‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 23 sur 125 · ÉMAUX PEINTS DE LIMOGES · texte numérisé non relu

ÉMAUX PEINTS DE LIMOGES

sur les lèvres (1) ; mais, en même temps, on poussa si loin l'éclat des vêlements que l'on put détacher les figures sur un fond du plus beau noir. Le Musée de Cluny offre un exemple decesémaux ainsi modifiés: c'est un diptyque qui représente, d'un côté,le Clirist, et, de l'autre, la Vierge (2;. Cet émail permet de marquer le passage des émaux violacés aux émaux éclatants de couleur, et dans lesquels se fait sentir la main des peintres de talent. La bordure en émail appartient encore à l'un des artistes dont nous avons plus haut passé les œuvres en revue. Les enfants qui s'enlacent avec des enroulements de guirlandes, ont les carnations violettes, des têtes énormes et entièrement dépourvues de cheveux. Los bouquets de feuillage qui les relient entre eux sont rendus par iles tons verts froids rehaussés de touches blanches. Il est bien ilifficile que cette bordure et les figures en buste du Christ et de la Vierge soient de la même main, car ceux-ci révèlent un homme de talent. Le type et les physionomies sont des créations entièrement françaises, dans lesquelles on peut retrouver la simplicité <les maîtres primitifs flamands et italiens. Les mains sont parfaites, les plis des vêtements se forment avec grandeur el simplicité, et jusqu'au mouvement des ondulations de la banderole, tout y est charmant. Ces deux figures se détachent avec harmonie sur un fond bleu tellement foncé qu'il semble noir, le cadre ancien estconservé, il eslencore orn<; de sa moulure et de ses nœuds à l'état primitif.

A côté de cette peinture en émail, vive, brillante dans sa transparence, un peu gothique dans les tendances de son dessin, et qui semble la production facile de peintres verriers rompus au traitement des émaux, marchait parallèlement l'œuvre de peintres miniaturistes, dont les émaux montrent une grande imperfection technique et beaucoup de finesse de pinceau. Leur émail, apposé sur le métal en grandes

(1) collection oaugny. L'Adoration des bergers ; au bas, cette inscription ainsi divisée : ÔMATER. DEI ME MENTO. MEI. Il y a des inscriptions en cr sur tous les vêtements et sur Tarchitecture ; l'elfet général est neigeux par l'abus des rehauts de blanc et l'absence de paillon. Hauteur, 0,253; largeur, 0,210. collection cerniean. '^'«'«^ Jehan, saint Ja(jue, sous des arcades, se détachant sur des draperies très ornées, carnations rosées, lèvres roses, pointillé d'or. Hauteur, 0,170; largeur, 0,067.

(2) Catalogue du Musée, n° 997; provenant delà collection Didier Petite n^ (\o. Hauteur, 0,2^0; largeur, 0,197.

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épaisseurs, a des tons sales, sans aucune transparence, el presque sans aucun brillant. Il semble qu'il se colle à la plaque et s'y soit desséché. Le dessin est gothique, incorrect et naïf; les nez sont singulièrement longs et se montrent de profil, même quand la figure est de face; les yeux sont adoucis par de longs cils, et un pointillé brun dans les ombres, rosé dans les carnations, parvient péniblement à rendre le modelé des chairs; enfin des gouttelettes d'émail sans paillon semblent être conservées à regret, et comme par concession aux habitudes prises. La composition est mesquine et souvent puérile. C'est un reflet des miniatures de nos manuscrits, un art exclusivement français, sans que l'influence des gravures flamandes et allemandes s'y soit exercée. On fera attention à cette phase particulière (1) des émaux peints, à leur début, parce que de ces deux tendances diff'érentes et de leur fusion, sont sortis les chefs-d'œuvre de Limoges. Les progrès sont dès lors sensibles, car au milieu de toutes

(1) collection Ciermeau. La légende de sainte Valérie, l'une des patronnes populaires du Limousin, suite de petites plaques cintrées. On lit sur la lame du sabre qui va s'abaisser sur le cou de la sainte, le nom: VALERIEN. On remarque beaucoup de finesse dans les têtes, des profils un peu pointus, une grande naïveté dans la composition; ce sont de véritables miniatures de manuscrits. Hauteur, 0,097; largeur, 0,085. collection Raife. Le Christ sur la croix entre les deux larrons. Au bas, à gauche , la Vierge soutenue par saint Jean et une des saintes femmes; à droite, deux cavaliers, l'un sur un cheval blanc et en armure complète de chevalier du XV ^ siècle, l'autre sur un cheval gris brun, et coiffé d'un grand chapeau fourré d'hermine; au fond la ville de Jérusalem, se détachant sur un ciel bleu étoile ; dans les deux angles du bas, des écussons, l'un écartelé au premier d'azur à trois maillets d'or, au second et troisième de gueules à trois croisettes d'or, au quatrième d'or à deux fasces de gueules, l'autre de sinople, au lion d'or, à la bordure de gueules chargée de.... besans d'or. On lit sur la robe de la Vierge, le mot de Maria répété, on y pourrait lire Monvaerni. Hauteur, 0,200; largeur, 0,220. Cet émail fait partie d'une suite de douze sujets de la Passion. J'en ai retrouvé trois dans la collection Bouruet, la Pieta, ou Descente de croix, dans la collection iza czartoryska, et enfin la Flagellation dans le commerce. Musée de Cluny, n» 998. Pieta. Des deux côtés de la Vierge, les donataires à genoux, homme et femme. Travail français très naïf. Les trois figures se ressemblent, et elles rappellent le type des figures de la légende de sainte Valérie, cité plus haut. Les émaux de couleur sont opaques, et il y a dans le paysage des jaunes et des verts qui sont propres à ces émaux. Les pierreries imitées en émail de relief sur paillon couvrent le nimbe et rattachent cet émail à la série des

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ces imperfeclions il y avait des réussites et des lueurs de succès qui durent frapper les artistes, en leur faisant comprendre la valeur, la portée, et toutes les ressources de ce procédé. Se consacrer à ce genre d'émaillerie pouvait tenter, et tenta des peintres de talent ; nous allons dorénavant décrire des œuvres signées, et nous apprécierons la manière et les mérites de chaque éniailleur.

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Est-ce le frère, est-ce le fils de Nardon Pénicaud? On l'ignore : c'est évidemment son élève. Il l'imite d'abord; il introduit ensuite dans son art des perfectionnements qui lui permettent d'ouvrir une voie nouvelle. On conçoit que dans cette période d'essais sa manière dut varier; aussi marquerons -nous deux tendances sensibles. Dans ses commencements , il poursuivait évidemment l'effet métallique des émaux de basse taille, et au moyen du métal brillant (1) qui recevait les ombres, des émaux translucides qui leur donnaient la profondeur, des rehauts d'or, apposés en pointillé, en hachures et en masse, qui formaient les lumières et comme les reliefs de la ciselure , et enfin des paillettes nombreuses, vives de couleurs et de peu de relief, il arriva à produire quelque chose de presque aussi

émaux paillettes. On voit au bas de la plaque ce monogramme, ou cette marque T Hauteur, 0,225; largeur, 0,153. collection Quedeville. *■ j f» Le martyredesaintEtienne. Le sangqui jaillit des plaies du ^1 saint est mis en relief. Tous les émaux sont opaques, le iL contre-émail est vert foncé. Hauteur, 0,d 05 ; larg., 0,085. /^

(1) Le paillon est d'un usage immémorial; Tabus qu'on en fit pour donner à des pâtes de verre l'éclat et l'apparence de pierres précieuses, le fit condamner dans les ordonnances des métiers. En 1A16, l'orfèvre du duc de Bourgogne asseoit ses rubis sur paillon, afin, dit-il, qu'ils eussent meilleure et plus freschc couleur, (Ducs de B., n° 46A.) Benvenulo Gellini explique longuement les nuances de toutes sortes qu'on doit choisir pour faire valoir les pierres précieuses. (Dell' Oreficeria, page 6, Milano, 8*", 1811.) On lit l'article suivant dans les ordonnances ou statuts du métier, rédigés par les argentiers de Limoges en 1389 : Item que per vaissella esmellada , Ion no meta iimalha d'argent ou do popier, sino que autrament sie regarda estre Casador et ordenat per leurs ba;yle susdits.

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brillant. L'effet général tient des vitraux peints, et aussi un peu de la porcelaine (1); un bleu turquoise et un blea d'azur y dominent, les carnations violacées frappent la vue et choquent l'œil, le brun jaunâtre brille dans les fonds et dans rarchiteciure, plus clair encore il couvre les chevelures. J. Pénicaud abandonna cette lutte avec les émaux de basse taille pour chercher, dans les ressources naturelles de l'émail, la véritable peinture, et il était sur la bonne voie, si nous en jugeons par ses derniers travaux. Cette seconde manière se distingue par des carnations plus rosées, par des yeux noirs dans des orbites très blanches, par un ton général foncé, où le bleu, dans ses différentes nuances, domine, où le vert, de plusieurs tons et translucide, laisse percer le travail des ombres tracées sur le paillon (2). Les revers de ces émaux sont jaspés d'un brun violacé, assez épais pour empêcher de voir si la plaque est poinçonnée, mais qui permet de distinguer les raies qu'on a faites dans le métal, sans doute pour mieux retenir l'émail; plus tard, ces revers sont couverts d'un émail vert glauque très épais. Le dessin e&t bon, le style français, l'imitation des gravures allemandes et flamandes évidente. Pénicaud a même puisé, dans ce fonds de compositions, devenues populaires dans toute l'Europe, une certaine exagération de physionomies expressives et grimaçantes, dont l'effet s'augmente encore par le blanc tr'op vif des yeux.

(1) collection naugny. Le Christ couronné d'épines, imilé de la i^ravure d'Albert Diirer. Ton général clair, brillant et gai. Sûreté de dessin, physionomies exagérées dans leurs expressions moqueuses. Le violet, le brun et le bleu vif dominant dans les vêtements, les terrains d'un ton vert. La signature, dont je parle dans la note 3 de la page suivante, est au bas à droite. Hauteur, 0,234; largeur, 0,195. La l^'lagellation, même grandeur, mêmes émaux que le précédent.

(2) collection !§»oltikoff. La Flagellation, petite plaque en émail de couleur, placée dans un cadre en cuivre ciselé du meilleur goût, et de la date même de l'émail, c'est-à-dire de 1512 ou 13, l'original d'Albert Durer étant de 1511 et la copie de Noël Garnier, dont il s'est probablement servi, de l'année suivante. Hauteur, 0,120; largeur, 0,090. Il n'est pas fait usage de paillettes dans cet émail. La signature est sous les pieds du Christ. Cette petite plaque a appartenu à M. Deville, ancien maire de Tournon (Ardèche). On peut rapprocher de cet émail les deux plaques suivantes, de la même collection : 1° La mise au tombeau. Hauteur, 0,150 ; largeur, 0,120. 2° Un triptyque, Jésus sur la croix, au centre et sur les volets, la Flagellation et la mise au tombeau. Hauteur, 0,190 ; largeur, 0,175;^ volets, 0^075.

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Un de ses émaux porte lOH^HWESjJPEWC ^1)5 "^^

autre : ^OHAl/'- :Q;eHlCAVLT (2); un troisième : Y Q )^f\V/l r P ^-^^ ' 6"^'" "" quatrième ce chiffre

enlacé : MM W-

Tout ce que je viens d'énumérer, tout ce que j'ai décrit appartient encore aux incunables de l'émaillerie. Cet art devait sortir de son berceau sous la conduite vigoureuse

(1) Cette signature a été amplifiée pour qu'elle fût lisible ; elle est Tracée en or et en caractères microscopiques au-dessous des pieds du Christ, au bas de la Flagellation dont il est question dans la note précédente.

(2) collection Danguy. Le Couronnement d'épines. La signature est tracée en or au bas, à droite. M. Didier Petit, auquel cet émail appartenait. Ta sommairement décrit dans son catalogue, sous le n° 169, en ajoutant qu'il est signé JEHAX.P.E.MCAVLAT. Cette lecture fautive l'autorisa à créer un émailleur du nom de Nicaulat, et ce nom a été adopté dans quelques ouvrages. Le fac-similé de celte signature, qu'on voit plus haut dans le texte, met fin à cette erreur. Je Pai calqué avec soin , et je suis certain de n'avoir rien omis , rien ajouté.

(3) collection »auguy. La Flagellation. Une draperie tombante empêcha l'artiste de compléter sa signature. A ces plaques signép'i il faut en associer une qui ne porte pas de signature, mais qui les rappelle par le dessin, le sentiment et les tons des émaux, collection Soltikoff. La résurrection du Lazare , plaque émaillée en couleur ; dans le fond, une église surmontée d'une fleur de lis. Hauteur, 0,265 ; largeur, 0,235.

(4) Je renvoie à la description de cet émail donnée par le D. Fr. Kugler (Beschreibung der kœnigliche Kunstkammer zu Berlin p. 1 35 , n° 211). Triptyque. Dans le tableau central le crucifiement, sur les volets le portement et la descente de croix. Hauteur, 10 pouces 1/2; largeur, 9 pouces. Le chiffre se trouve sur le volet du portement de croix, dans le coin d'en bas. collection SoltikofT. Ce même chiffre se voit au milieu d'un écusson que soutiennent deux anges, et se détache sur fond bleu, dans un triptyque qui représente, d'un côté, l'Adoration des bergers, de l'autre, l'Adoration des Mages. Hauteur des plaques émaillées, 0,205 ; largeur, 0,170.

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des peintres éminenls du Limousin, dont nous allons nous occuper, et qui eurent Nardon Pénicaud pour chef, et Jean Pénicaud le second pour véritable guide. Le style, en même temps que les procédés, se modifient. Nous sommes en 1330. François I", depuis quinze ans, s'efforce, peut-être avec trop de précipitation, d'activer la renaissance des arts en France. Une petite Italie française, un reflet de Mantoue et de Florence, donne son impulsion partout, et Limoges s'en ressent. Le roi de France, accessible à toutes les innovations, n'avait pas vu sans intérêt la nouvelle application qu'on faisait de l'émail; il comprit la portée de ce procédé; il voulut en favoriser les progrès, et nomma Léonard, un des plus habiles émailleurs du Limousin, son peintre et son valet de chambre, donnant à l'émaillerie de Limoges, avec sa protection, l'empreinte des tendances qu'il favorisait à Fontainebleau. L'influence italienne, toutefois, ne fut pas dominante, et nous devons à la distance qui sépare Limoges de la cour de France, la persistance du caractère français. Les copies délicieuses des portraits de Fr. Clouet, resté fidèle aux traditions nationales; l'imitation des compositions de Delaune , qui n'était qu'à demi dans le courant italien , et des petits maîtres français et allemands, qui n'en avaient que la réminiscence, tout cela mêlé, assimilé, confondu, sans grand discernement, mais toujours avec goût, compose comme un style particulier à Limoges, qu'on reconnaît à première vue, et qui semble appartenir à l'émaillerie.

Mais cette émaillerie elle-même, arrivée à son apogée, comment la classer dansl'histoire de l'art? Si nous écartons quelques productions originales d'un mérite supérieur mais exceptionnel, si nous laissons à part les portraits de Léonard Limosin , de Jean Pénicaud le jeune et de Petilot ; si, enfin, nous avons la force de nous dégager de l'engouement qui résulte de goûts particuliers et d'études spéciales^ nous dirons que l'émaillerie des peintres a été et restera un art reproducteur qui compense , par sa nature inaltérable et ses qualités brillantes, ce qui lui manque en fermeté de dessin, en liberté de touche, en vérité et en variété de coloris, en rapidité et en sûreté d'exécution. En toutes choses, la renaissance du XYI^ siècle a pour caractère distinctif, pour mérite et aussi pour tort d'avoir dépassé le but. Aux yeux de quelques-uns c'est un avantage, parce qu'ils sont séduits par cette hardiesse qui s'applique à tout, par cette élégance qui couvre l'immoralilé el embellit jusqu'aux licences; aux yeux déjuges plus sévères, c'est un tort, parce

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que dans les arls une certaine réserve rend plus profond le sentiment, en même temps que le respect des règles traditionnelles forme comme une limite qui, en faisant monter la sève du génie, l'empêche de s'épandre, et en réalité de se perdre. Les émaux ont profité, ils ont souffert aussi de cette tendance hardie et quelque peu enivrée. Alliés à l'orfèvrerie, servant de rehaut à la ciselure et à la gravure, associant dans une juste mesure la peinture à la plastique, ils semblaient avoir conservé dans leurs allures quelque chose des traditions antiques ; mais tout à coup la renaissance s'en empare ; d'un accessoire elle fait la chose principale ; d'un moyen d'ornementation limité, elle compose une peinture qui a toutes les prétentions de la véritable peinture, sans en avoir les ressources et les franchises.

Ces réserves faites en faveur de l'art , dans ses conditions sérieuses, je vais décrire avec enthousiasme quelques productions remarquables, les passer toutes en revue, et suivre avec intérêt, jusqu'aux dernières limites de sa décadence, un art dont la vogue a soutenu les efforts pendant deux siècles, et qui s'apprête à renaître de nos jours dans des conditions nouvelles.

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Le second des Jean Pcnicaud ouvrira cette nouvelle ère. €'est déjà un homme de talent, dont les ouvrages prennent un rang distingué parmi les productions de Limoges. Il a signé un de ses émaux lOHATsES PETSICAVDI IVNÏOR, lo39 (1), en indiquant par cette qualification sa parenté avec Jean Pénicaud , dont il était sans doute le frère cadet. J'ai vu sur une Annonciation (2) les initiales de son nom l. P., dont il s'est servi de nouveau pour marquer un portrait de Luther , et ce dernier émail peut être considéré comme portant la date de 1531 ou lo32, puisqu'il représente le ré-

(1) cauiogoe "««'alpoole, u" 59, Londres, 1841.

(2) collection Dangny. Annonciation. La Vierge est agenouillée sur un prie-Dieu en bois sculpté. Devant elle, l'Ange ; dans les nuages, r Éternel ; dans le fond à gauche, un lit, et sur son coussin le cliilîrel P, tracé en lettres d'or. Revers translucide, frappé du poinçon PL ; plaque cintrée par le haut. Hauteur, 0,145 ; largeur, 0,127. '

formateur anno œlatis 48 (1). Ces productions signées permettent de reconnaître, en outre, un certain nombre de ses ouvrages qu'il a laissés sans signature (2), et de séparer ses émaux de l'œuvre de Jean Pénicaud le troisième, auquel on les attribue à tort.

Sa manière trahit les habitudes d'un peintre verrier, et plus encore celles d'un miniaturiste (3). Il a eu deux manières, et dans le style et dans la technique de l'émail : d'abord miniaturiste et Français, il est timide, sérieux, un peu sec; plus tard, il semblerait qu'un voyage en Italie, le contact avec les maîtres italiens, ou tout simplement l'influence de Léonard Limosin , qui rapportait de Fontainebleau les errements à la mode, le fait tourner au genre grandiose, facile et un peu lâché (4). Quant à la technique,

(1) collection Soltikoff, n° 723 de la collection Debruge. La tête se détache sur un fond vert, Témail laisse apercevoir le paillon guilloché qui lui donne sa transparence.

(2) collection naugny. Petite plaque d'émail divisée en treize compartiments; dans le plus grand le Christ, dans les autres les douze apôtres. On croit voir une miniature de livre d'heures, seulement les tons sont plus profonds dans leur vigueur transparente. Le bleu domine dans le ton général. Cet émailleur emploie pour tout ce qui est métal, hallebardes, épées, scies, clefs, un ton vert bronzé et mat qui est pai ticulier. Le contre-émail est translucide , il porte la marque du poinçon PL. Hauteur, 0,145; largeur, 0,103.

(3) De ce nombre est le portrait d'Érasme, qui, dans la collection isoltikoff, fait pendant au portrait de Luther, et portait le n" 725 dans la collection Debruge. La marque du poinçon PL a été frappée au revers de la plaque de métal.

(4) collection iza Czartoryska. La Vierge, vue en buste, allaite TEnfant-Jésus. Sur la tablette qui s'étend au bas du tableau, on voil une moitié d'orange et un verre d'où s'échappent trois lis. La Vierge se détache sur fond noir, la robe est d'un bleu sale, le coussin d'un violet vineux; on lit dans la partie supérieure l'inscription suivante ; 0 MARIA : FLOS : VIRGINVM-VELV : ROSA : VELV : LISLIV. — Le revers est couvert d'un émail translucide, à travers lequel on distingue très bien le poinçon des Pénicaud marqué deux fois. C'est une copie délicate et fine, un peu pâle, d'un tableau italien, peut-être de Francia. Hauteur, 0,124; largeur, 0,092. collection Soret. Un médaillon présentant d'un côté un portrait de religieuse, vue de trois quarts, se détachant sur un fond noir et bordé par un liséré blanc et une bande d'émail bleu sur paillon d'argent. Au revers, un camaïeu d'or enlevé à la pointe sur émail noir. Il représente la Vierge au berceau , copiée sur la gravure exécutée par Marc-Antoine

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il eut aussi deux manières : la première, fidèle encore aux anciens errements, se remarque dans une Cène (1); la seconde est toute développée dans sa grande Ascension, et dans d'autres émaux où l'on ne peut ni méconnaître, ni oublier la finesse de la touche, unie à la vigueur du coloris. Il fait usage du paillon pargrandes surfaces, tellement qu'on croirait qu'il en couvre entièrement ses plaques , mais le brillant du cuivre suffit souvent pour donner de l'éclat à ses couleurs translucides. Ses tons, solides autant que limpides, prennent, au moyen de celle assistance, une transparence vigoureuse qui est tout à fait caractéristique. Quand il traile des sujets de grande dimension, on voit que sa parenlé avec Jean Pénicaud I s'étend jusqu'à sa

d'après Raphaël (Bartsch, n" 63). Marie tient l'Enfant-Jésus sous les yeux de sainte Anne, patronne delà religieuse, et à laquelle est dédié ce joli ouvrage; on lit l'inscription suivante tracée en lettres d'or: AVE: MATER:MATRIS:DEI: Je cite ce médaillon, parce qu'il marque les deux tendances, les deux manières. Dans le portrait, les errements français; dans le camaïeu, linfluence italienne ; d'un côté, la simplicité la plus naïve; de l'autre, la hardiesse la plus habile. Forme ovale, hauteur, 0,080; largeur, 0,075.

(i) collection Quedeville. La Cène. Le Christ et les apôtres assis autour d'une table ronde; un serviteur entre à droite; dans la partie supérieure neuf arcades et une lucarne. Au revers l'émail est translucide et la plaque est marquée au poinçon quatre fois. Hauteur, 0,190 ; largeur, 0,185. collection soret. La Nativité. La Vierge est couchée; deux femmes lui donnent leurs soins, une troisième, assise sur le premier plan, tient l'Entant- Jésus emmaillotté; un ange, les ailes développées, agenouillé dans les nuages, encense la mère de Dieu. L'émail étant fixé dans un cadre, on ne peut voir le revers. Hauteur, 0,040 ; largeur, 0,067. rollection Soulages. Enseigne de chapeau. Un seigneur, agenouillé devant la Vierge qui apparaît au milieu des nuages. Les costumes des femmes reportent à la cour d'Anne de Bretagne, et celui des hommes à l'étiquette du règne de Louis XIL L'inscription a été refaite et n'est pas intelligible; c'était une invocation à la Vierge. Plusieui-s couleurs sont appliquées sur paillon ; l'émail est d'une grande finesse. Le contre-émail est translucide; la marque du poinçon est frappée au centre. Médaillon ovale. Hauteur, 0,053 ; largeur, 0,0^0. Collection Soltikoff. Ln petit coffret décoré de douze sujets biblique? avec cette inscription : DE GENESEE ET EXODE ET LE VITCVS NUMERI DES ROIC IVDL — Un autre coffret orné des médaillons des douze Césars, peints en grisailles, au milieu d'une couronne de feuillages peints en vert et soutenus par des amours dessinés dans le goCit de Ciovio, c'est-à-dire que cette dernière production date de la transformation italienne de Jean Pénicaud II.

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manière de peindre en émail; on la trouve surtout dans ses ombres apposées sur le fond du métal et dans la touche des rehauts d'or. Si je voulais rendre justice à tous ses mérites, je vanterais dans une délicieuse Annonciation son ciel d'azur qui va mourir en tons insensiblement dégradés, depuis le bleu le plus foncé étendu dans la partie supérieure, jusqu'au bleu argentin qui, dans le bas, recouvre à peine le paillon et semble annoncer le crépuscule du matin; je ferais ressortir l'habileté avec laquelle sont rendues des sculptures en bois, dont les reliefs s'accusent vivement entre des ombres transparentes et des lumières dorées spirituellement touchées; enfin, je ne louerais jamais assez la nature limpide, éclatante et profonde, de ses nuances d'émaux. A la vérité , la variété et la vie manquent à ces têtes , un peu monotones dans leurs proportions et dans leurs physionqmies, à ces yeux glauques un peu morts ; les extrémités sont touchées lourdement, le modelé est souvent mal compris, le faire est un peu mesquin (1). Mais quittons ces cri-

(1) Ces critiques s'adressent tout entières à un grand émail que je vais décrire avec quelque étendue, parce qu'il est, comme œuvre de Jean Pénicaud II, et malgré ses défauts, d'une grande importance. collection ctatteaux. L'Ascension de Jésus-Glirist , en émaux de couleur. Hauteur, 0,303; largeur, 0,193. Le Christ plane dans les airs, au milieu d'une gloire formée d'une bande lumineuse déforme ovale dans laquelle volent dix chérubins aux ailes déployées, aux bras croisés sur la poitrine et peints entièrement en rouge, comme c'était habituel au moyen âge, Jésus bénit de la main droite, et de la gauche il retient son manteau qui flotte derrière lui, laissant nu tout le buste. Ce manteau est brun rouge, du même ton que la gloire et les chérubins. Deux anges, vêtus de blanc, soutiennent cette gloire, deux autres planent au haut du tableau, les bras croisés sur la poitrine en signe d'adoration ; leurs vêtements sont violets, leurs ailes vertes. Au bas du tableau sont agenouillés les douze apôtres : sur le premier plan, saint Pierre en robe bleue, manteau violet, tenant d'énormes clefs à la main ; à droite, saint Paul, robe brune, manteau violet. Pénicaud avait devant les yeux quelque tableau italien qu'il a imité, à l'exception du coloris qu'il a tenu clair, suivant le goût français , et éclatant d'après les conditions de l'émail. Sa signature était peut-être en bas à droite, mais l'émail est altéré sur ce point, collection soltikofl. On doit ranger à côté de ce bel émail la plaque centrale d'un tableau qui en réunit onze dans son cadre de bois doré. Celle du milieu, sur laquelle est figurée l'Ascension, a cela de particulier, que la figure du Christ a le même type, son corps les mêmes proportions , ses carnations le même coloris ; je ne, pousserai pas plus loin cette comparaison pour établir que ces deux plaques des collections Gatteaux

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tiques de détail pour donner sans restrictions des éloges à ces émaux, qui, pris dans leur ensemble, sont délicieux.

Aussitôt que le revers des émaux de la famille des Pénicaud se couvre d'émail moins épais et devient translucide, on distingue dans la plaque de cuivre cette marque de poinçon, wvwy frappée au marteau, qui se retrouve sans discontinuer y^g) sur les émaux de tous les Pénicaud (1 ). En démembrant <Q ce monogramme, on y a trouvé un L et un P, dont ^ on aurait fait Louis Pénicaud , si des signatures en toutes lettres n'établissaient pas que le premier des Pénicaud se nommait Nardon et les trois autres Jean; mais en le décomposant en un P et un L, on peut interpréter ce chiffre par Pénicaud Limosin , sorte de poinçon de famille propre à tous ses membres. Nous verrons plus loin que Léonard s'appela de même Limosin, non par la volonté du roi, mais par une habitude qui n'était pas circonscrite dans la ville de Limoges. Une couronne surmonte ce chiffre ; on la trouve également sur les signatures de l'anonyme P. V., de Léonard, de P. Raymond, et d'autres. Je ne saurais en donner l'explication. mais avec le temps nous en découvrirons la signification.

et Soltikoff sont de la même main, et on dirait presque de la même fournée. Les autres plaques du même tableau se rapprochent davantage de l'Annonciation de la coUection Daugny ; quant à la plaque du bas, je l'attribue h J.-B. Court, et j'en parle page 276, note 3.

(1) Cette marque a été frappée en outre avec cet autre poinçon ë^^ la différence n'est pas grande, mais il suffit qu'elle soit sensible ) ^ pour établir l'existence de deux poinçons. Je n'appuierais pas l^ sur cette circonstance, peu importante sans doute, si l'on n'en pouvait tirer une conséquence. Il s'est élevé en effet des doutes sur la propriété de celte marque. On a dit qu'elle appartenait au planeur des plaques de cuivre, et non pas aux artistes Pénicaud : or, un planeur n'aurait eu qu'un poinçon, tandis que les différents membres de la famille Pénicaud, qui avaient le droit de s'en servir, durent en avoir plus d'un; et d'ailleurs l'anonyme P. V. marquait aussi ses émaux d'un poinçon frappé au revers du cuivre. Les émaux des Pénicaud sont poinçonnés une, deux, et jusqu'à quatre fois, collection soltikoff. Le portrait d'Érasme qu'on a vu dons la collection Debruge est ainsi marqué de quatre coups de poinçon.

PV.

Il était impossible qu'un talent aussi éminent , des succès aussi remarquables, n'eussent pas appelé, près d'un tel maître, des élèves soumis à ses principes, ou, en regard de lui, des rivaux habiles à surprendre ses procédés et à imiter sa manière. Je ne saurais déterminer dans quelle position était, à cet égard, l'émailleur qui a marqué ses émaux d'un P et d'un V couronnée ; mais il est évident qu'il est non-seulement son contemporain, mais son imitateur; car c'est le même style, les mêmes nuances d'émaux, la même manière, à tel point que j'aurais été tenté d'attribuer les deux émaux que j'ai sous les yeux (1) à ta jeunesse de Pénicaud le second , s'ils n'étaient poinçonnés d'une marque ({ifférenle de la sienne. Cette marque se présente ainsi gv^ .Elleest frappée au revers dans le cuivre, et apparaît T^^ ^u travers d'un émail incolore et translucide de is V même qualité que celui dont est couvert le revers des émaux de Jean Pénicaud II. Que signifie celte marque? Je ne parle pas de la couronne; mais les lettres telles que la gravure les reproduit exactement doiventelles se traduire par Pénicaud Limosin vieux ou Pénicaud Limosin le cinquième? Je remets à quelque rencontre heureuse la solution de celle énigme.

Sa manière. Qu'on suppose des ouvrages timides et imparfaits de Pénicaud II, on aura une idée de ces émaux, qui sont, malgré cette infériorité, de fines productions et des objets précieux.

(1) collection Trimolet , à Lyon. La décollalion de saint Jean- Baptiste. Quatre personnages occupent le premier plan. Le saint, en robe jaune, est à genoux, les mains jointes, tourné vers la gauche et se présentant de profil. En face de lui Hérodiade, qui tient un plat dans ses mains. Derrière elle, sa suivante. Le bourreau est debout, à droite de l'émail, et plus en avant que le saint martyr; il a tiré son épée et va frapper. Dans le fond une estrade occupée par cinq spectateurs qui se détachent sur des bâtiments. Hauteur, 0,097; largeur, 0,074. — La Flagellation. Jésus-Christ est attaché à la colonne, deux hommes le frappent de verges; l'un, celui de gauche, porte la toque à plumes, les chausses à crevés et les souliers camus en usage au commencement du XVI « siècle. Grisaille teintée sur fond noir. Plaque cintrée par le haut. Hauteur, 0,077; largeur, 0,074.

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