‹ Notice biographique sur RabelaisChapitre 13 sur 59 · in-4°, p · texte numérisé non relu

in-4°, p

3. Ce détail et plusieurs autres circonstances rendent pour nous improbable la supposition de M. Cousin, qu'il s'agirait ici d'une ville de bains des Pyrénées.

avec mille grandes qualités qui la rendent admirable, craint la mort avec excès, » ne ressemblet-elle pas singulièrement à M"''" de Sablé ' ; et est-ce trop se hasarder que de reconnaître Ninon et Diodée dans Aspasie et Diodote, ces deux femmes qui « avoient donné lieu à la médisance de soupçonner leur vertu » , que les hommes et même les femmes les plus vertueuses allaient voir, mais que l'auteur s'abstint de visiter ?

Quoi qu'il en soit, ni Scudéry ni sa sœur n'avaient quitté la capitale sans esprit de retour. On a déjà pu Aoir que le gouverneur de Notre-Damede-la-Garde ne prenait pas très au sérieux le devoir de la résidence, et, quant à Madeleine, en supposant même « qu'elle se fût beaucoup plu à Marseille » , comme le dit trop affirmativement M. Cousin, elle n'avait pas cessé, dès son arrivée en Provence, d'avoir un regard tourné vers Paris. Veut-elle vanter la beauté de l'hiver dans la première de ces villes, elle ne croit pouvoir mieux faire que de le comparer au printemps de la seconde. « Ce n'est pas que, si je pou vois dépeindre la beauté de l'hiver de Marseille, je ne vous fisse

1. « Je crains toutes les maladies en général, grandes et petites ; je crains le tonnerre, je crains la mer et les rivières ; je crains le feu et l'eau, le froid et le chaud, le serein et le brouillard.... Et pour tout dire en peu de paroles, je crains tout ce qui directement ou indirectement peut causer la mort. » Il est remarquable que ce passage, ainsi que les longs développements dont il est accompagné ne se trouvent que dans les Conversations de M^e de Scudéry, parues en 1682, deux ans après la mort de la marquise de Sablé.

un tableau assez agréable, et que je ne vous fisse avouer qu'il fait houle au printemps de Paris. L'hiver qui, aux lieux où vous êtes, est tout hérissé de glaçons, est ici couronné de fleurs. Sincèrement, Mademoiselle, à l'heure même que je vous parle, Ton vient de m'envoyer des bouquets d'anémones, d'œillets, de narcisses, de jasmin, de fleurs d'orange, plus beaux que M"" de Lorme n'en porte au mois de mai, et ce qu'il y a de commode ici, est que l'on fait des visites à la lîn de décembre, sans avoir besoin de feu, que l'on se promène sur le port comme l'on se promène aux Tuileries en juillet, qu'il ne pleut qu'en deux mois une fois, et que le soleil y est toujours aussi pur et aussi clair que dans la saison où il fait naître les roses. Mais le mal est que, pour jouir de tous ces plaisirs innocents, il faut souffrir d'autres incommodités, et que l'on ne peut s'approcher de l'Orient sans s'éloigner de Paris ^ »

Du reste, toutes les lettres de M"" de Scudéry à cette époque prouvent que ses amis et amies de Paris étaient sans cesse présents à sa pensée. « Souvenez vous, écrivait-elle à Chapelain (31 janvier 1G45), que l'amitié a ses délicatesses aussi bien que l'amour. » Tantôt elle aime à se persuader que Chapelain n'est pas jaloux de Conrart; tantôt, dans une correspondance aigre-douce avec le premier, où le dépit tâche de prendre le masque de la plaisanterie, elle se montre elle-même piquée

Page 1