Histoire de la vie.,,, de la Fontaine, tome I, p. aSg
SUR LA FONTAINE. lxxxix
protectrice, il plaint le gentil animal, parce que l'amour ne tronve un accès facile d'aucun des deux côtés du palais, habités l'un par la ducliossc douairière et les jeunes princesses ses (ilk's, l'autre; par sa bcllo-lille, Mademoiselle de Montpensier; et l'on voit bien cpien plai^niant le malheureux Mif^non, c'est pour son propre compte qu'il gémit. Il y a surtout l'évêfjue de Bethléem, dont la sévérité l'empêche de trouver cette cour très-réjouissante. Ce fut seulement lorsque la belle Poussay y arriva qu'il eut la consolation de croire que tout Paphos 1 y avait suivie, comme il le dit dans un sonnet composé pour elle :
Que de grâces, bons Dieux! Tout rit dans Luxembourg'.
Et, suivant sa mauvaise habitude, le voilà amoureux; on le croirait du moins, si l'on pouvait se fier au langage poétique, qui ne tire pas toujours à conséquence.
Outre l'épître au petit chien Mignon et le sonnet à Mlle de Poussay, nous avons encore, comme souvenirs de son service de gentilhomme de Madame, un autre sonnet à une des filles de cette princesse, Mlle d'Alençon, qui devint duchesse de Guise le i5 mai 1667, et une épître dédicatoire, dont nous parlerons bientôt, au duc de Guise. Le tribut poétique dont il avait autrefois si bien pa} é les termes à Foucquet fait paraître modeste celui dont il s'acquitta envers le Luxembourg. Ce qu'il faut remarquer dans les quelques vers inspirés par cette cour, plus facile à satisfaire, c'est le même ton d'aimable familiarité, mêlée de respect, qu'il sut toujours avoir avec les grands. Saint-Marc Girardin n'a pas laissé échapper ce trait de son caractère : « Voltaire, dit-il très-bien, n'est pas plus à son
aise, et Voltaire veut y être. La Fontaine y est sans s'en
occuper et s'en enivrer. Il s'entretient de cette manière familière et gracieuse avec Mme la duchesse de Bouillon, avec Mme de Thiange..., avec Turenne, avec le prince de Conti, avec Vendôme.... Quand il écrit aux femmes, princesses ou duchesses, mais surtout belles, son ton est charmant^. »
Il demeura attaché à la maison de la douairière d'Orléans jusqu'à la mort de cette princesse (3 avril 1672) ; et, même