après qu'il eut bien racheté dans Zélinde de si grands torts. Comment un homme qui, au milieu de ses chicanes, avait prouvé avoir l'esprit assez bon pour sentir si parfaitement de frappantes beautés, en vint-il à écrire une pièce où il s'est montré ennemi déclaré ? Était-ce ambition d'un jeune homme impatient de faire parler de lui en se mesurant avec un maître? Voulait-il se rendre agréable aux Grands comédiens, par qui il désirait faire jouer ses pièces? Peut-être aussi depuis qu'avait été jouée la Critique de V École des Femmes^ dont il ne connaissait encore que la prochaine représentation lorsqu'il écrivit les Nouvelles noupelles, croyait-il avoir une vengeance personnelle à exercer. U s'était voulu reconnaître dans le rôle de Lysidas, dont le commencement avait été (il le dit du moins dans sa pièce] tiré de son précédent écrit. Si ce n'est pas à lui seul que Molière a pensé dans son portrait de l'auteur jaloux et perfidement circonspect, l'intention d'y mettre quelques-uns de ses traits n'est pas invraisemblable. De Visé, comme il le marque dans ce long sous-titre de sa pièce, la Véritable Critique de t École des femmes^ et la Critique de la Critique^ s'était proposé de relever le gant jeté par la Critique jouée le I*' juin i663. Il ne le relevait pas très promptement, puisque le 1 5 juillet seulement il se fit donner le privilège pour Zélinde, et que l'achevé d'imprimer est du 4 août. Moins de temps était nécessaire pour faire débiter chez un marchand de dentelles de la rue Saint-Denis, par des personnages insignifiants et sans caractère, des méchancetés qui avaient couru partout, et dont Molière s'était déjà moqué dans sa Critique, telles que nos mystères choqués par les Maximes d'Amolphe, et ce le « impertinent », comme le qualifie de Visé, qui le dit tiré d'une vieille chanson. Les seuls reproches un peu nouveaux et auxquels notre poète n'eût pas d'avance expressément touché, sont ceux de plagiats, de méchants vers, de mots impropres, d'invraisemblances, par exemple les sièges apportés au milieu des rues : une pure chicane, car la mise en scène de
ce temps rendait inévitables toutes les singularités de ce genre, dont on était habitué à ne se pas choquer. Tout cela est misérable, et de Z^mde il n'y aurait rien à citer, sans un remarquable passage, qui rappelle les meilleurs des Nowdles nouvelles. Dans un accès de demi-sincérité, le Ljsidas s'est oublié un moment ; il y a gagné d'avoir donné une preuve. Tunique dans Zélinde^ qu'il ne tenait pas une mauvaise plume, qu'il pouvait bien dire et bien peindre. En cherchant à Molière la querelle que fait son Harpagon aux voleurs de secrets, aux espions dont les yeux dévorants furètent dans tous les coins, le satirique est devenu un preneur malgré lui. Il fait exprimer à un de ses perscmnages une vive curiosité de voir Élomire, qui se trouve en bas chez le marchand. Celui-ci s'empresse de l'aller chercher, et revient dire : « Je suis au désespoir de n'avoir pu vous Mtisf^re, Depuis que je suis descendu, élomire n'a pas dit une parole. Je l'ai trouvé appuyé sur une boutique, dans la posture d'un homme qui rêve. Il tenait les yeux collés sur trois ou quatre personnes de qualité qui marchandoient des dentelles ; il paroissoit attentif à leurs discours, et il sembloit par le mouvement de ses yeux qu'il regardoit jusques au fond de leurs âmes pour y voir ce qu'elles ne disoient pas. Je crois même qu'il avoit des tablettes, et qu'à la faveur de son manteau, il a écrit, sans être aperçu, ce qu'elles ont dit déplus remarquable.... C'est un dangereux personnage; il y en a qui ne vont point sans leurs mains ; mais Ton peut dire de lui qu'il ne va point sans ses yeux ni sans ses oreilles*. » C'est bien lui, c'est le Contemplateur, c'est le Peintre.
Ce nom de Peintre était devenu chez les ennemis de Molière le sobriquet par lequel on le désignait, sobriquet glo« rieux et bien mérité. Il lui est donné dans le titre même de la seconde en date des comédies qui ont prétendu le faire repentir de sa Critique, L'auteur, Edme Boursault, n'avait, comme de Visé, que vingt-cinq ans ; ce fut donc une témérité de jeunesse; un temps vint où, après quelques autres imprudentes attaques contre de grandes renommées, il se
r. Zélimde^ scène v.
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montra ploB digne d'estime. Son Portrait du Peintre^ hl écrit pour l'Hôtel de Bourgogne, et joué sur 'Ce théâtre. 11 était en vers, ce qui n'était pas suffisant pour lai assurer une grande supériorité sur ZéUnde, Boursault en avait cherché une plus décisive en prenant à celui qu'il se flattait d'accahler ses personnages plaisants. Gela pourrait s'appe* 1er, en changeant un peu le sens d'une parole des anciens, « rire avec la bouche d'autrui », et c'est ce qui a fait dire à Molière que les champions des Grands comédiens profi* talent de l'agrément de ses pièces, en les retournant comme un habit*. L'artifice pour faire reparaître les figures créées par le peintre était naïf. Les ridicules personnages qui, dans la Critique^ le déchirent, furent chargés de le louer en opiniâtres et aveugles défenseurs. Dans le Portrait dm peintre, la précieuse l'admire, et non moins entêtés de tÉcoie des femmes, le comte n'a qu'à dire : admirable, du dernier admirable, au lieu de détestable, et le chevalier qu'à répéter vingt fois, mais pour en faire goûter le charme, teute à la erème, ensuite qu'à chanter la la lare^ quand il ne veut plus rien entendre. Molière allait, à sa grande confusion, se trouver avoir fourni lui-même tout le sel qui le piquait. Cette malice enfantine était le clair aveu que le poète, qu'on prétendait railler, possédait seul le secret défaire rire. Boursault ne s'était pas aperçu de cette maladresse, non plus que d'une autre : dans une pièce où, comme ont fait tous ces auteurs de comédies pamphlets, il excitait contre Molière les gens de cour, assez débonnaires pour se laisser jouer par lui, à son tour il les livre aux risées.
Une sotte idée encore de Boursault fut son Lizidor, qui n'est autre que Lysidas de la Critique, dans lequel, en concurrence avec de Visé, il s'était reconnu ; car une peinture si vraie était un miroir où bien des gens se voyaient. Puisqu'il était entendu que Molière l'avait peint sous les traits de Lysidas, il voulut, se contentant toujours de retourner l'habit, devenir Lizidor. Celui-ci plaide pour tÉeole des femmes, de manière, on le devine, à la rendre ridicule. Il
t. Ou la Contre-critique de Vteole des fi 1. V Impromptu de FertaUlet^ scène t.
SUR MOLIÈRE. a8i
est donc reste le < méchant dkble » (Boorsanlt dit « le fin diable »], le même pédant plein de dissimulation. S'identifier avec un tel personnage est tout à fait amnsant, mais, par malheur, d'un comique inTolontaire.
Molière alla voir à l'H^teL de Bourgogne la pièce que ce théâtre avait commandée à Bcursavdt. C'est un fait sur lequel sont d'accord de nombreux témoignages contemporains. Socrate, qui avait affaire à un plus redoutable railleur, et était dangereusement dénoncé par lui, eut besoin de plus de courage pour se montrer à la représentation des Nu^ d'Aristophane. Aussi quand Molière a parlé lui-même du projet qu'il avait fait de cet acte de sang-froid, ne l'a-t-il pas donné pour un trait d'héroïsme, mais plutôt pour une occasion qu'il aurait de s'égayer ^ Dans une des petites comédies que fit naftre cette guerre comique j comme on l'a nom* mée, dans 1er Amaun de Calotin^ qui furent joués sur le théâtre du Marais, et dont l'auteur était Chevalier, comédien de ce théâtre, on raconte que le jour où Molière se mît hardiment en face de son Portrait^ quelqu'un lui ayant demandé ce qu'il en pensait,
Lnl, répondit d*abord de son ton agréable :
c Admirable, morbleu! du dernier admirable!
Et je me trouve là tellement bien drë.
Qu'avant qu'A toit huit jours, certes, j*y répondrai*.
Si l'on était sûr que Molière eût parlé ainsi, on aurait là une preuve décisive que la pièce de Boursault fut jouée avant tlmprompiu de FersaiUes; mais Qievalier n'a pas donné comme certaines les paroles prêtées au poète qu'avait joué le Portrait du peintre^ car il fait dire aussitôt par un autre
I. Vlw^ramptu de FersaiUës^ scène t. — « Je te promets, dit Brécourt, qu'à fait dessein d'aller sur le théâtre rire avec tons les antres du portrait qu'on a fait de lui. b
a. Acte I, scène m. — L'Achevé d'imprimer de cette pièce est du 7 février 1664. Elle avait donc été jouée un peu plus tôt, on ne sait pas à quelle date. D'autres comédies de ce même temps ont aussi parlé de la présence de Molière â une représenution du Portrait du peintre; ce sont lu Fwgêonee du Marquis (scène m), le Pum^jrriquê de PÉcoU des femmes (scène v).
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de ses personnages que Molière avait seulement rëponda par ce vers de V École des femmes :
... Moi, j'en ris tout autant que je puis.
Cependant, dès qu'une pièce d'une date très voisine des faits semblait admettre comme possible la première des deux réponses de Molière, on a vu là un témoignage de l'antériorité de la comédie de Boursault. Bazin croyait à celle de V Impromptu^, M. Foumel a été d'un avis contraire*. Il a fait remarquer que si, dans la scène v de V Impromptu^ du Croisy parle du Ponnut du peintre annoncé par l'affiche, mais non encore joué, cela est seulement dit dans la petite pièce qu'on répète, et qui est censée composée avant cette répé* tition'. Despois n'a pas autrement résolu la question controversée^. 11 n'est pas douteux que Molièi^e, dans la scène v de son Impromptu, se plaint de la pièce de Boursault en homme qui la connaissait très bien ; car il en relève avec indignation les passages qui passaient les bornes. Mais on doit faire attention à ces paroles : « on me l'a voulu Ure^ », c'est-à-dire assurément : « on me l'a lue ». Depuis les arguments que nous venons de citer de M. Foumel, et que Despois a jugés solides, une note intéressante a été découverte dans les archives royales de Berlin'. On a cru qu'elle ne permettait plus de donner raison aux remarques qui avaient frappé deux bons esprits. Voici cette note, une de celles qu'a écrites dans un de ses journaux Blumenthal, envoyé de l'électeur de Brandebourg près de la cour de France : « 19 octobre (i663), à l'Hôtel de Bourgogne : le Ntcomêde de M. Corneille ; item la pièce nouvelle, le Portrait du peintre, où l'École des femmes^ en même temps la Critique^ ont été fortement attaquées. » La pièce nouvelle^ ne peut signifier que