‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 43 sur 153 · L NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

L NOTICE BIOGRAPHIQUE

ne reconnut pas. Il tiouva qu'il parlait avec esprit, et en fit la remarque. On lui apprit alors qui il était. « Ah! dit-il, j'en suis bien aise. » Ne sont-ce pas là des légendes? Mais la Fontaine a dû y donner quelque prétexte par cet oubli de son fils, trop semblable à celui où il mettait sa femme.

Une histoire manuscrite de Château-Thierry, qu'un abbé Hébert écrivait au commencement de ce siècle, cite un mauvais couplet de chanson sur le fils de la Fontaine :

L'héritier d'un si grand nom, Déshérité du Parnasse, Ne connoît que son flacon.

Les méchancetés des vaudevilles ne sont pas articles de foi; mais il est à croire tout au moins qu'une éducation fort négligée, malgré la prétendue tutelle de M. de Harlay, avait fait de « l'héritier d'un si grand nom » un homme assez inutile. Au témoignage d'Adry', « les amis que la Fontaine avait à Troyes procurèrent à ce fils, vers 1700, un emploi dans les Aides, qui fut entre ses mains, dit M. Grosley, précisément ce qu'il auroit été entre les mains du père. » Charles de la Fontaine fut aussi greffier du prévôt de la connétablie^.

La chronique, qu'il n'y avait ni à taire, ni à colorer, du ménage de la Fontaine, nous a paru devoir être donnée tout d'une suite. La place naturelle en était indiquée au moment où nous l'avons vu se marier. Il faut revenir au temps de sa vie qui suivit immédiatement ce mariage. Nous avons là des années qui, jusqu'au jour du patronage de Foucquet, ne sont pas celles qui offrent de lui les plus intéressants souvenirs : nous l'y trouvons surtout aux prises avec les embarras d'argent; et nous manquons d'informations suffisantes sur ses essais poétiques de cette époque.

Un an après son mariage, et en faveur de ce mariage, son frère, le 21 janvier 1649, lui fit donation de tous ses biens présents et à venir, à la condition qu'il lui payerait, après la

t. Note i3, à la page xxvi de la Vie de la Fontaine, par Fréron.

2. Le brevet de Charles de la Fontaine en cette qualité, daté du 4 décembre 17 14 et scellé du grand sceau, appartient à M. le vicomte Héricart de Thury.

SUR LA FONTAINE. i.i

mort (le leur ])èrc, une rente viaf:;ère de onze cents livres'. Le généreux donateur, qualilu; dans l'acte de cession « confrère de l'Oratoire de Jiîsus », est ce Claude de la Fontaine que nous avons vu à l'Oratoire', avec le confrère Jean, dont il était le puîné, étant né en iGî'i'. Sorti de l'Oratoire de Paris en i65o, et devenu prêtre oratoricn de Reims, il (init par se retirer à Nogent-l'Artaud, village voisin de Château-Thierry. S'il nous a tout à l'heure paru généreux, il ne tarda pas beaucoup à se raviser, ;\ refaire ses calculs. Le contrat de mariage de son frère, qu'il devait cependant avoir lu avant sa donation de i6/|9, lui sembla décidément avoir fait de trop grands avantages à celui-ci. Dès iGSa, il fallut transiger avec ses repentirs et le laisser atténuer la donaticm. Six ans après, lorsque fut ouverte la succession paternelle, il ne confirma sa cession qu'à la charge d'un payement de huit mille deux cent vingt-cinq livres, que lui ferait son frère Jean, après l'avoir acquitté de toutes les dettes des héritages de leur mère et de leur père. Celui-ci était mort au mois d'avril iGSS''. Sa succession laissait peser sur notre poète un passif de trente-deux mille huit cent quatre-vingt-douze livres ; nous ne connaissons pas bien la valeur des j)ropriétés qui formaient l'actif. En tout cas, il y avait là bien des tracas d'affaires pour un homme qui n'en avait pas le goût : des ventes de biens immeubles étaient devenues nécessaires. Déjà du vivant de son père, en i656, la Fontaine avait été forcé de vendre à Louis Héricart ^ , frère de

1. Walckenaer, aux Pièces justificatives de V Histoire de la vie,.,. de la Fontaine, tome II, p. 296 et 297, a donné l'acte de cession. — Il faut y lire : « et de présent à Raroy », au lieu de : « et à présent à Razoy, »

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