XXXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE
trop gaulois que d'y chercher matière à une si odieuse et si absurde accusation. Dans l'anecdote du plaisant duel nous avons le vrai la Fontaine, non certes un jaloux, il n'en avait pas l'étoffe; pas davantage, si débonnaire qu'il fût, un homme sans honneur. Quant à sa femme, elle n'est pas là sérieusement compromise ; on voit seulement qu'il lui manque d'être protégée contre les méchantes langues par ce respect dont l'affection fidèle du mari entoure le foyer domestique. Cette protection eût mieux valu que celle de l'épée, si étonnée d'être à la main du bonhomme.
Essayons de connaître un peu Mlle de la Fontaine. Nous avons entendu d'Olivet dire qu'elle « ne manquoit ni d'esprit, ni de beauté'. » Fréron lui donne la même louange*. De sa beauté nous jugerions difficilement par le portrait que l'on attribue au pinceau de Mignard'. Nous n'en connaissons pas la date; mais il ne semble pas celui d'une jeune femme. Il ne serait donc pas étonnant que les attraits vantés ne s'y trouvassent plus guère. Quelques personnes ont cru y reconnaître la désagréable dame Honesta ; ce ne serait pas du moins en se rappelant que la Fontaine a dit de celle-ci qu'elle était belle. Au reste il ne nous paraîtrait pas équitable de concevoir, à la vue de cette image retracée trop tard, et qui semble un peu maussade, aucun préjugé contre la beauté que la tradition attribue à Mlle de la Fontaine, ni contre l'agrément de son caractère dans ses jeunes années.
Quant à ce caractère, dont il est surtout intéressant de tâcher de se faire une juste idée, on ne saurait mieux s'adresser qu'à la Fontaine lui-même, pour en trouver quelques traits. Il nous les fournit dans les lettres qu'il adressait à sa femme, en i663, après quinze ans de mariage.
On y chercherait en vain quelque indice de cette vertu acariâtre, qui expliquerait, à en croire d'Olivet, l'éloignement de son mari. Ce qu'il lui reprochait, c'était d'avoir les goûts