‹ Notice biographique sur La FontaineChapitre 94 sur 153 · Mémoires..., au tome I" des OEuvres de Racine, p · texte numérisé non relu

Mémoires..., au tome I" des OEuvres de Racine, p

cxxii NOTICE BIOGRAPHIQUE

il y avait, au goût de Louis XIV, beaucoup trop de tours et d'expressions de Marot. Et d'ailleurs ne nous attachons pas seulement à sa répugnance pour quelques formes de langage ; il désapprouvait certainement que l'on s'inspirât de la littérature d'autres siècles que celui dont il était le coryphée : ce qui expliquerait assez qu'il n'ait pas voulu reconnaître la Fontaine pour un des siens, un des génies nés sous l'influence de son astre.

On aura tout à l'heure une preuve de la froideur de Louis XIV pour la Fontaine, lorsque l'Académie française, en i683, désira se faire l'honneur d'admettre le poète dans ses rangs. A ses titres, tels dès lors que nul n'en a jamais eu de meilleurs, il n'avait réellement rien ajouté depuis les nouvelles fables de son second Recueil. Il avait seulement produit, de 1679 ^ i683, la traduction en vers de plusieurs courts passages d'auteurs anciens, insérée dans la version française des Épîtres de Sénèque (1681), et le poème du Quinquina (1682), auquel il joignit, dans le volume où il fut imprimé, deux contes fort jolis et nullement licencieux, Belphégor et la Matrone d'Éphèse^ et deux actes d'un opéra inachevé de Daphné. Nous parlerons, en son lieu, de cet opéra, composé huit ans avant sa publication, et qui n'a rien de mémorable que la querelle dont il fut l'occasion avec Lulli. Les quelques vers dont la Fontaine a enrichi le Sénèque de Pintrel mériteront toujours d'être lus. Ils montrent, et l'on s'en serait douté, qu'il n'aurait pas traduit Virgile à la façon de Delille, soit dit sans mépris pour l'élégant versificateur, mais qVil y aurait apporté le sentiment si vrai de l'antique dont s'est plus tard inspiré André Chénier. On doit remarquer aussi deux petits fragments d'Horace, où l'aimable aisance du satirique latin est reproduite à merveille. Il avait voulu s'associer ainsi au travail de son vieil ami Pintrel, après la mort duquel il remplit le pieux devoir de publier son manuscrit. Dans sa première impression, le livre anonyme s'écoulait lentement ; il eut beaucoup de succès, quand on le publia sous ce titre : les Épîtres de Sénèque^ nouvelle traduction par feu M. Pintrel, revue et imprimée par les soins de M. de la Fontaine^.

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