‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 84 sur 153 · Fable i du livre X · texte numérisé non relu

Fable i du livre X

SUR LA FONTAINE. cxi

l'aimable badinage), voilà ce qui fait comprendre combien elle fut clièro au pootc; une flamuio de passion dans le cœur, (|iioi(pio ce C()i;ur fût à un autre, ne put cpic la rendre plus parfaite encore à ses yeux. Aussi l'a-t-il immortalisée dans (jucKpies-uns de ses plus nobles et plus tendres vers, et a-t-il attaché son nom à plus d'une de ses fables.

Il avait su reconnaître que son nom y était mieux placé que dans ses contes. Il n'y a aucune raison de supposer qu'elle l'ait engagé à en écrire. Elle se contenta, sans doute, de ne point gêner sa liberté, lorsque, en 167/', et 1675, il en laissa paraître de nouveaux.

iMais, avant de parler de cette jiublication, qui attira sur lui un orage, n'omettons pas un petit fait du commencement de l'année 1675 : Mathieu Marais ne l'a pas négligé. Il s'agit d'un honneur que le génie de la Fontaine reçut à la cour. Il paraît y avoir été très-goilté par la sœur de Mme de Montespan, et vraisemblablement il était redevable aux Mancini de cette bienveillance de la marquise de Thianges, qui avait marié sa fille au duc de Nevers, frère très-aimé de la duchesse de Bouillon. Mme de Thianges avait eu l'idée de donner au duc du Maine, pour ses étrennes de janvier 1675, une sorte de petit théâtre doré, qui fut nommé la Chambre du sublime. « Au dedans étoient M. le duc du Maine, M, de la Rochefoucauld, M. Bossuet , alors évêque de Condom, Mme de Thianges et Mme de la Fayette. Au dehors du balustre, Despréaux, avec une fourche, empêchoit sept ou huit méchants poètes d'approcher. Racine étoit auprès de Despréaux, et un peu plus loin la Fontaine, auquel il faisoit signe d'approcher. Toutes ces figures étoient de cire, en petit, et très-ressemblantes*. » Il semble que l'honneur, puisque l'intention était que c'en fût un, aurait pu être un peu moins modeste pour la Fontaine. On le montrait en bon chemin vers ce temple de la gloire, où un jeune prince de sang royal s'entourait d'une cour de grands personnages et d'illustres poètes contemporains; mais il faut qu'un de ceux-ci encourage les pas un peu lents de celui qui cependant était de force à marcher leur égal. Est-ce donc que l'on hésitait à le mettre à son rang ? Une

I, Mathieu Marais, Histoire..., deM.de la Fontaine, p. 67 et 68.

cxii NOTICE BIOGRAPHIQUE

telle hésitation nous rappellerait que le rei)roche a souvent été fait à Boileau d'avoir omis l'apologue et son admirable poëte dans l'yirt poétique, publié en 1674. H serait singulier qu'il n'eût voulu voir dans les fables qu'un genre inférieur, même après que la Fontaine y avait mis l'empreinte de son génie. Louis Racine rapporte* que Boileau lui rendit ainsi raison de son volontaire oubli : « Il ne regardoit pas la Fontaine comme original, parce que, me dit-il, il n'ctoit créateur ni de ses sujets, ni de son style, qu'il avoit pris dans Marot et Rabelais. C'est pourquoi, m'ajouta-t-il, quand j'ai parlé du style naïf, j'ai nommé Marot :

Imitez de Marot rélégant badinage. »

Si Boileau a donné en eOet cette malheureuse explication, il eût mieux valu pour l'honneur de son jugement, presque toujours si droit, qu'il eût laissé à ses commentateurs le soin d'en imaginer d'autres, celle-ci par exemple que l'on a proposée^ : les fables des six derniers livres, qui élevèrent le plus haut la réputation de notre auteur, ne furent publiées qu'après VJri poétique. A cela il y aurait encore beaucoup à dire : croironsnous que le jour de la justice se soit levé si tard ?

En tout cas, Molière ne fut pas lent à le prévoir. Il ne put connaître ces derniers livres des Fables ; mais il jugea les premiers comme l'a fait la postérité. Nous le savons par des témoignages qui méritent confiance. La Fontaine « étoit, dit Louis Racine', l'objet des railleries de ses meilleurs amis, qui, à cause de sa simplicité, l'appeloient le Bonhomme . Le souper chez Molière, dont il est parlé dans V Histoire de V Académie française par M. l'abbé d'Olivet, m'a été l'aconté par des personnes qui dévoient en être bien instruites; mais elles m'ont rapporté différemment le mot de Molière. Les illustres convives.... attaquèrent si vivement leur ami la Fontaine, qui se défendoit mal, que Molière, ayant pitié de lui, dit tout bas à son voisin : « Ne nous moquons pas du Bonhomme, il vivra

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