XXXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE
importe ? de l'humeur dont je vous connois, une galanterie sur ces matières vous plaira plus que tant d'observations savantes et curieuses. » Mlle de la Fontaine connaissait un peu Tibère et Livie, dont il lui parle à propos de leurs bustes, mais c'était seulement par M. de la Calprenède'. Il n'échappait pas à la Fontaine que toutes ces lectures romanesques, sans correctifs sérieux, pouvaient, outre les dangers de l'ennui, en avoir d'une autre nature; mais s'il l'avertissait qu'il les soupçonnait, c'était pour en rire. Il lui racontait^ qu'il avait trouvé à Châtellerault une jeune parente qu'il aurait voulu mieux connaître, si le temps ne lui avait pas manqué. « J'aurois découvert ce qu'elle a dans l'àme, et si elle est capable d'une passion seci^ète. Je ne vous en saurois apprendre autre chose, sinon qu'elle aime fort les romans ; c'est à vous, qui les aimez fort aussi, déjuger quelle conséquence on en peut tirer. » Voilà prévoir la conséquence en mari très-philosophe. Il montre très-bien cette philosophie dans un autre passage des mêmes lettres. A propos des deux captifs de Michel-Ange, dans le château de Richeheu, il lui dit : « Je pense bien qu'il y a eu autrefois des esclaves de votre façon qu'on a estimés ; mais ils am'oient de la peine à valoir autant que ceux-ci*. » On ne saurait parler avec plus de désintéressement des soupirants de sa femme. Était-ce simple habitude de flatter les belles en leur parlant des fers qu'elles avaient donnés, et simple jeu d'esprit? Il se peut; mais oublier si parfaitement à qui et de qui il parlait, la distraction ou l'insouciance étaient fortes.
On dira que dans des lettres où il se jouait à la façon de Voiture il doit y avoir parfois quelque chose de plus impersonnel qu'on ne le suppose quand on y va chercher des renseignements biographiques et de vivants portraits. Les poètes ont leurs « Iris en l'air. » Ne se peut-il que ces badinages épistolaires, à la mode du temps, nous donnent aussi, dans leur Demoiselle de la Fontaine, un personnage en l'air ? Admettons-le pour certaines plaisanteries, comme celle des cap-