‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 139 sur 153 · I. Ci-dessus, p. cxcvi · texte numérisé non relu

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de leur sympathie, ils e'taient restés les mêmes! Les attendrissants témoignages de leur vieil attachement nous rendent comme présents les derniers jours de la Fontaine. Nous le voyons livré aux alarmes , non d'un faible cœur qui tient encore à la vie, mais d'une âme timorée, et soutenu par l'amitié qui l'encourage et le rassure. Si nous ne rencontrons alors Maucroix près de lui que par ses lettres, sans nul doute c'est qu'il était alors retenu par quelque devoir indispensable . On aime à se représenter du moins qu'il y avait là Racine, plein de persuasive éloquence dans ses consolantes exhortations, d'autres amis encore, les d'Hervart avant tous. Où était, demandera-t-on peut-être, Mlle de la Fontaine, dont nous ne parlons plus depuis longtemps ? Nous ne l'avons pas oubliée , mais nous ne la retrouvons pas : elle a si bien disparu! Il était naturel de ne pas évoquer son souvenir, quand il fallait suivre la Fontaine au Temple. Au lit de mort du poète, on la cherche. Si elle y avait été, il est probable que nous le saurions. Nous ne croyons apercevoir là d'autre épouse en pleurs que la Muse : compagne idéale de sa vie, dont, à cette heure des adieux, la figure semble un peu froide. La Fontaine mourant se répéta-t-il tout bas ce touchant « Ah! si....» de Philémon et Baucis ? Quand nous faisons remarquer que parmi les amis de la dernière heure et les témoignages, qui sont restés, de leurs regrets, on ne trouve aucune trace de la femme du poète, ce n'est point pour nous en étonner, ni pour accuser celle-ci : le lien de ces deux existences avait été si relâché que, le jour où il se rompit, l'événement ne put être grand pour l'épouse sans foyer domestique. Le mercredi i3 avril 1695, la Fontaine mourait à l'hôtel d'Hervart « avec une constance admirable et toute chrétienne, » dit Charles Perrault^. Il était âgé de soixante-treize ans et neuf mois. Maucroix, dans ses Mémoires^ ^ a laissé cette note : « Le i3..., mourut à Paris

I. Les Hommes illustres, p. 84- — On trouvera aux Pièces Justificatives, n" VII, l'acte d'inhumation de la Fontaine. — D'Olivet (p. 33i) parle d'une tisane rafraîchissante qui hâta sa fin. Ce détail, plus ou moins certain, a peu d'intérêt, lorsque depuis longtemps ses jours étaient comptés.

a. OEuvres diverses, tome II, p. 353 et 354.

SUR LA FONTAINE. cet

mon très-cher et très-fidèle ami, M. de la Fontaine; nous avons <'té amis plus de cinquante ans, et je remercie Dieu d'avoir conduit l'amitié extrême cjiie je lui portois jusque» à une si grande vieillesse, sans aucune interruption ni aucun refroidissement, pouvant dire que je l'ai toujours tendrement aimé, et autant le dernier jour que le premier. Dieu, par sa miséricorde, le veuille mettre dans son saint repos! C'étoit l'âme la plus sincère et la plus candide que j'aie jamais connue : jamais de déguisement, je ne sais s'il a menti en sa vie; c'étoit au reste un très-bel esprit, capable de tout ce qu'il vouloit entreprendre. Ses fables, au sentiment des plus habiles, ne raournmt jamais, et lui feront honneur dans toute la postérité. » Sur la sincérité ingénue de la Fontaine, Maucroix a touiours parlé de même. Dans une lettre adressée en 1702 à un Père de la compagnie de Jésus *, que l'on croit être d'Olivet, il répétait textuellement, l\ ce sujet, les paroles qu'au moment même de la douloureuse perte il av^it écrites dans ses Mémoires^ ajoutant : « M. de la Fontaine ne ment point en prose, disoit Mme de la Sablière. » D'Olivet rend un semblable hommage au bon la Fontaine, dont l'âme avait toujours été transparente : « Vrai dans sa pénitence, comme dans tout le reste de sa conduite, et n'ayant jamais songé à tromper en rien ni Dieu, ni les hommes^. » D'Olivet pouvait attester la vérité de son austère pénitence ; car il avait vu, entre les mains de Maucroix, le cilice qu'on trouva sur la Fontaine, lorsqu'on le déshabilla pour l'ensevelir *. Maucroix possédait peut-être déjà cette précieuse relique, lorsque Boileau lui écrivait seize jours après la mort de leur ami : « Les choses hors de créance qu'on m'a dites de M. de la Fontaine sont à peu près celles que vous avez devinées ; je veux dire que ce sont ces haires, ces ciliées et ces disciplines dont on m'a assuré qu'il usoit fort fréquemment, et qui m'ont paru d'autant plus incroyables de notre défunt ami, que jamais rien, à mon avis, ne fut plus éloigné de son caractère que ces mortifications. Mais quoi ? la grâce de Dieu ne se borne pas aux

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