‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 24 sur 125 · JEAN PÉMCAUD LE TROISIÈME · texte numérisé non relu

JEAN PÉMCAUD LE TROISIÈME

JEAJS PENICAUD III.

Le Iroisième émailleur de la famille de ce nom eslun grand ariiste, un dessinateur plein d'esprit, un coloriste rempli de ressources, et, dans quelques productions (1), le talent supérieur et la gloire de Limoges. 11 travaillait sans doute dès son jeune "âge dans l'atelier de son père, mais il n'a pu conquérir qu'en Italie la distinction dégoût, la hauteur de style, la grandeur des effets qui marquent ses ouvrages. S'il s'était formé à Fontainebleau, il aurait rapporté de son voyage ces mêmes qualités, mais il aurait conservé les défauts qui caractérisent tous ceux qui sont sortis de cett(^ école, et je n'en vois trace nulle part dans ses ouvrages. Le Parmegianino, parmi tous les maîtres italiens, semble avoir le plus inlluencé sa manière. Quelques-unes de ses compositions ne sont pas indignes du beau talent de ce grand peintre. Sa supériorité sur tous les émailleurs de Limoges se marque en deux points : il n'a copié personne (2) ; il n'a signé aucun de ses ouvrages (3j. Ne copier personne et se montrer inventeur fécond, habile, depuis les pochades les plus hâtivement lâchées jusqu'aux tableaux d'émail les mieux terminés, en restant toujours soi-même par le sentiment, le coloris et la touche, c'est le signe du vrai talent 'Se signer aucune de ses œuvres, mais les marquer de sa touche spirituelle , de ses teintes particulières, de ses camées dignes de l'antique, c'est se montrer supérieur au métier, et digne du nom d'artiste.

Je n'ai pas ta prétention de définir sa manière. 11 a peint, le plus souvent en grisaille, les carnations teintées (4;. Les

(i) Jesongeaun°i74du Louvre, àlaPictadela coUectiou Rattier. médaillon de 0,220 en diamètre; au repas des Dieux de la collection !«oltlkoff. Ce sont des chefs-d'œuvre.

(2) Exceptionnellement quelques tableaux célèbres, quelques compositions divines de Raphaël, collection F. Reiset. Jupiter et Vénr.s d'après la gravure de Marc-Antoine, grisaille teintée. Hauteur, 0,100 ; largeur, 0,150. Provenant de la collection Denon, n° 739.

(3) J'alBrme, et cependant M. l'abbé Texier s'exprime ainsi : Jehan Pcn'uaud a signé six tableaux rcprcscntatit la légende de saint Martial appartenant à M. Alphonse Bardinct. M. M. Ardant ajoute qu'il les a datés de l'année 1544*

{h) laus^c de uijon, n° 820 du Catalogue. Deux plaques en grisailles : sur Tune, Dalila coupant les cheveux de Samson ; sur l'autre, Samson tuant les Philistins. Émaux d'une grande finesse d'exécution.

yeux sont frappés, et aussi charmés, par les effets vigoureux et harmonieux qu'il sait trouver pour faire poindre ses compositions au milieu du noir, comme une apparition qui perce la nuit, et dont l'éclat va grandissant. Ses blancs laiteux, ses rehauts d'or touchés sobrement et à propos, l'ensemble distingué et séduisant de ses émaux, sont des signes caractéristiques que confirme toujours le poinçon de la famille, frappé sur toutes ses plaques. Son talent ne l'a pas mis plus qu'un autre à l'abri de la presse industrielle, et de la nécessité d'appliquer son habile pinceau aux ustensiles de la vie privée. Nous avons de lui des plats, des assiettes (1), des aiguières (2), coupes (3), salières, et chandeliers (4). Partout, même dans ses œuvres les plus rapides, les plus fugitives, on voit que l'homme de talent a dominé l'industriel.

l'S'4. — La Vierge et l'Enfant-Jésus. — Plaque en grisaille sur fond noir , les chairs colorées, détails dorés. — Hauteur, 0,180; largeur, 0, 130.

La Vierge est représentée assise, tenant de la main gauche une palme et portant la main droite sur son sein; une double auréole entoure sa tête, un livre est posé sur ses genoux. L'Enfant-Jésus, debout près de la Vierge, tient une pomme dans la main gauche; il est entièrement nu, et sa tète est entourée de rayons et de quatre fleurons détachés. Les pieds de tous deux posent sur des nuages qui cachent à demi des figures d'anges placés de chaque côté. Une corne d'abondance est en arrière et à la gauche de la Vierge. Sur le bord on lit cette inscription en lettres dorées : O mater Dei, mémento mei. Le contre-émail est incolore et laisse apercevoir le poinçon frappé au revers.— (Collection Révoil, no 284.)

(1) collection Andrew Fountaine. Une suite d'assiettes charmantes, décorées de quatre médaillons, d'une bordure d'arabesques, et, au centre, d'un sujet mythologique.

(2) collection du i^ouvre, n° 179.

(3) collection du l^ouTre, n» 178.

(4) collection Achille Sellières. Deux chandeliers bien complets depuis le pied jusqu'à la bobèche, et d'une bonne conservation. C'est fort rare. Pénicaud les a décorés, avec soin, de grisailles teintées dans le même genre que la buire du Louvre , n° 179. Il a mis tout son esprit et toute la verve de sa touche dans quelques figures, comme dans le Moïse élevant les tables de la loi sur sa tête, et dans un danseur placé plus loin. Hauteur, 0,230 ; diamètre à la base, 0,210.

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