Article L\ Fomtaine (Jean de
4. Saint Malt/lieu^ chapitre xxv, verset 20. — La Fontaine avait tiré de la fable civ de Laurent Astemio le conte que, de tonte façon, il fit bien de supprimer. Voyez W^alckenaer, Histoire de la vie.... de la Fontaine^ tome II, p. 109.
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du moins éviter celle d'impie; que d'ailleurs, en voulant faire une sorte d'honneur à M. Arnauld, il fourniroit aux ennemis de ce docteur matière de le calomnier. La Fontaine convint qu'ils avoient raison, et supprima son conte, quoiqu'il lui parût ce qu'il avoit fait de mieux en ce genre. On tient ce fait de l'ofiGcier qu'on vient de citer. »
La Fontaine plaça, par une e'pître dédicatoire, son poème de la Captivité de saint Malc sous la protection du grand aumônier de France, le cardinal de Bouillon. Cette dédicace ne fut peut-être, dans sa pensée, qu'un témoignage d'attachement à la maison du prélat; il n'est pas cependant trop invraisemblable qu'il ait eu, en même temps, une autre intention, et qu'ayant à nommer d'Andilly, ce qu'il fit seulement à la fin du poëme, comme l'auteur auquel il en avait emprunté le sujet, il ait été bien aise d'abriter sa complaisance pour Port- Royal derrière un hommage au cardinal, qui fut toujours plus ami des Jésuites que des Jansénistes. Il lui avait donné, dans cette dédicace, le titre d'Altesse Sérénissime. Il paraît que cette erreur le força de supprimer l'édition*.
Nous avons vu la Fontaine, depuis la chute de Foucquet, protégé par les Bouillon et par la veuve du frère de Louis XIII. Une autre protectrice va venir, de bien moins haut parage, mais à qui il devra beaucoup plus encore, et qu'il faudrait nommer incomparable amie plutôt que protectrice. Au mois d'avril 1672, comme nous l'avons dit, il perdit Madame douairière. On croit que ce fut aussi à peu près le temps où il se débarrassa de sa charge de maître particulier des eaux et forêts^. Le voilà libre, mais, ce semble, un peu en peine. On s'accorde à dire qu'avec son imprévoyance incorrigible et sa négligence de ses affaires, il avait alors besoin que la Providence voulût prendre soin de lui, comme elle prend soin des
I. Chardon de la Rochette le dit dans une note au bas de la page 56 de V Histoire.... de M. de la Fontaine.^ par Mathieu Marais. — Nous ignorons si l'on trouverait encore des exemplaires de cette édition.
a. En cette qualité, on a des quittances de lui jusqu'à la date de 1670, dit M. Moland, au tome \II àQ&OEuvres de la Fontaine,
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SUR LA FONTAINE. cvii
petits (les oiseaux. Elle veilla sur le poète en lui envoyant Mme (le la Sablière, nous ne dirons pas afin de lui donner « la pâture » (ne rabaissons pas une si dtîlicate ainiti(i'), mais afin qu'au milieu des rêves poétiques, où il vivait comme endormi, une douce tutelle le soutînt et le dirigeât : aimable office (|ui demandait une main de femme.
On ris(|ue peu de se tromper en pla(;ant vers IV'poque dont nous venons de parler riios[)italit(.' (pic la Fontaine accepta dans la maison de cette secourabic amie *. Perrault et d'Olivet
disent qu'il demeura cbez elle près de vingt ans, et, comme il ^
n'en sortit (pi'après qu'elle fut morte (6 janvier 1693), on voit ;\ quel moment il est vraisemblable qu'il y entra. Il est facile de s'expliquer comment il fut connu de Mme de la Sablière. Le
mari de celle-ci, Antoine Rambouillet de la Sablière, homme ,
de plaisir et d'esprit, lils d'un des titulaires des cinq grosses fermes, avait fait de sa maison un des centres de la société lettrée, galante, épicurienne, dans laquelle la Fontaine avait lui-même tant d'amis. On citait de M. de la Sablière de nombreux madrigaux', qui ont mérité d'être loués par Voltaire dans le Siècle de Louis XIF. Mme de la Sablière (Marguerite Hessein) avait le goût des lettres et des sciences. « C'est une dame, a dit Bayle ", qui connoît le fin des choses, et qui est connue partout pour un esprit extraordinaire. » Corbinelli comparait son savoir à celui de la docte et spirituelle abbesse de Fonte vrault : « Elles entendent Homère comme nous en-
1. D'Olivet cependant a dit {^Histoire de P Académie, p. 3 17) : ' « Elle pourvoyoit généralement à tous ses besoins, persuadée qu'il
n'ëtolt guère capable d'y pourvoir lui-même. »
2. L'hôtel de M. de la Sablière était situé au hameau de Reuilly (aujourd'hui dans le faubourg Saint-Antoine). On appelait cette belle demeure la Folie Rambouillet. Ce doit être ià que la Fontaine fut d'abord logé. Après la mort de son mari (1680), Mme de
la Sablière alla demeurer rue Saint-Honoré, en face de la rue de .
la Sourdière, où la Fontaine la suivit. On pense que cette maison '
de Mme de la Sablière était sur l'emplacement de celle qui porte aujourd'hui le n» 2o5.
3. Walckenaer les a publiés dans le même volume que les Poésies diverses de Franeols de Maucroix (Paris, iSaS, in-8»).
4. Nouvelles de la République des lettres^ septembre i685, p. ioo8.
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tendons Virgile*. » Bernier fut un de ses amis, et, comme la Fontaine, se retira chez elle ; et c'est pour elle qu'il e'crivit son Abrégé de la philosophie de Gassendi, imprimé en 1678. Les mathématiciens Sauveur et Roberval lui avaient donné des leçons ; et c'est pour cela sans doute que Brossette l'a reconnue dans la femme savante du vers 426 de la Satire xde Boileau,
Qu'estime Roberval et que Sauveur fréquente.
Mais ne rangeons pas parmi les pédantes celle dont notre poète a dit que son esprit avait
. , . beauté d'homme avec grâce de femme*.
Le petit-fils de la Fontaine écrivait, en 1758, à Fréron, qu'il avait eu sous les yeux quarante lettres de Mme de la Sablière, « comparables à celles de Mme de Sévigné et plus intéressantes pour le cœur'. » Rabattons-en un peu : on a si souvent égalé à l'esprit sans égal de Mme de Sévigné d'agréables esprits de femmes ! Mais, pour avoir paru si charmantes, il est du moins probable que ces lettres, dont la perte est fort à regretter, n'étaient pas d'une Philaminte.
Non plus qu'à la justice de la boutade de Boileau, si l'on veut qu'elle désignât Mme de la Sablière, il ne faut croire à la fidélité du portrait qu'avec ses dédains altiers, et peut-être un peu de jalousie, INIademoiselle de Montpensier a fait d'elle dans ses Mémoires. Rochefort lui avait conté, c'était en 1670, que Lauzun « alloit quelquefois chez une petite femme de la ville, nommée Mme de la Sabhère; .... qu'elle avoit eu force galants et en avoit encore; que c'étoit une paysanne à belle passion, qui étoit fort laide *. » Une autre version du même passage^ dit : « vieille, laide. » Est-ce bien là notre Iris, dont la Fontaine voulait placer l'image dans un temple ?
I. Lettre à Bussy (1677), au tome V des Lettres de Mme de Sévigné, p. aSo.
a. Fable xv du livre XII, vers 33.