‹ Notice des émaux et de l'orfévrerieChapitre 25 sur 105 · Vasque godronnée · texte numérisé non relu

Vasque godronnée

U. 0.216. — D. 0,SOO.

Le corps de la vasque se compose d'une zone de vingtdeux go Jrons droits, au-dessous d'une gorge profonde, et au-dessus de seize godrons droits qui garnissent le fond.

Le pied se rattache à la vasque par l" intermédiaire d'un nœud aplati, et est orné d'un talon chargé de onze godrons droits, ayant une doucine pour bordure.

la gorge émaillée de bleu lapis semé de fleurs de lis d'or, au-dessus d'un uiueiueot courant. Le premier rang de godrons est blanc sur fond bleu, le second vert sur fond blanc, ceax du pied blancs sur fond bleu, chargés alternativement de rinceaux symétriques, et d'ornements barbelés de chaque côté d'un trait d'émail \ert, blanc ou bleu, et terminés par une rosace, le tout en or. Ourlet et doucine émaillés de vert, à rinceaux d'or dont le tleuri)n terminal a le cœur en émail blanc. Nœud émaillé de hh'u, et rcié d'un ÛLet vert, chargé de dessins d'or, comme icâ fonds.

éHA0X VÉNITIENS.

Intérieur reproduisant Textérieur en contre-partie et émaiilé.de même.

Règne de Gbarles X. — Collectfon Dniand, n?* 52-2506. N* 160 de la Notice des émaux, par M. le comte h* de Laborde*

D. 106. — Vasque godronnée.

Le corps de la vasque se compose d'une zone de vingtsix godrons droits, au-dessous d'une large gorge et au-dessus de seize godrotis courbes qui garoissenl le fond. Le pied est creusé de quatorze canaux on contre-godrons.

La fforge est émaillée de bleu bpis, semée de fleurs de lis d'or aa-ilessus d'un ornement courant. Los ^î^ôdrons droits sont émaillf^s d«i blanc et cliarf^n:'s alît'rnativeinent de rinceaux symétruiues (;i (rorncnn'Uls baiLuies en or partant d un filet d émail bleu, fond bleu. Les godrons courbes sont altcrnativemenl rouges et bleus, ornés coinaie les premiers, sur fond blanc.

Les canaux du pied sont blancs, chargés d^oroements barbelés partant d'un filet alternativement bleu ou rouge, et sè* parés par des côtes bleues. Ourlet vert sur le bord et autour

du pied.

A riniérieur, des canaux creux correspondent aux godroub de l'extérieur et sont émaiilés des mêmes couleurs. Garniture d'argent ciselé.

Ancienne conectioi», n** 5ft.

N** 166 de la Notice des émaux, par M. le comte L. de Laborde.

lOî. — Flateau.

Ombilic saillant enlouré do dix-sept godrons courbes.

L'oni!)jlic en émail bleu, cbarn^é d'une rosnne centrale formée de feuilles imitant des imbrications, enlouree de zones de feuilles ; go Irons émaiilés de blanc, décoré de feuillages pennés en or, sortant d'une tige en em.ul rouge terminés par une rosace. Fond bleu semé de feuilles d'or.

Revers émafllé de bleu semé d'étoiles d*or.

Rf^îTnf (le .\apo!î^on ]If. — Don.ition Sniivagcot. 1175 du Catalogue (le la collection Sauvagcol, par M. Â, Sausuir.

ÉMAUX PMKTS. 87

ÉMAUX PEINTS

Ce que Von appelle les émanx sur apprêt, on assez improprement les émaux peints, lorsqu'il s'agit des œuvres des el xvr siècles, nous semble avoir débuté par une imitation des émaux translucides sur relief, iiint lion qui aurait emprunté à la peinture sur verre UiiL partie de ses procrdés.

Dans la peinture sur verre, telle qu'elle se pratiquait encore au \V siècle, le modelé s'obtenait jiai- un émail ombrant appliqué sur la surface translucide de verres diversement colorés. Les morceaux de verre formant les éléments du dessin étant ensuite réunis au moyen de tringles en plomb.

D'un autre cùté, dans les emauK translucides sur relief, le modelé étant obtenu par le plus on moins d'épaisseur de la couciie d'émail, l'ombre apparente semble sous-jacenle à la surface de la pièce. Quoi de plus simple, alors, de dessiner un sujet au moyen d'émaux ombrants sur la surface brillante du métal, puis de recouvrir ce dessin monochrome d'émaux translucides diversement colorés* C'est cette préparation inférieure, vue à travers les émaux qui les recouvrent, qui forme le modelé.

Pais, comme dans les émaux translucides sur relief, le brillant du métal apparaît dans les parties où Témail 6st le moins épais , c'est-à-dire dans les clairs , on exprime les parties lumineuses par de l'or appliqué au

pinceau.

De même que les carnations dans les plus anciens émaux rhamplevés, puis dans les émaux translucides.

ml exprimées par de l'émail violet, c'est par la môme roulêur qu'ont dû être rendues celles des émaux sur apprêt car nous retrouvons celle dernière consurvéc,

88 ÉMAUX PfiINTS.

par tradition, jusque dans les pièces les plus perfectionnées des commencemenls du xvi® siècle.

Dans celles-ci, en effet, le ioad dos carnalioiis est toujours viuiet; mais le niodelé, au lieu dïHre obieau par une préparation sous-jacente, est rendu au moyen d'émail blanc opaque, qui acceiiiuc la lumière sur les saillies et se dégrade en passant insensiblement au violet, à mesure que son épaisseur décruit. Les vêtements et les accessoires sont toujours exprimés par l'ancien procédé; rfiie l'apprél, c'csl-à-dire le dessin en bistre noir, soit appliqué sur la surface même de la plaque, ou sur une couche d'émail blanc, ou enlin sur une feuille de paillon, c'est-à-dire d'or ou d'argent, le tout distribué suivant les nécessités de l'effet à produire.

Le contour est toujours indiqué par un trait en bistre noir qui recouvre un dessin tracé à la pointe sur le métal lui-même, probablement d'après un poncis.

Les émaux fabriqués suivant ces méthodes présentent, pour la plupart, un style archaïque. Les figures en sont maigres, d'une laideur souffreteuse, vêtues de draperies aux grands plis cassés ou de costumes contemporains, comme on en voit sur les vitraux du milieu du xv^ siècle. L'inspiration primitive peut être allemande ou flamande, comme Test celle de tout Tart de ce temps ; mais nous ne connaissons point d'émaux: sur apprêt que Ton puisse faii c remonter à une époque anlérieure à celle où se développe le naturalisme inauguré par les Van-Kyek et leur école. Ceux-là même auxquels il est possible d'assiguer une date sont d'une époque bien postérieure.

L'abbé Te\ier cite une statuette de saint Sébastien reposant sur un souliassement où la légende du saint est représentée par des émaux peints, qui fut donnée, en 1470, à l'abbaye dcGrandniont (1), et qui appartient aujourd'hui à Téglise de Sainl-Su]j)i( e-les-Feuilles.

De son cdté, le Musée de Limoges possède une plaque

(1) L'ai>l)L' i KxifcH, Oitiionnaire d'orfèvrerie, p. 000.— Jfimi/e« archCologiquêif t %lV,los Âniaui, p. 381.

ÉMAUX PSIOTS.

représentant V Adoration des Mages , où le donateur, qui est un évôque, s'est fait représeiUer assisté par saint Jean et accompagné par Técu de ses armes. Or, cet écu et ce saint patron sont ceux de Jean Barton de Moûtbas, évèque de Limoges, nommé archevêque de Ts'azareth en 1484 (1). M. Maurice Ardant pense que cet émail fut commandé par Jean de Montbas en souvenir de sa proclamation à l'archevêché de la ville témoin du fait représenté sur la plaque; mais rien n'oblige à adopter cette interprétation ingénieuseï le prélat représenté étant vétu d*une chappe et rien n'indiquant son caractère d'archevêque. De sorte qu'il est possible qne cet émail soit antérieur ou postérieur à la date assignée.

Du reste, comme ces émaux indiquent une pratique forlhabilp de rémaillcrie, il faut faire remonter à un cerlain nombre il arinLes antérieiii cs à la daLc do 1471) les origines de rémaillerie sur apprêt.

Les œuvres de cette époque sont généralement des plaques de destination exrhisivement religieuse, monlêes en tri|»tvques sur des ais de bois au moyen d'étroites niuuiiires en cuivre doré, maintenues par des cloiis dont les télés sont dissimulées sous des bouquets de leuilles de cliène en enivre fondu.

Parfois on en trouve en niéi lai lions, de forme et de dimension variables, aux. extrémités des croix on sur le nœud des caliees. Il existe même certains ustensiles, comme les orceaux, qui sont entièrement garnis » à l'extérieur, de plaques d'émail. *

Le revers des émaux peints primitifs est recouvert d'un contre émail épais, rugueux, opaque» et formé de résidus de fabrication. T :i «leslinalion de ce contreémail est d'empêcher la feuille de cuivre de se voiler

e codant la cuisson, en faisant dominer la quantité de I matière fusible sur celle du métal qu'elle recouvre de toutes parts. Dans les émaux cltamplevés, c'est le

(1) M. Aaoaiit, BmaUkrie e^ émaiUewn de Limoget, dUition de

ÉMAUX PEINTS

contraire qui existe ; la plaqae de métal étant nécessairement épaisse, c'est elle qui résistait aux déformations que le feu essayait de lui faire subir.

Dans les émm\ peints de la période suivante, le contre-émail est uiince, généralement incolore, mais la feuille (le métal est légèrement bombée, alin de pouvoir résister aux dilatations et aux retraits qui résultent de la cuisson.

Pour les émaux de cette périoile, qui doit commencer vers Tannée 1520, l'ancienne pratique de peinture sur préparation peinte est presque entièrement abandonnée pour ce qu'on appelle la grisaille, bien qu'elle intervienne parfois encore pour varier les effets de cette dernière.

La nnHbode employée pour fabriquer les grisailles

est celle-ci.

Une couche d'émail noir, qui tire généralement sui* le violet, et parfois d'émail bleu lapis, est étendue sur le métal, puis passée au feu. Sur ce fond, que nous supposerons noir, on étend une couche mince d'émail blanc, qui, laissant transparaître le noir sous-jacent, paraît grise ; puis, sur cette pellicule, après qu'elle a été séchée, Ton trace le dessin avec une pointe et Ton en masse les principales ombres par des hachures, en enlevant en dehors des contours Témail blanc là où le fond doit rester noir. On opère; enfin, comme le gra- • yeur à Teau forte sur le vernis de sa planche. Cette seconde couche d*émail est alors fixée au feu, ainsi que le dessin qui y a été tracé.

Pour modeler, Témailleur dépose de la poudre d'émail blanc d'épaisseurs variables , qui , suivant qu'il laisse transparaître plus ou moins de l'émail noir du fond, semble plus ou moins gris dans U:^ di iiii-tciutes, pour rester d'un blanc absolu dans les lumières. Il arrive aussi que l'on recouvre partiellement les traits de contour et les hachures de prépaialion par une mince couche d'émail, afin d'en amortir le noir trop absolu et de ménager, par une transition plus insensible, le passage de l'ombre extrême à l'extrême lumière.

ÉMAUX PE^TS

Cevlains émailleurs, pour obtenir un ton général plus gris ol plus doux, usent de deux couches d<? fond : l'une noire , Tautre grise. C'est sur celle dernière, passée au feu comme la première, qu'ils élendenl une lioisième pellicule d émail blanc, sur laquelle ils tracent, à la pointe, le dessin qu ils veulent ligui ci'. Le sujet s'enlève alors on gris au lieu de s'aca'niuer en ûoîr, comme dans le premier cas.

Lorsque les couches successives qui doivent modeler rémail ont été fixées au feu, et que la grisaille est terminée, rémailleur réveille le tout par quelques rehauts d'or qui dessinent les accessoires, bordent les vêtements, ou dessinent des arabesques dans les pièces de yaisselle en assez grand nombre que Ton décora de grisailles.

Parfois, les émailleurs se sont plu à tracer avec l'or, sur une couche d'émail noir, de simples camayeu\, comme les n«^ D. 201 et D. 229.

Dans toutes les grisailles du xvi® siècle, le trait de contour obtenu par enlevage cerne toujours les divers éléments du sujet, et donne au dessin une fermeté qui, avec le procédé assez sommaire employé pour les modeler, contribue à imprimer à ces émscax un caractère décoratif si prononcé.

Ce mode d'exécution des grisailles, suffisant pour

rorncment, ne pouvait serrer d'assez près la ressemblance dans les portraits que les émailleurs limousins exécutèrent d après les estampes et les crayons contemporains. Aussi, après avoir préparé les carnations par le piocédL' ordinaire, en émail blanc se détachant sur un fond bleu ou noir, Ton revint au pinceau avec du hbtre brun roux déposé par hachures ou par points pour modeler le visage et en accuser les traits. T.es c!»evcdx et la barbe, préparés en émail jaune c\mv ou brun, étaient redessinés avec du bistre de même couleur, mais de ton pîu^ foncé. Quant aux vêtements et aux détails du costunie, comme ils étaient souvent noirs, on se contentait d^m indiquer les détails avec de Tor ;

mais les linges étaient exécutés par le procédé de la

ÉlfAUX PEINTS.

grisaille, c'est-à-dire par la superposition de couches d'émail blanc.

Parfois, tous les procédés de Témaillerie peinte se trouvent employés dans un même sujet, comme nous aurons à le montrer plus loin dans la description des émaux du Musée, et comme on peut le voir notamment dans les « tableaux de la Sainte-Chapelle, n""^ D. 282 à 304 et 305 à 327. »

Ces émaux, que Fou fait payer si cher aujourd'hui, étaient tombés à bas prix à la lin du xvi^ siècle, conviiie en témoigne la gêne où étaient touiités ceux qui les fabriquaient, ainsi quenons le verrons dans la vie de certains d'entre eux, ei cummc Lici iiard Palissy le dit en termes formels en son Ar( (h terre : « As-tu pas vu aus.si 1( s csmailleurs de Lim* ires, lesquels, par faute d'avoii ienu leur invention st i xMe, leur art est devenu si vii qu'il leur est difficile de gaigner leur vie au prix qu'ils donnent leurs œuvres. Je m'asseurc avoir veu donnoi' pour trois sols la douzaine des figures d'enseignes que Ton portait au bonnet, lesquelles enseignes étaient si bien labourées et leurs émaux si bien parfondues sur le cuivre qu'il n'y avait nulle peinture si plaisante. Et ce n'est pas cela advenu une fois, mais plus de cent mil» et non seulement esdites enseignes, mais aussi esguiéres, salières et toutes autres espèces de vaisseaux et autres histoires , lesquelles ils se sont advisés de faire : chose fort à4*egretter.'. >

A peu près à l'époque où B. Palissy écrivait ce passage, les émailleurs transformaient leur manière. Au modelé par épaisseur, ils substituaient le modelé par hachures » surtout dans les carnations, et, abusant du paillon et des rehauts d'or, finissaient à peu près comme avaient commencé les initiateurs de la fin du xv® siècle.

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