‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 93 sur 153 · I. « Vous marcherez comme des fourmis devant votre roi · texte numérisé non relu

I. « Vous marcherez comme des fourmis devant votre roi

a. Récréations littéraires, de Cizeron-Rival (lyôS), p. m.

3. Fables choisies de la Fontaine, note i5 d'Adry, sur la f^ie de

la Fontaine, p. xxvii. — Adry avertit qu'il avait tiré cette note des

manuscrits du président Bouhier.

. Walckenaer, tome I, p. 290.

SUR LA FONTAINE. cxxi

fit pas tomber ses bienfaits sur la Koiitainc... Je vous répondrai d'abord qu'il no goûtait |)as assez le genre dans lc(iuel ce conteur charmant excella. Il traitait les fables de la Fontaine comme les tableaux de Tenicrs, dont il ne voulait voir aucun dans ses ap|)artcmcnts. Il n'aimait le petit en aucun genre, quoi(|u'il eût dans l'esprit autant de d<;licatesse (jue de grandeur'. » On C(<n)prend que la familiarité populaire du peintre flamand, quelque habile et spirituel que fût son pinceau, ait paru au grand lloi déplace'e et choquante au milieu des nobles splendeurs de Versailles; mais se peut-il que les fables de la Fontaine, avec leur suprême élégance, aient jamais produit sur lui le même effet que les Magots de ïeniers ? Il n'aimait pas le petit : qu'y a-t-il donc de petit dans ces charmants poèmes, à moins qu'au lieu d'en peser l'or pur, on n'en mesure l'étendue ? Nous en croiricms j)lutôt Voltaire, quand il ajoute : « la Fontaine était d'un caractère à ne se pas présenter à la cour de ce monarque. Ses distractions continuelles, son extrême simplicité réjouissaient ses amis, et n'auraient pu plaire à un homme tel que Louis XIV'. » Si ce furent cependant certaines œuvres du poète, plutôt encore que sa personne, qui n'agréèrent pas au Roi, il faut sans doute penser aux contes. Louis XIV n'avait guère le droit d'être rigoriste; mais, quoique Molière ait eu l'heur de lui rendre agréables bien des plaisanteries salées, il pouvait déplaire au héros de \ Histoire amoureuse des Gaules que les galanteries, toujours élégantes chez lui, fussent traduites en gaietés gauloises. Du gaulois tout lui était antipathique, même la vieille langue. Racine proposant, dit son fils % de lui lire dans Amyot une des Vies de Plutarque, il répondit : ce C'est du gaulois, •>•> et l'habile récitateur dut traduire en lisant. Il est donc vraisemblable que, chez notre poète,

I. OEuvies de Voltaire (édition Beuchot), tomeXLVIII, p, 274, Lettre de M, de la Visclède à Monsieur le secrétaire perpétuel de l\4cademie de Pau (1776).

a. Ibidem. — Voltaire, au chapitre xxxii an Siècle de Louis XIV ^ tome XX, p. 321, s'en tient à cette seconde explication : « Tous ces grands hommes furent connus et protégés de Louis XIV, excepté la Fontaine. Son extrême simplicité, poussée jusqu'à l'oubli de soi-même, l'écartait d'une cour qu'il ne cherchait pas. »

Page 1