‹ Notice biographique sur RabelaisChapitre 14 sur 59 · Lettre à M"« Paulet, du 27 décembre · texte numérisé non relu

Lettre à M"« Paulet, du 27 décembre

des attentions particulières qu'il témoigne pour M''" Robineau. On plaisantait un peu de tout cela dans la rue Saint-Thomas du Louvre, car une lettre du 28 mars 1645 renferme une allusion à la guerre que M*'"" de Rambouillet et M^'" Paulet avaient faite là-dessus à Chapelain, et M''" de Scudéry ajoutait : « Vous savez mieux que vous ne dites qu'un galant n'est pas pour moi. » Du reste le héros de toutes ces picoteries, comme on disait alors, écrivait le 12 avril suivant à l'amie de Marseille une lettre conciliante et affectueuse qui remettait toute chose en sa place. Il lui adressait en même temps des éloges sur le style de ses lettres : « Je les ai fait voir non seulement à M"" Robineau qui y étoit si agréablement grondée, et qui ne pouvoit mais du sujet que vous avez pris de m'y quereller si obligeamment, mais encore à tout l'hôtel de Clermont, à tout l'hôtel de Rambouillet, à M""' de Sablé et à M"' de Chalais, à M. Conrart, à M'" de Longue ville, et à M"'" de Longueville elle-même, qui tous leur ont fait justice en leur donnant des éloges qu'on ne donne qu'aux pièces achevées. »

On voit que si Madeleine pensait à ses amis de Paris, ceux-ci, de leur côté, ne l'oubliaient pas. Vers cette époque (1647), ils lui en donnaient une preuve en cherchant à la tirer de la position un peu précaire et dépendante où elle était auprès de son frère, pour la faire attacher à l'éducation de « trois importantes personnes » , évidemment les trois plus jeunes nièces du cardinal Mazarin que

celui-ci songeait alors à faire venir en France, ou tout au moins d'Olympe Mancini, l'une d'elles, que la duchesse d'Aiguillon destinait au fils du maréchal de la Porte, son neveu à la mode de Bretagne, devenu plus tard duc de Mazarin par son mariage avec Hortense. On avait aussi pensé, pour ces délicates fonctions, à M"" de Ghalais, amie et commensale de M""^ de Sablé, et il y eut entre elle et Madeleine une lutte de générosité dont deux lettres de 31"" de Ghalais nous ont conservé le souvenir. Ni l'une ni l'autre n'eut la place. Elle fut donnée, comme le prévoyait cette dernière ' , à une grande dame dont le nom répondait mieux aux vues ambitieuses du cardinal pour ses nièces, à la marquise de Senecey qui avait été gouvernante du jeune roi Louis XIV.

Le 21 août 1 C4T, Madeleine de Scudéry écrivait de Marseille à M"" Marie Dumoulin : « Je suis dans tout l'embarras que peut causer un voyage de 200 lieues que j'espère commencer dans une heure. » Soit que le départ ait été retardé, soit plutôt que le frère et la sœur, — car ils partaient ensemble — aient fait plusieurs stations en route, nous ne retrouvons leur trace que deux mois aj^rès, aux environs de Valence oi^i le fait de leur passage

1. « Dans mon opinion, la conduite de ces trois importantes personnes est destinée à quelqu'une qui n'aura pas sans doute le mérite que vous avez, mais qui aura plus de faveur, plus de bonheur et quelque nom de Madame qui sera plus propre à réclat qu'à bien réussir dans réducation de ces personnes-là. > Mii« de Ghalais à M"" de Scudéry, lettre du 28 juin 1647.

semble résulter d'une nouvelle singulièrement racontée, et rectifiée plus singulièrement encore dans la Gazette de Tannée 1647. On y lisait d'abord p. 978, sous la rubrique d'x4vignon, 16 octobre :

« On a ici appris la mort du sieur de Scudéry, arrivée à une lieue et demie au dessus de Valence, au passage de la rivière de l'Isère, par l'ouverture du bateau qui se fendit, en venant de Paris avec une sienne sœur, pour se rendre à son gouvernement de Notre-Dame-de-la-Garde de Marseille, dont le Roi défunt l'avoit honoré depuis quelques années à la recommandation du feu cardinal duc de Richelieu, qui avoit en singulière estime son bel esprit et sa grande capacité dans la poésie. »

J'imagine que l'émotion fut grande dans la rue Saint-Tliomas du Louvre et au quartier du Marais, à la lecture de cette feuille si mal informée. Heureusement que les nombreux amis de notre couple littéraire purent se rassurer en lisant quelques jours après, à la date du 23 octobre, p. 1014, cette rectification naïve du malencontreux correspondant :

n Le bruit du retour du sieur de Scudéry en son gouvernement, et la perte d'un bateau qui s'est ouvert au dessus de Valence, au passage de la rivière de l'Isère, dans lequel étoient quelques personnes de condition, avoient donné lieu à la nouvelle qu'il y étoit péri avec sa compagnie ; mais il ne se trouve rien de vrai en ce que je vous en ai écrit, que les louanges qu'on lui a données. ><

C'est aussi à l'époque de ce retour que doit se placer l'anecdote plus ou moins arrangée par Fléchier, et exploitée depuis par les dramaturges \ à laquelle nous avons déjà fait allusion. « Nous parlâmes, dit-il dans ses Mémoires sur les grands

jours '^, des Romans de Sapho et d'une aventure

plaisante qui lui arriva à Lyon, lorsqu'elle revenoit à Paris avec M. de Scudéry, son frère. On leur avoit donné une chambre dans l'hôtellerie, qui n'étoit séparée que d'une petite cloison d'une autre chambre où l'on avoit logé un bon gentdliomme d'Auvergne, si bien qu'on pouvoit les entendre discourir. Ces deux illustres personnes n'avoient pas grand équipage, mais ils traînoient partout avec eux une suite de héros qui les suivoient dans

leur imagination Dès qu'ils furent arrivés à

Lyon et qu'ils eurent pris une chambre dans l'hôtellerie, ils reprirent leurs discours sérieux, et tinrent conseil s'ils dévoient faire mourir un des héros de leur histoire; et, quoiqu'il n'y eût qu'un frère et une sœur à opiner, les avis furent partagés. Le frère, qui a 1 humeur un peu plus guerrière, concluoit d'abord à la mort; et la sœur, comme d'une complexion plus tendre, prenoit le parti de la pitié et vouloit bien lui sauver la vie. Ils s'échauffèrent un peu sur ce différend, et Sapho étant revenue à l'autre avis, la difficulté ne fut plus qu'à

1. IJ Auberge ou les Brigands sans le savoir, comédie-vaudeville de MM. Scribe et Delestre Poirson. Paris, 1812.

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