‹ Notice biographique sur J.-B. MolièreChapitre 132 sur 236 · I. Pages 58 et · texte numérisé non relu

I. Pages 58 et

9. Gazette du 10 octobre i663. — Voyez aussi la Miue hutoriquB^ lettres du i3 et du ao octobre.

3. Gazette du 27 octobre i663, et Mme kuterique^ lettre de même date.

a84 NOTICE BIOGRAPHIQUE

scène. 0 est parfaitement clair qu'on ne saurait donner à la première représentation de f Impromptu une date antérieure au i6 octobre; et si le Rggisire de La Orange a nommé les pièces jouées alors à Versailles dans l'ordre ou elles le furent, il est probable que t Impromptu ne parut pas avant le i8 ou même le 19. Il se pourrait donc que les dtBuz comédies ennemies, celle de l'Hôtel de Bourgogne et celle de Versailles, eussent été le même jour représentées pour la première fois. Ce serait un fait curieux, quoique nous ne voyions pas bien quelle conséquence on en tirerait. Le vers que nous avons cité :

Ayant qu'il soit huit jours, certes j'y répondrai,

ne saurait être opposé à ce que nous venons de dire. En prêtant cette parole à Molière, l'auteur des Amours de Calotin n'a pas voulu tenir compte de la représentation de Versailles. On feignait sans doute de ne reconnaître, comme la première de toutes, que celle du 4 novembre devant le public. Il plaisait d'ignorer ce qui était si fort à l'avantage de Molière et aurait été très gênant pour qui voulait critiquer son Impromptu,

Si nous sommes entré dans un examen que l'on trouvera peut-être trop scrupuleux, particulièrement ici, ce n'est pas seulement pour rectifier la fausse date du 1 4 octobre, qui de l'édition de i68a a passé dans toutes les suivantes, sans en excepter la nôtre, c'est surtout parce que cette question : qui de Molière ou de Boursault a frappé le premier ? a donné lieu à de longues discussions, auxquelles on a attaché une certaine importance. Elles n'en auraient que s'il s'agissait de peser le reproche fait à Molière par Bazin de la violence mal justifiée de ses « représailles anticipées ». Mais alors même qu'il était encore permis de disputer sur les dates, on ne devait pas dire qu'il eût aniieipi les représailles^ puisqu'il n'avait pas composé t Impromptu sans connaître le Portrait du peintre^ auquel des lectures avaient donné une demipublicité. Boursault était donc l'agresseur et méritait, quoi qu'en dise Bazin, d'en être sévèrement puni, n'eût-il écrit que les vers où dans le sermon d'Amolphe il dénonce, k

SUR MOLIÈRE. s85

l'exemple de Donneau de Visé, le mépris de ce qne l'on doit respecter. Mais n'y avait-il que cela? Il fant que Molière ait Yoda parler d'autre chose lorsqu'il a prié « ces honnêtes messieurs » de ne point toucher à certaines matières ^ On a dit, et nous le croyons vrai, que Boursault s'était permis des allusions à des chagrins domestiques de Molière, dont on hasardait déjà la supposition, et que si elles ne se trouvent plus dans sa pièce, c'est qu'il les en avait fait disparaître en la Uvrant à l'impression. Voltaire, que Ton ne se serait pas attendu à trouver si sévère pour les personnalités, a blâmé l'auteur de VJfnprùmptu d'avoir écrit « une satire cruelle et outrée » et d'avoir nommé Boursault par son nom. La très claire anagramme d'Éiomire ne Tavait-elle pas nommé lui-même dans Zélinde} Et dans la pièce même de Boursault, le Peimre le désignait-il moins hien qu'i^/om/iv? A. qui d'abord la faute si notre théâtre paraissait vouloir entrer dans la fâcheuse voie de la licence athénienne ? Modère n'eût pas mieux demandé que de continuer à en suivre une plus sage. Il appelait « sotte guerre » celle où l'Hôtel de Bourgogne l'engageait, pour < me détourner, disait-il, par cet artifice des autres ouvrages que j'ai à faire*». Aussi, après t Impromptu de FersaiUes^ laissa-t-il le champ libre à ses obscurs blasphémateurs, qu'il jugeait asses écrasés. Il ne fit même pas imprimer sa petite comédie, non, comme l'a dît Voltaire, parce qu'il en sentait la faiblesse, mais parce que compter parmi ses œuvres une correction infligée, en passant, à de méprisables frelons, eût été leur faire trop d'honneur. Loin d'être faible, son Impromptu est de tout point excellent.

A ce plaidoyer pour sa défense, dont il n'était pas moins difficile que pour sa Critique de faire une pièce de théâtre, il a donné cette fois encore un cadre très heureux, tel que n'ont jamais su en imaginer ses adversaires dans leur indigence d'invention. Supposant la répétition d'une pièce qui doit être jouée devant le roi, il fait paraître, sous leurs noms, ses acteurs et actrices, recevant %t% conseils. Il ca-

I. VlmprowÊpiu de FêrsaHUs^ teène v, p. 499 et 43o. 9. liidimf p. 4*8 et 4s9*

a86 NOTICE BIOGRAPHIQUE

ractérifle chacnn d'eux, et noiu montre comme il s'ippliquait à les diriger avec mu art et mi aoiii dont les Nondlet nowelles avaient donné une idée^, vraie sans doote anssl, mais moins large : « Chaque acteur sait combien il doit faire de pas, et toutes ses oeillades sont comptées. > Les agréables scènes de comédiens auxquels Molière expUqae leurs rôles sont aujourd'hui le plus intéressant document pour son histoire comme chef de troupe. Parmi les divers propos des camarades, plus disposés à causer qu'à répéter des rôles que, faute de temps, ils ne sauront pas, des questions viennent très naturellement sur une comédie des eamédienSj dont on lui reproche d'avoir abandonné l'idée. Vivement pressé de faire connahre en deux mots de quoi il s'agissait, il esquisse le plan d'une bagatelle où il s'était proposé quelques imitations des Grands comédiens, et donne une idée des portraits qu'il aurait essayés d'eux dans des pièces de Corneille. Il les contrefait, il rsille non seulement les défauts particuliers à chacun de ces tragédiens si vantés, mais Terreur générale de leur thé&tre dans la manière de comprendre, sans aucun souci du naturel, la déclamation des pièces héroïques. Le coup était rude, et il avait fallu compter beaucoup sur la faveur du roi pour le porter, en sa présence, à la troupe royale. Mdière rappelle plusieurs fois dans son Impromptu qu'il l'avait composé par son ordre. Louis XIV ne jugea pas que dans l'exécution de cet ordre la mesure eût été outrepassée. Ce fut lorsque la pièce avait été déjà représentée, que Molière lut porté sur la liste des pensions de i663 : « Au sieur Molière, excellent poète comique, looo francs. » Inutilement les pièces jouées à l'Hôtel de Bourgogne l'avaient-elles accusé d'injure faite à la personne royale par le ridicule jeté sur ses courtisans, et d'outrage à la religion dans une scène de t École des femmes. L'honorable pension qui vengeait Minière de ces charités lui inspira un Àemercùnent en vers. Dans le Panégyrique de VÉade des femmes^^ injurieuse satire malgré son

Page 1