‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 34 sur 153 · Lettre du 12 septembre i · texte numérisé non relu

Lettre du 12 septembre i

SUR LA l'ONÏAIlVE. xxxix

tifs. Mais ce qui, sans mil doulc, ne saurait êltc pris pour un simple jeu d'esprit, c'est le tableau (jue l'on entrevoit là de ce ménage très-léger, où lu Fcmtaine avait fait entrer le nonchaloir et la frivolité ; c'est la physionomie de cette jciuk; femme désœuvrée, presque toujours d('laissée, qui ne prend plaisir, quand ce n'est pas ennui, que dans les bavardages des caillettes, ou dans la lecture de fadaises.

Il nous semble que ces lettres nous apprennent sur elle autre chose encore : qu'elle était femme d'esprit, tout au moins d'esprit assez orné, quelle que fut la qualit(' de cet ornement, et avec qui ce n'était point peine perdue de se mettre en frais de traits piquants, d'élégantes desci'iptions, de prose agréablement tournée et de jolis vers. Quoique cette correspondance fût apparemment destinée à passer de mains en mains dans les cercles lettrés, et que, sous le couvert de sa femme, la Fontaine l'adressât à toute la nation du Parnasse, il fallait qu'il y eût au moins quelque vraisemblance à parler à IMUe de la Fontaine la langue des beaux esprits, et qu'elle fût connue pour être en état de l'entendre. C'était en effet, nous en avons des preuves, l'idée que l'on avait d'elle. Un an avant ces lettres du voyage dans le Limousin, Racine qui, d'Uzès, en écrivait à la Fontaine de non moins littérairement ornées, lui disait, après l'avoir prié de lui renvoyer ses Bains de Vénus et de lui mander en même temps quel jugement il en portait : « Je fais la même prière à votre académie de Château-Thierry, surtout à Mlle de la Fontaine. Je ne lui demande aucune grâce pour mes ouvrages ; qu'elle les traite rigoureusement ^ 5> Quand on supposerait un peu de politesse à reconnaître pour arbitre du goût une compatriote de la Ferté-Milon'^, il y devait cependant avoir quelque prétexte. Il n'est pas à présumer que personne eût fait de ces politesses-là à Mme Racine. Le rapprochement de la mention de l'académie de Château-ïhierry et du nom de Mlle de la Fontaine nous paraît avoir ce sens, que celle-ci avait sa place dans ce bureau d'esprit, où l'on doit supposer que les femmes étaient admises aussi bien que les

1. Lettre du 4 juillet 1662 : voyez au tome VI, p. 494i des OEuvres de J. Racine.

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