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SUR MOLIERE. 3g3
blâme arec infiniment d'esprit^. Nous craignons cepen4|int de nous être trop laissé entraîner à lui donner raison Ûânê notre Notice* sur la pièce. )1 est très vrai que pour mettre en lumière tout ce que l'aTarice a de détestable, on ne fôvhvait mieux faire que de ipontrer quel désordre elle mif dans la famille. Mais pour donner aux pères avares cette leçon, il n'étût pas nécessaire que la révolte du fils s'em«portât à de si grands excès; et il faut convenir avec Rousseau qu'il n*est pas bon d'avoir mis dans la bouche de Cléante son insolente réponse à la malédiction d'Harpagon. Rien de ce qui a trait à la morale de Molière ne doit être omis dans une histoire de sa vie. Ceci nous intéresse d'ailleurs, qu'en cette occasion on l'a soupçonné d'une rancune contre son père, explicable par la ladrerie de celui-ci. C'est beaucoup se risquer. Les mêmes raisons qui nous ont empêché de reconnaître dans la marâtre Béline la seconde femme de Jean Poquelin s'opposent à la conjecture que celui-ci ait servi de modèle à l'usurier et tyran domestique Harpagon. U est difficile toutefois de se défendre de la pensée que Molière n'aurait pas généralement peint avec si peu de faveur les pères de son théâtre,, s'il eût été avec le sien dans une plus étroite union. La famille hors de laquelle il s'était de bonne heure jeté pour suivi*e la voie qui lui plaisait, n'avait sans doute pas laissé dans son esprit un très doux souvenir. Ce n'est pas que, si l'on voulait porter sur son père on jugement, qui ne fût pas trop hasardé, il n'y eût à désirer des informations appuyées de preuves plus certaines. Nous avons cm le voir digne de reconnaissance par J'éducation distinguée qu'il avait donnée à son fils, et d'une bonté très paternelle, quand il s'est résigné à beaucoup d'indulgence parmi le déplaisir qu'avait dû lui causer le coup de tête du jeune homme. Mais tout n'a pas fait concevoir de lui une si favorable idée ; des renseignements fournis par quelques actes ont inspiré certains soupçons d'habitudes trop mercantiles qui ne le rendaient pas fort aimable. « On doit se le représenter, dans les dernières années de son
1. Cours de littéfature dramatique (i843), tome I, p. SsG. 9. Voyez au tome VI, cette Notice^ p. 34 et 35.
existence, dit SooliëS comme mi vieillard morose, impea ayare..., rejetant ies offres que dut lui faire ce fils à plv sieurs reprises et enfin le réduisant à se cacher pour Im venir en aide. » Quoiqu'il y ait loin de là au type d^Har^ pagon, qui a été dessiné non d'après lui, mais d'après TEdclion de VAululaire^ on ne voudrait pas jurer que, sans en avoir nettement eonscience, Moliêï*e n'ait pas mis à profit quelques traits observés du caractère de son père. Sa conduite avec le bonhomme paraft d'ailleurs avoir été généreuse. Il ne réclama pas de lui ce qu'il restait hn devoir sur la succession de Marie Gressé ; mieux encore, lorsque l'argent manqua à Jean Poquelin pour réparer les ruines de sa maison du pilier des Halles, ce fut son fils qui Im procura, en 1668, la somme de dix mille livres* dont il avait besoin, et pour cacher sa main secourable, prit secrètement pour intermédiaire un de ses intimes amis. Cet ami, Jacques Rohault, reconnut que le prêt, tout entier des deniers de Molière,n'était des siens que fictivement, et qiie la rente qui lui avait été constituée, en conséquence, par Jean Poquelin, appartenait à son fils, lequel déclarait son prète-nom dégagé de toute §farantie du payement*. On se souvient d'une affaire d'emprunt dans laquelle Harpagon ignore semblablement qu'il traite avec son fils; mais ici déante est l'emprunteur, et il s'en faut que son rôle soit honorable comme celui de Molière. Celui-ci avait rempli en homme de cœur son devoir filial; mais il ne s'ensuit pas qu'il ait jamais été avec son père dans les relations vraiment affectueuses, dont laisse douter, comme nous l'avons dit tout à l'heure, les portraits de la plupart des pères de ses comédies.
U aurait été trop tard, après 1668, pour parier encore une fois de Jean Poquelin. Il mourut le a5 février de l'année suivante^ dans cette maison sous les piliers des Halles