‹ Notice biographique sur RabelaisChapitre 39 sur 59 · Voy. la lettre du 6 mars l&'èk et les suivantes · texte numérisé non relu

Voy. la lettre du 6 mars l&'èk et les suivantes

2. « Il y a une satire contre les femmes du satirique public que le mérite seul de votre amie (M'"* de Ghandiot) doit faire sembler plus ridicule, car il a si mauvaise opinion des femmes

qui rappelle certaines préfaces de son frère, elle ajoute : « J'imite ce fameux Romain qui, au lieu de se justifier, dit à l'assemblée : Allons remercier Dieu de la victoire que nous avons gagnée ! M

M"" de Scudéry se montre surtout fort blessée de ce passage :

D'abord tu la verras, ainsi que dans Clèlie,

Recevant ses amans sous le doux nom d'amis,

S'en tenir avec eux aux petits soins permis ;

Puis bientôt en grande eau, sur le fleuve de Tendre,

Naviguer à souhait, tout dire et tout entendre,

Et ne présume pas que Vénus ou Satan

Souffre qu'elle en demeure aux termes du roman.

« Vous me direz, écrit-elle à l'abbé, si ce vers : Ou Vénus ou Satan, peut être fait par un clirétien. » Et il faut convenir que la suite de ce passage, oii l'imitatrice de Clélie, débutant par Tamour platonique, finit par devenir une femme perdue, « une Messaline , donnant des rendez-vous chez la Cornu, » était bien faite pour offenser une honnête fille qui pouvait prêter au ridicule, mais dont les mœurs étaient restées inattaquables, de l'aveu même du satirique. En effet, lorsqu'il publia, en 1713, ses Héros de roman, il fit, à la fin du Discours qui les précède, la déclaration suivante : « Comme j'étois fort jeune dans le temps que tous ces romans faisoient le plus d'éclat, je les lus.

qu'il ne peut compter que trois honnêtes femmes dans tout Paris. »

ainsi que les lisoit tout le monde, avec beaucoup d'admiration Mais enfin je reconnus la puérilité de ces ouvrages. Si bien que, l'esprit satirique commençant à dominer en moi, je ne me donnai point de repos que je n'eusse fait contre tous ces romans un dialogue à la manière de Lucien, etc.... Cependant, comme M"*" de Scudéry étoit alors vivante, je me contentai de composer ce dialogue dans ma tête, et bien loin de le faire imprimer, je gagnai même sur moi de ne point l'écrire et de ne point le laisser voir sur le papier, ne voulant pas donner ce chagrin à une fille qui, après tout, avoit beaucoup de mérite, et qui, s'il faut en croire tous ceux qui l'ont connue, nonobstant la mauvaise morale enseignée dans ses romans, avoit encore plus de probité et d'honneur que d'esprit. »

« Les dévots et dévotes lui en veulent, parce qu'à leur goût c'est elle qui établit la galanterie. » Ce passage deTallemant nous révèle une troisième espèce d'adversaires pour M"'' de Scudéry. Nous venons de voir que Boileau n'avait pas seulement attaqué la Clélie au nom du goût, unis aussi au nom de la morale. Perrault lui ayant re- ])roche « son acharnement contre cet ouvrage, malgré l'estime qu'on en a toujours faite, et l'extrême vénération qu'on a toujours eue pour l'illustre personne qui l'a composé, » le grand Arnauld qui, il faut le dire, était mieux dans son rôle, releva le gant, et voici comment il s'exprime dans une lettre à Despréaux (1694) :

SUR MADEMOISELLE DE SGUDf:RY. 93

V 11 ne s'agit point^ monsieur, du mérite de la personne qui a composé la Clélie, ni de l'estime qu'on a faite de cet ouvrage. Il en a pu mériter pour l'esprit, pour la politesse, pour l'agrément des inventions, pour les caractères bien suivis, et pour les autres choses qui rendent agréable à tant de personnes la lecture des romans. Que ce soit, si vous voulez, le plus beau de tous les romans; mais enfin c'est un roman : c'est tout dire. Le caractère de ces pièces est de rouler sur 1 amour, et d'en donner des leçons d'une manière ingénieuse, et qui soit d'autant mieux reçue qu'on en écarte le plus, en apparence, tout ce qui pourroit paroître de trop grossièrement contraire à la pureté. C'est par là qu'on va insensiblement jusqu'au bord du précipice, s'imaginant qu'on n'y tombera pas, quoiqu'on y soit déjà à moitié tombé par le plaisir qu'on a pris à se remplir l'esprit et le cœur de la doucereuse morale qui s'enseigne au Pays de Tendre. »

Nous sera-t-il permis de le répéter après Sainte- Beuve? Ni Arnauld, ni Boileau, n'avaient tout ce qu'il faut pour bien juger les femmes et leur rôle dans la société. Sans sortir de Port-Royal, Nicole et Du Guet les comprenaient mieux, et Bossuet jugeait la X" satire moins irréprochable et moins édifiante que ne le faisait Arnauld. Voici comme il en parle au chap. xvin du Traité de la concupiscence : « Celui-là s'est mis dans l'esprit de blâmer les femmes. 11 ne se met point en peine s'il condamne le mariage, et s'il en éloigne ceux

à qui il a été donné comme un remède. » Ce qu'il y a de curieux, c'est que ce dernier point de vue avait été également saisi par M"^ de Scudéry, ennemie du mariace^

Le jansénisme n'avait pas toujours été si sévère pour la reine de celles que Ninon appelait : les Jansénisles de t amour. Le Provincial, dans une réponse^ du 2 février 1G56, aux deux premières lettres de son correspondant^, lui transmettait le billet suivant, écrit par une dame à une de ses amies qui lui avait fait tenir la première de ces deux lettres : u Je vous suis plus obligée que vous ne pouvez vous l'imaginer de la lettre que vous m'avez envoyée : elle est tout à fait ingénieuse et tout à fait bien écrite. Elle narre sans narrer; elle éclaircit les affaires du monde les plus embrouillées; elle raille finement; elle instruit même ceux qui ne savent pas bien les choses; elle redouble le plaisir de ceux qui les entendent. Elle est encore une excellente apologie, et, si l'on veut, une délicate et innocente censure. Et il y a enfin tant d'art, tant d'esprit et tant de jugement en cette lettre, que je voudrois bien savoir qui l'a faite. »

Et le Provincial ajoutait : « Vous voudriez bien aussi savoir qui est la personne qui en écrit de la sorte; mais contentez-vous de l'honorer sans la

1. Lettre à Boisot, du 7 avril 1694. « Le mariage de votre parent prouve que la Satire contre les femmes n'empêche pas qu'on ne se marie. »

connoître, et^ quand vous la connoîtrez, vous l'honorerez bien davantage *. »

Quelle était cette personne? Racine va nous l'apprendre dans sa Lettre à Vautour des Imaginaires^. « N'est ce pas elle (Scudéry) que l'auteur entend lorsqu'il parle d'une personne qu'il admire sans la connoître? »

' De son côté M"* de Scudéry, qui entretenait avec M. d'Andilly des relations amicaleS;, fit son portrait sous le nom de Timante et le plaça dans un tableau très-flatteur du Désert, au tome VI de la Clélie (1G57). Elle loua beaucoup la conversion et la retraite de Lemaistre à Port-Royal Elle n'était pas indigne de comprendre cette grande union d'une belle âme avec son Dieu. Parlant, il est vrai, de l'amour humain, elle avait exprimé cette noble pensée : « Il faut de la vertu pour être capable de ces grands attachements.... Après tout, la vertu est d'un assez doux usage dans le monde, et je ne sais comment la plupart des femmes hasardent leur réputation à si bon marché. »

Il y avait donc, comme l'a remarqué Sainte- Beuve, un côté romanesque et dévot qui unissait Port-Royal et les héros de Corneille et du Grand Cyrus\ Ainsi l'on a la preuve que Nicole avait lu

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