Élomire hypocondre (1670), acte II, scène vi, p
sition, la loua jusqu'au mois de juin 1643 à un fripier*. Longtemps après, ce lurent encore des fripiers qui l'occupèrent*. U n'en a pas fallu davantage à l'auteur d'Élomire fypoeondre pour faire de Molière le fils d'un fripier,
je ne dis pat d*an juif.
Quoique juif et fripier soit quasi même chose'.
H est plus étonnant que Voltaire, qui n'avait pas les mêmes raisons pour se tromper volontairement, ait recueilli comme une tradition sérieuse un conte imaginé par la mali« gnîté, et ait fait, lui aussi, de Jean Poquelin un marchand fripier^. Sans remarquer la contradiction, il accompagne celte qualî&catîon de celle de « valet de chambre, tapissier cbez le roi », donnée par lui prématurément au prétendu fripier*; maïs peut-être pensait-il qu'il ne s'agissait que de s'entendre sur l'étendue du sens donné alors à ce mot. Au surplus, qu'importe ? Si d'un tapissier on veut faire un fripier, Molière, fils de fripier, n'en est pas diminué dans sa gloire.
Le registre de Saint-Eustache atteste qu'il fut haptisé le 1 5 janvier 1612*. U est probable que l'acte aurait mentionné le jour de la naissance, si ce jour n'avait pas été celui même du baptême. Les neuf mois n'étaient pas encore tout à fait accomplis depuis le mariage de Jean Poquelin et de Marie Cressé, qui ne laissèrent pas longtemps attendre
I . Augufte Vitu, dans les Mémoires de la Société de VBistoire de Parîs^ tome XI p. i56 et 257.
1. Recherches sur Molière, Documars LVI et LVII, p. 3 18 et 319.
3. Élomire hjrpocondre^ dans le Diporce comique {Comédie en comédie)^ scène 11, p. 81.
4. Œuvres de Foliaire (édition de Louis Moland), tome XXIII, p. 88.
5. Voltaire s*en est trop fié à Grimarest, qui dit (p. 5) : c n (Molière) étoit fils et petit-fik de Upissiers, raleu de chambre du roi Loids XIIL » Son grand-père ne fut pas valet de chambre du roi; et son père, comme nous le dirons, n*eut qu*en i63i l'office de tapissier ordinaire du roi.
6. Voyeï son acte de baptême aux Pièces jastificatiirs, n» 11.
lo NOTICE BIOGRAPHIQUE
au grand siècle le présent qu'ils lui firent. Molière devait lui-même prouver plus d'une fois que, pour donner la vie à un chef-d'œuvre, « le temps ne fait rien à l'affaire » ; mais les siens ont ëtë de ceux dont la naissance dépend davantage du talent de l'auteur.
S'il y a quelque vérité dans la croyance, en faveur aujourd'hui, que les grands hommes tiennent le plus souvent de leur mère, on regrettera plus encore de savoir bien peu de chose de Marie Cressé. Dans quelques lignes de l'inventaire fait après sa mort, on a vu se dessiner d'elle une image qui la représente « digne d'avoir mis au monde cet inimitable génie ^ ». La même vivacité d'imagination nous manque pour tirer si bon parti des descriptions, souvent instructives, mais à d'autres égards, que l'on doit à la plume des gardes-notes et des jurés priseurs. Que, parmi plusieurs livres non désignés, ils aient trouvé dans une garde-robe de Marie Cressé la Vie des hommes illustres et une Bible, quand on saurait plus clairement qui les lisait, la femme ou le mari, et si le gros Plutarque n'était pas « à mettre les rabats », nous ne sommes point frappé de ce qu'il y a là d'assez caractéristique. On comprend un peu mieux que cet inventaire ait paru donner l'idée d'une maison très bien tenue. Il faut peut-être écarter la comparaison que, sous ce rapport, on nous a proposée' avec l'autre inventaire auquel donna lieu la mort de Jean Poquelin. Elle serait plus significative si, au lieu de se faire avec le ménage d'un homme, veuf pour la seconde fois, depuis vingttrois ans, elle mettait l'économie domestique de sa première femme en regard de celle de la seconde ; mais les éléments de ce parallèle nous font défaut. Pour le jugement à porter de la mère de Molière, nous ne pouvons donc demander à l'inventaire de janvier i633 que de nous laisser entrevoir chez elle, non seulement le mérite de faire régner dans son intérieur un ordre intelligent, mais aussi des goûts d'aimable élégance. Cherchera-t-on là le secret du caractère de son fils, de son esprit d'une étoffe à la fois