II. 0.178. — L
Le Bupiême du Christ,-^ Le Christ nn, debout dans le Jourdain, une jaml»e relevée et recouverte d une draperie, est appuyé sur la i ivc , où saint Jean se tient ai^enouillé, imposant la main gauche , et reoardant le Suint-Esprit , qui descend sous la forme d'une colombe. La tête du Christ se détache sur un nimbe radié : la colombe est dans une auréole également radiée, et un nimbe ovale est suspendu sur la téte desaini Jean-Baptis'e. Dans le bas, le monogramme I L.
Grisaille d'un blanc p:ris , dessinée et modelée en partie parenlevage, en partie au pinci an après l'application des rehauts blancs. Rehauts d'or. Fond noir ardoisé.
Revers bleu ardoise, semi-transparent, avec celte inscription tracée eu or.
Laudlii ÊmallUeur à Limoges .1. L.
Règne de Napoléon HI. — Donation Sauvageot. ti" 1167 du Catalogue de la collection Sauvageot, par M. A. Sauiuy.
D. 6ev» — Plaque rectangulaire,
La Sainte FamUfr, d'après une composition de Raphaël, qui doit être retournée.
356 ÉMAUX PËiiSTS.
La Vierge, assise à gauche, sur un tertre, les maiiis jointes, porte sur ses genoux l'Enfant Jésus, à nimbe elliptique crucifère. Sainte Anne, assise près de la Vierge, tient le bras de l'Enfanl-Jésus, et lui fait bénir le petit saint Jean, aj^enouillé devant lui. cl tenant de la droite une croix de rosoMii. Saint Joseph entre par une nrrade au fond. Il porte, ainsi que saiut Jean, le nimbe elliptique : la Vierge et sainte Arme le uirabe radié. Fond de ruines. Dans le coin inférieur à droite, le monogramme I. L. en or.
Grisaille. Iraii et premier modelé par enlevage â travers une couche de bleu d'empois; quelques parties dans les visages et les extrémités étant redessinées au pinceau. Re^ hauts blancs. Accessoires et rehauts d^or. Fond noir.
Revers violet , avec cette inscription en or.
laudin. ÉmaiUiiur à Limoges h L
Hègne 4e Charles x. ^ Golleetton Darand, n«* TMOU,
K* 080 de la Molice des émaux, par M. le couue L. de Laborde.
D. se» à G'^'â. *- Huit plaques circulaires.
Partie de la suite des douze Césars.— Jules César. Tôle laurée de profil à droite» avec cette inscription : ivlivs cjesab. i. en or.
Dans le filet biauc d'encadrement, le monogramme I. L.
C. T. AVGVSTVS II. — TIBERIVS G.-ESAR IH. — CLAYDIVS CMSA^ V. — SER. GALBA Vil. — AVL. ViTELLIVS Vllll. — FLAVIVS VESPASIANVS X. — FLAVIVS DOMITlANVS XIÎ.
Grisailles. Dessinées et modelées sur couche blanche, traits noirs au pinceau, glacis de vert dans ia cuuruaae. Rehauts d'or. Fond noir.
Revers rosé translucide ponctué, avec Tinscription en noir ;
Laudin EmçiUieur au faubùur de Maignine à limoges .1. L.
Règne de Charles X. — CoUeclion Durand, n«*'M-2S(W.
M** 503 à 514 de la Notice des éuiaux, par M. le comte L. de Laborde*
JACQUES II LAUDIU. 387
Tm$ en forme de gobeki.
Deux grands méclnillons ovales, allt rnaDlaverdenx autres, encadré» dans des orncnients blancs en relief et syriKiiques.
Dans les deux grands médaillons, Monime et Xahêl, d'après Claude Yignon. — Monimb, vue à mi-corps, casquée» vèiue d'une robe qui laisse une de ses épaules découverte, portant un arc— Jahel, vue à mi-( orps, Iffscbevenx noués par un bandeau, en robe blanche, fiappantavec un mri t( nii le cinn qu'elle enfonce dans roreille de Sizara. D n^ les p>'lils médtiiiions, les tAles laurées et «it' profil dps cmpen^urs Fitellius el Vesjtusien, désigne? par les chiffres ix et x.
Émaux colorés sur fond noir.
Même service el même fabrication que les pièces du service exécuté par Nicolas Laudin : D. 636 à 642. Sous le pied TinscriptioD :
Laudin
aux faubourgs de kaniQne à Limoges 1. L
Rf'gne de Charles X. — Collectinn Dtirand, n'»*^6-2M3. N*> 52*7 de la JKotice des émaux, par M, le comte L. de Laliorde.
D. 6*9*9. — Tasse en forme de gobekt.
Dans les deux grandsmédaillous, ÀnîiopeeX Lucrèce, d après Claude VîRnon.^ANTiopB vue à mi-corps, coiffée d'un casque à plumes, vêtue d'une robe â épaulières de cuirasse, portant on bouclier.— LucRÈcK,vue âmi corps, coiffée d'un voile retenu par un doi)h!e ruban, tenant un poignard de la main droite. Dans \ei petits cartouches, doux lôtes laurées et de profil des ecopereurs Galba et Othnn, dé?i?T!os par les chiffres vn et viii. Emaux colorés sui fond noir, iuierieur bleu turquoise. Même fnbricntion et même décor que le u° D.676. Sous le pied, Tinscriplion en or :
Laudin^ aux faubourgs de kanigne à Limoges I. L
Règne de Charles JL — CoUeetion Darand, n<»6a-2l01. H* 5S8 de la llotiee des émaai, par U. le comte L. de Laborde,
358 BMÂUX PEINTS.
D. mis. — Tasse m forme de g(éeleL
Dans Us deux grands médaillons Débora et Salomé , (Vaprès Cl.iudft Vi<?non. — Déuora, vue à mi-corps, coiffée d'un casque, vêtue d'une cuirasse , tenant de la droite une épée levée. — SALOHdNÂ, mère des Ifachabées, vue à mi corps, à longs cheveux blducs, coiffée d'un turban , les yeux et une maiu levés vers le ciel. Dans les petits médaillons , les têtes laurées et tournées de profil des empereurs Titus et JOomitt>n,désif!:néspar les cliiffros xi et Xii,
Émaux colorés sur fond noir.
Môme fabrication ( t même décor que le û° D.676.
Sous ic fond, rinscripiion en or«
Laudin aux faubourgs de Manigne à Limoges L L
Bègne de Ghailes X. — Collection Dor«iMl, n«« ftS-SUt.
N» 52S de ia'.KoUce des émaux, par M. le comte L. de Laborde.
D. 6*99. — Tasse en forme de gobelet
ÏU 0,078.— D. 0,078.
Dans les deux grands médaillons, Zcnobie et PunUnf, d'après Claude Vignon. — ZÉNOuiE, vue à mi-corps, coilTéo d un casque, velue d'une cuir;isse.el portant une flèche. Même figure, avec quelques variantes, que sur ien® D.638. — Pauline, comme sur le n<» D. 638. Dans les petits médaillons, les têtes laurées des empereurs Claude et Néren, dé i^nés par les chiffres v et vi.
Même décor et même fabrication que len* D. 676.
Émaux colorés sur fcmd noir.
Sous lf> pied, Tinscriptioa : Laudin aux faubourgs de Ma-^ nigne a Limoges, I. L.
Règne de Charles X. — CollectioD Durand, n<*» Uù-2kb'J, M" &S0 de la NoUce des émaux, ptr M . le comte L, de Laborde.
lAGQQIS II LAUDIN. 359
D. 680. - Soucoupe.
La mort de Panthée, d'après Claude Vignon. Même sujet que le d'' D. 642, mèoie décor et môme fabrication que le D. 640.
Révers noir blea avec le monogramme I. L.
Règne de Gbarle» X. — GoUectioa Dortod n»* a6-2490f 58S ite It Ifolice émam, par M» le comte L. de Làbovde.
D. 681 . — Soucoupe,
D. Qym,
La mort de Canma, d'après Claude Vignon. — Sur le
Sremier plan le roî, pôre de Camma , conche à terre, à côté 'une coupe renversée. Au fond, Camma est également renversée à terre, la tête appuyée sur les genoux d'une suivante qui pleure. Un autel embrasé est auprès d'elle. Au sommet l" inscription en or : câmme.
Émaux colorés, rehaussés d'or sur fond noir. Même fabrication et même décor que le n" D. G40, Revers noir bleu avec le uiuuugramrae en or I. L.
R^gne de OnrUls X. — Collection Darand, Ae-anSA. M" 5S$ de la Notioedes dmani^ par U« le comte U delidiorde»
D. 68ie. Soucoupe.
La mort d'Arria, d'après Claude Vignon. — Arria, les cheveux tombants et la poitrine à demi couverte, est couchée à terre, appuyée sur la main gauche, et présentant à Pœlus, vêtu en guerrier, qui se penche vers elle, le glaive dont elle Tient de se percer le sein.
Un rideau vert est relevé sur le bord à gauche, auprès de rinseription en or ; arrib.
£maux colorés sur fond noir.
Même fabrication et môme décor quelen<> D. 640.
Revers noir bleu avec le monogramme en or I. L.
Rtçne de Charles X. — Collection Durand, n«» -2&92. ti'^ 537 de la Motice des émaux, par M. le comte L. de Laborde*
360 ÉMAUX PEIKTS.
D. €SB et 684. — Bourse formée de deux plaque
ovales ajustées sur un soufflet en soie et garnies de passements d'or.
Plaques. —H. 0,090. — L. 0,065.
Sur rnne des plaques, un médaillon ovale représentant un jpiiiie homme en grande perrnqne blonde, vêtu d'un habit bieu par-dessus une chemise à jabol et une cravate blanche. — Sur Vautre plaque, une jeune femme à haute coilïure crepelée» avec boucles tombaai sur k i^ cpaules; des mouches sur la figure. Vêtue d'une robe à long corsage , ouverte et décolletée, UD manteau sur Tépaule.
La partie supérieure de la plaque est ornée de fleurons en relief et percée de deux trous qui laissent passer les cordons qui ferment la bourse.
Sur le filet blanc qui circonscrit les médaillousi le monogramme l. L.
Émaux colorés, sur fond blanc, dessinés eu partie en réserve, et glacés d'émaux colorés, peints en partie sur les couleurs opaques. Chairs modelées par hachures rouges.
• M*» 525 ei &2S de la Notice des émaux, par M. le comte L. de Lalwrde*
Noël III Laadlii.
D. 685. — Plaque ovak.
lias. H. MIS. — L. Mn.
Le martyre de sainte Agnès y imitation de la composition du Dominiquin. — Le sujet central est placé dans un cadre rectangulaire, à an!Q:les rabattus. Le champ resté libre en dehors est occupe, de chaque côté, par un médaillon ovale, représentant à diroite sainte Cathenne en buste ; à gauche, un archevêque portant une croix à double croisillon « Des feuillages d^omements accompagnent ces médailloBS, et garnissent le haut et le bas de la plaque.
Émaux polychromes peints sur un fond blanc recouvrant enlièrement un fond noir, et modelés par hachures.
Revers noir bleu avec l'inscription :
N Lau'Hn
Bègue de Charles X. — GoUectiou Durand, a»>
FABBiGATlOUS DiVSRfi&S*
FABRICATIONS DIVSHSSS.
D. S86 à 688. — Huit plaqfm sur or déœrafU k
couvercle et le pied d'une coupe omle en sardoine orientale. [N"" 574 de la Notice des bijoux, par M. le comte L. de Laborde.)
AUemagiie. — xvii* siècle.
Couyercte.— Deux plaq']e8elreii1a{ris.-4>. •«M.
Deux plaques OTalet. H, 0,079L — L. 9,047*
Comb'itsde camlerie. — Guerriers vêtus à ramiqu(3 combattant des Turcs. Personnages tiès-grïinds sur le premier plan, àepaiés par uii certain espace vide de ceux du fond.
lied* * Quatre plaques oblongues à hords coutoumés, snitollliet eu doucioe. ^ II. 0,012. — L. 0,049.
Combats de cavalerie. — Cavaliers en avant d'un carré de fantassins armés de piques. — Cavaliers en avant d'un combat de fantassins et d'éléphaus. — Cavaliers eu avant d'un
combat de fantassins.
Émaux C 'Iorés imitant la peinture, sur fond blanc. Revers blanc.
Ancienne collection, n* UO.
M** AS8 à 4«0 de la Modce 4ei émaux, par ll« le comte L* de Laborde.
D. 684 à VOS. — Neuf plaques d'àmU sur argent décorant un kanap. (N^ D. 853.)
Allemagne. — wii^ siùle.
Couvercle. — Trois plaques ovales. — II. 0,018. — L. 0,0lk8.
Chasse au cerf, chasse an panneau. Pôche.
Coupe. —Trois plaques o?ales. — If. 0,01S. — L. 0,040.
Personnages, houunes et femmes, en costume du xvii° siècle.
Noeud. — Tlois plaques ovales. — II. 0,032. — L. 0,020.
Une tôle d homme à moustaches, — une tôle d'homme barbu, — une tète de femme.
£maux eolorés peints sur fond blanc.
362 ÉMAUX PBPÏTS.
Le bouton, les moulares et les garnitiires da couvercle et de la coape, sont revêtues d^émaox colorés et de ea* mayeux noir sur fond bleu.
Bl^nede Napoléon III. — Légué par IL Tb. DabUii*
D. 694 bis à W9 bis. — Neuf plaques montées sur le plat D. 922 : Vime dreulaire formant OinMlic,
les huU autres en secteur ann ulaire dans la bordure.
Allemagne. ^ Fin du siècle.
riaqne circulaire. — D.^ 0,110.
Le Triomphe d^AmpkitrUe.'^ Amphitrite et deux autres néréides, qui étendent un voile sur sa tête, sont portées sur une conque que traînent des dauphins. Neptune, guidant quatre hippocampes, suivi d'un triton, les précède à gauche. Une néréido assise sur un rocher, des tritons et des océanides occupent la droite. En avant, un amour vogue sur un dauphin ; d'autres amours semant des fleurs voltigent dans les airs.
Huit pUMpies en secteur annulaire. ^ H. 0,059i. — L. 0,212.
Des divinité marines sont portées sur les flots dans des chars traînés par des chevaux ou des monstres marins» ac~
compagnées de tritons, d'océanides et d'amours, se rencon* trent ou abordent sur la plage où un repas est servi. — Émaux colorés, dessinés et modelés au pinceau sur fond blanc.
Règne de Napoléon m. — L^nfi par M. le liaion des JUazia.
D. ^OS et ^O^, Tasse et soucoupe montées en argent ciseU et doré.
AilemaRoe. — zvm« siède. Tasse. — H. 0,0ft9. — i. 0,S3.
L'extérieur de la tasse est divise en deux demi-hémisphères ar la garniture dcsanse^i. par le pied et le cercle qui forme ord et maintient l'hémisiilière qui constitue Tintérieur de la coupe. Un bouton est rapporté sous le pied.
Extérieur : sur luu des demi-hcmisplièrcs, Diane et Ac^ téan, assis sur un tertre, près d'un terme. Un amour soutient une draperie derrière eux. Trois amours dansent dans le fond à gauche. Sur l'autre : VAtaonmef représentée par une femme
FABBICÂTiO.NS DIVERSES. 303
à demi nue, assise, portant des fruits sur ses genoux, accompagnée d^nne autre fempoie agenouillée devant elle , el de deux amours qui mangent des raisins.
Sous le pied, une rose.
Intérieur. Un médaillon central représentant un port de mer , entouré d'un semis de branches de fleurs sur tond blanc.
Soucoupe. — D. 0,152.
Intérieur. — Neptune et AmphUrite^ assis sur une coquille, entourés d'ocëanides et de t iions qui apportent des poissons et des coquillages, auprès de rochers d'où tombe en cascade une fontaine qui sort de 1 urne qu'épand une nymphe. Bordure d'oves.
Extérieur. Un parterre où s'élève une fontaine , en avant d'un palais.
timaux colorés exécutés au pinceau sur fond blanc.
Règue de Cliarles X. — CoUecUon Durand, n"» i)ô-25i/i-2oi5.
D. — Coffret à aingks conioumis.
xviii« siècle. H. 0,060. — Long. 0,185.— Larg. 0,121 .
Sur le couvercle, deux paons au bord d un étang, entourés de canards et d'oiseaux qui volent, dans un cartouche contourné , formé d'ornements en rcliof et doré sur un fond rose. Sur chacun des côtés un cartouche entouré de môme sur fond rose, représentant des paons, des canards, etc.
Émaux colorés dessinés et peints &ur tond blanc.
Intérieur émaillé de blanc.
Règne de Charles X.— Collection I^urand, n"» 57-2516, M* 561 de la Notice des émaux, par M. le comte L. de Laborde.
D. 906. — Sdière circulaire à trois pieds,
Tfm*fAhAe. H. 0,033. — D. 0,068.
Trois médaillons entourés do cartouches d'or en relief , représentant des i)ay>ages avec animaux, peints en émaux colores sur fond blanc.
Entre les médaillons, des cartouches d'or en relief sur fond bleu de roi.
Intérieur. jSmail blanc.
Règne de Charles X. — Collée lion Durand, n« U9Ù3, N*> 562 de la Notice des émaux, par M. le comte L. de Laborde*
364 EMAUX psint;$.
D. îy07, — Salière circulaire à trois pieds.
Même décor que sur la pièce précédente, avec cette seule différence que le fond général M vert de mer.
Règne de Charles X.— CoHecuun Durand, n» ^962, K** 563 <1« la Notice 4es émaui* par M. le coniU» L. de LalMrde.
D. OOS. — Plaque ovale.
Échaniillon d'émaax de toutes couleurs , môlés d'avenlurine, noyés dans uu verre incolore translucide qui les fixe.
Ancienne collection, n* AOOO.
K** 460 Ou de ia AuUce Ues cuiaux, pjà* M. k comte Uu Laborde.
OfiFÉVRERIE
JOAILLEBIE ET BIJOUTERIE.
JOAILLEUIE ET BIJOUTERIE.
L'orfévrerîe fut presque le grand art en ces époques où Tor el Targent, composant la seule fortune mobilière, étaient accumulés à Tenvi par les princes et par les églises. On s'en faisait honneur en les transformant en œuvres d'art, quitte à les envoyer au creuset lorsqu'il en était Ijesoin. Malgré tout, les heureux hasards des trouvailles et de Tesprit de conservation ont fait parvenir jusqu'à nous un grand nombre de pièces d'orfèvrerie de toutes les époques, en même temps que des textes abondants nous révèlent les richesses accumulées dans certains trésors princiers etecclésiastioues. De telle sorte qu'une histoire de TorCévrerie et de la bijouterie peut s appuyer sur des textes nombreux que corroborent et que commentent des monuments qui, s'ils sont quelque peu dispersés, se présentent cependant nombreux et authentiques.
Ce n'est qu'une esquisse de cette histoire que nous prétendons faire ici.
Si les bijoux antiques qui nous sont parvenus montrent ralliance de Tor et des pierres fines, il est rare que cette même alliance se retrouve dans le peu d'orfévrerie antique que nous connaissons. Rien que Ton puisse olijerler les passages des poètes (jui icinui^ULnt que les métaux précieux, l ivoii-e et les pierres lines, étaient combinés dans une même œuvre, il est permis de supposer que ces combinaisons avaient pour résultat
ORrÉVRBRIB
de produire ces effets auxquels on est arrivé plus tard au moyen des pâtes colorées et des émaux. Certains bijoux égyptiens , presque exclusivement formés de pierres incrustées dans des alvéoles d'or, nous le font présumer plutôt qu'ils ne nous en donnent une certitude absolue.
Il était certains cas, cependant, où les pierres incrustées «ne devaient jouer que le rôle où on les employa plus tard : celui de simples ornements. C'est lorsque l'on voulait figurer un bijou, comiHe un collier ou uue agrafe, sur une statue. Ainsi, dans la salle des bronzes du Musée du Louvre, il existe un masque de femme en argent dont le cou montre trois larges sertissures qui, vides aujourd'hui, devaient maintenir jadis des pierres précieuses. Dans la même collection, une statuette de Vénus, en bronze, porte encore une pâte de verre bleu incrustée sur la poitrine.
Il existe, enfin,. au Cabinet des Antiques et des Médailles à la Bibliothèque impériale , une bulle d'or trouvée en Syrie, représentant une Vénus à cheval sur un lion, obtenue au repoussé, qui est ornée de deux petits grenats cabochons et de quatre pâtes de verre monlés en relief dans une sertissure festonnée entourée d nn grainelis. Des rosaces en grainetis et en fili^îrane tordu accomparriienl ces pierres sur le fond de la bulle. C'est a l'époque des Anloiiiiis que M. Chabouillet fail remonter œ bijou (1).
Mais, quoi qu'il en soit de l'auloriléde cesexemplcs. on peut allirmer que c'est à partir du rèirne de Constantin, c'est-à-dire de rinlroduclion du hi\e asiatique à la cour des empereurs désormais fixés a Bysance» que l'orfèvrerie emprunta surioot un nouvel éclat aux. pierres appliquées en relief sur sa surface.
La destination de ees j iici ii^s esi autre que celle qu on leur avait donnée anléneurement. Au lieu d'être par leur forme et par leur couleur la partie intégrante d'un
(1) 2^ ûvi Catalogue du iabtn^i de» Antiques,.,, pàt M. Cb^ibouiact.
' ornement, espèce de mosaïque incrustée, elles valent
Sar elles-mêmes, par leur couleur ou par leur éclat. T.a écoration dont elles font partie résulte de la combinaison des chatons où elles sont maintenues. Elles se combinent avec la gravure, avec le filigrane et le granulé si fréquent dans les bijoux antiques, avec les nielles que citent les textes grecs du vi* siècle et Grégoire de Tours, avec la damasquine et le repoussé, et enfin avec Témail.
L*orfévrerie mérovingienne nous fournit les plus anciens exemples de cet art renouvelé par remploi des pierres fines, qui dominent dans Tomementation et la composent presque seule à des époques et chez des peuples barbares. Les garnitures des armes que Ton croit avoir appartenu à Ghildéric [1], celles que Ton a trouvées à Pouan (2), et qui sont conservées au Musée de Troyes, certaines fibules trouvées en Normandie (3), en Bourgogne [4], en Angleterre, etc., et qui sont incontestablement mérovingiennes, se reconnaissent à ce caractère : des tables de grenat on de verre coloré en pourpre, à contours généralement rectilignes, y sont serties dans des cloisons d'or, de façon à former des bordures ou à couvrir toute la pièce. Parfois aussi grenats ou verroteries sont sertis en relief ol alternent avec quelques ornements filigranés.
A côté des bijoux d'or et d'argent que portaient les Francs, il existe des pièces de costume qui, bien qu exécutées en fer, ont reçu de 1 orfèvre leur principale
(1) i àl8 du Catalogue du Musée desSouveraks, par M. Il, Barbet de Joof.
(2) PETONÊ-DCLACOmi. HfcheTchêê lur /# Um de la baiaili» d^ÀUHa^
en^Sl, in-^** rie 58 pages, avec chromo-Iilhographies.
(3^ I.'abb«:' Cochet. La Normandie sovlerrain^^ p. 213, pl vu et pl. xif, — Sépulture» romaines, fjftuloises^ franquen et normandes. Boucles d« Ccinturoii (table). — Le tombeau de Childèric. Les boucles ot agrafes, 233 tî fMMf im . — La Seine-Jnférieure hixlorique et archéologique»
W n. Baddot. Mimûirêi tur têt iépulturei dei barbareê*,,»»^ pl. xii et xiiL
d70 ORFéVRBlIlK.
décoration. Ce sont des plaques de ceinture avec ou sans • leurs boucles, quelquefois de dimensions considérables, qui sont couvertes de feuilles d'ai'jient repoussô ou qui son( inci'ustées de filets d'argent jformant des entrelacs si caractôristiquesderornemenlaliondetousles peuples barbares (1). Parfois, un simple élamage remplaçait l'argent.
Une certaine activité régnait dans les cités galloromaines où les évéques s étaient établis en civilisateurs et les rois mérovingiens en conquérants, car il résultedes chroniques contemporaines que si les Francs purent recevoir des œuvres de Byzance, il leur fut également possible de tirer de leur propre pays le luxe de leurs armes et de leur vaisselle.
Ainsi, Sidoine Apollinaire (+ 484) nous apprend qu'il envoya à Toulouse une inscription destinée à être gravée sur un vase d'argent à anses.
Sans parler du vase de Soissons que saint Rémy réclama de Glovis, et qui motiva chez le roi franc ce trait si connu de cruelle discipline militaire, parce que rien ne nous indique où ce vase fut fabriqué, nous tronvons des renseignements plus explicites relatifs à la transformation de ce vase ou d'un autre que Glovis avait donné au même évéque. Saint Remy, en effet, dans son testament, écrit vers 525, ordonne de fabriquer un ciboire et un calice ornés de figures, sur lequel on devra graver Tinscription qu'il a composée pour un calice appartenant à Téglise de Laon.
De ce document, il résulte ce fait qu'il existait des ateliers à Reims, et que dans ces ateliers Ton était capable de repousser des ligures, comuie sur rorfcvrerie antique.
L'antiquité, d'ailleurs, avait laissé à Reims une empreinte si puissante que l'art du moyen âge en garda encore des traces.
Les envois d orfévi erie et les trésors jouent un grand
(1) n. Baudot, Mémoires sur les sépultures.,. ^ pl, iv et v*
ORFÉVRIIIIB
rôle dans l'histoire des rois francs. Ici, c'est Tiiéodoric qui calme les ressentiments de Clolaire, qu'il a voulu tuer, par renvoi d'un plat d'argent qu'il lui fait re-
È rendre (529). Là, c'est Ghildebert qui, étant allé en Ispagne délivrer sa sœur que le roi arieu Âmalaric, son époux, mallraite à cause de sa croyance, en rapporte les trésors que son beau-frère n'a pu sauver. Il donne aux églises les calices, les patènes , les boites d'évangéliaires qu'il trouva en grand nombre avec les pierres précieuses qu^Amalaric avait oubliées dans la précipilaiion de sa fuite, et qui furent cause de sa mort, lorsqu'il débarqua pour les prendre (530) (1).
Ce môme Childebert avait donné à la basilique de Saint- Germain-des-Prés une croix d'or enricbie de pierreries, que Philippe I, au xi^ siècle, voulut briser pour en partager les fragments entre ses compagnons (2).
Un [)eu plus tard, c'est Brunehaut, fille du roi de Tolède, qui, étant venue épouser Sigebert d'Austrasie, en 566, donne aux églises d'Âuxerre des vases en matières précieuses et des pièces d'orfèvrerie, qui sont certainement d'origine antique, et qu'elle avait pu apporter de son pays. C'est un calice en agate onyx; c'est un plateau d'argent où l'on voit l'histoire d'Ënée ac-. compagnée de lettres grecques et du nom d'un roivisigolh ; ce sont différents vases d'un alliage qui porte le nom (ïanacieum , qui ircst peut-ôtre que Velecirum dont parle Pline, iiiitro.luclion de Témaillcrie, p. xi.) Tous ces vases, n^algré la descriplion sommaire qui en est faite, appartiennent évidemment à Tari antique et peut-ôlrc oriental (3).
Ces introductions dos produitsdes ateliers d'Espagne, dont nous étudierons plus tard de si magnifiques mo-
(J) GitfiOOiRB DE TOURS. Biftoirs deg franct, L. m, ch. 7 et il.
(2) A€k^ toÊkeiorum ûrdtnii $antti Bemdieii^ t. IV, p. 129.
(S) Labbe. Nova bihliotheca. mss. lib. t. i, Uistoria epùcopum AuUaio doremium, p. 425, citôe par M. J. Labarte, Histoire de$ arts induttrielt^ 1. 1, p. Û24.
ORFÂVRBRIB.
numents, devaient entretenir le goût parmi ceux du royaume des Francs. Aussi est-ce à ces ateliers que la même Brunehaut demanda un bouclier d'une merveilleuse grandeur, en or orné de pierres précieuses, et deux patères de bois. « qu'on appelle vulgairement des bassins •[bacchinon], ornés d'or et de pierreries, suivant une habitude qui s'est conservée jusqu'à la renaissance, présents qu'elle envoya au roi d'Espagne (1).
Pins tard, Clnlp«''ric ne craignait point de s'enorgueillir des pièces d'orfèvrerie exécutées par ses ouvriers, en même temps qu'il montrait les présents que lui avait rapportés l'ambassade envoyée auprès de Tempereur Tibère. Celte ambassade, sans aucun doute, avait porté h la cour de Bysance les produits des ateliers dont le roi se Uouvail si fier, qu'il disait à Grégoire de Tours en lui njonlrant ce qui en était sorti : « J'ai fait cela pour la gloire et riiouneur de la nation franque, et je lerai plus encore si je vis. » (2).
Sous le même Chilpéric. il existait à Paris des boutiques d'orfèvrerie sur le parvis de l'église Notre-Dame, ainsi que le constate un passage de l'histoire de Leudasle racontée par Grégoire de Tours. L'ex-comle de Tours ayant suivi le roi à Paris (583) pour implorer le pardon de la reine jusque dans Téglise Kolre-Dame, et ayant été repoussé par elle attendit sa sortie sur la place, parcourant les boutiques des marchands, examinant ce qu'ils mettaient en vente, pesant les pièces d'orfèvrerie, choisissant divers ornements en disant : « J'achèterai ceci et cela... » (3).
Ce qui ressort de la plupart des passages que nous venons de citer, c'est que l'orfèvrerie mérovingienne a
(1) GRÉQ0I8B ot Tours. BhUrire de» Francs, 1. vi, cb. 32.
(2) « Ego ex eawrnandam atque nohUilandam Prancorttm genfeu» fecû Sed et plurima adhuct n mtaeome» fiierU^ faciam, • idem^toidêm^
VI, ch. 32.
ilii idem^ ibidêM, l. vi, ch. 2.
ORfliTmRIK.
pnnr prînripaî caractère l'alliance des pierreries aux métaux pt ë( ienx (1).
Ce caractère se retrouve dans rornementalion des couronnes de Guarrazar, qui sont de la fin dn vu* siècle, et dans Torfévrerie bysanline, comme le prouve nue reliure conservée à Monza et donnée, en 693, par la reine Théodelinde. Une bordure en tables de grenat, absolument semblable aux garnitures des pièces mérovingiennes, la circonscrit(2). Mais ce genre d'ornement n'est qu'un accessoire dans les œuvres laites à Constantinople.il faut lire dans l'Anonyme, dnns Paul le Silenliaire, et enfin dans Constantin Porpliyrogénète, la description des merveilles d'orfèvrerie que Jusiinien et ses successeurs accumulèrent dans Téglise de Sainte- Sophie et dans le palais dont elle était u^ne dépendance.
Gomme on doit s> attendre, il ne reste rien de ces richesses, rien que leurs descriptions, et les monuments les plus anciens comme les plus authentiques de cette antique orfèvrerie seraient la croix reliquaire et la reliure d'èvangéliaire données à Téglise de Monza par la reine Théodelinde, à la fin du Yii® siècle.
La croix est d'or, bordée par un cordonnet granulé, et décorée sur sa tranche de rinceaux en filigranes également granulés. Sur la face/un crucifix vêtu du long colobium, et attaché par quatre clous, est exprimé par une gravure remplie d'émail noir.
La reliure dont nous ayons parlé plus haut, en outre de sa bordure et de quelques ornements de caractère mérovingien, porte une grande croix couverte de ' pierres fines, serties en relief. Suivant une règle pres~ que invariable pendant tout le moyen âge, une ^osse pierre, parfois remplacée plus tard par un émail, alterne dans cet ornement avec cinq pierres filus petites.
Ce même trésor possède un petit reliquaire qui, datant du temps de Béranger, suivant les uns, aurait été
' (1) Ourlet oc Unas. ïa$ (JEutret de taini ÊM, (2) J. Labautc. Biitoir^ du Àrii induiirUlt.*^ Albom, pL mm»
374 ORVàVAKMB »
donné par Théodelinde , suivant d'autres. Toujours esl-il qu'il est un excellent spécimen de rornemontalion en pierreries usitée dans l'orfèvrerie byzantine anlérieuremenl au x« siècle.
Le trésor de Venise a également conserré un grand nombre de pièces d'orfèvrerie d'origine grecque incontestable, antérieurs à l'an 1000, pour la plupart, et décorées d'émaux.
A côté de ces produits de Byzance, il est intéressant de placer ceux de rAllemagne et de l'Elpagne.
L'importante découverte des couronnes de Guarrazar, conservées, les unes au Musée des Thermes et de i'Hôiel de Gluny, les autres au Musée de Madrid, nous a révélé ce qu'était l'orfèvrerie sous les derniers rois gotbs de l'Espagne (Suinthila, 621 + 631. — Reccesvintbus, 649 4- 672). Ces couronnes, dont les unes sont exclusivement votives, dont les autres ont pu être portées, mais sont devenues votives par l'addition de chaînes de suspension, sont trop connues au jourd'hui, par ellesmêmes ou par les publiralions que l'on en a faites, pour qu'il soit néccssaii'C de les décriie (1).
Comme nous l'avons dit déjà, le principal cararlèrc de quelques-unes est d^ôtre ornées de tables, soii do veire pourpre, soit.de pierres rouges de Carie, qui forment comme un dessin courant sur lequel se iléiaclient des pierres cabochons serties en relief. D'autres sont simi)!ement ornées de ces [)icrres distribuées sur leur surface; d'autres soul forniées d'un réseau d"or dont les points d'intersection sont marqués par des pun les, tandis que d'autres pierres pendent à la circonlérence, justifiani presque certaines descriptions de pièces d'orfévrerie qu'Anastase le Bibliothécaire signale dans les églises de Rome; d'autres, enfin, sont formées de lames
(i) Ferdinand de Lastkyrie, Description du trésor de Guarvaznr, iu W awc CiKUics chromo- lithographiées.— É. Gide. — Paris. 1860. — rtiGNÉ- Delacock. Recherche» »ur le lieu de la bataille d'Attila, O. JOSB Amador dp, ïjis r;ios. El arte lalino-Uizantino en F^pana fj lag corontu Disiyodas de Giuirraiar, in-W* (le l~U pagee», avec gravures, ftiadrid, 1861. — J. Labarte. Biitoire àei Ârt$ induiMeU»»,, ^*hP* ^ pînff'in. • Albiun, pl. xuii.
OBFBVRBBIB. ' 37(»
d'or repoussées et percées à jour, imitant desmolifà d'architecture empruntés au style latin.
C'était un style tout différent qni régnait en Aile-magne, comme le prouve le calice que fit exécuter Tassilo, duc de Bavière , cet acharné défenseur de la liberté saxonne contre Gharlemagne , qui le vainquit en 789 et l'exila dans Tabbayo de Jumiëres, où il mourut.
Ce calice, en cuivre doré, est formé d'une coupe semi-ovoïde, portée sur un pied Irès-élroit et conique, par l'intermédiaire d'un nœud. Toutes ces parties, qui semblent fon<lues dun seul monceau, sont ciselées d'entrelacs en relief boidés par des iiiels d'argent niellé, el décorées de monstres moitié animaux, moitié végétaux, et de feuillages de slyle quehjue peu oi'ienlal qui encadrent des médaillons en argent niellé. Ceux-ci représentent le Christ, les symboles évangéliques à téle humaine et des bustes de saints.
Tout est barbare dans cet œuvre, mais les entrelacs rappellent le système adopté dans la décoration des bijoux mérovingiens, et nous retrouvons dans les cercles entrecroisés, qui sont tracés en quelques-unes de ces parties, le motif de Tune des borduics en verre cloisonné des couronnes de Guarrazar et de la reliure donnée par Théodelinde à la catiu''drale de Monza. * Quant au\ entielacs, ils apnaîiiénncnt à un sysléiue de décoratioii spécial aux IcHies muiales des manuscrits cariovingiens et aux monumeab Scandinaves (Ij.
Une branche de cet art a poussé de si vigoureux rameaux sur la côte occidentale de la Grande-Bretagne et en Irlande, que nous en trouvons qui y végétaient encore au xii^ siècle.
L'exposition temporaire de 1862, au Uusée de South-
(1) AKicd Darccl, Ut arii inukutrieli an Allemagne, p. A.
ORFiVRniIB.
Kensington, offrait un certain nombre de monuments de cel art, dont plusieurs descendaient jusqu'au xii«siècle, et qui tous, quelle que soit la date de leur fabrication, offraient le même système de décoration (1).
Ainsi, la coupe de Dunvegan, en corne garnie d'argent, bien que la monture ait été remaniée au xv® siècle environ, était ornée sur celle-ci de dessins géométriques en repoussé et de filigranes formant de^ étoiles et des amas de perles.
La chfisse de saint Monaghan , exposée par révêquc de Kilduff, fabriquée au commencement du xii® siècle, en forme de pupitre, garnie dans le bas d'anneaux* soit pour la fixer, soit pour la porter, est décorée sur ses arêtes de grands monstres efflanqués qui se combinent avec des galons. Ces galons, ces entrelacs, ces bêtes, le tout formant d Inextricables enchevêtrements, en cuivre riselé, se combinant avec des émaux incrustés qui forment des mosaïques, absolument comme sur les fibules mérovingiennes.
La statuaire se mêle à ces ornements, mais statuaire barbare, représentant soit des têtes de lion, soit de petites figures d'hommes , barbus ou non, simplement vêtus d'une draperie autour des reins.
Le bâton pastoral de Niai-Mac-Hic Aeducian, évêque de Limor, décédé en 1112, appartenant au duc de Devonshire, semblable à une autre crosse appartenant à TAcadémie royale dlrlande, est en bois garni de cuivre ciselé d^entrelacs, et incrusté de filets d argent formant des dessins géométriques qui se détachent du fond par leur forme et par la couleur. Des dragons, portant des nœuds enlacés dans leur gueule et se poursuivant, forment la crête du crosseron. Mais ce qui est aussi remarquable que celte persistance de l'ornementation empruntée aux iuanuscrits saxons, c'est la présence de cabochons en mosaïques de verre à dessins géométriques faits avant la cuisson.
(1) Cattlogne on Loan*.., n*« 851 4 916 et 8030 à 8053.
OKFÉTOMB. 377
Le joyau rV Alfred le Grand (1) (849 + 901), conservé à l'Ashmoleam MiisPiim, d'Oxford est un émail byzantin en forme de cœur, protégé par nn cristal de roche et monté en or. Il est décoré sur la tranche de filigranes accompagnant une inscription, tracée en caractères romains, qui constate qu'Alfred l'a fait exécuter. Une tôle d'animal, dont les éléments sont dessinés par des bandes d'or encadrant un fond granulé, à la façon antique^ termine ce bijou par la pointe et le fait ressem-^ bler à un sifflet. Une feuille d or, représentant un bouquet de longues feuilles symétriques en réserve sur un fond natté, sert de revers à ce bijou, où il est aisé de reconnaître nne influence méridionale qai s explique à la fin du 1X« siècle.
C'éiait sans doute une orfèvrerie de ce style qui formait le devant d autel en lames d'or que le roi saxon Witlase avait donné à Tabbaye de Croyland, et que les Danois tlétruisirent ; et celui qu'Edgard, le dernier roi anglo-saxon au xi^ siècle , donna à Tabbaye d'Abingdon, dont on dit que le travail surpassait la matière, bien qu'on y eût employé trois cents livres d'argent.
Du reste, VAnglelerre était moins barbare au viii* siècle que n'était la France, car cest d'York, dont FarchevèqueWilfrid chanta, en 785, les splendeurs, qu'Aicuin était venu à la cour de Gharlemagne, et c'est de là qu'il fit venir au monastère de Saint-Martin de Tours, où il s'était retiré, les copies des livres saints qu'on y avait faites sur les originaux achetées par lui à Rome.
L'orfèvrerie donnait son éclat aux « textes « que l'école anglo-saxonne transcrivait etenluminait avec un art dont nous possédons encore de remarquables spécimens, et il fallait qu'elle eût donné une physionomie bien caraclérlsiiqne à ses œuvres pour qu'en l'an 1000 on en désignât une comme étant de façon anglaise. C'était la monture en pierreries d'un reliquaire du Uioul Gassin, où une particule du saint lange [liiitei]
(1) H. SUAW. Dre»» and décor ations^ L I, pU i.
378 OAFKVA&EIS.
était conservée sous une lentille de cristal de roche, monté en or el en argent, décoré de pierres précieuses (1). [ArgentG et'auro gemmisque anglico opère subtiliter ac pulcherrime decoratus. )
Du reste , un oïl'èvre anglais était tué par la foudre quelques <iiinées après à la porte de celte abbaye, qui bientôt allait avoir rt ( ours à des ouvriers byzantins pour régénérer ses écuies.
Entraîné peut-être par un trop grand désir d'exalter l'ancien art nnî^lo-saxon, M. le chanoine D. Rock, dans le livre (l oii nuus empruiilons les faits ci-dessus, pense que le Yolvinius qui , en 835, exécuta le célèbre parement, encore subsistant, de l autel de Saint-Ambroise de Milan, était un orfèvre -jn^Lilais, dunl le nom est Walwin, nom commun durant celle période [2).
II pense aussi que les gabaUiœ saxisrœ, que l'on trouve dans le « libi'.r poniificalîs » coinnie données aux églises de Home par les pontifes Grégoire IV, Léon IV et Benoit III, sont des coupes an?lo-saxonnes. En elïet, on trouve dans la vie de Benoit 111 (855 -f 858), « Rex Saxomim. . . obtulit B. PetroAposiolo. . . gabaïas saxiscas tle argento exaurato quatuor. » Mais ce roi saxon n'est-il pas plutôt un prince allemand, coninie semble le prouver ce passage d*une bulle du pape Benoit VIII, en 1023, cité par Du Gange en son Glossaire au mot « Saxiscus » : « Nec non et calicem saxonicum majorem, cum paiera sua, quem Theodoricus Saœorum rex B. Feiro olim transtulcrat. »
Pour revenir à Torfévrerie anglo-saxonne, Guillaume le Gonquérant et ses compagnons en trouvèrent les églises et les abbayes d'Angleterre bien -pourvues. Si les vainqueurs en emportèrent un grand nombre, plusieurs firent retour aux lieux d'où elles avaient été enlevées. L'abbaye de la Bataille, fondée par le conqué*
(1) Daniel Rock. The churchofour faihert, 1. 1, p. 28§, d'après ta Cliionique du Moni-Cassin.
(2) itfem, ibidem, u I, p. 251.
ORPBVBBIIIB.
rant, en reçut plusieurs, en même temps que son manteau royal magniflquemenlorné d'or et de pierres pré- . cieuses; les égiises de Normandie en reçurent plusieurs autres.
Pour ce qui est relatif à la France, nous attribuons à Tart du viip siècle, à cause de la ressemblance que présentent les dessins niellés sur quelques-unes de ses parties avec les ornements des lettres initiales de cette époque, un fragment de reliquaire conservé dans réglisede Conques [1].
Ce fragment se compose d'une lentille en verre gris bleu dans une large sertissure d'argent doré portant neuf perles solidement enchâssées. Un anneau de verres pourpres triangulaires, entouré lui-même d'un anneau en argent niellé, envelop()e cette monture et forme avec elle un large cercle qui devait occuper le sommet d'une pyramide tronquée, dont les côtés étaient garnis de plaques d'argent niellé. Trois de ces plaques existent encore assemblées à plat autour du bijou central.
Le dessin des nielles où les feuilles cordilormes se trouvent alliées avec des feuilles trilobées, où des oiseaux becquèlent des (rrafnes en forme de point, où Ton rencontre même les lacis mérovingiens ; la pi ésence des verres pourpres, que Ton est accoutumé à trouver dans les bijoux francs, nous semblent indiquer que ces fragments appai tiennent peut-être au tciii[is de Pépin, qui fui le restaurateur de l ancienne abbaye de Guiii^ucs.
A l'époque carlovingienne , une vraie passion pour l'orfèvrerie s'était emparée du clergé. Ce n'était plus .uniquement des vases pour le culte que Ton façonnait alors, mais, imitant ce que Justinien avait fait à Constantinople , on élevait des autels entiers en matières précieuses, ainsi que la confession qu'ils surmontaient,
(i^ \Uiàk DiacbL. Le Trétorde i'égli$§ de Conques, Phylactères, p. 30,
pl. IX.
380 oRnivRER».
que le ciborium qui les dominait et que la clôture qui
les précédait.
L'architrave {traies) de cette clôture portait des arcades abritant des statues d'or et d'argent, et soutenait des lampadaires do toutes formes, les uns destinés à porter des lampes, les autres des cierges. Des candélabres Iphara] se dressaient autour du ciborium de Tautel, d'où pendaient ces couronnes [régna] au centre desquelles brillait une croix.
Des calices ornés de pierreries, des corbeilles pour recevoir les offrandes, des vases pour le service des autels, tous de poids si considérables qu'ils nous étonnent, même quand nous savons quMls étaient destinés à la communion sous les deux espèces, accompagnent cette architecture d'or et d'argent.
Pour nous donner une idée de ces merveilles, depuis longtemps disparues, il ne nous reste plus que l'autel de Saint-Ambroise de Milan, exécuté par Volvinius en 835. Aulel orné de pierres et d'émaux translucides sur ses qualre faces, ainsi que de figures obtenues au repousse dans l'or et dans l'argent.
D'après cet oxcmplaiiv, on peut voir que les orfèvres byzantins, poussés en Italie par les persécutions des iconoclastes, avaient à leur service toutes les ressources pratiques que leur ait possède aujourd hui. De plus, les quelques monuments de ces époques qui nous sont parvenus, en môme temps qu'ils nous montrent quelle était la nature de l'orfèvrerie dont nous possédons les descriptions, nous expliquent certains termes assez difficiles à élucider chez les auteurs contemporains , et surtout cliez les différents rédacteurs du Liber Pontificalis. Ainsi nous trouvons des œuvres obtenues au repoussé, puis ciselées [battutUes anaglyiiphas) ; les fontes également ciselées [ftisiles anaglyphas); le repercé à jour (opm wterrasile); le nielle (nigellum) ; rémail, qui coinmença au ix« siècle à porter le nom [smallum) son< lequel il est connu aujourd'hui, tandis qu'antérieurement il était désigné par un nom [electrum] qui prêle à la controverse, comme nous l'avons vu dans Tintroduction à la iSotice des émaux, p. ix.
^OBPilyiiKniB. 381
L'emploi des pierres fines résulte de la description des pièces. Quant à colui des In'^-relicfs à personnages, il résulte également de la désignation des sujets figurés, soit au repoussé, soit par la foule, soit par ta gravure; quanl au filigrane, nous n'en verrions la mention que dans l'expression spanodistum ou spanoclaslum, qui revient plusieurs fois dans le LU?er Pontificalis.
 la fln du xiii*^ siècle, il porte en Italie le nom S'opus vmtticum, à cause sans doute de Thabileté des ouvriers vénitiens à Texécuter, et à Venise môme celui &'ùpm entrecoseum.
Tandis que ritalie se livrait à ces magnificences, dont il nous est diiïlcile àc nous faire une idée, la France, loin de rester m arrière, conservait à ses orfèvres leur antique réputation.
Charlemagne, nouveau Constantin, ainsi que le disent les panégyristes de tous les princes qui ont tionoré et enrichi les souverains ponlifos d'une façon particulière, Charlemagne s'entourait de luxe et gratifiait les églises de Rome de ses dons, que les incursions des Sarrasins devaient bientôt enlever.
L'orfèvrerie carlovingienne devait imiter ce que faisaient en Italie les ouvriers byzantins qui s'y étaient établis, si Ton peut en juger par la similitude des descriptions que les annalistes français et italiens nous ont laissées de ce qui décorait les églises en ce temps. Peutêtre s'y introduisait-il, comme dans les ornements des manuscrits contemporains, quelques souvenirs de Vancien art franc. Mais toujours est-il que, sous Louis le Débonnaire, les ouvriers français recevaient de Venise la commande d'un calice, ainsi que For oécessaire pour le fabriquer et les pierres destinées à le décorer, et que réglise de Ravenne conservait précieusement un autre calice envoyé par l'empereur lui-même.
Il existe peu de pièces d'orfèvrerie qui appartiennent authentiqucment à Tépoque de Cliaricnin^ne. Nous citerons cependant un T'eliquaire,( n forme de maison, entièrement recouvert de plaques de métal rcpous^', — or ou argent,.— qui est conservé dans le trésor de la caLhé-
ORF^YRBRIB.
drale de Sion {\\ Exécuté, romine le constate une inscription repoii^sée dans le métal, par Altheus, qui était évêque de Sion en 780, ce reliquaire, d'une fabrication assez bai hare, montre une singulière alliance entre les trois arts qui se trouvaient alors en conlVit. Des émaux byzantins s'y rencontrent représenlaiii des personnages bénissant à la grecque, mais (iésii^nés par des inscriptions latines; tandis que des ornenuMits formés de serpents à douMcH ((^tes, comme dans les amortissements des lettres lonrnuresdes manuscrits, s'allient à des tiges anx feuillages symétriques et de style oriental, comme ceux que nous avons trouvés loin de là sur certains fragments du tiésor de (.onques. (2)
Nous n'osons classer parmi les monuments du temps de Cbarlemagne ia magniliquc aiguière du trésor de Saint-Maurice (3), décorée d'émaux de caractère sassanide, à cause des lions affrontés au « boma sacré. » La tradition seule témoigne de ce don, et si nous la prenions seule pour guide, les pièces d orfèvrerie de ce temps seraient aussi abondantes que nous les trouvons rares.
S'il existe peu de monuments que Ton puisse dater autbenliquement du règne de Cbarlemagne , en revanche Ëginhart nous a conservé la mention de ce que le grand empereur possédait et distribua de trésors par son testament fait en 81 1 . Au npmbre des trésors et des meubles précieux qui, séparés en quatre parts, furent attribués à vingt et une églises, à ses enfants, aux pauvres et à ses serviteurs, il y avait trois tables d'argent et une d'or, d'une dimension et d'un poids considérables. L'une d'elles, de forme carrée, représentait la ville de Gonstanlinople et fut donnée à la basilique
(1) J.-D. Blavignac . Bistoire de rarehiteeêure êacrée, du iv* au l* tièeUf dans ha ancien» évichés 4e Genève, Lemanne ei Sûmt p. i3A el paeeim,,
pl. xr ot xxrn*.
(2) Alfit'd Dahck.. Le Trésor de l'église de Conques^ p. 39.
(3) J.-D. Blavignag. Bistoire de l'architecture. ..y du v* au %* iècle^ ]>. ISO et fMim'm., pl. xv, xn et xxvi*.
ORFÉVEERlË.
de Saint-Pierre de Rome; l'autre était ronde, montrait ane vue de Rome, et échut à lï'glise de Raveniie. La troisième, qui surpassait beaucoup les deux autres par la beauté du travail, offrait la description de 1 univers
entier, tracée avec beaucoup d'art miv les trois cercles qui la formaient et qui ia faisaient ressembler à trois boucliers i eunis.
Évidemment, ces tables ne pouvai(Mit être de fabrication franque ; venues sans doute de Byzance, elles affectaient ce style antiqiie dégénéré que Ton retrouve dans les bronzes qui ornent encore aujourd'hui le dôme d Aix-la-Cliapelle. Les relations avec l'empire d OiMcnt étaient d'ailleurs fréquentes à cette époque, et les Grecs étaient assez nombreux en France pour que les annalistes bénédictins aient signalé ce fait que ceux-ci étaient eu majorité dans le monastère de Gorze, près de Metz.
Les ornndes abbayes bénrdii'tines j ossédaient, d'ailleurs, des atelKM's, où les ni' n iie.>, d après leur règle, se livraient à l'industrie des clioses nécfssaires au monastère, et même de celles dont la vente augmentait ses revenus. Ainsi, le plan de l'abbaye de Saint-Gai, à cOté de l'atelier des orfèvres , montre celui des fourbisseurs d'é[)ées et des fal)ricants de boucliers. Ces ateliers monastiques, établis au conlact des écoles où, dans les dépendances du cloître, I on transcrivait les livres saints et les auteurs sacrés, devaient être un reflet de Rome , qui elle-même ne s'éclairait guère qu'aux lumières de Byzance.
Aussi, l'influence grecque devait-elle dominer partout, d'autant plus que Tart national lui-même s'était confondu depuis longtemps, à certains égards, avec celui de l'Orient.
Nous en aurions une preuve dans un monument aujoui:^rbui disparu, mais dont un tableau nous a gardé un fidèle souvenir.
Comme dans toutes les abbayes, un atelier d'orfèvrerie était établi dans le cloître de Saint-Denis, qui était une école où les moines des autres monastères Tenaient apprendre leur art sous des maîtres renom-
ORF£VaËRl£.
més. De cette école était probablement sorti le devant d autel d or dont Suger fit plus tard le rélable d ua autel placé, au xv^ siècle, au pied du tombeau-reliquaire de saint Louis. Un tableau de Fécole des Van- Eyrk, appartenant à lord Wai d, i^i qui était exposé à Manchester, représente cet ensemble avec un scrupule archéologique dont bir ii peu de peintres actuels seraient capables, et nous donne une idée fort précise de cette œuvre d'art, qui affectait un caractère tout byzantin.
Enfin, Louis le Débonnaire, pour marquer par un fait cette influenœ que nous sip^nalons, avait établi, dans son palais impérial de Soissuns, une chapelle dédiée à sainte Sophie, à cette sainte incorporelle, la divine sagesse, à qui Justinien avait élevé le plus magnifique des temples, celui dont les coupoles dominent encore Constantinople.
De même que les abbayes, les villas impériales renfermaient tous les artisans et tous les ouvriers dont avait besoin le maître, et c'est dans ces ateliers laïques, sans doute, qu'avait dû se conserver ce qu'il restait de traditions d'art national, combattu par les influences latines et orientales, qui donnent leur physionomie si complexe aux décorations des manuscrits, par exemple, les témoignages les plus abondants que nous possédions sur l'art de Tépoque de Gharlemagne.
Le mouvement imprimé aux beaux-arts en France par Cliarlemagne ne tarda pas à être suivi sur les bords du Rhin , quliabilait surtout cet empereur de race germanique plutôt que franque. Les abbayes de Saint- Gall, de Fulde, de Richenaw, furent des centres d'où l'art rayonna en , Allemagne. Il en fut de même de l'abbaye de Saint-Émeran, de Ratisbonne, dont le trésor enrichit aujourd'huide ses débris la bibliothèque royale de Munich.
On peut donner comme exemplaires de l'orfèvrerie de ces époques la croix d'or, enrichie de pierreries, conservée dans le trésor d'Aix-la-Chapelle sous le nom de a Croix de Lothaire; » la couronne d'évangéliaire que fit exécuter, en 975, Romuoid, abbé de Saint-Émeran, où les sujets exécutés au repoussé sont encadré.
par une hi^e bordure de pierres montées avec un grand luxe sur un fond orné de quelques filigranes.
A côté de ces œuvres, tout au moins byzantines parle caractère, la reliure du Psautier de Charles le Chau v e ( 1 ) , conservé au Musée des Souverains, est d'une pauvreté relative.
Un caractèi'e que nous croyons particulier à Torfévrerie carlovingienne est donné par la monture des pierres. Les clialoiis, au lieu d'être soudés imiuedialement sur le fond, sont soutenus à une certaine hauteur, soil par des arcades en filigrane, soit par des supports feuillagés, tandis que les pierres sont maintenues dans les alvéoles de ceux-ci par des briffes qui imitent la forme de feuilles. Toute la joaillerie de cette époque u olïre pas ces détails, mais paylout où nous les avons trouvés, la pièce appartenait a la période qui commence à Charlemagne et môme en deçà, — car nous les rencontrons sur la belle fibule en forme de croix, qui est suspendue au centre de la couronne de Reccesvinthus, — et se prolonge jusqu'au delà de Tan
Il ne faut pas croire, en effet, que cet an 1000 ait pesé sur l'art de toute la teri eur qui avait envahi les âmes. Nous voyons qu'à l'extrême fin du siècle, on exécutait à Ratisbonne des œuvres d'un luxe et d'un travail admirables. D'autres spécimens d'orfèvrerie à date certaine, comme la croix de Gisèle, conservée à la « riche chapelle » de 3Iunich, prouvent que dans les premières années du xi^ siècle les orfèvres germanobyzantins n'avaient point cessé de pratiquer leur art.
L'écroulement de l'empire fondé par Charlemagne ne causa point partout des secousses également profondes, et dans les pays qui purent jouir d'une certaine tranquillité relative, les arts continuèrent de briller d'un certain éclat.
Certes, en s'éloîgnant de l'antiquité, les artistes ou-
(1) N*> 24 de la I^otice du Mutée Uei SouverainSt par M. H. Barbet de
ORFÉYRBAIB.
bliaient chaque jour davantage les exemples qu'elle
leur avait légués. L'étude de la figure humaine, étrangement négligée , laissait tout déchoir et forçait de
reniplarer le goût par la richesse. Cependant, entre la piLiiiière renaissance, au ix^ siècle, et la seconde, au xii", il existe une série non interrompue d'œuvres qui préparent et qui expli([nenl cette dernière.
Comme , de tous les pays, c'était encore Tempire d'Allemagne qui alors était le moins troublé, c'est au delà du Kiiia que se fait le réveil.
A partir du xi* siècle, Torfévrerie change de ca-
ractère
Ainsi, l'abbé Bernard d'Ildesheim (999 à 1022) passe pour avoir fabriqué une crosse en bronze, qui nous permettra de discerner les transformations qui s introauiscnl dans le style de rornemcntation à ces époques. Ce n'est déjà plus rimitation obstinée de feuille d'acantbe qui en forme l élément principal, mais c'est une feuille réduite à Télat rudimentaire, pour ainsi dire, celle de la fougère probablement. A peine sortie du bouraeon, elle montre celte vigueur et cette rudesse qui caractérisent la llore sculpturale de Tépoque romane, flore qui, pendant la périn ie ogivale, se développe de siècle en siècle, s'épanouit et meurt, comme dans la nature la plante et la Heur naissent, se développent et se fanent dans l'espace d une saison.
L'antependium d'or, possédé aujourd'hui par le Musée de l'Hôtel de Cluny, et donné jadis à la cathédrale de Bâle par l'empereur Henri II (1002 et 1034^ comparé au parement exécuté par Volvinius, en 835, pour Téglise Saint-Arabroise de Milan, montre un autre genre de transformation dans Torfévi erie. C'est rintroduction des éléments de Tarchilecture. Rien n'est emprunté à une flore quelconque dans l'œuvre de Vol* vinius; rien n'y rappelle non plus les formes de l'architecture. Dans celle de TouTrier allemand, au contraire, lecbamp de chaque figure est couvert de rinceaux . feuiilagés, et ce champ est circonscrit par une aroado
ORFBVRKam.
en plein cintre donl chaque retombée repose snr une colonne : imitation évidente de ces arcatures qui décorent, avec une certaine profusion, les murs des églises rhénanes.
Du reste, avec le xi® siècle les monuments deviennent plus abondants.
Les trois croix d'Essen citées plus haut [1], qui ont été fabriquées depuis Tannée 974 jusqu'à Tannée 1054^ présentent toutes le mèpie caractère. Elles sont décorées sur leur face principale d'émaux sertis comtne des pierres» de pierres cabochons et de filigranes.
Non-seulement ces filigranes» soudés sur le champ des croix, servent d'accompagnement aux pierreries, mais ils s'arrondissent en arcades pour supporter leur chaton, et même ils forment des griffes pour maintenir les pierres les plus grosses.
Les filigranes des bijoux antiques semblent faits de fils ronds tordus ensemble. Il en est de même de ceux qui décorent les pièces d'orfèvrerie byzantine et mérovingienne. Avec le xi« siècle, une nouvelle pratique semble s'introduire dans les ateliers d'orfèvrerie. Les filigranes des croix d'Essen, qui sont de grosseurs variées, nous paraissent fabriqués, pour la plupart, avec des fils laminés et plats par conséquent, dont la tranche aui'ait été striée à la lime, suivaiiL le procédé décrit par le iiiûlne TliéopJule à une époque quelque peu postérieure (2;. Cependaiil plusieurs de ceux-ci, les plus gros noiauuuent, pourraient bien avoir été formés de lils ronds aplatis au marteau ou au laminoir.
Quelquefois un fil strié sur la tranche et un 01 uni qui le dépasse quelque peu, sont accolés et forment des ornements d'une grande richesse.
Les filigranes au lieu d'ôlre soudés sur le fond, y sont maintenus, les uns par de petites brides en lames d'or, les autres par ces mêmes brides et par des clous
(1) liBê émaux clo^onn^t, p. 2.
(2) C. DB Lbscalopier. IheophUi divwiamm wHum S^duta^ I. m, ch. z, Jh f^rrU inferim fettû.
388 ORFÉVKEniE,
qui passent dans l'œil formé à Tcxtrémité des Yolutes et des rinceaux.
Les croix d'Esscn, sur lelsqnelles nous insistons parce qu'elles ont le grand avantage d'être datées» sont garnies sur leur revers de plaques gravées de bouquets symétriques de feuillages polylobés, ou de grandes volutes amorties par ces mêmes feuillages qui sonldevenus d'un usage si fréquent à partir de cette époque. Ces oi nenients se détachent sur un fond malé d'un grainelis annulaire.
La reliuro (Vun évangt'liaire tonservé à la bibliotliùquo lie Municli, el exécutée vers 975 parRomuold, abbé de .Sainl-Eniiiioran de Ralisbonne, est Tun des plus beaux spécimens de rorfévrerie byzantine de la fin du x*^ siècle. La figure du Chrisl, celles des quatre évaugélistes et quelques scènes de révangile, bas-reliefs d'un excellent siylc exécutés en or repoussé, sont encadrées dans des bordures foniKn^s de pierres cabocbons uiaiulenues au moyen de grilles leuillagées dans des bûles très-élevées, poi tées sur des arcades, sur des baluslrcs en forme de vase, ou sur des feuillages fixés à un fond orné de filigranes retenus par des frettes et des clous (1).
Nous citerons encore comme appartenant probablement ba URune époque la croix relitjuaire, toute ornée de filigranes et de (jui-hiucs pien*es montées sur de liantes sertissures, qui est passée de la colleclion bollykolf daiis le musée de I bôlel de Cluny (2). " A celte époque Tari livzanlin régnait encore en maîire; c>sl à lui qu'appartient le bas i elie[(Mi aigent n^poiissé el doré (n" 1). 709), qui est venu du trésor de Saint-i)enis au musée du Louvre. C'est lui qui venait encore doniwr de nouvelles leçons à l'Italie, el c'est à lui que Didier, abbé du Monl-Cassiu (1058 + 1088), demandait des maîtres pour les écoles d'arlqu'il voulait
(1) J. LABiRTE, Bitioire dei arit induttriett, Alboin» pl. xxxtT etxzxT.
(•2) Idem ibidem, pl. xxTii t n* M29 da Catalogue du-ikoU du Thwmn ti de i'Uùkl dt Guny,
OhFÉVRERiE.
établir dans son monastère, suivant les préceptes que saint Benoit avait donnés à tous ses disciples.
Cependant des ateliers prospéraient dans d*autres abl)ayes placées plus au nord, probablement peut-être en Aliemagne , comme le prouve rencyclopédie des arts écrite par le moine Théophile vers la M du xr siècle, époque où les arts renaissent en occident et se préparent aux magnifiques épanouissements des xii® et XIII" siècles.
Ecrite par un moine qui travaillait certainemetit de ses mains, le Diversarum artium schedula [1), nous donne de précieux rcnseignenieiiis, mais d'irnporlance fort inégale, sur les travaux auxquels la décoration des églises pouvait donner iieii.
Il commence par un Uailé de la peinture telle que les Grecs la pratiquaient alors et qu'on la pratique encore dans les couvents du mont Athos, suivant des formules et des receltes transmises par écrit.
Après avoir indiqué les couleurs que l'on doit employer dans les peintures murales poui* les chairs, pour les lumières et pour les ombres, ainsi que pour les vêtements et les arcs-en-ciel, ce qui sulFisait sans duute aux compositions hiératiques de ce lemps-là, le moine Théophile s'occupe de la peinture sur bois et sur parchemin.
Dans les procédés qu il décrit, nous retrouvons le mode de fabrication suivi pour décorer des monuments d une époque postérieure, comme le coiïret de saint Louis (2), mais nous découvrons aussi sans o-rand étonnement remploi de l'huile siccative de lin cumme véhicule des couleurs et celui des vernis pour aviver la peinture.
Après avoir donné ces recettes, qui, dans la pensée
(1) CL DELE§cAtOPiEii. Theophili diversarum artium ichedmla,in-il^ÔR
3la pages. — Paris, I8'i3. — R. Uendrie. Theophiti qui Ruggri,,» divenis artihis, iri-b» de Uhl pages. London, 18&7.
(2) No 5â de la lioHce du Musé& des Souveraim, par M. H. Barbet de
Jour.
OIIFÉVRKRIE.
du moine Théophile, ne sont applicables gu'à la peinture du mobilier en bois des églises qui était à ces époques plutôt peint que sculpté, le manuel s'occupe de rapplicalion de Por, de Targent, auxquels il substitue parfois rétain recouyert de vernis colorés ; puis il passe a la peinture sur yerre, à laquelle il donne comme appendice la décoration des poteries (1].
Ce n'est qu'après que Téglise a été peinte, garnie de Yitraux, meublée et décorée, que Théophile s'occupe de Torfévrerie, décrivant les outils et les procédés pour purifier les métaux, la fabrication du calice, celle des nielles qui parfois le décorent, la sertissure des pierres et des émaux incrustés dont parfois on l'enrichit ; la' fabrication de ceux-cî; le travail de celles-là ; la fonte du bronze à cire perdue; la ciselure, le repoussé, Festampage, la gravure, la dorure, la révivillcation de celle-ci, puis enfin les procédés de soudure des diiîérents raciaux. Le livre se ieimine par la scuipLme en ivoire.
Le moine Théophile indique encore quels peuples furent les plus habiles dans les différents arts qu'il étudie. Les Grecs, comme l'on doit s'en douter, occupent la première place dans la peinture ; les Toscans dans le nielle et les émaux; les Arabes dans le travail des métaux ; I Kalie — celle du nord, sans doute — dans la sculpture de l'ivoire et des pierres précieuses, ainsi que dans la décoration des vases ; la France dans la fabrication des vitraux; Allemagne enfin, dans le travail de tous les métaux, du bois et des pierres.
Comme pour justifier celte opinion de Théophile, qui était h ce qu'on présume autant allemand qu'orfèvre, l'Aiiemagne nous a conservé un grand nombre de pièces magnifiques de l'orlévrerie du xii^ siècle, en tète desquelles on doit plac-er la châsse des rois mages à Cologne (Olhon lY, 11^8} (2), et celle des grandes
(1) Alfred DaicbIh Noiie$ def fayencet p9inê0i. IntrodncOon» p> î%
ORFEVRERIE. 39i
reliques (Frédéric II, 12201 (1), et celle de Gharlemagne à Aix-la-Chapelle (Frédéric I à Frédéric II, 1152 à 1220] (2).
Ces châsses qui affectent toutes les formes d'une église tantôt à has^lés, tantôt à une seule nef, avec façade et chevet carrés, ont les principales divisions de leur architecture, socles, corniches, colonnes, arcatures, encadrements, etc., marquées par des bandes d'émail alternant avec des bandes de filigrane servant de fond à des pierres cabochons, et quelquefois à des pierres antiques disposées de façon à ce qu'une pierre d'un certain volume soit cantonnée de quatre pierres plus petites Le champ des arcatures est occupé par des iigiires en or ou en argent repoussé, et les rempauts des toits par des bas-reliefs de même matière.
La chAsse du musée (n'' D. 713) rappelle, et par la composition et par le style, celles que nous venons de citer, et de plus est comme elles de fabrication allemande
Maintenant que rÂllemagne nous a conduit jusqu'au xm^ siècle, revenons un peu sur nos pas pour voir ce que la France a conservé, que nous sachions, des œuvres fabriquées dans ses abbayes à partir de cette seconde renaissance qui a suivi l'établissement des Capétiens sur le trône.
Le trésor de Téglise de Conques conserve encore quatre pièces (rorfévrerie c[ui porleiit le nom de Talibé Bégon (1099 + 1118), qui les a lait exécuter. C'est d'abord le reliquaire de Pascal II, qui renfermait un morceau de la vraie croix envoyé parce pape à l'abbaye de Conques. Ce reliquaire, aujourd'hui très-mutilé, était constitué principalement par une plaque en ar-
(1) Le K.P. Àrtliur Martin. Mélange» d'arc/Uologie et d'histoire^ 1. 1. Chasse des grandes reliques, avec iig.
(2) J. Lababtb. Butoir 9 «rff inàmtfid$^ t, II, p. 285, et Album
pl. ZLVU.
ORFÉYRBHIB.
gent repoussé représentant une Cruciûxion d un assez bon style.
Vient ensuite un reliquaire, appelé et la Lanlernc de saint Vincent, » qui se compose, en effet , d une lanterne octogone siiî'moniée par un dOnie côtelé, et portant sur une base cariée. Des busies de saints et un Samson comballant le lion, en argent repoussé, décorent ce petit nionnment de physionomie byzantine, mais fait en Occident , et portant des inscriptions latines. Le Samson est long et maigre, et appartient, par le caraclère, à l'école de sculpture à qui Ton doit le bas-relief du tympan de la cathédrale d'Aulun.
L'autel portatif de Bégon, consacré en 1106 , et entièrement <lécoré de figures niellées; enfin, le reliquaire que l'on appelle l'A de Charlemagne, qui indique un art bien supérieur à celui des pièces précédentes, décoré d'émaux cloisonnés, de filigranes faits à la lime et de pierres fines (1), appartiennent à la mémepériode.
Tandis que l'abbé d'un modeste monastère suspendu aux flancs d'une vallée sauvage de l'Aquitaine faisait fabriquer les pièces d'orfèvrerie que la piété des habitants de Conques a conservées jusqu'à nous, c'est à des travaux d'une bien autre importance que présidait le chef de l'abbaye royale de Saint-Denis. Suger (1137 + 1144]^ dans le livre qu'il a écrit sur son administration, parle de ces travaux.
L'autel reliquaire et les phâsses de saint Denis et de ses acolytes, saint Rustique et saint Eleuthère, occupèrent Suger, ainsi que la croix qu'il éleva sur le lieu où les corps des trois saints martyrs avaient longtemps reposé. Cette croix, où un poids considérable d'or et un nombre prodigieux de pierres précieuses avaient été employés à l'ancienne façon byzantine, nous intéresse surtout par la colonne qu'elle surmontait. Des ouvriers, que Von avait fait venir de « Lotharingie, » l'avaient revêtue de plaques en émail champlevé (2).
(f) Alfred Dargel. Le Tréior de l'égh'te de Conques. (2) Voir la • Nutice dcâ éiuaux cha plcvils, » page D.
OItFÉVIlBUB.
Cette colonne, qui avait 10 pieds de haut, élait carrée et rcvtHue de 08 plaques d'émail de grandes di- . mensions, représentant des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, alternant, suivant une habitude constante, avec des plaques filigranées et gemmées; œavre importante et qui n'a rien qui doive nous étonner lorsque nous la comparons à Tantependium de KIosterneuburg, exéi utô beaucoup plus lard par Nicolas de Verdun, en 1181.
Enfin Suger avait achevé d'envelopper de parements en orfèvrerie l'autel où il avait prononcé ses vœux, et dont l'antependium seul existait dès le temps de Charles le Chauve, qui l'avait donné. La description des additions faites par Tordre de Tabbé de Saint-Denis témoigne de cette introduction des formes architecturales que nous avons signalées comme caractérisques de l'orfèvrerie du xi* siècle. Caractère qui n'est point exclusif, nous le répétons, et qui s'allie avec ceux de l'orfèvrerie carlovingienne, que constitue l'emploi des pierres fines, des émaux d'api Ihiiic etdes Oligranes.
Le Musée possède encore dans la collection des gemmes, et dans le Musée des Souverains, quehfues pièces fabriquées par ordre de Suger. Ce sont les suivantes :
Un vase antique, en cristal de roche, qui porte le nom d'Aliénor d'Aquitaine, et qui, donné par elle à Louis VII et par le roi à Suger, fut donné par lui aux saints [1], ainsi que le constate l'inscription niellée sur
son pied. Des pierres cabochons et des ornements en filigranes constituent la décoration de la monture de ce vase, qui atîecte dans son dessin quelque chose de la physionomie orientale.
Un vase de sardouix, monté vu veriiKîil, garni de cercles ornés de pierres cahorlioiis et de (|uc!ques filigranes, portant sur un pied orné de^odrons obtenus
(1) 27 de la Notice du Musée des Somerains, — il. Barbet o£ Jouy. Gèam$9 «I Jontauf éÊiaCottnmne, pl. tu. — J. LABàRTC. ttistnire des Âriê tndiifim/f. Altoum, pl. ztv et xlvi«
OBPàVBKftlS.
au repoussé (1). En étudiant la transformation él(^gante que ia monture du xii^ siècle a fait subir au vase antique de forme assez lourde que Suo-er avait livré à ses orfèvres, il est impossible de ne puml songer aux aiguières ijuf^ l'on fabrique encore en Perse aujourdliui.
La paicnc du calice de Suger, disque en serpentine incrustée dt* poissons en or, probnMemenl de fabrication orientale, uioiuè en pierres cabochons alternant avec des tables en verre pourpre qui forment comme le fond du dessin (2). De petits cylindres en verre jiourpre sont également montés sur le bord de la patène, de façon à en former l'ourlet. Cet emploi tardif des verres pourpres de l'orfèvrerie mérovingienne est un fait intéressant à citer en plein xii*^ siècle, car il témoigne de la persistance des anciennes traditions nationales.
Un vase antique de porphyre, que sa monture a transformé en aigle (3). Nous avons réservé ce vase pour la fin, parce qu'ici il ne s'agit point seulement d'application de filigranes et de pierreries, mais d'un travail qui dénote une certaine science de modelé. Si Tartisle ingénieux, qui avec une urne égyptienne a composé Je corps d'un aigle, a été nécessairement forcé de conserver des formes nn peu roides à ses additions en orfèvrerie, plus maître de lui-même dans le travail de la téte de Tanimal, il a montré une grande habileté et un grand caractère.
Les artistes capables d'imaginer de telles œuvres et àe les exécuter étaient dès-lors capables de se livrer à toutes les créations et à toutes leurs fantaisies, et aussi ils ne s'en firent point faute.
A cette époque, plus qu'antérieurement, les reliquaires, car il nous faut surtout parler de l'orfèvrerie religieuse, la seule dont nous connaissions les monuments, les reliquaires affectent toutes les formes, cher-
(1) n. BARnKT DR JouY. Gemtnes et Joyaux delà Couromkê,]p, 5«
(2) idfem, ibidem, pl. Mil,
(3) Jdem^ibidem^ pl, vi.
ORPBVRBRIB.
chanl surtout à reproduire celle de la relique qu'ils sont destinés à renfermer Tantôt c'est un os du bras» du pied ou de la tète : alors le reliquaire affecte la forme d'un bras« d'un pied ou d'un chef, parfois d'une statue entière. Si la relique est une côte, la boite se recourbe en arc de cercle porté sur une tige. Pour la sainte épine, il affecte la forme d'un petit cylindre vertical ; pour la sainte couronne, celle d'une couronne royale; pour la sainte larme , celle d'une perle en cristal de roche.
Les fragmenis de la vraie croix sont d'ordinaire renfermés dans une croix à doubles branches, comme celle de l'hôpital de Laon (n^ D. 714], et la sainte chandelle d'Ârras était conservée dans un cierge d'argent composé d'anneaux niellés et filigranés.
Dans ces pièces d'orfèvrerie de toute forme, la fonte et le repoussé, le repercé et le ciselé, l estampé et le ' frappé, le relief et riniaille, le nielle, le filigrane et rémail, les pierres fines, Tivoire, For et l'argent, sont alîn's avec nn goût qui en fait des modèles précieux, iiialgrt' la barbarie et lïnfériorité dexéculion que parfois on y remarque. C'est que chaque chose y est à sa place, employée avec les formes et le travail qui lui conviennent, et que là, de même que dans l'architecture, on est frappé de cette qualité exquise des grandes époques d'art, que nous appellerons la sincérité.
A partir du xif siècle, l orfèvrerie suit l'architecture dans ses développements, m^is la suit de loin, toujours en retard de quelques anii('< s. On dirait que les artisans livrés au travail des luélaux se pliaient diiïlcilement aux innovations de la forme et. du décor qu'imaginèrent les aniiitectes et les imapicrs, et qu'enfermés dans leurs boutiques, parqués dans leurs corporations, ils se montraient rebelles a ce qu'on pouvait appeler l'esprit nouveau.
Parfois elle imite les constructions de l'architecte.'
Déjà, au IX siècle, en 877, un orfèvre d'Angers avait fondu des châsses en façon d'église, ce qui laisse soupçonner dans son œuvre certaines imitations des formes de Tarcbitecture. Â mesure que Ton s'avance vers
OBFSVRBRIB.
répoque Ogivale, ces imilations deviennent de plus en plus fréquentes ;imilalio]is libres, il esl vrai, qui n'empruntent aii\ édiilces religieux que leurs formes générales, et dans lesquelles rornemeutation, à part quelques colonnes, appartient exclusiveiiienl àl orfévrerie.
Telles sont les eliAsses allemandes que les trésors des églises de Cologne pu^sèdent encore en grand nombre, telles sont relies du trésor d'Aix-la-Chapelle et celle du Musée (n'* D. 713) dont nous avons déjà parlé. Les émaux, alternant avec les filigram set les pierres Unes, y dessinent les principales divisions d une architecture toute de fantaisie, et qui n'a rien de conslructif avec des éléments autres que ceux qui étaient à la disposition des orfèvres.
Plus tard , seulement, vers la fin du xin" -iècle, Timitalion des œuvres de pierre devient plus llagrante. Ce qu'a fait, vers 1265, Torfèvre de lâchasse de saint Taurin, d'Evreux (1], et à ])eu près à la même époque ceux auxquels on doit « la Fierté » de saint Romain, de Rouen (2), œuvres qui existent encore ; ce que firent les orfèvres auxquels la cathédrale de Paris dut, en 1262, la châsse de Saint-Marcel; ce que fit, en 1242, Bonnard, de Paris, auteur de celle où l'abbaye de Sainte-Geneviève conseryaitles reliques de la patronne de Paris ; en 1402, les trois orfèvres de Paris qui fabriquèrent celle où les moines de Saint-Germain-des-Prés avaient renfermé les reliques de l'ancien évéque de Paris (3] ; ce que firent enfin les orfèvres, élèves où laïques, de l'abbaye de Saint^Denis (4j, œuvres aujourd'hui perdues, mais dont la gravure nous' a conservé le souvenir, c'était
(1) A. Le Prbtost. Ifoêie0 sur la châsse de saint Thaurin d'Êtfreux^ avec fig. — Évrcux. — 3téfange$ d'archénlorjie et d*hiitoire^ U IL
Le R.P. MartIiN, û la tiiàssc de saint Thaurîn, » avec lig.
(2) E.-H. Langlois. Remarques sur la chdsse de sainl-Romain. — Deville. Notice sur la châsse de saint Romain, avec fig. — > Pages 573 & 505 de V Histoire du privilège de saint Romain, par Floqdet.
(3) D. BouiLLARD. Biiioire de l'abbaye de SaisU-GerwMù^ dtê Prée^
pl. VII!.
{U) irLUBiL.N. JJisioii e de l'abbaye de SaiiU-DeniSt pl. J à iv.
ORFÉYBBRIB.
des églises avec contreforts à pinacles, arcs-bnntants et clochers, colonnes et appareils de TnnroniKi ic II est vrai que tout rela est sinîTiilièrement interpi-iHi'. Les colonnes sont bien t^reles pour leurs bases aj)LMlies et leurs chapiteaux, évasés ilont les crossotfes fenillngées rapportées après coup se dégagent en longues volutes. On devine qu'elles n"ont rien à |)oi'1(m\ Oes bandes de feuilles estampées, d'émaux ou deliligranes remplar^ent les moulures des souhasscinents, des coi'nichcs ou des arcs, garnissent le rampant des pignons ou le faîte des toils. C'est un Imbile compromis entre deux arts, celui de la pierre et celui du métal qui, eu somme, ne peut tromper personne.
Plus tard encore Timitation des formes et des décorations architecturales devient plus servile, et il est telle œuvre d'orfèvrerie ou de bronze exécutée au xv« siècle, dont il n'y a qu'à changer les proportions pour en faire un édilicede pierre.
Bien peu de chose nous reste de cette orfèvrerie d'or ou d'argent. Quand nous aurons cité les quelques pièces conservées au trésor des cathédrales de Reims et de Sens, la croixdcClairmarais de la cathédrale deSaint- Omer (1) . la châsse de sainte Jule à Jouarre (2) (1202 à 1220), un reliquaire dans Tancienne abbaye de Charroux , nous aurons presque tout dit pour le xin^ siècle. Nous sommes plus heureux pour Torfévrerie de cuivre, que Ton fabriquait à Limoges, concurremment avec les émaux.
Le trésor de Tabbaye de Grandmont qui était célèbre jadis en Limousin ayant été plutôt dispersé qu'anéanti pendant la révolution, existe encore en partie disséminé dans un certain nombre d'églises. M. Fabbé Texier, qui en a publié les anciens inventaires [3); en a
(1) Annales archéologiques^ L XIY et XV.
(2) Idem, ibidem, t. VUI.
(5) Abbé Texier. Dicdov^yairc d'orfévrerte^ article « Grandinont, » — ÂnneUes arc/téoloyiqueSi t. Xlïi,