Sutire 11^ vers
3g% NOTICE BIOGRAPHIQUE
A Ménage aussi l'on fait dire que « la prose de - Molière vaut beaucoup mieux que ses vers^ ». Il importe pea de savoir si véritablement il a parlé ainsi. L'autorité de ce Vadius n'aurait pas de poids. Sur les paroles qu'on lui prête on lit cette curieuse note de l'éditeur du Menagiitna : c C'est suivant les pièces; mais, généralement parlant, la prose de Molière est ampoulée, poétique, remplie d'expressions pré» cieuses, et toute pleine de vers.... Il est vrai que la prose de théâtre doit avoir son tour particulier ; aussi n'est-ce proprement que les vers trop fréquents qu'on pourroit reprendre dans celle de Molière. » Malgré quelque rétractation finale du critique, qui ne sait plus trop ce qu'il doit penser, il a bonne envie de juger Molière écrivain contestable dans sa prose aussi bien que dans ses vers. Quoique nous ayons protesté d'abord contre l'injustice faite à ceux-ci, c'était sa prose que t Avare nous invitait à louer. Elle aussi est d'un incomparable maître dans cette pièce, comme dans toutes celles où il lui a paru qu'elle convenait. Son mérite est d'avoir également donné au style comique, dans ses deux formes, toute sa vérité, toute sa couleur, toute sa force. Le plus habile rimeur, qui entreprendrait de traduire ÏAffar% en vers, ne réussirait qu'à en faire mieux ressortir l'excellente prose, à laquelle il rendrait ainsi l'involontaire service que Thomas Corneille a rendu à celle du Festin de Pierre par l'agréable, mais banale, facilité de sa versification.
Boileau, d'après le £olseana\ regardait V Avare comme « une des meilleures pièces de l'auteur ». N'ajoutons rien à ce témoignage. Ce n'est point ici la place de le commenter en dissertant sur les beautés de cette comédie qui, tout en conservant bien des traits de son modèle latin, la transformé avec tant de bonheur en une peinture moderne. Si nous n'en avons pas tout à fait fini avec l'Avare, c'est que nous rentrerons dans une étude beaucoup moins littéraire que biographique en parlant du reproche fait à Molière d'avoir porté atteinte dans cette pièce au respect du caractère paternel. Saint-Marc Girardin a plaidé contre ce