‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 21 sur 125 · ÉMAUX ITALIENS · texte numérisé non relu

ÉMAUX ITALIENS

Toute celle manière s'est modifiée, ainsi qu'on peut le voir dans l'autre Paix du Louvre, n» 16S. Là, le métal a été recouvert d'émaux à teintes plates, dans lesquels dominent le bleu, le violet et le brun mordoré, couleur particulière aussi aux premiers émaux de Limoges. Par-dessus ces émaux , un travail de pointillé en or et en émail blanc dessine péniblement tous les détails, en accusant les lumières. C'est une grisaille colorée dans laquelle les chairs seules ne sont pas teintées. Le contre-émail ou le revers est gros bleu, granité et très rugueux.

L'enseigne du Louvre est en grisaille, la Paix en grisaille colorée. Toutes les deux sont de la même main, et leur encadrement a été fait par le même ouvrier, au moins pour les parties ornées de filigranes.

164* — Paix en argent doré , ornée de peintures en émaux de couleurs, fixés, les uns sur cuivre, les autres sur cristal de roche, et posés sur paillons. — Hauteur, 0,370; largeur à la hase^ 0,260.

Elle a la forme d" un polit monument composé d'une base, de deux pilastres d'ordre composite, dun entablement et dun couronnement accompagné de volutes sur lesquelles sont posées des statuettes d'enfants assis et jouant des Instruments de musique. Une petite statue du Christ, debout et tenant une croix de la main gauche, domine le faîte terminé en piédestal •■vase, sur lequel sont appuyées deux cornes d'abondance. Des peintures fu émaux fixes sur des plaques de cristal de roche, sont distribuées sur Tôutést<^'p7irti'es du momiTOent. La plus frrande forme un tableau cintré et occupe le centre ; le sujet est un Calvaire. Jésus-Christ y est représenté sur la croix ; sa mère, évanouie, est secourue par les saintes femmes. Au premier plan, des soldats se disputent les vêlements du Seigneur; d'autres entourent le pied de la croix. La ville de Jésuralem est figurée dans le fond. Autour de ce tableau . et engagées dans les moulures de son encadrement, sont disposées dix petites plaques de même travail, sur lesquelles sont peints les quatre évangélistes et six apôtres ; les six autres apôtres sont représentés debout dans des niches superposées qui décorent les pilastres du petit monument. La base, finement ciselée d'ornements auxquels sont mêlées des chimères, est décorée d'un médaillon ovale contenant une peinture faite parles mêmes procédés, dont le sujet est la Lamentation sur le Christ : le Sauveur est représenté au pied de la croix et soutenu par sa mère et les saintes femmes. ]ifoise cl Daniel sonl peints dans des médaillons circulaires qui ornent les piédestaux de la base. Les peintures de la frise sont disposées en trois médaillons; on y voit la Vierge en adoration. Dieu ci le Saint-Esprit sont figurés sur des émaux au centre du couronnement ; sur le côté droit, la Vierge agenouillée ; sur le côté gauche. \ ange Gabriel lui apparaissant. Le revers de la Paix est décoré de ciselures et de véritables émaux sur argent qui forment des compartiments et des médaillons variés de formes et de grandeurs. Saint 3fichel, combattant le démon, est figuré dans un ovale placé sur le couronnement. La Foi et la Charité sont représentées en pied sur des plaques allongées

posées aux deux côtés du bouton central qui sert à porter la Paix. L'émailleur a placé dans le haut la mort de saint Laurent étendu sur un gril, et dans le bas, un martyr périssant par le supplice de la roue. Les angles sont occupés par quatre médaillons circulaires où sont peintes des tètes de saints vues de profil ; et dans d'autres, de plus petite proportion, sont peintes des tètes d'anges ailées. La base est garnie de deux plaques allongées, dont les sujets sont V Adorât ion des bergers et Y Adoration des mages. Cette paix provient de la chapelle de l'ordre du Saint-Esprit. Sur le bouton du revers sont ciselés en inlailles les écus accolés de France et de Pologne, qui sont les armoiries du roi Henri III, entourés du collier de l'ordre et surmontés de la couronne royale.

165 et 166. — Paix ornée de deux plaques en émaux de couleurs rehaussés dor et de blanc. — L'une est rectangulaire; hauteur, 0,121; largeur^ 0,080. L'autre, demi-circulaire; hauteur , 0,047; largeur, 0,080.

Elles sont placées , la première en dessous , la seconde en dessus, dans un encadrement en bronze doré, formé par deux colonnes avec base et chapiteau soutenant une corniche que couronnne un arc plein cintre. La plaque rectangulaire est posée entre les colonnes, la plaque semi-circulaire dans le tympan de l'arc. Entre les moulures qui forment le soubassement de cet édicule, on lit cette inscription gravée sur le métal : PAX . HVIG . D03IVI. Le sujet de la plaque rectangulaire est lai>^a/ù^î7e; la vierge Marie est agenouillée, les mains jointes, les regards abaissés sur le divin enfant étendu sur le sol à ses pieds. Saint Joseph, également à genoux, contemple Jésus, en élevant la main gauche dans le mouvement consacré à la bénédiction; de la droite, il soutient un bâton. En arrière de la Vierge on voit un bœuf et un âne attachés par des chaînes dans une étable grossière et ouverte à tous vents. Des détails dorés et des grisailles figurent un paysage dans le fond. Des nimbes dorés entourent la tète de Marie et de Joseph, un nimbe et des rayons celle de Jésus, dont le corps repose sur une auréole dorée. — Le sujet de la plaque demi-circulaire est V Annonciation : la vierge Marie est agenouillée devant un pupitre qui supporte un livre ; du côté opposé on voit l'ange qui s'avance vers elle en étendant la main droite et portant de la gauche une branche de lis. Les deux figures se détachent sur un fond bleu dazur étendu sur paillon ; le sol est indiqué par des émaux verts. Le contre-émail, de couleur gros bleu, est granité et très rugueux. — (Collection Durand, no 116/2652.)

16^« — Enseigne en grisaille sur fond noir, détails et inscriptions dorés, avec ornements en filigranes d'argent dansV encadrement. — Diam., 0,052.

Un jeune enfant, vêtu d'une courte tunique et la tôle nue, chemine ccmduisant par la main une femme vêtue dune robe flottante et remarquable par une houppe de cheveux qui surmonte son front , le reste de la tète étant entièrement rasé (on a souvent représenté ainsi la fortune, qu'il faut saisir au passage parce qu'elle na pas de cheveux par- derrière). Autour du bouton est cette inscription : REGI .11 .BONA . MADRE . MI A, Le revers est caché par l'enveloppe du bouton.

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Cristaux peints.

Tout cela n'est pas digne de l'Italie. On aurait compris qu'elle ne s'essayât pas dans un genre de peinture qu'elle pouvait déclarer trop imparfait; mais une fois qu'elle l'abordait, elle devait y laisser sa marque et son cachet. 11 serait injuste, toutefois, et inconséquent de trancher la question avec des éléments aussi incomplets pour la juger; mais ce qui ferait supposer que les artistes italiens abandonnèrent l'émail après de faibles essais et de rares tentatives, c'est qu'ils tournèrent la difficulté et tentèrent de produire des émaux, ou du moins d'en donner l'apparence, avec du cristal peint à chaud et à froid (1). Je ne m'occuperai que du premier de ces procédés, qu'on peut, sans trop

(J) Je me figure que les lenteurs, les difficultés, les accidents causés par le procédé des émaux appliqués au cristal de roche, engagèrent quelques peintres à tourner une seconde fois la difficulté, et tandis que leurs confrères simulaient de vrais émaux avec de l'émail appliqué derrière le cristal, ils simulèrent ce procédé par la peinture exécutée à froid derrière ce même cristal. Cette peinture, comme on le voit de nos jours, où les fixés sont à la mode, acquérait une grande vivacité par le brillant que sa surface polie donnait aux couleurs, qui elles-mêmes se détachaient sur un fond de paillon fixé au cristal et soutenu par une couche épaisse de mastic. CoHecilon carrand. Petit tableau cintré, divisé en deux parties. Au bas, la Vierge et l'Enfant- Jésus entre les deux donateurs, encadrés dans un cercle de quinze médaillons remplis de figures; au haut, l'Éternel. Peinture fine et délicate, l'œuvre microscopique d'un miniaturiste habile. Collection Jiovei. La Vierge tenant l'Enfant-Jésus. Trait coloré avec rehaut d'or et d'argent, exécuté d'une main hardie et ferme, comme un dessin de maître à la plume. Le mastic qui soutenait le paillon s'est détaché et j)crmet de reconnaître le mode de travail, c ollection Poartale». Une Annonciation. Tableau carré. Largeur, environ 0,220. Lue Adoration des Mages, médaillon circulaire. Diamètre, environ 0,260.

En Allemagne, on tenta quelque chose d'analogue. Musée du i>ouvre. Un dé à l'extrémité duquel on a gravé le Christ sur la croix, dans un morceau de cristal qui a de diamètre 0,005. Le cristal, qui est placé sur un paillon rouge cerclé d'un paillon bleu, a reçu par-derrière un cercle tracé en or et la date 1587. Sur le bord inférieur du dé on a gravé celte inscription : Bci tlisscn Gcsvhcnck mcin im ùcstcn gcdcnck , 1587. Par ce don, pense à moi, 1587. tollccîîon carrand. Une bague. Au centre, dans un écu, trois l)ensèes gravées en creux ; au-dessus et des côtés le chiffre A S et la date 1582.

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de licence, rattacher aux émaux. Le Musée du Louvre possède un échantillon remarquable, très fin et très complet, de cette peinture en émail appliquée au cristal et rendue plus vive par l'emploi du paillon. Je l'ai décrit précédemment sous le no 164. Toute la face de celte Paix est ornée de cristaux de roche peints en émail, et le revers est couvert de véritables émaux. Cette association prouve peut-être le passage de l'un de ces procédés à l'autre, et comme tout le travail de ce petit monument nous reporte aux vingt premières années du XVI«^ siècle, on peut entrevoir dans la marche de ces tentatives quelque jour, et s'expliquer le monopole de Limoges par la cessation de toute concurrence sérieuse.

Émaux vénitiens.

Presque toutes les collections rangent parmi les productions de Limoges des vases émaillés (1), qui s'en distinguent autant par les formes que par le goût des ornements , par les nuances des couleurs et par la manière particulière dont les dorures sont appliquées ou plutôt incrustées au moyen de la roulette et des petits fers. D'où viennent ces émaux? Aucun texte ne nous l'apprend, mais le style de leurs ornements, autant que les armoiries bien connues des grandes familles d'au delà des Alpes, nous annoncent qu'ils sont italiens et de la première moitié du XVi^ siècle. Il est impossible, en outre, de ne pas saisir dans leur riche ornementation quelque chose du style français, du style à la mode sous le règne de Charles VIII et de Louis XII, et de ne pas rattacher cette fabrique, dont l'apparition est subite et l'existence bien éphémère, au passage et aux divers séjours de nos armées dans le nord de l'Italie, soit que nous ayons transporté ce goût en Italie, soit que nous l'y ayons puisé. Toutefois, les preuves et les documents nous manquant, force me sera de rester dans une appréciation générale.

(4 ) €oî!cction saint-Pîerre. Un plat rond à support d'aifçuièrc, d*une richesse et d'une élégance incomparables. Les onze godrons de Télévation centrale se détachent en blanc sur email vert, et entourent un médailloti armoirié de gueules, à la fasce de sinople, chargée de deux quintefeuillcs d'argent. Cet écusson est du temps, mais il a été fait à part et fixé au moyen d'un boulon de cuivre, sans doute pour répondre après coup à une commande. Diamètre, 0,295.

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Aussitôt que le commerce eut introduit à Venise les proiluiis variés de Limoges, cette ville industrieuse se mit à l'œuvre pour nous faire concurrence; mais il semblerait que, dans l'impossibilité de faire aussi bien qu'en France, on eut le bon esprit de faire autre chose, et de se contenter de transporter à l'émail bleu et blanc, sur métal, la décoration dorée qui avait déjà réussi dans le commerce et conquis la vogue quand on l'appliquait à la verrerie. En effet, toutes ces aiguières et ces nombreux vases émaillés, dont le nord de l'Italie (ut tout d'un coup comme envahi , ont l'aspect et l'élégance de quelques anciens vases et coupes de verre bleu étoile d'or et décorés d'émaux de couleur apposés en apprêt. S'il s'agissait d'en caractériser le style et l'aspect, je signalerais leurs formes italiennes, et dans la décoration un émail bleu lapis à l'extérieur, un émail blanc à l'intérieur, tous les deux apposés en couches épaisses et ondoyantes; quelques places réservées dans l'émail bleu, pour alterner avec l'émail blanc et vert, suivant une disposition élégante et de bon goût, le tout étoile ou fleurdelisé sans nombre et très finement, dans. ce goût oriental qui, par des combinaisons gracieuses, produit des dessins varies et des effets inépuisables. Jusque-là tout semble si bien réussi qu'on se demande comment on s'en est tenu à ces ornements un peu monotones; pourquoi il ne s'est pas trouvé quelque artiste , dans ce trop plein de peintres, qui tentât de reproduire en émail ses propres compositions ou Les tableaux des grands peintres dont Venise a le droit d'être fière. Quelques écussons, qui portent dans leurssupports des figures d'hommes et d'animaux (1), sont peints en émaux tellement ternes et si mal apposés, qu'on comprend pourquoi des artistes de valeur n'ont pas consenti à mettre leur talent au service d'un art si peu sûr de lui-même.

l.G^* — Coupe godronnée, en émaux de quatre couhurs {pieu d' azur , vert émeraude, blanc et brun).

(1) collection Inouïs Fould. Une aiguière semblable par les dimensions et la forme au n" 171 du Louvre, mais dont la panse est décorée des armoiries des Rovere, peintes en émail. Les figures d'hommes sauvages qui leur servent de support sont indignes de la beauté et de l'élégance de la pièce.

14a NOTICE DES ÉMAUX, BIJOUX, ETC.

enrichie d'ornements dorés à l'intérieur comme à l'extérieur.— Hauteur, 0,233; diamètre^ 0,322.

Le bleu d'azur est la couleur de fond ; les bords de la coupe en sont revêtus à l'intérieur et à l'extérieur, et décorés d'un semé de fleurs de lis d'or. Une bande étroite d'émail vert marque l'intersection. Une vignette dorée règne circulairement à l'extérieur, au-dessous du champ fleurdelisé, et sépare le bord du corps de la coupe que décorent vingtsix godrons posés parallèlement entre eux et dans une direction verticale, Ces godrons, séparés par des languettes de fond d'azur à fleurettes dorées, revêtus d'émail blanc, sont décorés de deux motifs dorés qui s'alternent. L'un des deux, assez semblable à une plume, est rehaussé d'une louche d'émail bleu sur la côte. Au second rang, seize godrons d'un moindre relief sont disposés dans la parlie inférieure parallèlement entre eux . mais dans une position inclinée; ils sont revêtus alternativement d'émail bleu et brun, décorés d'or, avec une louche blanche, et se découpent sur un fond blanc décoré d'or. Le pied est formé de quatorze côtes en émail bleu, séparant autant de canaux en émail blanc, décorés d'or avec de longues touches, alternativement d'émail bleu ou brun. Le bord du pied est vert à fleurettes d'or ; il est entouré d'une fine monture en cuivre ciselé et bronzé. Dans l'intérieur de la coupe, les parties correspondantes aux godronssont concaves ; celles du premier rang sont revêtues d'émail blanc décoré d'or, avec des touches alternativement bleues et brunes; celles du rang inférieur sont décorées en or avec des touches blanches, sur fonds alternativement verts ou bruns, et se détachent sur un fond d'émail blanc décoré d'or. Le centre, en forme de rosace, est décoré en or sur fond bleu. Le contre-émail est de plusieurs tons de bleu granités. — (Ancienne collection , n» 54.)

100« — Coupe godronnée, en émaux de trois couleurs (bleu d'azur, vert émeraude et blanc), enrichie d'ornements dorés à l'intérieur comme à l'extérieur. — Hauteur, 0,215 ; diamètre, 0,303.

Le bleu d'azur est la couleur d'émail du fond; les bords de la coupe en sont revêtus à l'intérieur comme à lextérieur, et décorés d'un semé de fleurs de lis d'or ; une ligne d'émail vert marque l'intersection. Une vignette dorée, dont un des motifs forme feston dans le haut, règne circulairement à l'extérieur au-dessous du champ fleurdelisé, et sépare le bord du corps de la coupe, que décorent vingt-deux godrons posés parallèlement entre eux et dans une direction verticale. Ces godrons, séparés par des languettes bleu d'azur à fleureties dorées, sont revêtus d'émail blanc cl décorés de motifs dorés qui s'alternent; l'un des deux est assez semblable à une branche de fougère et rehaussé d'une touche d'émail vert sur la tige. Un deuxième rang de seize godrons règne dans la partie inférieure ; ils sont posés parallèlement entre eux et dans une direction verticale, et se détachent en vert sur un fond d'émail blanc; le motif doré qui les décore ressemble à une plume, et une forte touche d'émail blanc indique la côte. Le même oruement, avec une touche d'émail bleu, se retrouve sur douze godrons de même forme que les précédents, mais posés en sens inverse, qui décorent le pied de la coupe ; ils sont en émail blanc et se détachent sur un fond bleu. La partie évasée du pied est en émail vert, décorée de vignettes dorées et d'une frise en rinceaux rehaussée de touches blanches. Le décor de l'intérieur reproduit exactement sur

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