Fable iv du livre XI
excvi NOTICE BIOGRAPHIQUE
pas lui déplaire de se voir entouré de la gloire de Psyché, un de ses rêves poétiques, et des peintures de Mignard, homme de Champagne comme lui, et depuis longtemps son ami.
Il vécut là, deux ans encore après la maladie, jugée mortelle, qui avait été l'occasion d'un si grand changement dans ses sentiments. « Il tint, dit l'abbé Pouget, la parole qu'il avoit donnée, La première fois qu'il fut en état d'assister à l'Académie, il renouvela la protestation qu'il avoit faite avant la réception du saint viatique, et il lut à l'assemblée une paraphrase en vers françois de la prose des morts Dies iras. » Dans ce dernier détail il doit y avoir une erreur de mémoire sur le jour. La paraphrase du Dies irge^ qui n'est pas à dédaigner (sans en exagérer la beauté, elle donne un démenti à ce qui se disait de l'intelligence éteinte du poète), fut lue à l'Académie le jour de la réception de l'abbé Bignon et de la Bruyère (i5 juin 1698), non par la Fontaine lui-même, mais par l'abbé Lavau*. Il n'est pas vraisemblable qu'il y en ait eu deux lectures. La Fontaine, qui fut si bien et si justement loué dans le discours de la Bruyère ^, était sans doute absent et retenu chez lui par l'état de sa santé ; ou bien sa voix affaibUe ne lui permit pas de réciter lui-même ses vers. Si c'eût été en cette occasion qu'il eût renouvelé sa rétractation, le Mercure galant^ qui a longuement parlé de la séance, ne l'aurait-il pas dit? Il est donc à supposer que c'était déjà chose faite dans quelqu'une des assemblées moins solennelles de la Compagnie, où il aimait à se trouver. Il ne cessa jamais de se réunir à ses confrères le plus souvent qu'il lui fut possible. Il écrivait encore à Maucroix, le 10 février 1695, lorsqu'il était et se sentait bien près de la mort : « Voilà deux mois que je ne sors point, si ce n'est pour aller un peu à l'Académie, afin que cela m'amuse. » Écrites par tout autre, des paroles d'un tour si singulièrement naïf sembleraient marquer un esprit qui avait perdu un peu de sa fermeté ; mais il avait eu, de tout temps, de ces traits de bonhomie. Si l'on y trouve un signe d'enfance, cette enfance, qui, chez lui, s'alliait avec la force du génie, fut celle de toute sa vie. Dans cette même lettre, que nous retrouverons
I. Mercure galant de juin 1698, p. 283. a. Œuvres de la Bruyère^ tome II, p. 461-
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tout à l'heure, il n'y a rien (|iii ik; soit d'iino raison trôssaiiic ; elle ne n)aiu|(i(; niôiiio pas d'iiiK; loucliaiitc )!lo(|ii(!nce. Lorsque la Fontaine eut repris (pii!l(ni<'s forces, il |)ut s'occuper (le la publication d'ini dernier recueil de ses fables, qn fut achevé d'imprimer le i""" septembre lOy'i. Il |)orte la date de 169/1. '^ y ^^ ®"'-> liHïiême année, une seconde édition, avec la mention : Ci//f/ui(''tne /uirtie. C'est aujourd'hui le livre XII. L'é|)ître qui le dt'die au duc de Hourf,'ofj[ue, et qui est d'une j)lume très-bonne encore, a et»; probablement écrite au moment de l'impression du recueil. L'indication que donne sur la date cette phrase : « la paix qui semble se rapprocher, » n'est pas, il est vrai, tout à fait précise, la paix, longtemps attendue, ayant pu, à dilférents moments, paraître prochaine. Cependant, non sans vraisemblance, Walckenaer est d'avis que l'espc-rance exprimée là fait allusion aux dispositions pacifiques de Louis XIV, après la victoire de Neerwinde (29 juillet 169Î). Les fables du nouveau recueil, bien que la Fontaine ait dit dans la première : « Mon esprit diminue, » contredisent ce mot, et sont la plupart excellentes ; beaucoup, il est vrai, mais non point toutes, étaient faites depuis assez l(mgtemps et déjà connues. Dix avaient été publiées en i685, dans les Ouvrages de prose et de pnésie de Maucroix et de la Fontaine; trois, les Compagnons d' Ulysse, les Deux Chèvres, le Thésauriseur et le Singe, dans le Mercure galant de décembre 1690, de février et de mars 1691. La dernière du ■ivre, le Juge arbitre, V Hospitalier et le Solitaire, est celle ^ui a été composée le plus tard. La pensée qui l'a inspirée lous paraît se rattacher aux préoccupations de la Fontaine, lepuis qu'il ne plaisantait plus, comme en 1691, sur les eriiites, c'est-à-dire depuis qu'il s'était vu aux portes du tomjeau. Il est permis de la croire écrite peu de temps avant jue le P. Bouhours l'insérât dans son /?<?.• 'Y de vers choisis, jui parut en 1698, et dont Vach^vé di'vi)rtmer est daté du [•^■■juin^ La Fontaine, comparant, dans cet a)()logue, la vie ictive, pleine de déceptions pour ceux mêmes qui la mettent
I. Le même recueil a de la Fontaine le Soleil et les Grenouilles fable XXIV du livre XII;, les vers à M. Simon de Trojres, et l'épître i Huet.
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au service de leurs semblables, et la vie solitaire qui nous permet d'apprendre à nous connaître nous-mêmes dans le recueillement, donne la préférence à celle-ci. Ce n'était plus la paresse de ce Jean qui faisait de son temps les deux parts que l'on sait ; mais, sous une forme plus sérieuse, plus religieuse, c'était le même goût du repos. « Tous chemins, disaitil, vont à Rome. » Le meilleur était pour lui le petit chemin oîi se trouve la tranquillité. On se convertit, mais un certain fond persiste; le caractère a des traits indélébiles. Le Juge arbitre était un adieu aux Fables :
Cette leçon sera la fin de ces ouvrages.
Dans ce congé donné à la plus charmante de ses Muses, quelle simplicité ! On en est plus touché que de YExegi monumentum d'Horace. Qui aurait eu le droit plus que la Fontaine de dire : a Je ne mourrai pas tout entier » ?
On s'étonnera peut-être que le recueil de 1694 contienne, à la suite des fables, la nouvelle de Belphégor. Mais elle y fut imprimée sans les vers qui la dédiaient à la Champmeslé. Ce retranchement parut sans doute à la Fontaine ne plus rien laisser là qui pût scandaliser, et il ne crut pas que Belphégor pût être confondu avec ces contes qu'on lui avait fait détester. Après ses dernières fables, il n'entreprit plus que la traduction de quelques hymnes de l'Église, et « il n'alla pas loin, » dit d'Olivet. Ce qu'il en écrivit ne nous a pas été conservé. Ses Œuvres posthumes ont seulement quelques stances, évidemment composées vers le même temps, Sur la soumission que l'on doit à Dieu. On y retrouve, au début, quelque chose de la pensée de sa dernière fable, et l'on croit voir que les deux ouvrages ont été composés dans la même disposition d'esprit. Dans une lettre à Maucroix (26 octobre 1694) dont il reste un fragment, la Fontaine parle de ses poésies religieuses, qui n'étaient que commencées : « J'espère que nous attraperons tous deux les quatre-vingts ans et que j'aurai le temps d'achever mes hymnes. Je mourrois d'ennui si je ne composois plus. Donne-moi tes avis sur le Dies irœ^ dies illa^ que je t'ai envoyé. J'ai encore un grand dessein, oîi tu pourras ra' aider. Je ne te dirai pas ce que c'est, que je ne l'aie avancé un peu davantage. » Il est regrettable qu'il n'ait pas fait connaître
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ce dessein. On peut du reste être certain <|u'il se rapportait à SCS pieuses pensées, 11 le dit grand ; et l'avoir conçu tel eat une preuve qu'il ne s'assurait pus que le ressort de son imagination fût entièrement brisf;; mais la force d'exécuter ce (|u'il méditait lui n)an(|ua. Il sentit, au commencement de lOijS, que le dernier terme a|)prociiait, sans rémission cette fois, et que ses amis se trompaient, ou ciierchaient à le tromper lui-même, en lui disant que son mal était surtout dans son es|)rit frappé. L'appel de la tombe se faisait clairement entendre. Le i6 février, dans la lettre à Maucroix, dont nous avons cité une phrase sur l'amusement qu'il trouvait à l'Académie*, il écrivait: « Je t'assure que le meilleur de tes amis n'a plus à compter sur quinze jours de vie. » La. veille du jour dont est daté ce billet, il avait été pris, au milieu de la rue du Chantre, d'une si grande faiblesse qu'à ce moment il crut mourir : « O mon cher, mourir n'est rien ; mais songestu que je vais comparoître devant Dieu ? Tu sais comme j'ai vécu. Avant que tu reçoives ce billet, les portes de l'éternité seront peut-être ouvertes pour moi. » Maucroix lui répondit : « Mon cher ami, la douleur que ta dernière lettre me cause est telle que tu te la dois imaginer. Mais en même temps je te dirai que j'ai bien de la consolation des dispositions chrétiennes où je te vois. Mon très-cher, les plus justes ont besoin de la miséricorde de Dieu. Prends-y donc une entière confiance, et souviens-toi qu'il s'appelle le père des miséricordes et le Dieu de toute consolation. Invoque-le de tout ton cœur. Qu'est-ce qu'une véritable contrition ne peut obtenir de cette bonté infinie ? Si Dieu te fait la grâce de te renvoyer la santé, j'espère que tu viendras passer avec moi les restes de ta vie, et souvent nous parlerons ensemble des miséricordes de Dieu. Cependant, si tu n'as pas la force de m'écrire, prie M. Racine de me rendre cet office de charité, le plus grand qu'il me puisse jamais rendre. Adieu, mon bon, mon ancien et mon véritable ami. Que Dieu, par sa très-grande bonté, prenne soin de la santé de ton corps et de celle de ton âme! » Ils étaient bien changés et de langage et de pensées, les joyeux camai'ades des années légères ; mais comme, par la constance