‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 112 sur 153 · OEuvres de J. Racine^ tome I, p. 3a · texte numérisé non relu

OEuvres de J. Racine^ tome I, p. 3a

SUR LA FONTAINE. clv

'< Autant il c'toit aimable par la douceur du caractère, autant il l'otoit peu par les agréments de la société. Il n'y mettoit jamais rien du sien ; et mes sœurs qui, dans leur jeunesse, l'ont souvent vu à table chez mon père, n'ont conservé de lui d'autre idée que celle d'un liomtne fort mal|)ropre et fort ennuyeux. Il ne parloit point, ou vouloit toujours parler de Platon. » Et dans ses Réflexions sur la poésie ' : « Jamais auteur ne fut moins propre à inspirer du respect par sa présence. Il étoit l'objet des railleries de ses meilleurs amis. » Saint-Simon, qui, il est vrai, n'était déjà plus qu'un écho, a dit aussi : « La Fontaine, si connu par ses fables et par ses contes, et toutefois si pesant en conversation *. »

L'auteur du Portrait de M. de la Fontaine, dans les OEuvres posthumes ', a voulu réfuter la Bruyère qui, selon lui, « a plutôt songé à faire un beau contraste.... qu'un portrait qui ressemblât, n II se contente cependant de beaucoup atténuer, sans contredire absolument : « Il étoit semblable à ces vases simples et sans ornements qui renferment au dedans des trésors infinis; il se «égligeoit, étoit toujours habillé trèssimplement, avoit dans le visage un air grossier; mais cependant, dès qu'on le regardoit un peu attentivement, on trouvoit de l'esprit dans ses yeux; et une certaine vivacité, que l'âge même n'avoit pu éteindre, faisoit voir qu'il n'étoit rien moins que ce qu'il paroissoit. , . . Dès que la conversation commençoit à l'intéresser et qu'il prenoit parti dans la dispute, ce n'étoit plus cet homme rêveur : c'étoit un homme qui parloit beaucoup et bien.... Il étoit encore très-aimable parmi les plaisirs de la table; il les augmentoit ordinairement par son enjouement et par ses bons mots; et il a toujours passé, avec raison, pour un très-charmant convive. » Cette apologie est mesurée et ne semble pas trop complaisante ; on y doit être bien près de la vérité. D'Olivet est d'accord sur beaucoup de points, bien qu'U commence par quelques traits qui rappellent l'excessive dureté des expressions de la Bruyère : « A sa phy-

Page 1