ÉMAUX ITALIENS
monuments conservés jusqu'à nous suffisent pour prouver que la vogue des nouveaux émaux peints était en bonne voie, et qu'elle partit de haut (1).
Émaux italiens.
La renaissance des émaux de Limoges jeta un trop grand éclat en France pour que la renommée n'en étendît pas le succès au dehors. L'Italie dut se préoccuper de ce nouveau genre de peinture inaltérable; mais pour savoir dans quelle mesure ses peintres se livrèrent à ce nouveau procédé, profitèrent de ses avantages, activèrent ses progrès, c'est en Italie mémequ'ilfaudrailfairedes recherches. Dececôté des Alpes, on le conçoit facilement, il n'est parvenu que de rares spécimen qui pourraient les faire considérer plutôt comme des essais, des tentatives, peut-être même des caprices, que comme les productions d'un atelier forme, d'une industrie développée. Aies considérer isolément, ce sont des œuvres d'art du plus beau caractère, du plus précieux travail. Comme date, les uns remontent aux der-
(1) Collection Rattier. Les deux volets d'un triptyque. Pierre II, duc de Bourbon (l439-j-1503), à genoux devant saint Pierre, et Anne de France, fdle aînée du roi Louis XI (1462-1522), à genoux devant sainte Anne, tous les deux devant des prie-Dieu couverts d'une étoffe semée de France à la bande de gueules qui sont les armes de Bourbon. Il y a une recherche évidente de la ressemblance. Les paillettes ou rehefs d'émail sur paillon sont répandus sur la couronne du donateur, sur la tiare, la chape et la clef de son patron, et aussi sur les vêtements. Un fond d'architecture, style de la renaissance, à plein cintre. Ces deux volets flanquaient autrefois un tableau d'émail central qu'on a vendu sous prétexte qu'il n'était ni de même dimension ni de la même main. C'est un fait regrettable. Hauteur, 0,240; largeur, 0,090. Pierre de Bourbon avait , comme on voit , une prédilection toute particulière pour les émaux. Nous avons cité ces mêmes portraits exécutés en émail de basse taille, p. 112. Ce goût pour les émaux semble même s'être étendu à toute la famille. Une religieuse, agenouillée devant la Vierge, porte sur sa robe cette inscription : VIVE . MADAME . LOYSE . DE BOVRBON, dans un émail de Pierre Raymond, daté de 1538. Je pourrais donner encore d'autres preuves, collection Scynionr» à Londres. Triptyque disposé dans cette forme : Hauteur, 0,470; largeur, 0,395. X"* 1 et 2, les armes du roi ; 3 et 4, les armes de France écartelées de Bretagne; 5, le portrait de Louis XII à genoux à côté de son patron; 6, le portrait d'Anne de Bretagne dans la même posture, à côté de sa patronne ; 7, un concert céleste; 8, l'Annonciation ; 9, quatre anges en prières.
nières années du XV^ siècle, quelques-uns sont datés des premières années du XYI^ (1), mais le plus grand nombre est contemporain de Jean Pénicaud II. Quant au style, les plus anciens se rattachent à l'école de Mantegna (2), c'est-à-dire au nord de l'Italie; les autres se rapprochent davaqtage des influences du Perugin et de l'école d'Urbin. Leur manière. — Je ne puis déterminer exactement le faire de ces émaux d'après le petit nombre qui m'a passé sous les yeux; cependant j'appuierai sur la nature de l'émail, qui est de deux sortes : l'une, et celle-là appartient à de rares spécimen, est appliquée au cuivre, elle est opaque, terne et globuleuse; le revers de ces plaques n'est pasémaillé. L'autre, appliquée sur argent, est translucide, ou vise à produire l'effet des émaux de basse taille. Le fond d'argent est guilloché dans les parties qui ne reçoivent pas de figures, et couvert d'un émail bleu éclatant sur lequel les sujets sont peints en blanc et en couleur. C'est le procédé employé dans des émaux datés de 1317, et dans la Paix du Louvre, n» 164, qui correspond à la même époque.
(1) collection Raifé. Une couronne en argent, d'un dessin élégant, est ornée de sept médaillons d'argent émaillé en grisailles sur fond d'azur. Ils représentent le Christ, la Vierge, saint Pierre, saint Sébastien, saint Etienne, saint Georges et saint Paul. L'émail bleu est presque translucide et très brillant ; la peinture est apposée dessus en touches pointillees d'un faire hardi et facile. Le diamètre de la couronne est de 0,160. On lit autour, gravée en creux, l'inscription suivante : HEC OPERA FECIT FIERI COMVN CACCARXÉN (SIS) EX VOTO FELICE TEMPORE D.F. PETRI YAXA 1517. DIEZXIVNII. L'orfèvre de Corcano , près de Cosme , en Lombardie , a bien pu tirer de quelque ville, comme Milan ou Venise, ces petits médaillons émaillés et les faire entrer dans l'arrangement de sa couronne.
(2) collection oatteanx. La Vierge, tenant l'Enfant-Jésus couché sur son bras gauche, est assise sous un édicule dont le tympan est orné d'un bas-relief au-dessous duquel on lit : AVE MARIA. La Vierge regarde, à droite, saint Sébastien, qui semble dans les douleurs de son martyre ; à gauche est placé saint François. Les deux saints ont la tête nimbée. Les figures se détachent, en grisailles perlées et légèrement teintées, sur un fond bleu gris assez faux. Plaque cintrée. Hauteur, 0,090; largeur, 0,054. Le ton général rappelle un dessin sur papier préparé et à la mine de plomb , rehaussé de blanc , comme les exécutaient les vieux maîtres du XV» siècle. On croit voir un petit tableau de Mantegna. Les contours sont tracés à la pointe ; il y a des rehauts d'or sur les cheveux et sur les vêtements. Dans tout l'ensemble , un charme, une naïveté, une élégance inexprimables.