Page
cxL NOTICE BIOGRAPHIQUE
de ses fables*, a nommé à côté de Philomèle. Il y a aussi, dans ces courtes scènes de Galatée^ un bien joli couplet, celui qui finit ainsi :
Deux rois sont au inonde, Pluton et l'Amour;
et quelques heureux souvenirs de Théocrite et de Virgile.
En dépit de la déconvenue de Daphné^ la Fontaine persistait à sentir en lui une veine de chants lyriques. L'illusion, s'il y en avait une, n'était pas là; mais il y a lyrique et lyrique; et où il se trompait, c'était en ne reconnaissant pas que la poésie du vieil opéra français était un genre faux, dont Boileau a raillé justement les « héros à voix luxurieuse » et les « lieux communs de morale lubrique* ». Quinault, il est vrai, y a excellé et beaucoup surpassé la Fontaine, peut-être parce qu'il n'était pas comme lui un grand poète, mais un très-ingénieux versificateur.
Lorsque la Fontaine fit, de ce côté, sa dernière tentative, il était d'un âge qui la rendrait singulière, si l'on ne savait que, jusqu'à l'heure des cilices, qui se fit attendre, il ne laissa pas la vieillesse lui imposer sa respectable, mais attristante gravité. L'opéra de X'Astrée^ le seul avec lequel il lui fut permis d'aborder le théâtre, fut représenté à l'Académie royale de musique le 28 novembre 169 1. Dès sa jeunesse, nous l'avons dit, il avait beaucoup aimé d'Urfé. Vieux, il eut sans doute grand plaisir à tirer de son roman une tragédie lyrique. Celleci n'est pas sans mérite poétique; et peut-être ces amours des rives du Lignon n'auraient pas déplu, si LuUi les avait réchauffés de sa musique*. On a lieu de soupçonner que celle de son élève Colasse les refroidit. Le succès fut très-médiocre. On a raconté que la Fontaine, assistant à la représentation, trouva la pièce mauvaise, et qu'ayant demandé quel en était
I, Fable t du livre XI, vers Sa et 53.
a. Satire x, vers i34 et i4i.
3. Lulli était mort depuis quatre ans, en 1687. — Colasse, un des quatre maîtres de musique de la chapelle du Roi, avait déjà composé trois opéras, lorsqu'il mit en musique celui de la Fontaine. Voyez le Mercure galant d'octobre 1691, p. a94.
SUR LA FONTAINE. cxli
l'auteur, on le fit souvenir que c'était lui-même; qu'il répondit alors : « Elle n'en vaut pas mieux, » Mathieu .Marais a bien raison de traiter cette anecdote de conte '. Elle vaut comme absurdité celle que le Sage rapporte ainsi* : « Le jour qu'on représenta pour la première fois le ballet A' Astrée de M. de la Fontaine, ce fameux poète sortit de la salle après le premier acte et s'en alla au café de Marion, où il s'endormit dans un coin. Pendant qu'il dormoit, il entra un homme qui le connoissoit et qui fut si surpris de le voir là qu'il ne put s'empêcher de s'écrier : « Comment donc ? M. de la Fontaine ici ? « Ne devoit-il pas être à la première représentation de son « Astrée? » A ces mots l'auteur, se réveillant en sursaut et bâillant, répondit : « J'en reviens. J'ai essuyé le premier acte « qui m'a tant ennuyé que je n'ai pas voulu entendre les au- « très. J'admire la patience des Parisiens, «Outre leur ridicule invraisemblance, ces légendes, et l'on en a fabriqué beaucoup de semblables sur la Fontaine, sont démenties par les faits. On a la preuve qu'il ne fut pas indifférent à la fortune de son ouvrage. Au temps où V Astrée allait être jouée, il écrivait à Mmes d'Hervart, de Virville et de Gouvernet une lettre où il refusait, en termes galants, leur hospitalité dans le château de Bois-le-Vicomte. Après avoir allégué en vers que la liberté de son cœur serait en péril, il ajoutait en prose la vraie raison : « De demeurer tranquille à Bois-le-Vicomte pendant qu'on répétera à Paris mon opéra, c'est ce qu'il ne faut espérer d'aucun auteur, quelque sage qu'il puisse être. » Il ne cachait pas le plaisir que lui ferait le succès :
O ! si le dieu du Parnasse Avolt inspiré Colasse, Comme Ton dit qu'il a fait, La chose iroit à souhait.
Elle n'y alla guère. Astrée n'eut que peu de représentations,