‹ Notice biographique sur RabelaisChapitre 40 sur 59 · Port-Royal, t. I", p · texte numérisé non relu

Port-Royal, t. I", p

la Clélie\ ce qui ne l'empèclia pas, dans sa Première visionnaire (décembre 1665), de traiter les auteurs de romans et de pièces de théâtre d'empoisonneurs publics. Racine^ piqué au vif, entreprit, dans sa Lettre, déjà citée, à l'auteur des Imaginaires, de venger à la fois les auteurs dramatiques et les romanciers. Après quelques notes sur les premiers, il ajoute malignement : « Vous avez oublié que M"" de Scudéry avoit fait une peinture avantageuse de Port-Royal dans sa Clélie. Cependant, j'avais ouï dire que vous aviez souffert patiemment qu'on vous eût loué dans ce livre horrible. L'on fit venir au Désert le livre qui parloit de vous : il y courut de main en main, et tous les solitaires voulurent voir l'endroit oii ils étoient traités d'illustres. »

Après avoir montré la réaction qui se produisit, par l'organe de critiques autorisés, au nom du goût, de la morale et même du puritanisme religieux contre les genres précieux et romanesque, il est juste d'ajouter que l'un et l'autre eurent une influence souvent salutaire sur les progrès de la vie sociale, où s'étaient maintenus, à travers le règne de Henri IV, des restes de barbarie, fruits des guerres civiles du siècle précédent. Un peu de raffinement n'était pas inutile pour combattre ces tendances grossières. M"*" de Scudéry continua les réformes que l'hôtel de Rambouillet avait

1. D'après le témoignage de Brienne, cité par riiistorien de Port Royal, 1867, t. IV, p. ^ilS.

commencées; leurs innovations dans les habitudes sociales, dans la langue, dans l'orthographe* ne furent pas toutes stériles ou ridicules, et, parmi ce qui en est resté, il en est plus d'une dont l'honneur revient à M"^ de Scudéry.

'< Ce serait, a dit Rœderer, être injuste et aussi frivole que ces écrivains dont l'observation n'a pas été plus loin que le ridicule des Précieuses, de ne pas reconnaître qu'elles eurent leur côté estimable et ne servirent pas médiocrement au progrès de la socialité. On n'a pas le droit de remarquer leur mauvais goût, sans remarquer aussi qu'elles étaient une école de bonnes mœurs dans un temps de dépravation invétérée. Que si elles avaient le défaut de faire de l'amour un délire de l'imagination, elles eurent aussi le mérite d'élever les esprits et les âmes au dessus de l'amour d'instinct, et de préparer cet amour du cœur, ce doux accord des sympathies morales si fécond en délices inconnues à l'incontinence grossière, cet amour qui donne tant d'heureuses années à la vie humaine, appelée seulement à d'heureux moments par l'amour d'instinct*. »

En effet, tandis que les austères, les rigoristes

1. Le Dictionnaire des Précieuses, de Somaize, indique un grand nombre de ces mots ou locutions introduits par les Précieuses, et presque tous sont attribués à Sophie (M'i'^ de Scudéry). Voyez Fédition donnée par M. Livet, t. I", p. 41 et suiv., 117, 179 et suiv. Voy. aussi une note des OEuvres de Molière, par Aimé Martin, t. I«% p. 157, et les Amis de J)/™" de Sablé, par E. de Barthélémy, p. ^6.

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