‹ Notice biographique sur RabelaisChapitre 42 sur 59 · Voy. la Correspondance à celle date · texte numérisé non relu

Voy. la Correspondance à celle date

ode attachée avec des rubans de diverses couleurs à une petite guirlande de lauriers d'or émaillés de vert. Le tout était renfermé dans une jolie boîte. L'objet de cette gracieuse offrande répondit à Villustre secrétaire des Dames, quel quil puisse être. On découvrit, quelque temps après, que l'ode était de M'"' de la Vigne ^

Nous ne voulons pas trop insister sur ces épisodes un peu puérils, mais il en est un que nous ne pouvons passer sous silence, parce qu'il se lie à l'histoire littéraire et à celle des mœurs de l'époque, Y Affaire des voleurs, comme on l'appela, qui donna lieu à tout un cycle poétique, et qui, après avoir fait beaucoup de bruit dans son temps, a été reprise de nos jours par le roman et par le théâtre.

Le premier jour de Tan 1 6G5, vers dix heures du matin. M"" de Scudéry reçut « une corbeille de paille brodée où il y avoit une belle bourse de point d'Espagne, un bracelet d'aventurine et une quantité de petits bijoux de filigrane*. Ce présent étoit apporté par un homme de mauvaise mine et sentant son filou, comme de la part des voleurs en faveur desquels elle avoit fait un peu auparavant un placet au roi contre celui de M. Ghâtillon-Barillon. »

1 . Voy. les Poésies, et Recherches sur la vie et les œuvres (Vane Précieuse, par M. Théry. 1866, in-S".

2. L'auteur allemand dont nous allons parler tout à l'heure dit que le bracelet était en or, avec une montre de même métal travaillé à jour, et que la bourse contenait 12 pistoles.

Ce passage des Manuscrits Conrart' a besoin d'être expliqué. Dès 1650^, M"^ de Scudéry écrivait à Godeau : « Depuis un mois ou six semaines, on vole si insolemment dans les rues de Paris qu'il y a eu plus de quarante carrosses de gens de qualité arrêtés par ces messieurs les voleurs, qui vont à cheval et presque toujours quinze à vingt ensemble*. » Ces vols, qui passèrent à l'état chronique, et sur lesquels on trouve tant de témoignages dans les mémoires du temps, donnèrent lieu, en 1664, à des vers ayant pour titre : Placet ou Requête des Amans contre les Filoux, où les premiers se plaignaient au roi de ce qu'on ne pouvait, sans crainte d'être dévalisé, se promener le soir et faire la cour aux belles. M"" de Scudéry adressa au roi une Répo?ise des Filoux à la Requête des Ama7is, dont la conclusion était :

Un amant qui craint les voleurs Ne mérite pas de faveurs.

Le présent que les voleurs étaient censés faire à

1. T. XI, p. ^121, in-f". Voy. aussi Vaumorière, Lettres sur toutes sortes de sujets, 1714, in-12, l. II, p. 369. Ce dernier ajoute plusieurs circonstances à la note de Conrart; il décrit l'apparition de l'inconnu à figure rébarbative, armé jusqu'aux dents, la frayeur du laquais, « le petit Dubuisson que vous connoissez » , dit-il à son correspondant ; l'intervention de Mi'« Crois...., « la demoiselle qui est à notre illustre amie », etc. Comme on le voit, Vaumorière était lié avec l'héroïne de l'aventure et pouvait avoir appris d'elle tous ces détails que, par cette raison, nous avons cru devoir reproduire.

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