ÉMAUX TRANSLUCIDES SUR RBLIBF
Quelque physioiiomie bien prononcée qu'ait gardée Tari italien ponilanl le moyen âge , il Ini a àté impossible cependant de ne point se laisser influencer par l art qui produisait des merveilles d'un autre ordre en France et en Allemagne.
L'orfèvrerie italienne nous montre, en effet, une certaine réaction contre rimitation antique introduite par les Pisans, et nous y trouvons les éléments de rarchitecture, de la flore et de la faune fantastique, que les artistes du Nord avaient introduites dans Tornementation de leurs édiûces d'abord, puis de leurs œuvres de toute espèce : miniatures, vitraux, orfèvrerie ou émaux.
Ces emprunts faits par l'Italie surtout à la France ; d*autres emprunts faits, de leur côté, par la France et riUemagne au style italien, à la fin du xiv^ siècle, emprunts qui amènent une transformation radicale dans la peinture, en créant, d'une part, Técole de Go*logne ; de Tautre, celles des ducs de Berryet de Bourgogne, laissent une grande incertitude sur l'origine d'un certain nombre d'œuvres contemporaines. Les émaux translucides sonl du nombre.
La colonie ilalitiiiie, qui dut suivre les papes dans leur exil à Avignon, explique ce fait pour la France, tandis que le courant CQmmercial qui s'était établi le long du iiiiin, entre le Nord et l'Italie, l'explique pour Cologne.
Pour nous restreindre aux émaux qui nous occupent ici, un fait, signalé par M. le marquis de Laborde et analysé par M. J. Labarte, permet d'allribuer aux ateliers de Montpellier la fabrication de ceux qui présentent ce caractère mixte de l'art Italien et de l'art français.
Montpellier appartenait à deux maîtres : au roi de France et au roi de Majorque. Pbilippo le Bel avait établi sa monnaie dans la partie ancienne de la ville, qui était de son domaine, tandis qu'un atelier d'émaux existait dans la partie nouvelle, qui était du domaine de don Sanche.
UaiSf comme nous Tarons dit, la gravure des poin-
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çons des monnaies et celle des matrices des sceaux conduisait inévitablement à la fabrication des émaux translucides sur relief. Or, il paraît que les monnayeurs du roi de France faisaient concurrence aux émailleurs du roi de Miyorque, qui s'en plaignit. Aussi Philippe le Long rend-il une ordonnance» en 1317, qui défend d'entraver Touvrage en émail qui se fabrique dans la partie de la ville ne lui appartenant pas (1).
Pendant le xiv* siècle» les émaux translucides abon* dent sur Torfévrerie des princes, dont les inventaires ont été publiés par M. le marquis de Laborde et par M. Douei d'Arc; mais nous ne couiiaissons aucun ("e ces émaux que nous puissions aulhentiquemcnt attribuer à la France, bien que nous croyons devoir lui faire lionneur d'une partie de ceux que possède le Musée. Nous devons cependant revendiquer comme nôtre l'émail qui décore la fibule à inscription française n° D. 186.
Pour TAllemagne, qui a pu conserver une grande partie des trésors de ses églises, il en est autrement. Celui de la cathédrale de Cologne possède une magnifique crosse de la fin du xiv® siècle, ornée d'émaux translucides sur son bâton et sa volute, qui sont de travail allemand, comme l orfèvrerie cfiii les enchâsse ; celui d'Aix-la-Chapelle possède également deux reliquaires en forme de chapelle, dont les fenestrages sont garnis d'émaux translucides imitant des vitraux, faits pour la place qu'ils occupent. Enfin, deux reliquaires de la fin du xiv* siècle, venus du trésor de Bâle dans la collection de M. Basilewski (.2), sont décorés d'émaux translucides , dont une série représente le sujet tout allemand de la légende de saint Henri et de sainte Cunégonde.
Dés le XV® siècle, en France, et surtout au xvi*, rémaillerie translucide semble avoir abandonné la reproduction de la figure humaine, et nous ne la
(I) J. Labartf, FJtstoire des nHt.»,, l. ill, p. 2U,
(2} ^i"* 459eU6û du Catalogue de rezposHion réirospccUve de 1865.
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voyons plus guère s'exercer que pour décorer de feuillages et d'animaux les uslensiies de la vie civile. Alors Benveiiuto Gellini arrive en France, et, avec cette imperturbable assurance qui ne lui permet de ne trouver de bien que ce qu'il a fait lui-mcnie, il prétend importer parmi nous un art qui y était pratiqué avec une telle perfection etdepuis si longtemps, qu'il était presque abandonné déjà. Néanmoins, dans son Traité d'orfèvrerie (t)» il donne comme étant nouyelles les méthodes qu'il employait pour fabriquer cette sorte d'oavrages.
Dans les émaux translucides, les draperies et les accessoires seuls sont colorés en bleu, en vert, en gris, en tannéy en pourpre et en noir. Comme le blanc ne peut être obtenu, ainsi que le jaune et le bleu turquoise» qa*au moven de Taddition de Facide stannique, qui rend ces émaux opaques, on ne les rencontre point Anssi les carnations sont-elles parfois réservées en métal, parfois aussi elles sont glacées de violet clair ou d'émail incolore.
B. Cellini parle d'un autre genre d'émaux dont il donne également les procédés de fabrication (2). Ce sont les émaux à jour.
Il nous a été donné de voir un de ces émaux, excessivement rares même du temps de B. Cellini, au Musée de South Kensington, en 1862.
Ils décoraient un hanap cylindrique en argent doré légèrement évasé, muni d'un couvercle conique en forme de toit. La description d'un gobelet appartenant au duc de Berry, en 1417, peut presque s'appliquer à celui que M. Paul avait prêté au Musée de South Kensington (3) :
a Un gobelet d'argent doré, couvert, orné de taber- « nacles et feneslrages d'arcrent blanc et d'esmail et de « plusieurs couleurs en manière de voirrières, séant
(1) B. Celunj, Tratiaii sopra orêfieiera, cap. iv.
ff) B. CEtLiNi, Traitait nof/ra^crefeUrOy c* ni, p. ftt.
(aQ Catalogue* • • on Loin, MIO*