Elle ne le fut qu'eu 172 1, dans les OEuvres diverses
SUR LA FONTAINE. i.xm
savait sans doute ce (juc pèse la fumée de l'encens des poètes, on avait dîl beaucoup rire.
Du mr!inc temps où la Fontaine s'acquittait envers Foucquet par ces légères productions, ou en a de lui (picUpies autres. La comédie de Cljmène, dont nous avons déjà tiré quelques citations, met, au début, ces vers dans la bouche d'Apollon :
Je garde mon emploi
Pour le» surintendants sans plus, et pour le Roi.
Il est clair qu'ils ont été écrits de i658 à 1661. La Fontaine, sous le nom d'Acaste, y est amoureux ; Clymène, objet de sa passion, est une belle de province, de Château-Thierry, ou de Reims? il ne le dit pas. Plus intéressant nous paraît le ballet des Rieurs du Beau-Richard^, qui fut écrit, deux de ses vers le prouvent, en lôig, quand se préparait le mariage de Louis XIV et de l'Infante. C'est une jolie bluette qui, par le style et par la forme des vers, ainsi que par la naïveté narquoise du dialogue, va rejoindre et continue nos anciennes Farces, et, si peu de prétention qu'elle ait, vaut mieux que tout le reste du tliéâtre de la Fontaine. L'anecdote, qui en est le sujet, a été plus tard reprise par lui dans son conte du Savetier'^, avec plus d'esprit encore, plus de fin agrément; il y en a pourtant aussi dans le ballet. La plume qui l'a écrit en se jouant y paraît déjà taillée pour les Contes. Curieux surtout comme une preuve du goût de la Fontaine pour notre vieux théâtre et de sa facilité à l'imiter, sans air de pastiche, ce n'était qu'un amusement de société. Il fut représenté, à Château-Thierry, par des amis de l'auteur, les de la Haye ' , les
I. Le carrefour de fieaM-/îic/«ar^, à Château-Thierry, où venaient les gens du marché. Il existe encore aujourd'hui, sous le même nom.
a. Le titre était d'abord Conte d'une chose arrivée à C. (Château- Thierry) -, ce fut seulement en i685 qu'un libraire d'Amsterdam le remplaça par celui du Savetier.
3. Sur Charles de la Haye, prévôt à Château-Thierry, voyez la lettre à Jannart du 29 février 16 56, et surtout la lettre à la duchesse de Bouillon de juin 1671. Sa femme Françoise Contesse fut marraine de Claude de la Fontaine. On constate l'amitié des familles, sans pouvoir dire si l'acteur dans le ballet fut ce Charles
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de Bressay*, les de la Barre*, dont nous trouvons les noms dans ses lettres, ou dans des actes de baptême qui attestent les relations intimes des familles.
Ce moment de la vie de la Fontaine, qui nous rapproche de celui où son talent, après s'être fait connaître près de Foucquet, en dehors du cercle de ses premiers amis, va se montrer enfin tout entier, est très-digne d'être observé. Le caractère de ce talent se prononce. Le poëte se souviendra toujours de Vhéroïque et du lyrique^ dans lesquels il s'était formé par l'étude de Malherbe et même des anciens, et dont il s'est inspiré dans Y Adonis et dans quelques parties de ses odes et du Songe de Faux; mais quand il s'amusait à faire revivre nos premiers essais comiques, ou que, dans ses épîtres familières, ses ballades, ses dizains, ou sizains, il suivait Marot, et revenait, avec une prédilection dont les exemples étaient de jour en jour plus rares, à la forme mèm.e des poésies d'un autre siècle, il montrait quel attrait avait pour lui tout ce qui, dans notre littérature, est d'origine, comme on dit, gauloise, avec la gaieté, la malice et la naïveté de style de nos vieux auteurs. Nous voyons ainsi deux traditions littéraires, deux sources d'inspiration se mêler en lui et se réunir à sa veine originale. Ce double courant poétique, qu'il laissa de bonne heure couler tour à tour, cessera d'être divisé et n'en formera plus qu'un seul dans les plus achevées de ses œuvres, dans ses fables.
Une lettre adressée à Maucroix, le lundi 22 août 1661', et faite évidemment pour être répandue, est le dernier écrit que nous ayons de la Fontaine, au temps de sa faveur à la cour
de la Haye, alors bien vieux, ou si ce ne fut pas plutôt quelqu'un des siens.
1. Voyez la lettre à Jannart du 5 janvier i658. M. de Bressay, cousin de la Fontaine, était Josse de son nom de famille. La marraine de la Fontaine était une dame Claude Josse ; celle du fils de la Fontaine était mariée à Jean Josse.
2. Dans un acte de baptême du 5 août i633, où la Fontaine est parrain, sa commère est une Marie de la Barre. Au baptême (1642) de deux fils de M. Hilaire de la Barre, élu en l'élection de Château-Thierry, un des parrains est Pierre Jannart.
3. Maucroix était alors à Rome, chargé d'une mission que liii avait confiée Foucquet.
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de Foiicquol. Kilo rn.irciiiait, sans (|iril s'en doutât, l'Iieuie de i'adicu (m il allait lalloii- dire à celte faveur. Sa lettre est une relation do la fameuse fête de Vaux, donnée, le mercredi |)récédent, au lloi par le fastueux surintendant. « Je ne croyois pas, dit la Fontaine, en achevant son récit, que cette relation dilt avoir une lin si tragique. » Paroles bien plus vraies qu'il ne pensait; car il n'avait en vue, quand il les écrivait, que deux chevaux d'un des carrosses de la Reine, qui, effrayés par le fracas du feu d'artilice, étaient tombés dans un fossé du château; et il ne prévoyait pas une tout autre fin tragique, une tout autre chute au fond de l'abîme qu'allait ouvrir la foudre royale dans la même magnifique demeure.
Un critique, presque toujours clairvoyant, a pris facilement son parti pour la fortune de notre poète du terrible coup d'autorité qui l'aiTacha aux loisirs faits à sa muse, en frappant son protecteur : « Il fut bon pour la Fontaine, a dit Sainte-Beuve*, que la faveur de Foucquet l'initiât à la vie du monde.... Il lui fut bon aussi que ce cercle trop libre ne le retînt pas trop longtemps. » Jusque-là, ce point de vue peut ne pas être sans vérité. Mais il ne fallait pas aller trop loin, et ajouter : « Les Contes lui seraient aisément venus dans ce lieu-là, non pas les Fables ,• les belles fables de la Fontaine, très-probablement, ne seraient jamais écloses dans les jardins de Vaux et au milieu de ces molles délices^. » Qui le sait? Pourquoi faire de cette cour spirituelle et lettrée de Foucquet une si énervante Capoue ? On parle comme si la Fontaine, lorsqu'il en sortit, avait échappé aux molles délices et commencé à vivre en ermite. Croit-on, d'autre part, que, s'il y fût demeuré, il aurait été tenu loin du commerce des beaux génies qui, par leurs exemples et leurs conseils, l'ont porté, au jugement de Sainte- Beuve, à élever le sien ? Ce fut justement pendant ces années de la puissance de Foucquet qu'il eut l'occasion de se lier avec ses illustres amis. Quelques-uns de ceux-ci, il est vrai, étaient encore trop jeunes pour que l'on fasse remonter jusqu'à ce temps leur salutaire influence; mais, préparée dès lors, elle devait agir un peu plus tard, et nous ne voyons pas
î. Causeries du lundi, tome VII, p. 522, 2. Ibidem, et p. 523.
La Fontaine, i K
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bien ce qui eût pu la gêner, si lu fortune du surintendant était restée debout et avait continué à protéger le poète.
Pour bien faire connaître quelle fut, de 1639 à 1 661, la vie de la Fontaine, il y a quelques souvenirs encore à recueillir de cette époque, avant de prendre congé des pros|)érités de Vaux. Parmi ceux que nous ne devons pas omettre , nous trouvons une tendre liaison et une rupture originale avec a femme de Guillaume Colletet. Servante d'abord du poète académicien-, et la troisième que de cette humble condition 1 avait fait passer au rang de son épouse, la belle Claudine avait ii^éduit la Fontaine par ses jolis vers, plus encore par sa jolie figure. Nous avons de lui un sonnet et un madrigal fort galants sur le portrait de Mlle Colletet, peint par Sève, un autre madrigal où il trouve à ses productions poétiques un prix que rien ne surpasse. Il y a quelque ressemblance entre sa plaisante erreur et celle du Damis de la Métromanie . Lorsqu'il trouvait si adorable l'auteur de ces vers charmants, c'était (comment ne s'en doutait-il pas?) à l'esprit du mari que s'adressaient ses adorations. Celiù-ci mourut le 1 1 février 1659. Il avait eu la prévoyance déUcate de préparer, avant de mourir, une explication poétique du silence que désormais sa femme serait forcée de garder. Il lui laissait des vers dans lesquels il se faisait dire par la veuve éplorée :
J'ensevelis mon cœur et ma plume avec vous.
Naturellement la plume ne sortit plus de cette sépulture ; les illusions et l'amour de la Fontaine y restèrent aussi. Il ne pouvait plus croire aux vers de Claudine : ce qui peut-être ne l'aurait pas beaucoup refroidi, s'il avait encore beaucoup cru à ses autres attraits. Ce fut alors qu'il chanta la gaie palinodie qui commence par ce vers :
Les oracles ont cessé.
Un de ses amis ayant paru s'étonner qu'il se fût laissé duper, il lui écrivit : « D'où venez- vous de vous étonner ainsi? Savezvous pas bien que pour peu que j'aime, je ne vois dans les défauts des personnes non plus qu'une taupe qui auroit cent pieds de terre sur elle ? Si vous ne vous en êtes aperçu, vous êtes cent fois plus taupe que moi. Dès que j'ai un grain d'amour,
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je ne maiHjiio pas d'y mêler tout, ce ([ii'il y a d'encens dans mon magasin.... Je dis des sottises en vers et en prose, et serois fâché d'en avoir dit une qui ne frtt pas solennelle.... Ce qu'il y a, c'est que l'inconstance remet les choses en leur ordre. » Voilà se peindre soi-mrMne. A de tels aveux surtout la petite comédie de ce désenchantement d'amour doit son intérêt et son sel.
Mais ce qui est plus curieux à connaître dans ces années de la protection de Foucquet, ce sont les relations où elles mirent la Fontaine avec ce que les lettres comptaient alors de célébrités déjà reconnues ou naissantes. Sous l'influence de ce milieu, sa ])aresse put recevoir une utile secousse et son génie prendre une plus claire conscience de soi-même.
Il avait d'abord, à la cour de Vaux, trouvé un ami dans Pellisson, académicien depuis la fin de lôSa, écrivain élégant en prose, et même en vers à ses heures, qui donnait dignement la réplique, comme secrétaire de Foucquet, à quelques-uns des vers adressés au surintendant par notre poète. Les amis de Pellisson, au premier rang desquels nous voyons Mlle de Scudéry, 'étaient nombreux parmi les écrivains; on ne saurait douter qu'il n'ait introduit la Fontaine auprès d'eux.
Une des personnes que Foucquet aimait le plus, qu'il aurait même voulu aimer un peu trop, était Mme de Sévigné. Le monde admirait dès lors l'esprit de l'aimable veuve, et croyait son suffrage un des plus glorieux à gagner. En plein consistoire^ dit la Fontaine^, tenu chez lui par Phébus, c'est-à-dire dans un cercle de beaux esprits, le surintendant fit lire à Mme de Sévigné l'épître à l'abbesse de Mouzon'^ qui lui plut beaucoup. Le poète la remercia de ses éloges par le dizain qui commence ainsi :
De Sévigné, depuis deux jours en çà, Ma lettre tient les trois parts de sa gloire.
Entre deux imaginations si charmantes la sympathie était naturelle ; bientôt elle devait s'accroître par une commune fidélité au malheur. Toute sa vie, nous le verrons, Mme de Sévigné fut constante dans son goût pour l'esprit de la Fontaine, dont
1. Di/.ain Pour Mme de Sévigné, vers 4> — 2. Voyez ci-dessus, p. xli.
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elle a si bien loué et les fables et les contes. On a, dans les premiers vers du Lion amoureux^ une preuve qu'après le temps de Foucquet elle n'avait pas seulement continué à reconnaître le prix des ouvrages de notre poète, mais qu'il s'était établi d'agréables relations personnelles. Cette première fable du livre IV, publiée en 1668, composée au plus tard en 1667, est dédiée à Mlle de Sévigné, la future Mme de Grignan, alors âgée de dix-neuf ans. Les gracieux vers qui mettent le fabuliste aux pieds de la belle indifférente,
Par zèle et par reconnoissance,
ne lémoignent-ils oas de 1 accueil qu'il recevait à cette date chez la mère et chez la fille ? Nous devançons les temps, voulant montrer comment s'était resserré un premier lien formé à la cour de Vaux.
Là aussi commença entre la Fontaine et Molière une amitié durable. Les deux poètes qui, au dix-septième siècle, continuèrent le mieux, en la portant à son point de perfection, la tradition du génie français, tel qu'il s'était manifesté dans les âges précédents, avaient, presque en même temps, passé, de la province, sur le seul véritable théâtre de la renommée : les premiers débuts de Molière à Paris sont de 1 658. Le 11 février 1661, une représentation de sa comédie de V École des maris, encore dans sa nouveauté, fut donnée à Vaux. Le mois suivant, les Fâcheux^ joués pour la première fois, et précédés d'un prologue fort bien tourné, dont l'auteur était Pellisson, furem, dans les jardins de la même magnifique demeure, un des divertissements de cette journée mémoiable dont nous avons vu ia Fontaine écrire la relation pour Maucroix. Il n'avait eu garde d'y oublier la pièce de Molière, et voici comment il en parlait :
C'est un ouvrage de Molière.
Cet écrivain par sa manière
Charme à présent toute la cour.
De la façon que son nom court,
Il doit être par delà Rome*.
J'en suis ravi car c'est mon homme.
Te souvient-Il bien qu'autrefois