‹ Notice biographique sur RabelaisChapitre 41 sur 59 · Histoire de la Société polie, p · texte numérisé non relu

Histoire de la Société polie, p

faisaient le procès aux romans par cela seul qu'il y était question des faiblesses du cœur, les Epicuriens, comme Saint-Evremond et ses pareils, reprochaient aux Précieuses « d'avoir ôté à l'amour ce qu'il a de plus naturel à force de vouloir l'épurer. » n Voilà du temps et de l'esprit bien mal employés ! » disaient-ils, à propos des longues conversations entre amoureux du Cyrus et de la Clélie, et il ne manquait pas de gens pour se moquer des amours à la platonique de Pellisson et autres adorateurs du même genre. Il faut se rappeler les amours sans façon d i Vert-galant, ceux, encore plus hideux, du précédent règne, le dévergondage qui s'étale dans les Historicités de Tallemant, et sur lequel la majesté du grand règne vint à grand'peine jeter un vernis au moins extérieur de décence, pour pardonner à la galanterie quintessenciée que les Précieuses et les romans de M"^ de Scudéry introduisirent dans les rapports entre les sexes.

AFFAIRES DOMESTIQUES. — LES CONVERSATIONS MORALES. — SUCCÈS ACADÉMIQUES. — ILLUSTRES AMITIÉS. — VIEILLESSE ET FIN.

L'affaiblissement de la vogue des romans ne retrancha rien de l'estime qui continuait de s'attacher à M"^ de Scudéry. « Elle est plus considérée que jamais, » écrivait Tallemant vers 1660, et ces sortes de témoignages ont dans sa bouche une valeur toute particulière. Affranchie par la mort de son frère de plus d'une solidarité fâcheuse, elle vivait du produit de sa plume auquel venaient se joindre les cadeaux de ses amis et les marques de la munificence des princes. Outre les présents par lesquels les Condé avaient reconnu le dévouement du frère et de la sœur pendant la Fronde, les Rambouillet, les Montausier, M"""' de Rohan-^Monbazon, de Guénégaud, avaient pris l'habitude d'offrir à Madeleine, dans diverses circonstances, des cadeaux utiles et à son usage

personnel^ soit pour ménager sa délicatesse, soit pour éviter que Georges ne mît la main dessus. Mais il y fallait du mystère, et voici comment elle-même en parle dans la Clélie : <v Sachez que cette personne (une fille de Syracuse) qui a de la naissance, dont la fortune est assez mauvaise, dont le cœur est fort noble, et qui, sans faire le bel esprit, a plus de réputation qu'elle n'en cherche a eu plusieurs aventures qui prouvent que

la vertu est encore considérée On lui a fait plusieurs présents d'une façon particulière, et, comme on sait qu'elle aimeroit mieux donner que de recevoir, on a pris des biais détournés. >• Suivent des exemples de ces dons mystérieux dont Tallemant a confirmé plus tard la réalité et nommé les véritables auteurs '. Les moins riches, les littérateurs avaient aussi leur modeste offrande. Conrart offrait tous les ans un cachet de cristal, M. Bétoulaud des agates gravées, le père Commire des fleurs brodées à l'aiguille, et des pierres antiques ou qui passaient pour telles*, Chapelain une gelinotte, et Ménage, dans la pièce même où il nous

1. délie, i. X, p. 1077. — Tallemant, Historiettes, t. VII, p. 61.

2. Les éditeurs doivent à Tobligeance de MM. Lavoix et de la Berge un extrait du Journal des acquisitions du Cabinet des médailles du Roy, commancé le 25 octobre 1689. On y trouve la mention de pierres gravées, agates, cornalines, jaspes, etc., donnés au roi par M^^- de Scudéry, depuis le 4 octobre 1690 jusqu'au 19 février 1695, et qui s'y trouvent encore aujourd'hui, La plupart ont été reconnus depuis pour de simples imitations de l'antique, mais on ne doutait guère alors de leur authenticité.

révèle quelques-unes de ces particularités, exprime l'embarras où il est de trouver pour son compte quelque chose de nouveau'. En 1694, M"" de Scudéry écrivait encore : « Je fus tellement accablée à ma fête de fleurs, de fruits, de vers et de billets, qu'il m'a fallu plusieurs jours à remercier ceux qui me les avoient envoyés, et à recevoir les visites de ceux qui venoient voir les vers que j'avois reçus. »

Le mystère que l'on mettait dans ces cadeaux, et qui avait d'abord pour principal objet d'empêcher un refus, devint bientôt une mode, une espèce de jeu d'esprit destiné à exercer l'imagination des donateurs en môme temps que celui de la donataire. Cette préoccupation est visible dans une lettre de mai IGôG^, écrite par celle-ci à une personne inconnue qui lui avoit adressé un présent. Nous ne connaissons pas la nature de ce présent qu'elle traite de magnifique, mais voici ce qu'elle en dit : « Il me semble que vous vouliez m'obliger à porter une couleur oi^i je croyois avoir renoncé, et que je ne croyois plus pouvoir porter avec bienséance, si ce n'étoit en oeillets, en roses ou en anémones, m'étant résolue à ne mettre plus que du bleu, du gris de lin, de l'isabelle et du blanc. »

Vers 1671 , elle recevait, au nom des Dames, une

1. Menagii Poëmata. — Commini Carmina, 1753, t. II p. 22k, 225, 301,302. — La Journée des Madrigaux. — A/'* de Cunrart, passim.

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