‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 30 sur 153 · OEuvres de Jean Racine^ tome I, p. Say et 3a · texte numérisé non relu

OEuvres de Jean Racine^ tome I, p. Say et 3a

4. Antoine Poignant, né le 37 avril 1628, et dont parle ici Louis Racine, n'était pas seulement ami, mais parent de son père. Il était lils de ?sicolas Poignant et de Jeanne Cliéron. Celle-ci était sœur de Marguerite Cliéron, grand'mère de Jean Racine. Le père de Jeanne et de Marguerite était Emery Chéron, qui, du côté maternel, descendait de Pierre Drouart, un ancêtre de notre 3Iarie Héricart. Poignant était donc, quoique à un degré éloigné, parent aussi de Mlle de la Fontaine.

sua LA FONTAINE. xxxv

<lor salisfjictinn, IV'im'c à la main, à celui (jiii nous déshonore : « Eh hicnl dit la Fontaine, je la demanderai. » Il va le lendemain, à quatre heures du matin, chez M. Poignan, et le trouve au lit : « Lève-toi, lui dit-il, et sortons ensemble. » Son ami lui demande en quoi il a besoin de lui, et quelle affaire pressée l'a r(;ndu si matiiieux ; « Je t'en instruirai, répond la Fontaine, quand nous serons sortis. » Poignan se lève, s'habille, sort avec lui, et le suit jusqu'aux Chartreux*, en lui demandant toujours où il le mène : « ïu vas le savoir, » répondit la Fontaine, qui lui dit enfin, quand ils furent derrière les Chartreux : « Mon ami, il faut nous battre. » Poignan surpris lui demande en quoi il l'a offensé, et lui représente que la partie n'est pas égale : « Je suis un homme de « guerre, et toi tu n'as jamais tiré l'épée. » — « N'importe, « dit la Fontaine, le public veut que je me batte avec toi. » Poignan, après avoir résisté inutilement, tire son épée par complaisance, se rend aisément le maître de celle de la Fontaine, et lui demande de quoi il s'agit. « Le public prétend, « lui dit la Fontaine, que ce n'est pas pour moi que tu viens « tous les jours chez moi, mais pour ma femme. — Eh ! <c mon ami, répond Poignan, je ne t'aurois pas soupçonné ce d'une pareille inquiétude, et je proteste que je ne mettrai (c plus les pieds chez toi! — Au contraire, reprend la Fonce taine en lui serrant la main, j'ai fait ce que le public voucc loit : maintenant je veux que tu viennes chez moi tous les « jours, sans quoi je me battrai encore avec toi. n

La scène est excellente, et n'eût-on pas la caution de Louis Racine, on y croirait encore. Furetière (nous sommes presque honteux de parler des calomnies de ses haineux factums) a voulu faire de la Fontaine un mari qui, non content de souffrir avec patience les coquetteries de sa femme, y trouvait peut-être avantage. Il insinue que, dans le conte de la Coupe enchantée, il vante si bien ce que les maris trompés peuvent gagner à leur malheur, qu'il y a apparence que du sien il a tiré bon parti ^. C'était lui faire payer un peu cher un badinage

1. Cette désignation du lieu de la rencontre suppose, si nous ne nous trompons, que la scène se passa à Paris. On en est un peu étonné.

Page 1