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Il eût mieux valu ne pas signaler comme preuves du renseignement donné au public, pour son instruction, des actes qui ne nomment que la rue Saint-Honoré, et ne précisent pas davantage, ou du moins avertir qu'ils ne justifient que la date de i6aa. A. l'appui de Topinion que la maison natale est celle qui était au coin droit de la rue des Yieilles-Étuves, on n'a produit que cet extrait de VÉiat de a tttxe des boues de la Ville de P<zris pour Vannée 1687 : «t Maison où pend pour enseigne le pavillon des cinges, appartenant à M. Moreau et occupée par le sieur Jean Poquelin, m^ tapissier, et un autre locataire, consistant en un corps d'hostel, boutique et court, faisant le coin de la rue des Étuves. » Befiara, nous l'avons vu, n'avait pas ignoré cette demeure de Jean Poquelin ; il en avait rencontré des traces depuis i636 jusqu'en i638, et regardait comme possible que sa location remontât à quelques années
I. On a toutefois laissé subsister rinscription de la rue du Pont-Neuf. Les deux inscriptions sembleraient par leur désaccord nous inviter au scepticisme. Si quelqu'un, par exemple M. Auguste Vitu, qui met dans Texamen de ces questions controversées tant de patience et de science, et qui jusqu'ici se prononce en faveur de la maison de la rue des Vieilles-ÉtuTes, parvient à lerer les doutes, il serait bon de faire disparaître celle des deux inscriptions qui perpétuerait une erreur.
SUR MOLIÂRE. 7
avant i636; mais il n'avait découvert aucnn document qui le prouvât; et même, conune on l'a vu dans la ciution que nous avons faite d'un passage de sa lettre de 18218, il croyait, apparemment sur quelques indices encore incomplets, puisqu'il ne les a pas fait connaître, avoir des raisons d'entrevoir plutôt, dans les années précédentes, une autre maison de la rue Saint-Honoré. La question ne paratt donc pas assez décidée, même en faveur de la plus récente des deux inscriptions. On peut regarder comme insu£Bsamment prouvé que Molière soit né dans la maison où elle a été posée, et même qu'il l'ait habitée avant i636, c'est-àdire avant sa quinzième année '.
Au reste, n'y eùt^il passé que le temps de sa vie d'écolier, elle se recommande au souvenir. S'il ne nous en est resté aucune image qui nous la fasse revoir tout entière, nous avons du moins le dessin du poteau comier qui, placé à l'un de ses angles, montait jusqu'au toit et auquel elle devait le nom de maison des singes. En effet ce poteau était orné de sculptures qui représentaient des singes jouant autour et au pied d'un oranger. H existait encore à l'époque où de précieux débris étaient réunis par Alexandre Lenoir dans son Musée national des monuments français. Il y fit transporter le poteau des singes, et l'on en trouve le dessin an tome in du grand ouvrage où il a décrit ces monuments*. Quand on se rappelle que les singes ont été choisis quelquefois pour eiEd>lèmes de l'imitation comique, on a bien envie de trouver un air d'horoscope au singulier hasard qui les a donnés pour décoration à la maison où, s'il est douteux que soit né le plus grand maître dans cette imitation, se sont écoulées du moins quelques-unes de ses jeunes années. Que si, pour représenter l'idée d'un art devenu si noble dans les « doctes peintures » du poète, les singes allaient faire quelque peine, ce scrupule ferait peut-être voir un excès de délicatesse dont Molière se serait moqué, lui
I. M. G. Monval, dans le MolUriste d'oetobre i88a, p. ai4« et M. G. LaiTonmet, dans ia Comédie de Molière (Paris, Hachette, 1887), p. 7 et 8, avaient arant nous proposa les mêmes doutes.
9. Ce dessin sera reproduit dans notre Album. En 1779, le peintre
qui se plaisait à les faire figurer dans ses armes de fantaisie, avec les masques et les miroirs, s'il faut en croire son oraison funèbre dans le Mercure gakmi^.
L'auteur d'Élomire hfpocondre^ le Boulanger de Chalussay, dont il ne faut pas légèrement accepter comme des documents biographiques les bouffonneries méchantes, s'est égayé sur le quartier qui vit nattre un des plus illustres enfants de Paris. Un personnage de sa comédie dit à Ëlomire (Molière) :
Je vois bien que tu rient de ce riche pays Où les juifs ramassés demeurèrent jadis.
Élomire répond :
U dit vrai, je suis ne dedans la friperie, Qu*autrement à Paris Ton nomme Juiverie*.
Le satirique a-t-il, pour le besoin de la plaisanterie, beaucoup étendu le quartier des fripiers ? Il est plus probable que, dès ce temps, et bien avant Grimarest, on faisait nattre Molière dans la maison achetée par son père en i633, sous les piliers des halles. C'est là, dans la rue de la Tonnellerie, que le Paris ridicule de Claude Le Petit et la Fille de Paris en vers burlesques de Berthod logent les « fripiers rabinisés ». Jean Poquelin, qui ne s'établit dans la maison sous les piliers des halles que dix ans après en avoir fait l'acqui-
F. -A. Vincent a place la maison des Singes dans son tableau qui a pour sujet le Président Mole saisi par les factieux près de la croix du Trahûir, Non seulement cette maison avait subi de grands changements, mais Vincent n'avait pas jugé qu'il dût la peindre avec exactitude telle qu'il l'avait sous les yeux. Nous n'avions donc pas k faire dessiner, d'après lui, pour l'Album, une naison de fantaisie. Ce ubleau est aujourd'hui dans la salle des conférences de la Chambre des députés.
I. Année 1678, tome IV, p. 3 10. — Les masques éuient seuls marqués sur sa vaisselle d'argent. Voyez le Dictionnaire de Jal, p. 874, au nom Mouins.