ÉMAUX TRANSLUCIDES SUR BELIËF
En môme teirips que Giolto, in Italie, brisait le moule grec où la peinture languissait enfermée, et que Nirolas de Pise retournait à l'étude directe de l'antique ; que Tun et l'autre rherrhaient à rendre le mouvement aux corps, l'expression aux physionomies, la vie enfin à leurs rompositions , les anciens procédés allemande et français de rémaillerie aux teintes plates ne pouvaient satisfaire le nouveau sentiment plastique qui se développait. Comme les artistes, sculpteurs ou peintres, qui suivaient ces maîtres dans la voie qu'ils leur avaient montrée, passaient presque tous par l'atelier des orfèvres, une alliance s'établit bientôt dans rorfévrerie même entre le relief et la couleur»
Peut-être un accident y conduisit-il : car on était d'ailleurs parfaitement préparé au nouvel art qui devait naître, dans ces ateliers d*où, en même temps que les pièces d'orfèvrerie, sortaient des monnaies et des sceaux : dans lesquels, sans doute, Ton était habitué, comme en France, à tailler dans For et l'argent ces légers bas-reliefs d'un modelé à peine sensible, qui décorent souvent Torfévrerie du xiv* siècle.
Qu'une goutte d'eau tombe sur une de ces intailles : qu'un artiste intelligent observe l'effet produit, et les émaux translucides sur relief seront trouvés. L'eau étant plus abondante dans les parties creuses que dans les pariies plus relevées, y deviendra plus foncée et se modèlera, pour ainsi dire, au-dessus de rintaille qui semblera disparaître. Ce sera le liquide qui formera le bas-relief avec les divers accidents de ses plans divers. Que ce liquide soit coloré, l'eiït t u en acquerra que plus d'intensité ; qu'il soit remplacé par un verre traus-
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parent , et Ton obtiendra ce qu'on appelle un émail
translucide sur relief.
L'or et Targent furent surtout employés à fabriquer ces émaux, qui sont d'ordinaire de petites dimensions, et qui, étant destinés à décorer les pièces d'orfèvrerie, reçurent peut-être, dans certains inventaires du moyen âge, le nom d'«émaux de plique, » appellation que nous croyons surtout réservée aux émaux cloisonnés, lesquels sont sertis en guise de pierres fines sur la pièce, tandis que les émaux translucides entrent plutôt dans la composition de celle-ci (l). On leur donna aussi le nom d'émaux de basse-taille.
Dès Tannée 1286, Jean de Pise fit, pour Faulel d'Arezzo, un parement d'autel, aujourd'hui disparu, et Duccio de Sienne, en 1290, un calice, conservé dans le trésor du couvent de Saint-François d'Assise , enrichis tous deux d'émaux traii>lucides ^2^.
Mais la plus célèbre des œuvres ainsi décorées est le tabernacle d'Orvielo, fait en 1338 par Ugolino de Sienne, monument qu'aucun de ceux que ces matières intéressent n'a pu voir de notre temps, car, exposé aux fidèles deux jours par année seulement, à Pâques et au Saint-Sacrement, il est tout le reste du temps enfermé >ous quatre clefs qu'il est impossible de réunir.
Le trésor de la même église possède heureusement un autre reliquaire du même orfèvre, que M. Didron a pu étudier (3), ainsi que M. J. Labarte l'a fait pluslard, et que de plus il a publié.
Ce goût ])Our l'orfèvrerie ornée d'émaux translucides continua de régner en Italie pendant le xiv® et le XV* siècles, comme le prouvent les pièces, la plupart signées ou à dates certaines, que possèdent les trésors des ^iises de la péninsule.
(1) Comte L. dis Labovbi, dotiain, à Particte • Esmail de plique* »
(2) J. Labârte, Bi$ioire des arit*»,, t. U« Orfèvrerie, et L UI, fimaillerte;
émaux translucides sur relief.
(S) Ànnatet arehéoiogiquei, U XV, p. sed, « Jes Artistes du moyen âge en Italie. •