‹ Notice des émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Musée du LouvreChapitre 42 sur 125 · JEAN LIMOSIN · texte numérisé non relu

JEAN LIMOSIN

Un émailleiir dont la manière se rapproche plus du faire de Jean Courtois el de Susauno de Court que du style de Léonard Liinosin, signe ses émanée, cl il on a fait un grorid

iioiP.bre,deslellres J. L., séparées souvent par une fleur de Jis. On a traduit avec raison ce monogramme (1) par Jehan Limosin , car il a signé d'autres pièces ainsi (2) ( IÇHAN 1 seulement on a conjecturé de la présence d'une |îJMOSiH| ileur de lis dans sa signature, que ce peintre avait été, comme son homonyme, émailleur du roi, et je n'ai rien trouvé dans les comptes des rois de France qui confirme <,'elte supposition. M. l'abbé Texier a rencontré son nom sur les rôles de la taille de Limoges, à l'année 1625 (3), qui doit marquer une époque assez voisine de la fin de sa car- ]ière,caril travaillait certainement déjà dans leXVI^ siècle.

Sn manière. C'est à peine s'il a droit au titre d'artiste ; r'est un ouvrier intelligent qui manie l'émail avec facilité, fait un usage habile du paillon, et saii, au moyen delà pointe, donner delà précision à son dess'n, à son modelé, à ses plis. Tou'^ ces mérites réunis donnent à ses bons émaux l'appalencede vieilles gravures coloriées, recouvertes d'une glace; (juant aux médiocres, ils offrent tout ce que peut produire de mesquin, de criard et de papillotant îe mauvais goût en l'absence de talent.

Il a exécuté de très grandes pièces (4) , ainsi qu'un

(1) On pourrait confondre ce monogramme avec celui de Jean Laudin, et je citerai des exemples de cette erreur. M. Didier Petit (llat.,n° 16) semble ne s'être attaché qu'à la lettre en attribuant à cet émailleur un Christ qui est de la main de Jean Limosin. M. J. Dubois (Cat. de la coUeclion î^ourtales, n°^ 205 et 206) commet la même erreur, et M. le docteur J. Kugler me paraît faire une confusion de ce genre dans les n°* 2^5 à 25/|. La manière des deux peintres est l)Ourtant assez diiTércnte pour qu'on puiss? faifii la part de chacun. Noyez l'art. Jean Laudin, page 322.

(2) Sîasée tîa E.o«vre, n" A32.

(3) Une pièce qui se rapporte à cette date appartient ù la Société (les arts de Limoges; elle représente saint Ignace et saint François- Xavier au moment de leur canonisation, qui eut lieu en 1621 et 1622. Cet émail a en hauteur, 0,330 ; largeur, 0,230. collection soltikolT. Un coiîret orné de chiirres qui !aiss2nt penser qu'il a été fait pour Anne d'Autriche. Comme cette pi incesse est arrivée en France en novembre 1615, c'est après cette date qu'il faut en reporLcrl'exécution, « l les costumes du règne de Henri IV, qu'on remarque sur l'une de ces plaques, conviennent encore à cette époque.

(Zi) J'ai vu une plaque haute de 0,420, large de 0,230. Le sujet de la peinture en émail est le Christ sur la croix , accompagné de sainte Marie et de saint Jean. Toutes les figures se détachent sur rémail bleu du ciel. On voit au bas, au pied de la croix, les deux lettres

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nombre infiiii de tableaux de sainteté (1) el de petits oi>jels usuels (2).

Le nom de Limosin , qui rappelle les plus beaux triomphes de la renaissance des émaux, nous servira de balte; pour marquer leur décadence. C'est avec Jean Limosin, et peut-être sous S(tn iuduence, que la bâte industrielle fait tourner l'art en gagne-pain, que l'artiste cesse complètement de se respecter, et que la vogue recule devant un flot de médiocrités qui prend sa source à Limoges. Bernard Palissy assistait à cette triste altéiation d'un art qu'il appréciait mieux que tout autre, et il l'attribue à la vulgarisation des procédés. Peu importe son erreur, c'était chez lui une opinion qui tenait à tout un système; écoutons ses lamentations : Âs-lu pas veii aussi les csmaillcurs de Limoges, lesquels, far faute d'avoir tenu leur invention secrète, leur art est devenu si vil qu'il leur est difficile de f/aigncr leur vie au prix qu'ils donnent leurs œuvres. Je m'asseure avoir vcu donner, pour trois sols la douzaim, des figures d'enseignes {3) que l'on portoit aux bonnets, lesquelles enseignes estoyent si bien labourées, et leurs esmaux si bien parfondus sur le cuivre qu'il n'y avoit nulle peintvre si plaisante. Et n'est pas cela seulement advenu une, fois, mais plus de cent mil, et non-seulement êsditles en-

J. L, tracées en or et séparées par une flenr de lis. jNI. l'abbé Texier s'exprime ainsi : «M. C. de Tusseau, à Poitiers, possède \m grand émail qui représente les trois Marie au pied de la croix. »Ce doit être une pièce du même îçenre. conection Visconti. Ananias — Acles des Ap., chap. V, d'après le carton de Raphaël. Grand plal. Longueur, 0,550; largeur, 0,400. Il n'est pas signé, mais il a Ions les caractères et le g3nre de mérite d'un ouvrage de Jean Limosin.

(1) Colleciion Saiivageot. L'Amour divin vainqueur de l'Amour profane. Petit tableau très fin. Hauteur, 0,105; largeur, 0,080,

(2) lia peint un grand nonïbre de saints et de saintes en bustes, aiiisi que des têtes d'expression accolées èi des noms historiques, mais ou ne cite pas de portraits signés par lui. Je crois pouvoir lui en attribuer un. col'.pction Cnernieau. Dans un médaillon ovale est représenté do face un homme qui porte la barbe et nu costume de velours noir brodé. Derrière lui pend un rideau vert. La figure Skî détache sur fond bleu. On a tracé en or, sur la droite, ces chilTres qui martpient la date du portrait et l'iige du personnage : XXX III 1597. Hauteur, 0,110; largeur, 0,080.

(3) Bernard Palissy parle ainsi : des boutons d esmail , qui csl une invention tant gentille, lesquels au comntcncenunt se vendaient trois francs la douzaine, Q{ qui furent donnés plus tard: />o</r unsol la douzaine.

seigncs^ mais missi aux esguieres, salières, et toutes autres espèces de vaisseaux et autres histoires, lesquelles ils se sont advisez de faire: chose fort à regretter [1). Ce tableau de la décadence de Limoges était exact, et les œuvres qui nous restent à décrire s'accordent avec lui.

4S^. — EsTHER AUX PIEDS d'Assuérus. — Plat de forme ovale, en émaux de couleurs , avec emploi de paillons et rehauts d'or. — Longueur, 0,490; lar- (jeur, 0,390.

La composiiinn offre , à trois plans diffOrents , autant d'épisodes div< de l'histoire d'Esther. Au premier plan , toute la partie de gauche (

ter»

est occupée par la vaste estrade , le dais et les rideaux du trône sur lequel est assis Àssuérus , revcUi du costume et des insignes royaux. Le prince étend son sceptre vers Esîher , agenouillée devant lui, et dont l'ample manteau est relevé et soutenu par une des deux suivantes qui sont debout derrière elle ; près du roi , et en arrière du trône , sont placés quatre hommes , dont un seul est assis , et, sur le devant , un petit chien blanc s'élancesurlapremièremarchederestrade. Au deuxième plan et à droite, dans une sorte d'encadrement que forment d'amples rideaux drapés et retombants, le même Assuérus, couronne en tète et sceptre en main, est représenté couché, se faisantlirelesannales de son règne. Trois hommes sont nu pied du lit et debout, l'un d'eux parle avec animation, l'autre lient un livre ouvert , le troisième porle une torche enflammée. Un même fond d'intérieur, décoré de pilastres et de détails d'architecture , renferme ces deux scènes d'un même tableau ; la troisième est figurée en dehors , sur un fond de paysage, et est encadrée dans l'ouverture formée par une porte cintrée que gardent en dedans trois hommes d'armes, et sur le seuil de laquelle une femme est assise, tenant un enfant dans ses bras.Onvoil Mardochée portant le même costume et les mêmes insignes que le roi Assuérus, et monté sur un cheval bianc que conduit par la bride le favori du roi. La potence à laquelle doit périr Aman se détache, au fond , sur l'azur du ciel. A l'angle de l'estrade est un petit rectangle émailié de blanc, sur lequel on lit celte' inscription en lettres noires : lEHAN LIMOSIN; j'ai donné plus haut, page 293, le fac-similé de celte signature. Une vignette dorée, sur fond violacé, entoure la composition. Le reiortf, en émail fond noir , est orné de quatre médaillons de forme ovale , à fonds pointillés d'or, où sont peintes nne tète d'ange ailée et une sainte femme (peutêtre Eslher), l'une et l'autre de face; dans le troisième un guerrier, dang le quatrième une sibylle, tous deux de profil. Le revers, décoré en hau-

(1) OEuvres de Bernard Palissy, Paris , A", 1777, page 9. Cette observation serait plus précieuse encore si Bernard Palissy avait été peintre émaiileur. M. Potier écrit ce qui suit : «Nous avons appris, de la bouche de M. Willeniin , que la signature reproduite sur notre planche 290 avait été relevée au dos d'un émail qui représentait une Madeleine couchée près d'une grolte. Ce fait bien constaté serait décisif pour établir que Palissy joignit à ses autres talents celui d'émailleur. » (Mon. inédits, tome II, page 69.) — Jusqu'à présent je n'ai riea constaté de semblable.

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