‹ Notice biographique sur RabelaisChapitre 36 sur 59 · Œuvres diverses de Pellisson, 1735, t. I, p · texte numérisé non relu

Œuvres diverses de Pellisson, 1735, t. I, p

2. Sur cette amitié courageuse de ]\1"« de Scudéry, nous avions noté un passage que nous reproduisons ici, mais dont malheureusement nous ne nous rappelons pas la source, « Elle ne craignit point de publier que plusieurs personnes considérables, dont elle se mettoit du nombre, diroient tou-

Nous ne pouvons résister au désir d'anticiper un peu sur l'ordre des temps pour ajouter un chapitre à l'histoire de la conspiration de ]\f' ® de Scudéry et de M"'" de Sévigné en faveur de Fouquet et de ses amis. La seconde écrivait à son gendre le L^5 juin 1670 : « Si Toccasion vous vient de rendre quelque service à un gentilhomme de votre pays, qui s'appelle V..., je vous conjure de le faire : vous ne me sauriez donner une marque plus agréable de votre amitié.... vous connoissez toute sa famille. Ce pauvre garçon étoit attaché à M. Fouquet, il a été convaincu d'avoir servi à faire tenir une de ses lettres à sa femme; sur cela, il a été condamné aux galères pour cinq ans : c'est une chose un peu extraordinaire. Vous savez que c'est un des plus honnêtes gan-ons qu'on puisse voir, et propre aux galères comme à prendre la lune avec ses dents. »

Or, ce gentilhomme dont le nom était resté en blanc dans l'édition de M. de Monmerqué de 1820, s'appelait Valcroissant*. L'aimable marquise avait intéressé à sa cause M"^ de Scudéry qui s'était empressée d'écrire en sa faveur à M. de Vivonne, général des galères. La réponse de ce dernier, dont M. de Monmerqué possédait l'original, portait : « Sitôt qu'on m'eut appris le mérite

jours du bien de Fouquet, au risque de perdre leur fortune et leur vie. »

1. M. Ghéruel, Mémoires sur Fouquet, t. II, p. 529, a exprimé sur ce point des doutes qui ne nous paraissent point motivés.

et l'infortune tout ensemble du gentilhomme pour qui vous m'écrivez, je fis tout ce qui dépendit de moi pour adoucir la rigueur de sa condamnation ; vous pouvez juger de là ce que je voudrois faire dans la suite pour son soulagement ; cela ira sans doute à tout ce qui sera en mon pouvoir, pour vous marquer, et à M"" la marquise de Sévigné, celui que vous avez sur la personne qui vous honore le plus Tune et l'autre'. »

Grâce à l'intervention et aux démarches de ces deux généreuses personnes, l'arrêt fut commué, et Valcroissant, trois mois après sa condamnation, put se promener en liberté dans Marseille. Dix-huit ans plus tard, estimé de tous comme un des meilleurs officiers de l'armée, il remplissait les fonctions d'inspecteur, dont Louvois l'avait chargé, et avait occasion d'être utile au jeune marquis de Grignan, petit-fils de M"'* de Sévigné". L'année suivante, Valcroissant avait un gouvernement en Flandre, et faisait mettre aux cadets de Besancon le fils du poëte Bonnecorse, autre ami et obligé de ^I"^ de Scudéry.

S'il fallait assigner une dale précise au triomphe de cette littérature dont le Cyrus et la Clélie passaient pour l'expression la plus heureuse, nous

1. Vivonne à Sévigné, 23 août 1670. (Édition des Lettres de Sévigné, Biaise, 1818-1819, t. I, p. 190.)

2. Lettres de M™" de Sévigné, des 28 novembre 1670 et 26 novembre 1690.

indiquerions l'année 1658. Il y avait pour Fauteur à la fois succès d'estime et succès d'argent. Vers cette époque, Tallemant disait : « Ses livres se vendent fort bien, » et Pradon écrivait plus tard, à propos des critiques de Boileau : « Cependant, ces tomes épouvantables et cet horrible Artnmene, qui ont été traduits en toutes sortes de langues, même en arabe, et qui sont encore aujourd'hui la plus délicieuse lecture des premières personnes de la cour, cet horrible Arlameae, disje, dont on achetoit les feuilles si chèrement à mesure qu'on les imprimoit, et qui a fait gagner cent mille écus à Augustin Courbé, est à présent

l'objet de la satire de M. D Quand ses satires

auront fait gagner cent mille écus à Barbin, on souffrira sa critique un peu plus tranquillement, et quoiqu'il dise :

A ses propres dépens enrichir le Hljraire,

je crois qu'il y a encore du chemin à faire jusquelà. En vérité, Cyrus et Clélie sont des ouvrages qui ont illustré la langue françoise,- et les marques éclatantes d'estime que le roi a données à une personne illustre et modeste, dévoient arrêter

]Mais bientôt la fin de la Fronde, puis l'émancipation définitive du jeune roi ramenaient à la cour les princes et les grands seigneurs dispersés au

1. Nouvelles remarques sur tous les ouvrages du s'' D.,., (Despréaux). La Haye, 1685, p. 105.

fond des provinces. Dans le loisir des vieux châteaux, on avait contracté le goût des récits de longue haleine. Tandis que les dames brodaient d'interminables tapisseries, la demoiselle de compagnie faisait, à^haute voix, des lectures à peine moins longues. Comme le remarque M™'' de Genlis, « ces éternelles conversations qui, dans les ouvrages de M^'® de^ Scudéry, suspendant la marche du roman, nous paraissent insoutenables, étaient loin de déplaire'. » Mais la vie de cour avait d'autres exigences. D'ailleurs, Zaide^ la. Princesse de Clèves, allaient donner des allures plus vives au roman où l'histoire du cœur ne perdait rien à se dégager des vieux cadres soi-disant historiques.

En vain Ménage disait « que ces romans dureroient toujours % » M"® de Scudéry elle-même, — c'est lui qui l'atteste à quelques lignes de distance, — déclarait, trop modestement sans doute, « qu'elle avoit encore un roman d'achevé, mais que personne ne voudroit l'acheter ni le lire.» Cependant, leur vogue se soutint encore longtemps dans les provinces et à l'étranger, et, même quand ils furent réduits « à gagner les petites armoires, » suivant l'expression d'un contemporain, on les retrouve encore dans bien des bibliothèques, sans excepter celle de Boileau\ Il y eut, pour eux, ces

1. De Vinfluence des femmes sur la littérature française^ 1811, t. I,p. 126.

Page 1