‹ Notice biographique sur RabelaisChapitre 6 sur 59 · Hisloriettes de Tallemant. La même pensée se trauve ex · texte numérisé non relu

Hisloriettes de Tallemant. La même pensée se trauve ex

conduite', du reste abritant volontiers ses premiers essais littéraires sous la réputation plus ancienne et plus retentissante de son frère. Sans parler ici des romans sur lesquels nous reviendrons plus tard, voici ce que lui écrivait Chapelain à la date du 19 janvier 1645 : « Vous envoyer des vers, Mademoiselle, c'est envoyer de l'eau à la mer, c'est vous donner ce que vous avez chez vous en abondance. Que si vous en faites la modeste pour votre regard, vous l'avouerez bien au moins pour celui de M. votre frère qui est un océan de poésie plus découvert que n'est le vôtre, et qui est si plein de ce côté là, qu'on ne sauroit l'accroître quelque chose que l'on y verse. » Déjà presque vieille fille, sans beauté, mais « de très-bonne mine, » suivant Titon du Tillet qui avait dû la voir, telle était M"' de Scudéry lorsqu'elle fut introduite par son frère à l'hôtel de Rambouillet, dans ce que Rœderer appelle la

primée dans un sonnet à sa sœur, compris dans ses Poésies diverses, 1649.

Vous que toute la France estime avec raison, Unique et chère sœur que j'honore et que j'aime; Vous de qui le bon sens est un contre-poison, Qui me sauve souvent dans un péril extrême.

Le malheur qui m'accable est sans comparaison; Mais ce qui me soutient le paroît tout de même : Et parmi les débris de toute ma Maison Je vois toujours debout votre vertu suprême.

1. Tallemant dit à ce propos, avec sa crudité ordinaire : « Le frère donna bien de l'exercice à sa saur en ce temps là, car il vouloit épouser une g...., et elle qui n'espéroit plus qu'en des bénéfices^ se voyoit bien loin de son compte. »

U" période^, s'étendant de 1 630 à i 640 , longtemps avant que le nom de Précieuse fût en usage, et alors qu'on pouvait rencontrer en ce lieu Corneille et Bossuet à côté de Voiture et de l'abbé Cotin. « Elle y fut accueillie^, dit l'historien de la Société polie, sinon comme auteur (elle n'avait encore rien publié), du moins comme une fille d'esprit, bien élevée, sœur d'un homme de lettres très-connu, et aussi comme une personne peu favorisée de la fortune, dont la société, agréable à Julie, qui était du même âge, n'était point sans quelques avantages pour elle-même, w Les premières lettres d'elle ou à elle adressées vers cette époque nous la montrent déjà en commerce d'esprit, en relations personnelles, formées à l'hôtel de Rambouillet ou en dehors, avec Chapelain, Balzac, M. de Montausier, Godeau, Boissat, la Mesnardière, M'" Robineau, M"« Paulet, M'"'' Aragonnais. M"" de Chalais et, par conséquent. M"'® de Sablé, ]\r' et M"" de Clermont, M"^*^ de Motteville, etc., se tenant fort au courant, non-seulement des nouvelles littéraires et scientifiques, mais encore des événements politiques et militaires. Une de ces lettres, adressée à M"*" Robineau et datée du 5 septembre 1644, contient le récit d'un voyage qu'elle fit à Rouen avec son frère, et, avec un peu de manière dont elle ne se défera jamais complètement, révèle dans son talent un côté humoristique qui ne se retrouvera pas souvent sous sa plume. Le coche, les chevaux qui le traînent, la physionomie, le costume des voyageurs

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qui l'encombrent, appartenant aux diverses classes de la société bourgeoise, depuis Fépicière de la rue Saint-Antoine, « ayant plus de douze bagues à ses doigts, qui s'en va voir la mer en compagnie de sa tante, la chandelière de la rue Micliel-le- Comte, » jusqu'au jeune écolier « revenant de Bourges et se préparant à prendre ses licences, » tout cela compose un petit tableau de genre achevé, qui rappelle sans trop de désavantage le coche de La Fontaine et le bateau de M™" de Sévigné.

Ce voyage du frère et de la sœur avait probablement pour objet le règlement de leurs affaires de famille, qui paraît s'être soldé pour elle par l'abandon à son frère, prodigue et dépensier, comme on l'a vu, de ce qui lui revenait, soit de ses père et mère, soit du parent dont nous avons parlé. Mais 'une perspective nouvelle venait de s'ouvrir devant eux.

En IG42, par l'intermédiaire de Philippe de Cospéau, évoque de Lisieux, la marquise de Rambouillet obtint pour Scudéry le gouvernement de Notre- Dame-de-la-Garde de Marseille. En vain le ministre de Brienne hasarda quelques objections tirées de l'inconvénient qu'il y avait à confier un pareil poste à un poëte. La marquise insista en disant qu'un homme comme celui-là ne voudrait pas d'un gouvernement dans une vallée, et elle ajoutait plaisamment : « Je m'imagine le voir sur son donjon, la tête dans les nues, regarder avec mépris tout ce qui est au-dessous de lui. » De

si bonnes raisons l'emportèrent^ et Scudéry fut nommé.

Pour se faire une idée de ce qu'était ce «. gouvernement commode et beau, » qu'on a peine à prendre au sérieux depuis les vers de Chapelle et Bachaumont, peut-être faut-il garder un milieu entre ces vers fameux et la solennité voulue des lettres de provision'. Il est certain que la position de ce fort qui dominait toute la partie sud du vieux port de Marseille, lui avait fait jouer un rôle dans les troubles de cette ville au siècle précédent. Mais il était alors bien déchu de son importance. Il paraît que les gouverneurs, assez faiblement rétribués', n'étaient pas obligés à la résidence et qu'ils pouvaient se faire remplacer par des lieutenants.

A peine Scudéry avait-il obtenu sa nomination, qu'il adressait au cardinal de Richelieu des Stances où, tout en le remerciant de la faveur qu'il venait d'obtenir, il déclarait à son Eminence que « si elle ne faisoit pleuvoir la manne en ce désert,

1. Elles sont du 29 juin 16^12, et leur entérinement dans les registres de la Cour des Comptes de Provence à Aix, du 22 juin \6k3. Elles ont été trouvées, d'après nos indications, par M. Blancard, archiviste à Marseille. Nous les donnons en appendice.

2. Un des successeurs de Scudérs-, vers 1685, ne recevait que 1944 livres (2500 francs environ). Dans un document de 1772, on voit que le gouverneur recevait de plus 100 livres pour lui tenir lieu de la franchise du vin. Régis de la Coloinbière. Notice sur NoIre-Dame-de-la-Garde. Marseille, 1835, in- 8°, p. 10. — Méry et Guindon, Histoire de la Commune de Marseille, 1848, in-8°, t. VI, Preuves, n" 443,

il mourroit de faim dans cette place importante'. » Mais le cardinal avait alors bien d'autres affaires. Il conduisait à Lyon Cinq-Mars et de TlioU;, pour les faire exécuter. Bientôt il les suivait lui-même dans la tombe.

Cependant Scudéry, en attendant mieux, avait soin de mettre en tête de ses ouvrao;es le titre de Gouverneur de Notre- Dame-de-la-Garde. Quelquefois, à la suite de ce titre, il prit ou on lui donna celui de Capitaine entretenu sur les galères du Roi, et M. Jal nous apprend que, sur deux listes de capitaines de galère, gardées aux archives de la marine, il a lu : « De Scudéry, capitaine de galères de 1 643 jusqu'à 1647. » Il ajoute que des brevets de cette espèce étaient souvent donnés à des hommes qui n'avaient rien de commun avec la marine.

Ce ne fut qu'en novembre 1 644, après la mort de Louis XIII et de son ministre, que Scudéry songea enfin à prendre possession de son gouvernement. Tallemant des Réaux dit crûment : « Sa sœur le suivit; elle eût bien fait de le laisser aller; elle a dit pour ses raisons : je croyois que mon frère seroit bien payé. D'ailleurs le peu que j'avois, il l'avoit dépensé. J'ai eu tort de lui tout donner, mais on ne sait ces choses là que quand on les a expérimentées. » Disons à notre tour que ces choses là, c'est-à-dire celles du cœur, échappent complètement à notre conteur d'historiettes. Il prête

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