I. La Fontaine, dans une chanson, a dit de lui
Tandis qu'il étoit avocat,
11 n'a pas fait gain d'un ducat.
a . Voyez l'article Jean de la Fontaine dans la Biographie générale. 3. OEuvres de Malherbe^ tome I, p. 282, poésie lxxii, vers 68 : Tous métaux seront or, toutes fleurs seront roses, La Fohtaine. i b
xviii NOTICE BIOGRAPHIQUE
par quelques réserves, certaines imprudences de sa vieille admiration, il ne la reniait pas, puisque, un peu plus loin, dans cette épître, regrettant les beaux temps de l'Ode, qui « baisse un peu, » il s'écriait (vers 98-96) :
Malherbe, avec Racan, parmi les chœurs des anges, Là-haut de l'Eternel célébrant les louanges, Ont emporté leur lyre ; et j'espère qu'un jour J'entendrai leur concert au céleste séjour.
Il ne pouvait être ingrat pour celui dont il a été certainement le disciple, un disciple qui a surpassé le maître dans un grand nombre de vers où, quelque simple que soit le genre de ses ouvrages, il s'est élevé jusqu'à la haute poésie.
Si l'on s'est trompé en cherchant Voiture où il fallait reconnaître Malherbe, ce n'est pas à dire que la Fontaine n'ait pas dû quelque chose aussi au spirituel écrivain cher à l'hôtel de Rambouillet. On ne peut oublier que, parmi ceux dont il n'a pas négligé les traces, notre poète, dans une lettre à Saint- Évremond, de la même année que l'épître à Huet, a donné place à maître Vincent aussi bien qu'à maître Clément, ajoutant à ces noms, avec une courtoisie qui n'était pas imméritée, le nom de son correspondant :
J'ai profité dans Voiture, Et Marot, par sa lecture.
M'a fort aidé, j'en conviens.
Je ne sais qui fut son maître \ Que ce soit qui ce peut être, Vous êtes tous trois les miens.
« J'oubliois, continue-t-il, maître François {Rabelais)^ dont je me dis encore le disciple. y>
Quand il mettait tant de bonne grâce à ne pas désavouer ses premiers modèles, il n'était plus jeune, et se rendait compte assurément des défauts mêlés aux agréments de Voiture, de bien des traits recherchés, plus encore chez lui que chez Malherbe; mais il ne serait pas surprenant qu'il eût toujours gardé un faible pour l'agréable badinage de ce bel esprit. Au temps où il commença à aimer les vers, la séduction qu'exerça sur lui Voiture s'explique encore mieux. Voiture était alors de l'Académie, et il n'était pas contesté qu'il y fût, parmi ses con-
SUR LA FONTAINK. xix
ffcrrcs, un des |)Ius illustres, Roaucoiip plus tard, Boilcau semblait le mettre au rang d'Horace'; et même à une époque où, avec un goi1t plus sévère, il lui (it une plus juste part, il l'appelait encore
Cet auteur si charmant
Et pour mille beaux traits vante si jusicraent*.
Il y a une petite comédie, ou plutôt églogue, de la Fontaine, intitulée : Cfywènc, et peu lue aujourd'hui, quoique maints vers en soient fort jolis. Elle a été publiée en 167 1, mais écrite beaucoup plus tôt, avant la chute de Foucquet, comme le |)rouve un de ses vers ' qui rend hommage aux surintendants. Nous en rapporterions volontiers la composition aux premiers temps des relations du poète avec l'opulent Mécène; elle porte, ainsi que l'a bien remarqué Walckenaer *, d'évidentes marques de jeunesse. Elle nous apprend, plus certainement encore par sa date que les vers de 1687, tout à l'heure cités, parmi quels auteurs la Fontaine chercha de bonne heure ses modèles. Cette comédie de Clymène mettant tout d'abord Apollon en scène avec les Muses, l'occasion s'offrait de faire louer par ce dieu les poëtes qui lui plaisent. « Essayez, dit-il à Calliope,
Un de ces deux chemins qu'aux auteurs ont frayas Deux écrivains fameux : je veux dire Malherbe, Qui louoit ses héros en un style superbe, Et puis maître Vincent, qui même auroit loué Proserpine et Pluton en un style enjoué; »
ce maître Vincent, ajoute-t-il,
dont la plume élégante
Donnoit à son encens un goût exquis et fin, Que n'avoit pas celui qui partoit d'autre main.
Il donne à Erato un conseil à peu près semblable : ;
Chantez-nous
Non pas du sérieux, du tendre, ni du doux,