‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 11 sur 153 · XII NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XII NOTICE BIOGRAPHIQUE

Il ne serait pas étonnant, après tout, que déjà rêveur et savourant la félicité de ne faire nulle chose, il eût mal apprécié les mérites de ses pédagogues. Ces natures de génie se développent surtout par leur sève intérieure, sans qu'il faille trop se demander ce que, dans leur première croissance, elles ont pu devoir à la culture.

Arrivé à la fin de ses études de collège, la Fontaine dut se diriger vers une carrière. Il en choisit d'abord une, ou peutêtre on la choisit pour lui, à laquelle il n'était certes pas appelé par une vocation très-sûre. « A l'âge de dix-neuf ans, dit d'Olivet', il entra dans l'Oratoire, et dix-huit mois après, il en sortit. Quand on aura vu quel homme c'étoit, on sera moins en peine de savoir pourquoi il en sortit, que de savoir comment il avoit songé à se mettre dans une maison où il faut s'assujettir à des règles. » Cette entrée de la Fontaine au noviciat des oratoriens, lorsqu'il était plus près de vingt ans que de dix-neuf, n'est pas un fait douteux. Il se trouve ainsi constaté dans les Annales manuscrites de la maison de l'Oratoire établie rue Saint-Honoré : « Le 27 (avril 164 1), M. Jean de la Fontaine, âgé de vingt ans, a été reçu pour faire les exercices de piété de nos confrères. Il est de Château -Thierry et fils de Charles, conseiller du Roi et maître des eaux et forêts de ce duché^.» Adry, qui fut bibliothécaire de l'Oratoire (son témoignage a donc ici de l'autorité), complète celte mention authentique, bien connue de lui assurément (il est d'accord sur la date du 27 avril 1641) : « Son exemple, dit-il ', y attira, au mois d'octobre, son frère puîné*, qui ne sortit de l'Oratoire qu'en i65o^. Jean fut envoyé au séminaire de Saint-

I, Histoire de V Académie, p. 3i4-

a. Annales de la maison de l'Oratoire..., tome I, p. 21a, Archives nationales, M. M. GaS.

3. Dans la note 2 des pages xxii et xxiii de la Vie de la Fontaine, déjà citée, qui est en tête de l'édition de 1806 des Fables choisies.

4. Voyez aux Pièces justificatives, n" 11, l'acte de baptême de ce frère puîné.

5. £n effet, dans les Catalogues alphabétiques (dressés en 17 10), des Noms des prêtres et confrères reçus dans la Congrégation de V Oratoire {Archives nationales, M. M. 207), on lit au feuillet ag T* du second catalogue : « Claude de la Fontaine de Château-Thierry, 164 1 ;

SUR LA FONTAINE. xm

Magloire le 28 octobre, et il y resta environ un an, a|)f(;s le- (jiiel il n'est plus fait mention de lui dans les registres de cette C()ngrégati(»n. » Jusqu'ici rien (|ui ne soit d'accord avec les documents les plus certains. Mais Adry ajoute : « Ce goût passager pour l'état ecclésiastique pouvoit lui avoir été inspiré par G. Iléricart, chanoine de Soissons, qui à cette époque lui (it présent, entre autres livres de piété, d'un Lactance de l'édition de Tournes, Lyon, i548, exemplaire que je possède. » Cette explication d'une ferveur d'un moment, qui n'est présentée qti'à titre de conjecture, Walckenaer et Sainte-Beuve l'ont admise *. Moralement, et à n'en juger que sur la connaissance du caractère de la Fontaine, elle est loin d'être invraisemblable. Il ne faudrait pas trop s'étonner que, de l'auteur des Contes et de l'élève de M. Ilamon, qui a écrit Esther\ le plus enflammé de zèle pour l'état ecclésiastique, à une heure fugitive, il est vrai, de jeunesse, et celui qu'on pourrait le moins soupçonner de s'y être laissé engager par l'espoir d'un bénéfice, c'eût été le premier plutôt que le second. La bizarrerie ne serait qu'apparente. L'imagination et l'âme naïve de la Fontaine étaient ouvertes à tous les enthousiasmes, de quelque côté qu'en soufflât le vent ; il n'y avait rien dont il ne fût prêt à s'éprendre, pas une voix qui ne trouvât en lui un facile écho, sans qu'il y ait à excepter celle de la dévotion. On sait à quel point le charma, bien des années plus tard, le prophète Baruch : pourquoi, dans sa jeunesse, des lectures chrétiennes, faites dans des livres que l'on pouvait lui avoir prêtés, n'auraient-elles pas, les pieux conseils aidant, exercé sur lui la même séduction ? Nous n'aurions donc aucune objection à ce que suppose le bibliothécaire de l'Oratoire, s'il ne s'en rencontrait une, la plus sérieuse qu'il puisse y avoir, une objection de date. Guillaume Héricart, docteur en Sorbonne, chanoine de la cathédrale de Soissons, était neveu de Marie Héricart, qui devint la femme de la Fontaine. Son père, Louis Héricart, était né en 1629*, et lui-même ne vint au

sort i65o » ; et au feuillet 10 v" du premier catalogue : « Jean de la Fontaine, 1641 ».

1. Histoire de la vie.,., de la Fontaine^ tome I, p. 4» *t Causeries du lundi^ tome VII, p. Sac.

2 . Nous devons ces renseignements sur le chanoine de Soissons

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