‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 85 sur 153 · Réflexions sur la poésie, chapitre xii, Conclusion · texte numérisé non relu

Réflexions sur la poésie, chapitre xii, Conclusion

SUR LA FONTAINE. cxiii

« peut-être plus que nous tous. » Ce n'est, au fond, que la confirmation du récit de d'Olivet; et il n'était pas, ce semble, trèsnécessaire de rectifier sa version de la parole de Molière : comme elle est plus vive que celle de Louis Racine, nous la croirions volontiers la plus exacte. Voici l'anecdote du souper dans V Histoire de i'Jaidcmie franroise* : « Un jour Molière soupoit avec Racine, Despréaux, la Fontaine et Descoteaux, fameux joueur de flûte. La Fontaine étoit ce jour-là, encore plus qu'à son ordinaire, plongé dans ses distractions. Racine et Despréaux, pour le tirer de sa léthargie, se mirent à le railler, et si vivement qu'à la fin Molière trouva que c'étoit j)asser les bornes. Au sortir de table, il poussa Descoteaux dans l'embrasure d'une fenêtre, et lui parlant de l'abondance du cœur : « Nos beaux esprits, dit-il, ont beau se trémousser, ils « n'effaceront pas le Bonhomme. » Qu'on se souvienne de la Fontaine jugeant Molière après les Fâcheux *. Qui s'étonnera de cette sympathie entre les deux génies ? Elle a inspiré la Fontaine lorsque, ayant perdu son ami en 1678, il lui fit la belle épitaphe qui commence par ces vers :

Sous ce tombeau gisent Plaute et Térence, Et cependant le seul Molière y gît.

La manière dont nous avons proposé de comprendre le signe fait à la Fontaine d'approcher de la Chambre du sublime n'est pas la seule vraisemblable. Il se peut aussi que l'on espérât lui faire entendre qu'il n'avait, pour y arriver plus vite, qu'à laisser là ses contes, qui l'obligeaient à faire quarantaine, mais il ne pouvait se décider à y renoncer. Nous avons dit que ceux qui furent publiés en 1674 et 1675 suscitèrent un orage. Il semble l'avoir pressenti, puisqu'il les fit paraître sous la rubrique de Mons, quoique probablement imprimés à Paris. Une sentence rendue, le 5 avril 1675, par le lieutenant de police, la Reynie, en interdit la vente, non-seulement parce que le livre avait été imprimé sans privilège ni permission, mais parce qu'il « se trouve rempli de termes indiscrets et malhonnêtes, et dont la lecture ne peut avoir d'autre effet que celui

Page 1