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ORFÉVBBniE

fait aussi connaître nn certain nombre de pièces remarquables par rexéCQtion, la variété des formes et Tabon* dance des motifs de décoration.

Presque toujours Témaillerie se môle à ces œuvres de la fonte, de la ciselure et du repoussé qui, bien qu exécutées sur un métal de peu de prix, doivent néanmoins être classées dans Torfévrerie. C'est en effet de rorfévrerie que le ciboire d'Alpais (n*» D. 125), rapôtre saint Mathieu [a*^ D. 120), la Vierge reliquaire (n" D. 121) et la crosse (n° D. 122) que nous avons dû classer parmi les émaux ; tandis que nous avons çu réserver pour la section de rorfévrerie le Christ bénissant(n*> D. 715).

L'activité qui régnait dans les ateliers de Limoges, activité dont tant de témoignapres nous sont restés, ne (levaient pas être moindre dans ceux des orfèvres de Paris. La réputation de ces derniers n avail fait que s'accroître, et ils s'étaient constitués en une communauté dont le prévôt de Paris, Estienne Boilieauc (1258 à 1269), enregistra les statuts.

Un certain libéralisme régnait dans ces coutumes. Chacun pouvait être orfèvre, pourvu qu'il n'employât que de l'or i\ la « touche de Paris, »la meilleure qu'il y eut, ou de l'argent égal à celui des esterlins [sterling anglais) ou meilleur.

Les étrangers eux-mêmes pouvaient s'établir pourvu qu'ils se conformassent aux statuts.

Le maître avait autant d'apprentis de sa famille qu'il le voulait, mais un seul apprenti étranger qu'il était obligé de garder dix ans.

Comme pour tous les métiers, le travail de nuit était prohibé, sauf les cas où Ton travaillait pour ta roi, la reine, leur famille ou l'évêque deParis.

Il y avait deux ou trois gardes de métier qui traduisaient les délinquants aux coutumes devant le prévôt de Paris, qui pouvait les bannir pendant un nombre d'années qui variait de quatre à six années.

Les dimanches et les jours de certaines fêtes, les boutiques étaient fermées, hormis une seule que chacun ouvrait à son tour« Mais les bénéfices de la vente étaient

OBFBVRBRIB.

Tersés dans un ironc avec les deniers à Dieu de chaque opération commerciale leialive au métier. Cet arcviu était réservé pour un dîner que l'on donnait chat^ue année aux pauvres de I HOtel-Dieu (1).

La corporation était placée sous l'invocation de saint Éloi.

Un document presque contemporain nous montre que les orfèvres qui étaient établis, sous Ghildcbert, au pai VIS de Notre-Dame n avaient guère abandonné le quartier. Dans la taille de Paris, en 1292, nous les voyons installés rue de la Barillerie,cn face du Palais, et sur le Grand-Pont, qui s'appela depuis le pont au Change. Dans ce document, qui nous donne les noms des artisans soumis k la taille, nous trouvons que Particle des statuts qui permettait aux étrangers de s'établir orfèvres à Paris n'était point lettre morte. Des orfèvres venus d'Angleterre, d'Allemagne, de Montpellier, d'Arras el de Tours, y sont en ellet mentionnés (2).

Par contre, les orfèvres parisiens allaient porter au loin l'art français, et l'on en cite un, du nom de Guillaume Boucher, qui était li\é du temps de saint Louis à la cour du kan de Tartarie, pour lequel il avait fait une fontaine d'argent qui pesait trois mille marcs. Elle figurait un arbre au sommet duquel un ange jouait de la trompette, et dont les pieds étaient gardés par quatre lions qui vomissaient des liqueurs.

Un second document j qui est antérieur à la « taille de Paris, 3» le Dktionrmre de Jehan de Garlande (1218 à 1229), nous montre que dès les commencements du xiii^ siècle les orfèvres étaient établis sur le Grand- Pont, fabriquant des hanaps d'or et d'argent, des fermaux, des colliers, des épingles et des nœuds, et montant en bagues des pierres précieuses (3).

(1) Deppto. Le lÂore des Mesiien^ p. SS, dans la Cottedion <fo« «low-

ments inéditt.

(2) H. Geraud. Paru tout Phiiippe le Ikl^ p. 135 et 130^ daus la Col-» lection des Documenti inéditt,

(S) /dem, ibidem, p. 5W.

Lorsque les changenrs Yinrent se fixer sur le même pont, qui pour cela finit par s'appeler le pont au Change, les orfèvres établis dans les maisons bâties sur le côté d'aval lutlèrent avec leurs voisins afin de pouvoir se livrer aux opérations du change, mais succombèrent, en 1303, dans leurs prétentions.

L'argent étant plus facile à altérer que For, Philippe le Hardi, par ^on ordonnance de décembre 1275, avait enjoint aux argentiers iargentarii) de marquer leurs ouvrages du « seing » de la ville où ils travaillaient, sous peine de confiscation des ouvrages non marqués. En 1313, Philippe le Bel soumit également Tor aux mêmes nécessités du poinçonnage. Les gardes du métier apposaient le poinçon qui leur était personnel à côté de relui de la ville (1). Le roi Jean confirma celle ordonnance en 1355, el Charles Y, en 1378, établit que le poinçon couiiuun serait fourni par les officiers de la couronne chargés de la direction de la monnaie.

A Rouen, le poinçon de cliaque maître était frappé à côté de son nom, gravé sur une plaque de cuivre qui était gardée dans la maison commune de la corporation, comme le montre une de ces plaques, daté de 1408, que possède aujourd'hui le Musée de l'Hôtel de Cluny.

L'orfèvrerie n'était point œuvre de vilain, et Raoul, qui fut TortVivre en titre de saint Louis, et qui avait peut-être exécuté les revélerrii Jils en argent du tonineau où était enfermé le corps du saint roi, reçut des lettres de noblesse, en 1270, de la part de Philippe le Hardi.

Les orfèvres de Paris jouissaient du privilège d'être gardes du buITel où les rois étalaient leur argenterie pendant les banquets donnés dans la grande salle du palais, lors de leur sacre ou de leur joyeuse entréedans la ville, ou de la visite de quelque prince étranger.

U était juste qu'ils eussent cet honneur car c'était eux

(1) PiBul LACaon. Hisêoir9 de Corfiw$HetJoailhri€f p. Kt et jNifttm.

orfAyrbiiib. lOi

qui avaiPTit fal^riqué les pièces merveilleuses dont les descriptions nous ont été conservt'es dans les inventaires des rois de France et des princes français du xiv siècle : inventaires dont plusieurs sont publiés, mais dont un plus grand nombre encore est resté inédit.

Le roi Charles V possédait quatre châteaux pourvus de meubles et d'argenterie, luxe inouï à cette époque où rois el princes transportaient avec eux leur mobilier, usage qui se perpétua jusque sous Louis XIV. La chambre aux joyaux du Louvre était environnée d'armoires, renfermant, à ce que dit Christine de Pisan^ des pièces d'orfèvrerie que malheureusement nous n'avons point à décrire. Les inventaires du roi Charles Vel celui que son frère, le duc d'Anjou, rédigea lui-môme de ses joyaux (1), nous donnent le détail des neCs, des fontaines, des hanaps, des bassins, des pièces de surtout qui constituaient la vaisselle d'un prince, à côté des images, des calices et des encensoires , qui constituaient l'argenterie de sa chapelle*

Trois monuments authentiques de l'orfèvrerie de cette époque nous sont parvenus. C'est la statuette de la Vierge en argent doré, donnée en 1334 à l'abbaye de Saint-Denis, par la reine Jehanne d'Êvreux, et conservée au musée du Louvre (2] . Puis une reliure en orfévrèrie, exécutée pour la sainte Chapelle par ordre de Charles Y et conservée à la Bibliothèque, dans le département des manuscrits (3], et le joyau, formé d un camée antique, représentant Jupiter, monté en or niellé, exécuté par Tordre du même roi, en 1367, el conservé au Cabinet des Antiques.

La reliure nous semble de deux époques : la Cruci-

(1) Comte L. DF, T.ABoriDE. « ïiiYcntairc des Joyaux de Louis, duc d'AnJoQ (1360 à 1368), n dans la Notice des émaux. (Documents cl Glossaire.)

DOUBT i>*Abcq. • Inventaire du garde-meubie de l'aigenierie en 1353, » dain le» ComfU$ ée VargmUrie dei roit de France,

(3) S8 de la iVbliM du Mutée dei Sowferaint^ par M. H^Baitet de Jony.

&) Fonds latiD, n* 8851.

/îa?tonqui est sur la couverture étant un peu antérieure ^

au nielle du revers, et d'une autre fabrication. Ce nielle offre celte pariiculai ité singulière d'être une copie, aussi exacte qu'il était possible de le faire alors, de l une des miniatures du manuscrit qui est des environs de Tannée 1010. C'est le frontispice de l'évangile de saint Mathieu ; seulement on y a ajouté les quatre symboles évangéliques et un fond (leurdelisé; puis le nom de saint Jean a été substitué à celui de saint Mathieu. Enfin, au-dessus de i arc qui abrite le saint, et renferme une figure d'ange dans son tympan, il existe ua cartel dans lequel on a substitué, aux vers qui accompagnent d'ordinaire chaque évangéliste, l'incription suivante : ce liure bailla a sa sainte chapelle du

PALAIS CHARLES , LE V" DE CE ISOM, ROI DE FRANCE, QUI FU FILZ DU ROI JEHA>J, LAN MIL TROIS CENS LXXIX.

Trois autres reliures, à peu près de la même époque, existent à la bibliothèque et y sont exposées dans les vitrines.

Noiis y ajouterons le sceptre dit de Charlemagne, qui appartient évidemment au temps de Charles V (1). *

Dans ces pièces, ainsi que dans c(^lles dont nous ne possédons que la desrri|)tion, les orfèvres sont de vrais artistes. En ces époques, il n'existait point d'art qui n'eût son application utile, et d œuvre qui n'eût sa destination. La statuaire y acquiert de plus en plus d'impoi tance et les émaux et le nielle s'y substituent aux pierreries; la tristesse de ces temps troublés ayantétendu une teinte mélancolique sur l'art de cette époque.

Un nouvel élément nous semble intervenir, au XIV* siècle, dans la décoration de l'orfèvrerie. C'est la ciselure en bas-relief, qni , ainsi que nous l'avons montré plus haut (page 67), a dû conduire à la fabrication des émaux translucides sur relief.

Les orfèvres qui étaient en môme temps fabricants de sceaux, habitués à entailler le métal, trouvaient fa*

(t) N« U de la Notice du Mu9ée du Stmoeraim^ par M. H. Barbet de Jour.

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file de creuser sur les surfaces [ildiies de leurs œuvres des figures et des sujets dont le relief, à peine sensible, n en dépassair point le niveau. Ce genre de décor, «lui ost plus que la gravure, laquelle fut usitée de (ont temps ; dont nous trouvons les prémisses dans la plaque cmaillée (n"^ D. 85) ; que nous avons rencontré sur quelques pièces d'orfèvrerie de cuivre de la fin du xiir siècle, se trouve notamment sur le pied d'un ostensoir du \iv% qui est conservé dans le trésor de l'église de Conques [1).

Mais le plus magnifique exemple de ce genre de travail, d'autant plus intéressant qu'il est daté, est la garniture de Tautel portatif du monastère d'Admont, en Autriche.

Douze rosaces qvadrilobées forment la bordure de la pierre qui est en améthyste quartzeux. Le Christ bénissant, entre saint Pierre et saint Paul occupe les trois rosaces du sommet. L'adoration des rois, les trois rosaces de la bases : deux apôtres acccompagnés des quatre symboles évangéliques lessixrosaces des cotés. Des feuilles d'érable et de petites ligures à longues draperies flottantes, portant des banderoles, occupent le champ de rintenralle des rosaces. Le tout, intaillé dans l'argent et très-légèrement mondelé , se détache sur un fond niellé. Une inscription en lettres aiguës, gravées sur la tranche, nous fait connaître la date de cette belle œuvre qui est de Tannée 1375 (2).

A ces époques ou le crédit n'existait point, où la fortune mobilière se réduisait à des matières précieuses, les princes fastueux qui se disputèrent le pouvoir pendant le long règne de Charles VI afin de s'approprier les dépouilles de la France, le duc d'Orléans, comme les ducs de Bourgogne, comme le roi lui-même, avant sa folle, étalaient leurs richesses sous forme de vaisselles et de joyaux de toute espèce. C'était une réserve pour les temps dilliciles. Ce fait, qui résulte implicite-

(1) Alfrctl DABnEL. f^e Trésor de l'>''j!ise de Conques^ pl. x.

(2) Idem Les Àrls indiulrieU eti ÀiUmagne, p. 20.

ment de l'élude de celle époque, nous est conlu mé par par Jean Juvenel, dans sa chronique de Charles VI.

« ... Et fut alors avisé que le seigneur de Noujant, qui avait la charge principale des finances et autres, du conseil du roi, qu'on ne garda pas d'or monnayé et que tout tantôt fut amassé en gros lingots d'or, comme le faisait Charles cinquièuic , et avisa le dit Nojanl ferait un cerf d'or pareil à la grandeur et corpulence de celui qui est au palais en ire 2 piliers. Et fut conimencé et en fut fait la tête el tout le col et non plus (1). »

Dès la fin du xiv® siècle et au xv% en France, comme

en Allenuigiie, l'architecture se substitue à la statuaire dans les ceuvres d'orfèvrerie. Les lormes que l'on avait corumoncé à imiter timidement dès le xir- siècle, d'un peu plus près à la fin du xni*, dans la châsse de saint Thaurin, et au milieu du xiv'' dans le socle de la statuette donnée par la reine Jehan ne d'Évreux, de plus près encore au commencement du xV dans la châsse de Saint-Germain des Prés, où l'on a imité jusqu'auiL fenestrages de la nef, viennent dominer pendant ce siècle, de telle sorte qu'en changeant les proportions, l'ccuvie de métal pourrait presque se construire en pierre.

Les pièces de cette époque ahondent, et cependant nous n'en avons point en France auxquelles nous puissions donner une date certaine. Ce ne sont que clochers, qu'arcs-boutants et contre-lui1s, surmonlés d'aiguilles à crochets feuillagés, que frontons donl le tympan est ajouré comme une rosace d'église, dont les rampants portent des crochets que domine un fleuron terminal, le tout ciselé comme dans la pierre; ce sont enfin des fenestrages dont les meneaux, assouplis suivant les caprices du style flamboyant, sont parfois garnis d'émaux translucides aûn d'augmenter l'illu-

(1) J. JQTBiUL DBfl D1I8IR8. BUioire de ChaHei VL Êdltioii Goctetor*

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sion. Quelques petites statues, en argent fondu, se mêlent fi rptte architecture qui les domine par son importance et par ses proportions. Œuvres gcomélriques parfois d'une crrande élégance, et exécutées d'ailleurs avec une habileté merveilleuse.

C'est en Allema<ine surtout que nous avons pu trouver quelques dates parmi le grand nombre de pièces d'orfèvrerie exécutées dans le style architectural qui a dominé pendant lexv® siècle, pièces que possèdent les trésors des églises de Cologne, celui d'Aix-la-Chapelle et celui d'Essen, ainsi que les églises de l'Autriche. La date la plus ancienne, puisqu'elle est de 1375, se trouve sur une mitre reliquaire exécutée par la confrérie des orfèvres de Prague , auxquels elle appartient encore. Cette mitre, en vermeil, était destinée à renfermer une mitre de saint Éloi, qui, donnée par Charles V à son beau-père l'empereur Charles IV, roi de Bohème, avait été concédée par celui-ci à la confrérie des orfèvres de Prague, placée, sans doute, sous le patronage de saint Ëloi.

Cette mitre, snr laquelle une longue inscription constate toutes ces transmissions, est percée de nombreux fenestrages à réseau flamboyant, et ornée, sur les rampants de ses cornes, comme le seraiént ceux d'un fronton, de crochets de feuilles de vigne déchiquetées et d'une forme très-accentuée, fondus dans la masse.

Plus d'un siècle après, en 1487, fut fabriquée une crosse qui appartient à Tabbaye de Saint-Pierre de Saltzbourg. Sainte Catherine se tient debout sous un dais admirablement ouvragé, au milieu de la Volute dont Taréte extérieure est ornée de crochets de feuillages profondément déchiquetés. Le nœud est une architecture entière en métal, maigre, aiguë, menulsée et contournée. L'ouvrier chargé d'exécuter cette crosse, forcé par la destination même de Tobjet à le faire le plus léger possible, a repoussé et modelé dans une feuille mince de métal les crochets' feuillagés de la volute, cl a amenuisé le plus possible les détails de Tarchitecture , qui est loule a jour et réduite à de simples arêtes.

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Nous citerons encore le n^ 3125 du Musée de rHdtel

de Cluny, composé d'une statuette de sainte Anne assise sur un fauteuil à dais, tenant sur ses genoux deux

enfants qui supportent un reliquaire. Cette pièce, d'une exécution très-soignée, dont les carnations sont peinlcs, porte la signature de l'orfèvre Hanns Greiffet la date mcccclxxii. Il faut donc faire osciller pendant la durée de plus d'un siècle le règne de ce style dont les deux monstrances [n°' 1). 733 et D. 734) sont des spécimens. Selon le plus ou moins de sobriété du dessin, le plus ou moins d'ampleur et de fermeté de l'ensemble et des détails, on les classera tantôt au conimencement, tantôt à la fm de celle période. Aussi, c est à la tin du XV® siècle que nous avons rejeté les monstrances en cuivre doré que nous venons de mentionner. (Test aussi à la même époque que Ton a dû fabriquer les deux reliquaires provenant du trésor de Bâle, en forme de longues boîtes percées de fenestrages, dont le toit est surmonté de clochers très-amenuisés, qui, de la collection Soltikoff, sont passés au Musée de rHôtel de Cluny.

La salière de jaspe monté en or (n^ D. 735] est un des rares spécimens de l'orfèvrerie en métaux précieux que le Musée ait hérités de Tancicn trésor des rois de France. L'èlé^rante délicatesse de cette pièce nous estun précieux lèiiioignage de ce que pouvaient être tous ces joyaux dont il ne nous reste plus que les descriptions.

Enfin, le Musée des Souverains possède un magnifique reliquaire en vermeil, formé d'une terrasse qui porte un èlagement de niches abi'ilant sous leur dais à pinacles et à frontons des slaluettes émaillées de rose sur les carnations, de rouge et de blanc sur les vêtements, qui se détachent sur un fond émaiUé de bleu (1).

Dans cette pièce, où les pierres ûnes ajoutent leur

(1) îi" 79 de la Notice du Mutée det Souveraintt par M. II. Barbet âe

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éclat à celui du métal doré, nous voyons, ainsi que sur la salière n° D. 735, les émaux intervenir pour donner aux personnages les colorations de la nature. Là ou les émailleurs n'exislaicnl poini pour donner aux orfèvres le secours de leur industrie, une pratique singulière s'était introduite : on peignait Torfévrerie. Nous en avons un exemple, qui date du xiv^ siècle, dans deux anges en vermeil qu une dame de Jaucourt fît ajuster, en 1330 environ, à un reliquaire byzantin que possède encore aujourd'hui Tèglise de Jaucourt (Ij. Un autre est fourni par les anges de la lin du xv« siècle, puisqu'ils portent les armes de France et de Bretagne, qui ont dù passer du trésor de Charles Mil ou de Louis XII dans celui de la chapelle du Sainl-Esprit [T;. Dans ces œuvres, les carnations sont peintes de couleur rosée, afin de mieux imiter la chair.

L'Angleterre ne possède guère d'œnvres du moyen âge. La suppression du culte catholique au xvi^ siècle ayant dû motiver la destruction de ce que possédaient les églises et les abbayes. Ni le Brilish-Museum, ni le musée de Soulh-Kensington. ni les expositions temporaires de Manchester et de Londres, ne nous ont rien montré, au delà des orfèvreries si caractéristiques de riilaiide, que rAii^IeLerrc revendiquât d'une façon bien certaine.

Cependant, lord liaslings avait exposé à Manchester un reliquaire en forme de rosace, orné au centre d un cristal de roche cabochon d'où parlent les quatre bras d'une croix en argent niellé. Entre les bras de la croix sont inscrits, en lettres repoussées, les noms des saints dont ce phylactère renferme les reliques. Cette pièce d orfèvrerie, qui présente tous les caractères du xiu* siè-

(1) A. GAUSSEif. PortefeuUte arehiologique. Orfèvrerie, p. 9, pUiil. — Gazette âcn Tieniix-ArU, t. XTII,p. SS». Alfted Dabcel. «Troyeset ses

expositions d'nrt. n

(2) N"* 76 el 77 Uc la Hotiee du Musée des êouveraiWt par M. U. Barbet deJouy.

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cle^ a été trouvée à Londres sur remplacement de Tancienne église Saint-Paul.

H» W. Wells avait aussi exposé une navette en argent* trouvée en Angleterre, garnie à son pourtour de ces créneaux, si chers au xiv* siècle el à FAngleterre, où ils étaient une marque de noblesse que concédait la couronne.

D'autres pièces que nous ignorons existent certainement, mais c'est dans les anciens inventaires qu'il faut aller chercher les documents qui peuvent donner une idée de ce que pouvait être l'orfèvrerie anglaise au moyen âge.

Ainsi» dans Tinventaire de Téglise de Salisbury, fait en 1214, nous trouvons des évangéliaires et des croix recouverts en or décoré de pierreries ; des mors de chape donnés par les archevêques, remarquables également par le nombre des pierres. Quant aux châsses, elles sont en ivoire; une seule est mentionnée comme étant en émail (1).

Faut-il conclure de là qu'au commencement du xiir siècle les oifcvres anglais éUueiit encore incapables d'exécuter ces belles cliàsses ornées de statuettes en métal repoussé qu'on idbriijuail eu AUemagae et en Fiance?

Toujours est-il que moins d'un siècle après, Tin veataire de l'église Sainl-Paul, de Londres, nous révèle des œuvres que la statuaire surtout rend importantes. Ainsi, l'évêque Ricbard de Gravesende avait fait exécuter un vrai rétable en orfèvrerie imagée pour accompagner une croix, et sa crosse était ornée de statues. La châsse de saint Laurent était décorée des figures des apôtres en vermeil (2).

Enfin, le monastère de Saint-Alban était une école d'orfèvrerie d'où étaient sortis des moines, peintres et

(t) Daniel Rocii. The chnrch of our fatheri, Ulll,p, 11. iMenlarium omemeniorum in ecdetia Sarum,

(2) J. LABAITB. Biitotfê dêi arit indmirielt*,,, t. U, p. 312 et pasêim,^

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ciseleurs, dont Matthieu Paris a signalé des œayres qui datent des commencements du xiii* siècle.

Tandis que TAngleterrcf rlTalisait avec la France par les orfèvres de ses abbayes, voyons ce que faisait ritalie.

Si rhîstoire de la renaissance des arts en Italie doit remonter pl us haut que Tépoque où on a pris Thabitude de la faire commencer, il est incontestable, cependant, que les plus éclatantes manifestations du réveil de ceux-ci , après leur assoupissement dans Fimitation byzantine, datent de Textréme fin du xiii'' siècle. Déjà, à cette époaue, rAliemagne avait construit et décoré ses belles églises romanes ; la France, toujours inquiète du mieux, était partie de cette forme romane pour arriver, par des transitions insensibles, à Tépanouissemant du style qu'on appelle ogival ou bien gothique, et qu'il serait plus juste d'appeler le style français. Toutes nos grandes cathédrales étaient bâties, sculptées et décorées.

L'Angleterre n'avait pas tardé à nous suivre dans cette voie, où rAllemapfne finit par entrer aussi ; c'est alors que le génie laîiii, rebelle jusque là à ces influences venues du ]) iv> des l)arl)ares, se prit à imiter noire architecture, niais avec réserve, et en la niodiliant suivant les habitudes de son éducation et les incitations de son tempérament.

Lorsqu'il fallut décorer ces édifices, où l'on reconnaîl limiicdiun des formes françaises, deux hommes se trouvèrent. L'un qui retourna tout d'abord à l auiique, . de façon à renouer la chaîne des temps et à faire croire •qae plusieurs siècles n'avaient point existé : ce fut Nicolas de Pise. L'autre qui sutallier du prcuuer coupla forme et le sentiment : cefutGiotto. Sur lespasde tels guides, Tart italien parcourut pendant deu\ siècles, et sans défaillances, une carrière que nous n'avons pas à examiner ici. Mais ce qu'il y eut de plus singulier dans l'histoire de la plupart des artistes qui en marquèrent les étapes, c'est qu'avant d'être architectes, peintres ou scuipieuiâ, ils passèrent par la boutique

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des orfèvres. De là rintime alliance de rorféyrerie avec la sculpture ei, à certains ^ards, avec la peinture.

Les émaux translucides sur relief furent, ainsi que nous rayons montré plus haut [page 67J, le résultat de cette triple alliance.

Pour ce qui est spécial à Torfévrerie, il nous semble constant que les artistes y semblent combattus par deux influences contraires : la tradition antique et rart du Nord.

Le paliotto de Pistoja, et l'autel de Saint-Jean, à Florence, nous semblent en fournir les preuves.

Les artistes llorentins et siennois, qui pendant plus de deux siècles s'obstinèrent à rachèvement du paliotto de Pistoja, réaLi ii ont dun^ une cei laine mesure contre les exemples du l'antiquité et des Pisans, et se laissèi enl influencer par cet art gotlu(j[ue auquel GioUo lui-uièiiie s'était montré soumis.

Ce paliotto de Pistoja se compose d'un rétabie et d'un antepeiidium , accompagné de deux ailes en retraite. Le rétable est foimé d'un ancien antependium, représentant la Vierge et les douze apôtres, exécuté en 1287, que l'on a encadré dans des uioiUs d'archUcclure en orfèvrerie combinés avec d'autres figures.

Les archives de Pisloja nous out heureusement conservé le nom des auteurs et la date d'exécution de toutes les parties de celte œuvre complexe, pour lauelle Giglio de Pise fit, en 1347, la statue de saint acques, qui en occupe le centre, et n laquelle une foule d artistes, parmi lesquels il faut compter Bruneileschi, ont travaillé jusqu'en 1456.

En 1316, Andréa d Ognabene refit un nouvel antependium, auquel Pietro de Florence, en 1357, et Léonard i di Giovanni, en 1371, ajoutèrent les bas-reliefs laléraux.

Le style des bas-reliefs et des figures de ce monument est celui que Ton peut appeler giottesque, modifié suivant le tempérament et suivant l'époque où vivaient les artistes qui les ont exénités.

C'est, au contraire, l'intliK nce des Pisans qui semble dominer dans Tautel d'argent du baptistère de Flo*

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ronce, où quelques parties du xiir et du xiy° siècle sont combinées avec d'aulres beaucoup plus importâmes et qui datent du xv^ siècle.

Une foule d'attributions erronces uni tMé données aux éléments divers de cette œuvre magnifique ; mais les archives de Florence ont permis de rétablir la vérité des faits et de restituer à chacun la part de gloire qui lui revient (1).

Le parement de railtel du Baptistère de Saint- Jean de Florence se compose de douze bas-ieliets distribués sur deux lignes, encadrés dans de magniliqncs motifs d'architecture gothique, percés de lenest rages et de niches à pinacles qui encadrent des statues, bas-reliefs qui accompagnent ia statue centrale de saint Jean-Baptiste, dont ils flgurent la légende.

Un dé ces bas-reliefs passe pour être le fragment d'un ancien antependium de la fin du xiii* siècle, fabriqué par Cione, qui, si cette attribution est exacte, fut un élève de Jean de Pise, dont il adopta le style tout anli(iue. En 1366, le parement fut refait par Berto di Geii et par Leonardo di Giovanni, le même qui travailla, quelques années plus tard, au paliotto de Pistoja. L'architecture du parement date de cette époque, ainsi que six de ses bas-reliefs. Quelques années après, de 1334 à 1402, Cristofano di Paolo refit le huitième de ceux qui sont placés sur le devant de l'autel. Ce ne fut guère qu'après un intervalle d'une cinquantaine d'années, en 1452, que Michelozzo Michelozzi modela la belle statue de saint Jean qui occupe le centre de l'œuvre, et que l'on attribue faussement à Donatello.

Enfin, de 1477 à 1480, la confrérie des marchands de Florence fit exécuter quatre bas-reliefs placés en retraite, deux de chaque côté de l'autel. L'architecture qui les encadre est différente en ses détails que celle de 1 autel, mais elle en suit les lignes et en rappelle les masses. L'exécution de chacun des bas-reliefs fut

(1) s. i.ADARTE. UUtoire deioriê indmtri^»,^ U H, p. 461 et pastim AlbQm, pULXi àLXlV.

ORF&VaiCftU.

confiée à l'un des artistes suivants : Bernardino di Cenni, Antonio del PoUaiuolo, Antonio de balvi et Andréa del Verrochio.

Tonl Tart de la sculpture italienne est donc résumé ])our aiusi dire dans celte œuvre adnVn able où lïnlluence du vieux Cione soniblo avoir dunuuù tons ses successeurs. Les lias-ieliois de Leonardo lui-mêiue paraissent d'un sentiment plus antique sur le parement (le Florence que sur le pnliotlo'de Pisloja.

Que pourrions-nous ajouter pour faire comprendre la splendeur de roi lévrerie italienne, lorsque nous voyons de tels hommes la pratiquer, non! pas seulement pour renriciiir de bas-reliefs, mais pour fabriquer des bijoux, des calices, des chandeliers, des rroix,des reliquaires. Ainsi, c'est Lorenzo Ghiberti qui, en 1439, exécute la châsse où est renfermé le chef de saint Zanobi, fabiiqué cent ans auparavant par Arditi, et celle de saint Prêtais, qui est conservée au musée des offices. Ea 1446, Thommaso Ghiberti, son fils, fabrique les chandeliers de bronze du baptistère de Saint-Jean, à Florence, pour accompagner la croix dont PoUainolo avait fait le pied en 1459 et Betto la partie supérieure.

Une œuvre d'Arditi , que nous venons de citer et que nous avons^ pu étudier en France, montre cette lutte entre les deux arts. C'est un calice (1).

Bien que la forme en cône évasé, bien que les émaux translucides qui décorent la fausse coupe et le pied, bien que le ruban dont les enlacements encadrent tous les médaillons, appartiennent à Tart italien, la composition des chimères de la fausse coupe, chimères réservées en métal sur fond d'émail opaque, à la façon allemande ou française, le dessin des feuilles d'érable» ciselées en demi-relief, dans Tintervalle des médaillons, nous les retrouvons à une épo(|ue antérieure dans toutes les manifestations de Fart en notre pays.

Si nous voulions revenir sur nos pas, nous aurions encore à citer les travaux que Ghoro et Giovanni

(1) J. Labarte. Biêioirê âu wriê tmàmMOi...^ t. ip. 4M Album, pu L.V*

Tarini exécaièrent à Sienne an commeneement du XV* siècle ; il nous fraadrait rappeler que le Francia était orfèvre et s*en faisait gloire ; puis relater les tra> ranx exécutés à Rome, ainsi qu'à Milan, et encore conservés de nos jours. Nous arriverions enfin à l'artiste en qui se résume, aux yeux du pliis grand nombre, la suprême perfection de Torfévrerie.

Benvenulo Gellini a beaucoup travaillé, mais surtout s'est beaucoup vanté. Gcpendaal, ( omuie il ne reste de lui que fort peu d'œuvres authentiques, nous ne saurions dire si sa gloire n'a point été un peu surfaite.

La salière, qui est la seule œuvre de nous connue, qui puisse lui être attribuée d'une façon certaine, et que nous avons pu étudier au Cabinet des Antiques de Vienne, est d'une composition fort maladroite, mais d'une exéciiiiûii d'autant plus merveilleuse que les figures y soiit plus petites.

Si les arlisies italiens adoptèrent les formes antiques dès le milieu du xv^ siècle, Benvenulo Gellini, qui appartient surtout au xvr^ siècle, subit la domination de Micbel-Ange, à tel point que les figures couchées dans la gorge du soubassement en ébène de sa salière ne sont que des imitations libres des magnifiques statues allégoriques du tombeau des Médicis. (1]

Les orfèvres français attendirent*ils Tarrivée de Benvenuto Gellini â Paris (1537 et 1540 à 1545) pour transformer leur style et se livrer à l'influence italienne qui avait déjà fait une révolution dans l'architecture? — Nous ne le pensons pas. Le cardinal d'Amboise, qui fut riui des |)lus aiUls proiuoleurs de la renaissance ilalieiine en Fi ance, avait réuni au château de Gaillon un grand nombre de pièces d'orfèvrerie italienne, que se partagèrent ses neveux à sa mort, en 1510.

Michel Coulomb, qui avait fait, en 1500, le modèle de la médaille de Louis XII, qu'exécuta l'orfèvre Papillon, appartient à la renaissance par ses œuvres.

(1) Joac|ili ABiiiTB, Stndlen uber BenTenmo Qellfiii» 9jm fis» *-'liVleii tIMi

D'ailleurs, la manie de TorféTrerie, qui avait toujours régné en France, semble s'ôlre de nouveau emparée de la noblesse française en ces heures d'expansion et de renouvellement. Aussi, en 1506, Louis XII publiat-il un édit afin de restreindre le poids des métaux que les orfèvres pouvaient mettre en œuvre dans une seule pièce, édit qu'il rapporta en 1510, en astreignant toujours les pièces au poinçonnage des gardes du métier.

D'autres dispositions de la même ordouiianic réglaient les rapports entre les orfèvres et les « jouailliers M non fabricants, qui étaient confondus avec les tabletiers, merciers, etc. Ceux-ci ne devaient vendre ni acheter aucune vaisselle ni chose d'argent, sinon a les menus ouvrages d'or et d'argent, comme ceintures, demi-ceinis, hochets, bagues, chaînettes d'or. »

Les changeurs ne pouvaient vendre qu'aux hôtels des monnaies, et non anx orfèvres, les matières d'or et d'argent qu'ils avaieiiL seuls le droit d'acheter (l).

Les gemmes que I on rapporta d'Italie ; celles que Matteo del Nassaro, venu à Paris en 1526, y taillait ou décorait de légères fantaisies, se servant avec habileté des veines du cristal de roche ou des taches sanglantes du jaspe, et qu'il montait lui-même, car il était orfèvre en même temps que lapidaire; puis le mariage de Henri II avec la florentine Catherine de Médicis introduisirent et propagèrent en France le goût de ces œuvres précieuses.

Un moulin avait été établi sur la Seine par les soins du lapidaire italien « pour serryr à poUir diamans, aymerauldes, agatbes et autres espèces de pierres, » d où sortaient sans doute des gemmes et les pierreries nécessaires aux orfèvres parisiens (2). Un de ceux-ci, PyramusTriboullet, se montra surtout babile dans l'art de monter les premières, et les comptes de 1 529 à 1530 mentionnent la monture de treize vases d'albâtre qu'il exécuta en or pour le roi. li n'est pas jusqu'aux tra*

(1) Paul LACROIX, Histoire de Vorfévrerie^ hîjovierh.

(2) Gazette de^ BemiT-Arii. L IX. Paul MiKXZ. Rêchcrchet iur l'his* tùirê d9 l'orfévrtru française.

ORFftVRBRIS

vaux de damasquine à la façon des Azziministef; dn nord de l'Italie ainquel"^ on ne se soit livnVn France ; el Ton cite, en 1530, un ijassin ouvré d or et d'argent à la moresque sur laiton, par Jehan Davet, de Dijon (1).

Nous ne possédons guère d'orfèvrerie autlienlique du temps de François P'. Les pièces magnifiques, où la statuaire jouait iin grand rôle, qu'il avait reçues, ou fait exécuter ou données, furent fondues pour paver sa rançon. Par une singulière dérision du sort, Vépée de Pavie qui, malgré Torgueilleuse inscription émailiée sur sa garde : m brachio suo fegiî potfntiam, ne put sauver le roi, nous a été conservée par TEspagne victorieuse, qui nous Ta rendue lorsqu'elle fut vaincue à ^on tour (2).

^ Une paire de flambeaux d'argent, du même modèle que ceux de la collection Sauvageot, qui sont en cuivre à tige droite cannelée, posée sur un pied quadrangulaire orné d'une ample doucine sur laquelle des dau* phins ont été repoussés au milieu de feuillages, semble à son propriétaire, M. le baron J. Pichon, avoir été fabriquée à Paris en 1526. Elle porte, en effet, le poinçon de Paris et celui de Pierre, Mangot, orfèvre de François P' (3). ^

L'église de Saint-Jean*du-Doigt, dans le Finistère, conserve précieusement un grand calice qui passe pour lui avoir été donné par Anne de Bretagne, et que nous croyons quelque peu postérieur, du temps de François probablement. En tous cas, il est français ou breton d'origine et dessiné d'après les données de la renaissance (4). Enfin Bochelel, dans sa description de « l'entrée de la royiie en sa ville et cité de Paris » donne U gravure de deux cliaudeliers dargenl <^ à

(1) J. Labartè. Utsloire ./ ? luis industriels..,, t. Il, p. 535.

(2) 52 de la I^iolice du Musée des SouveraitM, par M. H. Barbet <te J0U7.

^ Ci) tSOft da Catalogue de l*Bipoflitioii rétrospective de 1805.

{U) Annales archéologiques, i. XIX. Alfred DABCBI.9 « £e Caliez âê SaàU^9anHki'ihig$f • avecfig. — Tirage k part»

rantique » que la ville de Parisoffrit à la reine Eléonqre: cbanoeliers de la fome de ces candélabres si fréquents dans rornementation de Tépoque.

LWéyrerie et la bijoulerie émaillées étaient en grand honneur en ce temps, comme on peut s'en convaincre en visitant la collection des gemmes et des bijoux du Musée. Ce sont des émaux translucides qui rev(Ment l'or et lui donnent un nouvel éclat, el qm se marient parfois à des émaux opaques lorsque la couleur ne peut être obtenue transparente. 11 paraît (}iie quelques orfèvres aljusaient de ropacilé de ces cmaux j our les déposer en couches plus épaisses que de raison ; aussi une ordonnance de 1540, rappoitée du reste en 1543, défendit l'emploi de ces derniers.

Des pièces d'orfèvrerie et de bijouterie authentiques du temps de Henri II sont aussi rares que celles du règne de son père.

Comme exemple des secondes, nous citerons, à défaut de pièces, une suite de gravures éditées par Paul^* de fa lluuuc, et que l'on croit exécutées par RenéBoivln, si ce n'est d'après le Rosso. du moins dans sa manière. O sont il( s iiendeloques, d un contour très-simple, rondes, can res ou en poire, formées de cartouches très-gras combinés avec des figures qui ont tout à fait la physionomie de celles du Rosso, et avec des pierres ou cabochons ou en table, et avec des perles. Ce sont encore des étuis décorés de cariatide? et des colliers. Ces liijoux appartiennent à un art plus simple que ceux imaginés par Androuet du Cerceau vers le môme temps : pendeloques, bracelets, colliers et pendants d'oreilles, formés de cartouches ronds, ovales ou carrés, découpés sur leurs bords, accompagnés parfois de ligures , animés de mascarons , et égayés de quelques pierres ou de quelques perles. L'ensemble ne manque pas d'amplenr, et les contours en sont largement dessinés, sans posséder cependant la simplicité de ceux du Rosso.

* Quant à la vaisselle plate usuelle, elle était presque encore inconnue au commencement du xvp siècle. C'est à peine si des disques plats, ou même des carrés de

ORFfiVRERIK.

métal s'y substituent dans les repas aux pains-tranchoirs, faits exprès pour servir d'assiettes. Quant aux fourchettes, elles étaient inconnues, excepté pour manger les conOdii'Cs.

Ce n'étaient donc que des pièces d'apparat que Ton fabriquait. Parmi ces dernières, le trésor de la cathédrale de Reims possède un groupe en or et en argent émaillés, reposant sur un rocher de même, qui représente la Résurrection; le Christ sortant d'un lomheau d'agate. Cette pièce a été donnée à Féglise par Henri II lors de son sacre, comme le constatent une inscription, ainsi que les lettres H et C et le croissant émaillés, qui se voient sur le socle qui la snppoi le (1). Cette pièce, qui coûta 1,500 écus au roi, présente cette particularité d'appartenir encore eX exclusivement au style gothique du siècle dans les détails de son architecture. Elle donne une idée des présents d'orfèvrerie que les bonnes villes offraient aux souverains lors de leur entrée, et que les descriptions nous montrent comme composés de terrasses sur lesquelles posaient des personnages allégoriques en or.

Ce même système prévalut pour le don que Henri III fit en la même église lors de son sacre, en 1575. C'est une nef d'agate qui porte sainte Ursule et ses compagnes debout sur le pont, et exprimées par des figures d'or émaillé (2).

Mais, ayant que d'arriver au dernier des Valois, nous avons à signaler les pièces splendides que Charles IX fit exécuter pour son armure. Son casque et son bouclier, conservés au Musée des Souverains (3j, en or repoussé, ciselé et émaillé, orné d'émaux cloisonnés, appartiennent plutôt à l'orfèvre qu'à Tarmurier et donnent une haute idée de F habileté des ouvriers français. Rien, en effet, ne nous annonce que ce soient d'autres mains que les leurs qui les aient exécutés.

(1) Cabinet des estampes. — Recueil, côté Le ftS.

(2) P. Tarde. Tréforg des égliêe» de HHfM^ In-ft* avec figarea.— Notre» Dame de ReimSy in-8» avec figures.

(3) N«> 60 cl 70 de la Kotic$ du Mutiê 4$$ SouuraifM, par M. U. Barbet de Jouy.-

418 ORFiYREftlB.

Remarquons qu'il e^t heureux que les monumeuls de pierre qui subsistent encon», dont parfois ou counail les auteurs, soient là pour atlesler qu'il existait au XVi« siècle un art national, liien qu*impn\£rné d'itnlinnisme, car il ne manque pas de gens pour croire que toutes les belles choses mobilières que nous posséa dons viennent d'au delà des monts.

D'ailleurs, les émaux peints limousins seraient certes réputés italiens par beaucoup sMls n'étaient signés. Leur stjfle est celui de Técole de Fontainebleau, et c'est ce même style que Ton retrouve dans Tœavre gravé de rOrlèanais Étienne de Laulne, qui renferme tant de motifs d'orfèvrerie. Bien que la plus ancienne date que Ton puisse relever sur ses estampes soit celle de 1561, Manette possédait un dessin de lui daté de 1553. Aussi Ton peut supposer qu'Étienne De Lanine a dû fournir beaucoup de modèles aux orfèvres du milieu du siècle, s'il n*était orfèvre lui-même. Quant aux modèles d'orfèvrerie gravés, voici les dates que nous avons relevées sur son œuvre :

15G1. ce Les miroirs » dans rornenieiitation desquels les pierres se mêlent aux figures, et probablement « les

siOlels. »

1568. « Les mois, » en ovale, si souvent copiés par les émaillcurs qui en changent la forme au fond de leurs assiettes.

1573. « Les travaux (niercule, » en ovale, et quatre suites d'ornements en l'orme de violon, d'après son fils.

1575. « La paix, la guerre..., »en ovale : * les quatre parties du monde.

1576. a L'atelier d'orfèvrerie » fait à Strasbourg?, 1578.« Lespetilsdieux, » d'après son fils, ainsi signés:

lOBANNI nL(lO) INVEINTORI) 8TKPHANVS PAT(BR) ANO D(0MW1) BT BT|AT1S) SVJS. 60. SCVLPSIT. 1578

1580. Un petit carlouclie circulaire, d'après une composiliou de son fils Jean.

Il n'y a point de <lale sur la suite des « dieux » placés au milieu de j^rolesques, réservés sur un fond noir, compo.silion que les émailleurs de la lin du xvi^ siècle

ORFÉYRBRIB. ' 419

ont si souvent copiées, ainsi que les graveurs de boites

de montres, etc.

Les arabesques imitées des damasquines orientales, importées dans le nord de rilalie et praliijuées par les Azziminisles, (jue l'on retrouve si fréquemment dans les œuvres des dessinateurs de l'époque, avaient été fournies et rendues familières, dès 1554, par les eslampes de Ballliazar Sylvius, qui les dédie aux orfèvres, aux ciseleurs, etc.

Le Lorrain Pierre Woeriot, établi à Lyon en 1556, semble avoir aussi exercé une grande influence sur un certain eùiéde l'orfèvrerie. Ses anneaux, qui sont datés de MDLXi, semblent avoir servi de modèles à tous ceux que possède le Louvre. Le fônd de la composition est presque toujours le même. Un anneau terminé de chaque côté par une caryatide qui accoste un chaton circulaire, carré ou polygonal, orné de moulures et gravé, muni de griffes d'angle qui consolident la bâte lisse où la pierre est enchâssée. '

* Les poignées d"épéc, du même, magnifiques modèles pour les armuriers de Saint-Élienne, peut-être, datent de 1557.

Enlin, un artiste qui a quelques points de ressemblance avec Klieniir de Laulne, l)ien qu'établi en Allemagne, dut agir sur le goût français à la fin du xvi^ siècle. Lïeuvre de Théodore de Bi'v ( Liège , 1528 + Francfort, 1598] renferme en ellet dans les entourages de quelques-unes de ses estampes, dans ses a Gratis pour les orfeure et aultre artisien; » dans ses « Pendants de clefs pour les femmes propres pour les argentiers; » une foule de motifs que nous retrouvons, soit dans les grotesques de nos émailleurs, soit gravés sur les boites de montre, les couvercles de miroirs, etc.; car ces estampes, pour la plupart, sont des exemples de gravures et de nielles propres à décorer des pièces plutôt que des modèles de formes à donner à des bijoux. Cependant, les modifications que la renaissance introduisit peu à peu dans la forme des cartouches d'armoiries, plus profondes en Allemagne qu*en France,

420 OBFinmi*

donnèrent beaucoup d'éléments à la bijouterie ainsi qu^aux décorations de Torfévrerie.

Dans le principe, les cartouches d'armoiries étaient une peau de bêle avec sa tête, ses pattes et sa queue. L'art et le caprice modifièrent et contournèrent ces appendices de façon à les transformer en ornements, tout en conservant d'abord la forme typique. Mais, en raffinant toujours, Ton allongea en lanières les pattes et la queue, Ton déchiqueta les flancs, Ton superposa

{plusieurs cartouches, de façon à modifier complètement e caractère primitif de cet ornement. L'on finit par le transformer en une espèce de menuiserie découpée à la scie , dont les divers éléments, renforcés à leur point de rencontre, sont réunis par des clous.

Ces superpositions d'enchevêtrements et de lanières, outre qu on les retrouve sur le revers des plats et des assiettes émaillés par Jean Courteys et ses contemporains, ont donné leurs formes aux pendeloques de la bijouterie, dont Jean et Théodore de Bry ont publié une suite de huit pièces ayant pour sujets les Vertus; nous IrouYons à peu près une Ini Uation de ces pendeloques dans les n*"'!). 773 et I). 81U, dans les ornements deJa vaisselle (n' 1). 852; et sur les étains de François Briot; car nous pouvons considérer ces pièces comme des exemples fournis aux orfèvres, sinon comme des souvenirs de celles qu'aurait fabriquées cet artiste qui n'est connu que par ses œuvres.

Du reste, celte pratique d essayer en un métal à bas prix, et d'une fonte facile, relTel de ce que Von voulait fabriquer, devait remonter de loin.

On trouve dans les comptes de Charles VIII que Ton était accoutumé, à la fm du xv*^ siècle, d'exécuter en étain le modèle des pièces que Ton proposait au roi. On paye en elïet, en 1407, une certaine somme à Jean Galant, tant pour avoir refait une coupe qui n'avait poini plu au roi « que aussi pour la façon de trois aulîTs (nippes de plomb qu'il a faites pour patron de la due cûuppe » (1).

Si le plomb ou l élain ne servaient pas toujours à ces travaux préparatoires, ils étaient employés souvent pour conserver le souvenir des pièces exécutées, et c'est ce que Benvenuto Gellini recommande de faire en son Traité orfèvrerie.

Quant aux élains que firiot signait parfois de son médaillon portant cette légende : sgvlpebat frangtsgvs BRIOT, iondus en grand nombre sur le même modèle et soigneusement réparés par Tartisle, ils nous semblent le produit d'une industrie spéciale plutôt que le souvenir de pièces exécutées.

Le luxe de la vaisselle était tel, sous Charles IX,

Su'un édit de 1571 défendit d*en exécuter en or, et xa la limite de 1 marc et demi pour le poids de celle en argent. Hais les nombreuses exceptions que cet édit autorisait le firent rapporter avant les trois années qui avaient été fixées pour sa durée.

Du reste, le Musée possède, dans la femme à cheval, n^ D. 787, une œuvre trop évidemment française pour qu'on puisse la récuser et qu'on n*en attribue même pas le modèle à Germain Pilon.

Les vases de la chapelle du Saint-Esprit appartiennent à des arts trop différents pour que nous puissions les donner comme des spécimens de l'orfèvrerie française au temps de Henri III.

C'est en 1578 que fut dite la première messe du Saint-Esprit à laquelle servirent les vases et les ornements du Mus^jB des Souverains. A côté de certains, qui soai du xv* siècle, comme les deux anges porteurs de reliquaires aux armes de Bretagne (1), comme la Paix, évidemment italienne (2), comme Torceau et les • biiK ifes en cristal de roche, qui sont d'un goût et d'une extculinn si parf'ai'.s, il y a des aiguières et des coupes d une [orme lourde qui conservent encore la Irarc du marteau qui les a façonnées, et qui ne donnent point une haute idée du talent de i'orièvre qui les exécuta

(1) N«» 76 et 77 de la Notice du Mwée dei 5o«oeratfu, par M. H. Barbet de Joay.

(2) KO 70, idim, ibidem.

OBPéVRBRIB.

pour la circonstance. Apparemment Ton était pressé,

et Ton a fait à la hâte celte cliauclronnerie en vermeil.

Charles IX, en réduisant à 300 le nombre des orfèvres, avait légué de grandes diiBcultés à ses succès* sears. Il y avait deux causes à cela : les limites mal définies qui existaient entre les différents corps d'état qui se livraient à la fabrication et à la vente des objets en matières précieuses, et les dures conditions qui étaient faites aux apprentis.

Aussi Henri III eut-il à protéger la corporation des orfèvres contre les tentatives de ces derniers pour éluder les règlements qui leur interdisaient la maîtrise, et, en 1579, contre les changeurs et les affineurs qui préten* daient vendre de Torfévrerie.

En 1584, les marchands de pierreries, dont le commerce prenait une grande importance par suite des caprices de la mode, furent établis en communauté. . L'introduction des pierres taillées dans la composition des bijoux caractérise la fin du xvi® siècle. On en trouve indiquées sur les iiiiroirs d'Éliennede Laulne qui (lalciîl de 1561. Mais leur présence n'est point loujours parfaiu ment justifiée, comme on peut s'en convaincre en regardant les rubis et les émeraudes que Ton voit de chaque cùlé de la figure de Daniel sur le bijou (n° D. 820), qui représente ce prophète dans la fosse aux lions.

D'ailleui s, l'inventaire dressé après la mort tic Gabriellc d Eslrées, en 1599, nous est une preuve de celte abondance des pierreries dans l orfèvrerie aussi bien que dans les bijoux. A colé d'un bufïet loiit Garni de fontaines, d aiguières et de flnrnns, etc. d'argent, orn^s de médailles antiques, que nous croyons retrouver dans ' Tinventaire de Mazarin (1), où cette argenterie est désignée comme étant d'argent de Paris; à côté d'un autre buffet, dont le service est en nacre de perle garni d'argent doré, nous trouvons un grand drageoir de cristal

^ (1) Twentaire de tout îtê m»Mu tfu conitiMl Hoïan'fi « drtué 0» 1659. — PtUlobibUon soeiéty. Londres, IBM. •

ORFÉVR&RIB*

de roclio, enrichi, sur le couvercle, de six iliamanls cl de six rubis avec une déesse qui est assise sui un dauphin; «et au dedans d'iceluy couvercle... y a seize diaiii ns,cinq grandz rubizet dix-sepl peliz.... »

Uuantaux bijoux, ils abondenl naturellement davanlage en pierreries, quoique Tari du fondeur et du ciseleur se mon Ire encore par la présence de quelques figures, comme ^ un Jupiter à i'eniour duquel y a quatorze dianians, tant à facettes qu'en taLles, et quatorze rubis » (1).

Henri IV, qui avait fourni à tout le luxe dont témoigne cet inventaîre, assimila les oi févres aux peintres et luw sculpteurs, en accordant à quelques-uns d'entre eux le lorjpment aux galeries du Louvre, pnr lettres de 1608, qui leur octroyaient, en outre, certains privilèges.

Les orfèvres avaient qmW^ le pont nu Change, où ils étaient établis depuis si longtemps, à cause de leurs démêlés sans doute avec les oiseleurs, auxquels les rois avaient concédé, et le parlement reconnu le droit d'usurper tous les dimanches les devantures de leurs boutiques. Ils étaient allés s'établir sur le pont Saint- Michel à la fin du règne de Henri 111; mais lorsque, en 1560, Ton créa les nouveaux quais qui forment le revers de la place Daupbine, ils s'emparèrent de celui du sud, qui prit et a encore gardé le nom de quai des Orfèvres.

L orfèvrerie allemande eut un grand éclat à la renaissance, surtout dans les villes de Nuremberg et d'Augsbourg, où nous avons vu qu'Etienne de Laulne avait séjourné, tandis que Théodore et Jean de Bry signaient leurs œuvres de Francfort.

Si l'artiste Orléanais ne fui ijoiiil orfèvre lui-même, il fut certainement en grandes relations avec les or-

(1) BibHothhiue dê VÈeok dêi Ckarêrêt^ t'« série, t ni, p. iU8 et patsim. E. DE Fm vin « Notice liistort<|ae sur linventaire des biens meubles de Uabrielle d'Estrées. •

4i& 0RF8TBBBIB*

fèvres de son temps auxquels il fournissait des modèles, et qu'il figurait dans leurs ateliers au milieu d'ustensiles qui lui semblent familiers, unt on en comprend facilement Tusage.

Parmi les artistes en grand nombre qui donnèrent encore des modèles aux orfèvres, il faut citer J. GoU laert, qui publia deux suites de pendeloques. Une première, datée de 1580, est composée de dix pièces symétriques à contours très-découpés , ornées d'une profusion de pierreries taillées en table, accompagnées de perles pendantes» dans la composition desquelles entrent des ligures, surtout de divinités marines. La seconde, datée de 1582, gravée par son fils, renferme dix feuilles de monstres marins portant des figures, et posés sur des culs-de-lampe de même style el de même composition que la suite précédente.

Entre ces pièces et celles attribuées à René Boivin, la différence est grande : d'abord quant au style, puis par rapport à la grande quantité de pierres, encore taillées en table, qui entrent dans la composition des secondes.

Deux tendances se combattent dans rorféyrerie d'outre-Rhin : le décor est italien si la forme est alle^,

mande. Quelque chose de gothique subsiste longtemps' dans ces hanaps montés haut sur pied, dont la panse

s'accidente d'une foule de p:ibbosités qui se pénètrent et forment des espèces de [ru ils que pi'olonge le couvercle surmonté par des bouquets de feuilles en métal contourné, bouquets que l'on attache aussi auluur de la lige pour figurer le uœud qm l interrompt toujours dans l'ancienne orfèvrerie, qui forment parfois aussi une couronne autoui du couvercle.

Souvent le liauapaffecle le profil général d'un cylindre ou d'un cône, mais tellement aliéi é dans ses profils par des filets saillants, des gorges profondes, des fi'ises, des bossages, des moulures qui se marient à des appendices de toute espèce, que la forme primitive disparaît un peu sous tant d'éléments parasites que lui ajoute le génie tourmenté des artistes allemands. A la lin du XVI* siècle, ils ont plus d'égards pour les exti*a-

OBfiTRBItlI.

vagances de Diéterlin, où les bordures des cartouches découpés dans le cuir se projettent en lanières géométriques superposées et enchevêtrées dont les bords et les bouts s'arrondissent en demi-cercles aux points où une tête de clou les fixe à leurs croisements ; emprunts au bois découpé que font le métal et parfois la pierre.

Ce même goût exhubérant et ennemi de la simplicité se remarque dans la bijouterie allemande, qui nous semble se confondre, à quelques égards, avec la nôtre à la fin du xvi'' siècle.

Parmi les plus belles œuvres de Torfévrerie allemande du xvi* siècle, il faut compter le plat du siège de Tunis, qui est de 1535 (n^D. 765), et surtout la magnifique aiguière qui l'accompagne (n*' D. 764] ; puis, au Cabinet des Antiques et des Médailles, le coffret d'argent tout orné de bas-reliefs, qui a appartenu à Franlz de Sickingen, et que M. A. Ghabouillet estime des commencements du xvi* siècle (1).

La position insulaire de l'Angleterre, jointe à Tesprit de race, rendit cette contrée longtemps rebelle à la renaissance, surtout en architecture, où le slyle gothique se prolongea parfois jusqu'au xviP siècle. Cependant Hans Holbein, en portant la renaissance allemande à la cour de Henri VIII , faisait moins violence aux habitudes de la nation, puisque cet art nouveau qn*il apportait se trouvait être déjà altéré par le génie tudesque, bien qu'Hans Holbein fût de tous ses compatriotes celui qui s'était le plus intimement pénétré de la grâce italienne.

Le dessin d'un hanap, conservé au British-Hus^m, ou il est attribué à Hans Holbein (2), mais qui est certainement le modèle d'une pièce fabriquée pour Jane Seymour, femme de Henri YIII, et une poignée d'épée

(t) A, Chabouillet. Notice tur un coffret d'argent,,,^ in-S* de 89 piger •?ec gravures. Didier et C«^. Paris, 1861.

(2) H. SHAW. ThedeeoraUf>9arl$,„oftheMiddiêagei.

426 OBFBVRBRIB»

gnvop ]iar Ilollîir, d'après le dessin que fit le même artiste pour le prince Édouard (1), se rapprorhent davanlage de Torfévrerie allemande que de la française, et ûoas moatrentquelle voie devait suivre l'art anglais.

Il est enOn un pays où la renaissance dut affecter une pliysioiiumie hybride, à cause dii dualisme qui certainement existait entre ses maîiies de race du nord et ses nationaux de race méridionale. C'est l'Espagne. On cniiiiaît par oui dire, et par les vues pittoresques que les peintres voyageurs en ont données, les trésors des cathédrales de Tolède, de Scville, etc.; mais rien de sérieux n"a été encore publié, que nous sachions, sur la branche d'art qui nous intéresse, rien qui puisse en préciser le caractère. Nous pouvons seulement mentionner trois pièces d'une époque bien postérieure au xvi« siècle, qui se trouvaient, en 1653, parmi la vaisselle de Mazarin. L'une était une tasse à godrons avec parties émail lées de blanc, rouge et noir, et ornée de grenouilles d'argent.

L'art des commenrnments du xvn" siècle n'est qu'un prolongement de celui de la renaissance, avec des formes plus massives et des ornements plus lourds.

L>me des seules pièces d'orfèvrerie que nous connaissions est une croix fabriquée « En février pour la paroisse de Trégunc, 1610 » (Finistère).

Cette croix, dont les bras sont des prismes exagones, terminés par des boules à six faces, est implantée sur un nœud , qui est tout un monument en encorbellement sur la douille. Ce sont deux ordres de pilastres, l'un en retraite sur Tautre, interrompus par des bustes dans des cartouches ovales, encadrant des niches qui abritent des apôtres.

Toutes les faces de la croix, des bonies, des consoles

(1) Cabinet des estampes. — Rscueil d'armureri^f cûté Le il.

ORFéVRBBIB

latérales qui supportent les figures de la Vierge et de saint Jean, et de la douille, sont ornées de ciselures représentant des feuillages symétriques de style presque oriental. Quant aux trois grandes figures, elles sont en argent repoussé et d'un assez bon style, quoiqu'un peu déformées par Tusage ; les petites, qui représentent les apôtres et qui garnissent les niches du nœud, sont fondues et ciselées et d'une excellente facture.

Si Torfévrerie et la bijouterie de répoquede Louis XIII sont rares, nous connaissons le caractère de celte dernière par les nombreuses estampes que nous ont laissées les orfèvres et les dessinateurs de Tépoque. Français, Allemands ou Flamands, ils obéissent aux mêmes inspirations, et les inscriptions bi-lingues que Ton voit aux frontispices de leurs suites, prouvent que ces gravures étaient faites pour les artisans de Tune et l'autre nation.

Le plus ancien en date est Daniel Mignot, d'Augsbouig, dont les eslainpes portent les dates de 1595 à 1616, et un monogramme formé des lettres MD unies. Ses caprices niellés et ses pendeloques, formées de lanières découpées combinées avec de longs rinceaux, sont dans le style de Théodore de Bry, mais allégé et privé de figures.

Élienne Carleron , de Châtillon, en Bourgogne, qui signe S. C, a gravé, en 1615, des modèles de damasqulnures et de nicllnres qui se composenl de filets très-déliés interrompu- par des rentlements déchiquetés, aux rontonrs alloiigt's et an\ ])oinlos très-aiguës, dont i ( iiH mbie dessine sur le lond une série d'ovales entrelacés d'une physionomie toute particulière.

La fluidité des contours caractérise les compositions d'Étienne Carleron.

Michel Leblon, qui fut orfèvre des cours de Suède et d'Angleterre, dont Van Dyck a peint le po;1rait. et qui travailla à Amsterdam, bien que son nom soit de physionomie française, a donné l)eaucoup de modèles de manches de couteau, de boites de montre , ovales et octogones, de cartouches à contours très-découpés et formés par un réseau de lanières.

428 OAFâVRniis.

Son style est celui de Théodore de Bry dans ses manches de couteau, dont une série est datée de 1626 : manches droits à section carrée» couverts de fines niellures et découpés supérieurement en écusson, symétrique chez Th. de Bry, mais posé sur le côlé chez Lebion.

Les nielles de ses boites se composent parfois d'un enchevêtrement de tiges, comme les paraphes d'un calligraphe, interrompus par de grosses feuilles de vigne aux contours très-arrondis.

Dans une suite de culs-de-lampe, datés de 1655, le rinceaux feuillus qui se combinent avec des oiseaux sont d'une ténuité extrême.

Janssen a gravé, en 1631, des culs-de-lampe ti'èslégers, des caprices d'oiseaux au milieu de paraphes, et des manches de couteau dans le style de Lebion, mais avec phisde liberté dans hi main et quelque chose de plus contourné dans les feuillages

Terminons cette nomenclature par les graveurs suivants :

Esaias van Hvlsen, de Mtdelborg, qui travaillait à Stuttgart en 1617. — L'anonyme I. H., en* 1619, pour ne citer que les maîtres dont les œuvres portent une date.— Le Poitevin Anthoine Jacquard, qui, au milieu d'une foule de poignées d'épées d'un très-grand style, a gravé des cadrans de montre ovales et les « cinq sens, «datés de 1624. — L'anonyme I. H. D., que M. Paul Manlz croit être Henri Petit, que Louis XIII lo^ea au Louvre en le désigii;Hit comme « foui bisseur d'épées et enrichisseur de toutes sortes d'armes. » S'il faut faire une excursion dans le champ de l'armurerie et de la serrurerie, terminons par François Marion, arquebusier de Paris, qui, en 1652, décorait les platines de ses armes de semis de lleurs réelles, lis, œillets et ancolies, et compo-ait en 1657, — il avait alors soixante-deux ans, — des rinceaux d'ornement d'un style très -ample.

LMntrodurtion des fleurs réelles dans rornementation, qui date, pour les manuscrits, de la fin du xv<> siècle, ne nous semble avoir été réalisée dans l'or*

ORFEVUEfUË

févrerie qu'à partir du milieu du xvi« siècle. C'est surlout dans les émaux Iranslurides sur relief qui décorent la monture en orfévi-erie des gemmes qu'on retrouve les fleurs nalnrelles souvent coail)inées avec des ornements composés. Mais c'est au xvir siècle surtout que les jonchées de fleurs, ainsi que les animaux réels, écureuils, perroquets et oiseaux de toute espèce, colimaçons, etc., interviennent dans rorneracnt; aussi la plupart des artistes qui ont fourni des modèles aux arts décoratifs de celte époque ont-ils eu soin de joindre à leurs compositions des études d'après nature, quo les artisans employaient et combinaient à leur gré.

Le magnifique colTi'et , qui passe pour avoir été donné par le cardinal de Richelieu à la reine Anne d'Autriche, et qui est conservé au Musée des Souverains (1), est un des plus rares spécimens de celle ornementation, où les lleurs naturelles jouent le rôle principal, bien qu'elles entrent dans un ensemble réglé par une composition préalalde.

Quant à la joaillerie, où les pierreries occupent une place de plus en plus importante, le recueil que Gédéon Lesgaré, orfèvre de Cliaumonl, a gravé, en 1623, sous le litre de Livre de feinUes d orfèvrerie , nous montre des bouquets et des guirlandes composés de tiges légères, dont les feuilles allongées en aiguille, comme les balles d'un grain d'avoine» sont combinées avec des pierres fines et des perles,

Louis XIII songea à tirer parti, au proût du trésor royal , de la mode qui faisait couvrir les habille* ments des femmes, et aussi des hommes, avec les coûteuses futilités de la joaillerie et de la bijouterie. En 1631, il frappa un droit de « 3 sols par chaque once d'orfèvrerie et autres ouvrages , » ce qui n'empôcba point les prodigalités de la vaisselle et des bijoux.

(1) 4N<> 110 de la Noticê du Musée dci Souveraini^ par M. H, Barbei de loay.

ORFéVRBRIB

Néanmoins les orfèvres de Paris étaient en un état prospère. La corporation, tout en suivant les anciennes coutumes charitables de jadis, offrait à Téglise de Notre-Dame un mai, jadis arbre verdoyant , qui se transforma en un tabernacle, et enfin en un tableau à partir de Tannée 1630.

Parmi les orfèvres les plus habiles de Tépoque» on cite les frères Mosbereaux, de Limoges, qui, ciseleurs et graveurs, exécutèrent, en 1605, la médaille que leur ville offrit à Henri lY lors de son passage ; puis, en 1615, celle que la Tille de Bordeaux présenta à Louis XIII. Appelés par ce dernier à Paris, où ils semblent avoir excellé dans TinAniment petit, ils fùrent logés au Louvre. Ils étaient morts en 1633.

Mais à côté de ces artistes, qui appliquaient leurs invenlions à rorfévrerie, il yen avait beaucoup qui se contenlaient d'être de simples artisans qui exécutaient les modèles qu'on leur louinissait. C'est ainsi que J. Sarrazin avait, en 1639, fait le modèle d'un groupe en argent qu'Anne d'Autriche donna à Té^lise Notre- Dame-de-Lorette, où il existe encore, et qui représente le daupnin porté dans les bras d'un ange.

Plus tard, Merlin, orfèvre lorrain, exécuta pour le même dauphin, qui depuis fat Louis XIV, des soldats d'argent sur les modèles de Charles Ghassel, sculpteur à Nancy.

Nous verrons plus tard la part d'invention diminner de plus en plus chez les orfèvres, qui ne sont alors que des exécutants plus ou moins habiles.

René de la Haye, qui fui garde du métiei- ca 1623, et doyen en 1639, plus tard échevin ( l jiitze consul: Jean Gravel , que nous retrouvons liavaillanL })Our Louis XIV, et Lescot, qu'employa surtout le cardinal Mazarin, sont les orfèvres les plus couims de la lin du règne de Louis XIÏL

Ce que furent les œuvres qu'ils fabriquèrent nous est à peu près indiqué par un document très-important, V Inventaire des meubles du cardinal Mazarin, auquel nous avons déjà fait allusion, el que Colbert dressa.

ORFEVRERIE.

en 1653, par ordre de celui dont il n'èlait encore que le commis [1}.

Cet inventaire^ fait avec un certain soin, indiquant Forigine des pièces d'orfèvrerie » soit religieuse, soit civile, que possède Hazarin, nous montre que les or* fèvres de Paris rivalisaient avec ceux d'Ilalie, d'Es-

Ï>agne, de Pologne, d'Allemagne et d'Angleterre, dont es œuvres se trouvent confondues avec les leurs. Ainsi, ce sont deux bassins el deux vases « d'argent, façon de Paris, vermeil doré, ciz( le aux armes de Son Émiiience,» qui représentent le siège de La Rochelle et le combat de Suze , ce sont des coupes et des drageoirs qui représentent des scènes de chasse ou de pêche; des cassolettes où sont figurés les quatre éléments et les triomphes des quatre saisons.

L'orfèvre Roberdet, le seul que nous trouvions nommé, est le même, sans doute, qui avait fabriqué un petit canon d'or, des cannes et des bâtons d'argent, que Loménie de Brienne enfant, qui le qualifie d'ouvrier inventif et industrieux, avait donnés à Louis XiV, enfant comme lui.

Ce Roberdet, de ce métier de mouler les cannes en orfèvrerie, semble avoir conservé le goût de combiner le bois et les métaux. Nous trouvons ces matières unies dans rexéi ution de deux cassolettes avec leurs supports, et de douze brns ornés de cartouches, de feuillages renversés, de grains, et de têtes de More d'ébènr, montées et casquées en argent Les bras étaient aux armes de la reine.

L'argenterie, fort nombreuse pour la table, comprend jusqu'aux chenets, qui, décrits par le détail des pièces qui les composent, représentent de gros vases couronnés de flammes, comme les estampes d'Abraham Bosse nous en montrent dans les hautes cheminées de ses appartements. Les ustensiles qui garnissent la che* minée sont également montés en argent. Dans les des*

(1} Inventaire de toui les bient meubles du cardinal ifosari», drets m 1653. — PUUobibUoa Sodelf. Undres, 1801.

432 oRréTAEitiE.

eriptioQS, fort succinctes de cet inrentair», les mots de Yâses, de feuillages, de grains et de godrons, revenant le plus souvent, nous nous représentons facilement ces formes massives et redondantes que le dinandene d'un côté, et le mobilier en bois de Tautre, nous ont conservées.

Notons enfin, comme Irait de mœurs se rattachant au sujet que nous traitons, que les cuillères et les fourchettes se trouveiiL en grand nombre, et en aussi grand nombre les unes que les autres, dauî 1 aigenterie de i;d)le de Mazarin.

A la fin du siècle précédent, en 1599, dans Tiiiventaire de Gabrielle d'Estrées, on ne trouve en lout que cinq cuillères et huit fourchettes; mais une fontaine en forme de rocher portail suspendues à chacune des douze branchesde corail qui la décoraient, un couteau, une cuillère et une fourchette. En 1594, Tinvenlaire du château de Courtivi on ne mentionne point de fourchettes parmi Targenterie de table, et un peu avant Vlsle des Hermaphrodites, pamphlet composé contre Henri 111, reprochait au roi de ne toucher jamais la viande avec les mains, mais avec des fourchettes. Au moyen âtre, tout le monde mangeait avec ses doigts, comme aujourd'hui en Orient.

Quant à rorfévrerio ecclésiastique que possédait le cardinal, elle est parfaitement définie par Tinventaire.

Ce sont des boîtes à hosties « d'argent de Paris ver- * meil doré cizelé » ayant « sur le corps des anges et feslons avec les instruments de la Passion ; ^ c'est une « croix posée sur un vaze rond cizelé à chérubins et feslons, ayant trois fleurons à chérubins et cartouches percés à jour aux trois bouts de la croix ; » ce sont des vases à fleurs ciselés, « quatre avec des thermes en forme d'anges, et des godrons, et des anses de deux serpens entrelassez, les deux autres cizelés de cartouches, godrons, grains et feuilles; >» c'est, enfin, une sonnette ayant « des tètes de chérubins et des fruicts de relief, i

Dans ces courtes désignations, nous trouvons le caractère des pièces d'orfèvrerie possédées encore, et ea

oikPÉviktim.

assez grand nombre, par les églises. Telle est « une chapelle » que possède le trésor de la cathédrale de Troyes, qui provient du château de Villacerf et qui porte les armes gravées de Colbert.

Il serait singulier que ces pièces d'orfèvrerie eussent figuré dans Tinventaire que Colbert avait fait rédiger.

Dans la croix que mentionne cet inventaire, nous trouvons presque décrite une croix d'argent appartenant à l'église d'Anneville-sur-Seine, qui est datée de 1689, et qui est ornée de tètes de chérubins coiffés de cheveux formant toupet, alternant avec des guirlandes de fruits et des instruments de la Passion [ 1 ] .

Nous avons dit que la croix d'Anneville, bien que datée de 1689, appartenait au style caractérisé par des têtes de chérubins. Cette date fut-elle apposée sur une œuvre d'ancienne fabrication lors de racquisilion qui en fut faite, ou bien celte œuvre provint-elle d'un atelier provincial allardé, toujours est-il que, sous Tinfluence de Ch. Lebrun, l'orfèvrerie avait à cette époque changé de caractère.

C'est en 1662, on le sait, que Louis XIV réunit aux Gobelins tous les ouvriers qui travaillaient pour la Couronne. Non-seulement les tapissiers, qui y sont encore aujourd'hui, mais les brodeurs, les orfèvres, les fondeurs, les graveurs, lapidaires et ébénistes, artisans dont les œuvres garnirent bientôt les appartements du roi.

L'atelier d'orfèvrerie était dirigé par Claiide de Vil* liers, que le roi avait fait venir d'Angleterre avec sa famille, en 1665; par Alexis Loir, qui fut membre de FAcadémie, comme graveur; et par Dutel (2). L'abbé

(1) Gazette des Beaux- Ai iSy t. p. io2.

(2) A.-L. I.ACORDAIRE. Notice hiitorique tur let manufaetum» impi' rialts de tapisseries des (lobelint, p. 09. Hùtes exCnitiBé dtt fl Comptes des i)ÂUmeaU du roi, « de 1(^05 à

ORFÉVBSR».

de Marolles a célébré les mérites des deux premiers en Tun de ses quatrains grotesques :

De Vilers et ses fils sont dans rorfevrerie Des hommes achevez, Alexis Loir comme eux De Paris, tous quaire ont des dessins heureux Meslant à ee qails font une rare industrie.

Ce que firent ces orfèvres est indique dans les comples des bâtiments du roi, ainsi que dans la Gazette de France, lorsqu'elle raronie la visite que Louis XIV fit aux Gobelins le 15 oclul re 1667. « La grande cour était tendue des superbes tapisseries qui s'y fabriquent, avec un buffet de neuf toises de long et élevé de douze degrés, sur lesquels étaient disposés, d'une manière aussi ingénieuse que magnifique , les riches ouvrages d'orfèvrerie qui se font dans ce mémo lieu. Ce buffet était composé de vingt-qualre grands bassins, cliacun avec son vase, d'autant de brancards pour les porter, de deux cuvettes, chacune de cinq à six pieds de diamètre, de quatre grands guéridons, de vingt-quatre vases à metlrc los orangers, et de plusieurs autres pièces, le tout d argent ciselé, mais d'un travail qui passait encore le prix de la matière, quoique du poids de plus de vingt-cinq mille marcs. »

La composition de Ch. Lebrun, peinte par Pierre de Sève et conservée dans les galeries de Versailles, nous a conservé le souvenir de celte visite et de quelquesunes des pièces d'orfèvrerie que Lebrun montra au roi (1), pièces qui devaient décorer la galerie d'Apollon, qui n'a rien à en montrer aujourd'hui, et qui allèrent orner les appartements du palais de Versailles (2) et les fêtes de ses jardins (3).

(1) Eiidore Soin.it. Notie» d« Muiiû impérial de VemiUeiy 2e partie» n* 2098.

(2) Tdem, ibidem, p. 151 et 155, d*après le Mercure de France de 1082.

(3) P. La CHOIX. Hiitoire de l'orfèvrerie^ joaillerie^ p. 128; relaiioa de la tête tic 10U6.

OBFBVHBRIS,

Si Ton révoquait en doute le témoignage de la composition de Gn. Le Brun , comme trompeur par trop d'emphase» nous ne saurions récuser celui que nous donnent deux éludes sur fond rouge, peintes évidemment d'après nature, et qui sont exposées dans Tune des salles des cravons au Musée du Louvre.

Ces deux tHudes. faites peut-être pour le tableau de la Visite du roi ou pour les tapisseries des Saisons, sont une aiguière et une cassolette en argent ornées de figures et ciselées tout à fait dans le style des pièces que montrent ces œuvres, et de celles qu'on remarque dans le Triomphe d'Alexandre. Nous trouvons encore un témoignage du luxe de cette argenterie dans les estampes de Daniel Marot et de Jean Lepautre, d'après le vieux Claude Ballain, ariisic d'un autre temps cependant, mais qui s'était plié au goût nouveau , dont les vases de bronze et de plomb se dressent encore aujourd'bui sur la tablette des pièces d'eau de Versailles pour témoigner de ce luxe bientôt évanoui.

Le style de toutes ces pièces, dont Ch. Le Brun donnait le plus souvent lui-même les dessins, est renouvelé de l'antiquité romaine, que Nicolas Poussin avait étudiée avec tant de conscience, d'après les bas-i eliefs des monuments de la ville éternelle, dans ses vases et dans les infinis détails de son mobilier héroïque.

Mais c'était une antiquité alourdie dans ses formes et surchargée d'ornements fastueux : divinités solidement musclées, aux draperies tapageuses; médaillons encadrés dans des lacis de lanières et de rubans ; godrons et cannelures : frettes encadrant la fleur de lisou des rosaces où tournoie la feuille d'achante, partout et toujours employée ; moulures redondantes ciselées en couronnes de lauriers; mascarons et chimères. D'ailleurs, n'avons-nous pas un vivant témoignage de ce style dans les décorations de la galerie où sont conservées les richesses que nous décrivons en partie.

A cdté de celle orfèvrerie d'apparat, celle d'un usage plus personnel pouvait soutenir la comparaison. Nous en avons pour preuve quelques dessins du service de table du roi, qui sont conservés au milieu d'un grand

OBFBVfiERIE.

nombre de modèles d'orfèvrerie du xviii^ siècle, qui proviennent du cabinet de Tarcbitecte Robert de Cotte (1).

G*est d*abord le « cadenas, » que Nicolas Delaunay composa pour la reiue Marie-Thérèse en 1678 , puis celui de Louis XIV ; le même probablement qui, encore appelé nef par quelques auteurs, fut composé par Ch. LeBrun et exécuté par Jean Gravet, sur le modèle que le sculpteur Laurent Magnier fit en bois et en cire (2). Ces cadenas se composaient d'une boite basse et rectangulaire posée sur des pieds. Une partie, qui élait à couvercle mobile, contenait la cuillère, la four* ehetle et le couteau ; l'autre partie, plus étroite, et qui était dormante, recevait une caisse oblongue maintenant trois boites rondes, destinées sans doute aux épiées.

Le cadenas de la reine, porté par des pattes de lion posées sous des carloiiches d"où saillait le miille de la bôle, était décoré sur le plat de deux éciis accolés au milieu d'un quadi illé entouré d'un bordure à entrelacs. La caisse, ornée de médaillons séparés, soit par dos guirlandes, soit par des cartouches d'entrelacs, — car le projel cstdouble,--laisse dépasser les trois boîtes circulaires, qui ont pour bouton de couvercle une Heur de lis, une lour de castille et une grenade (?).

Ce cadenas pesait 22 marcs d or, et Coibert en avait réglé la façon à 4,000 livres, ainsi que le dit une note manuscrite de Nicolas Delaunay. Le même exécuta, en 1697, pour la duchesse de Bourgogne une toilette qui était une merveille, à ce que dit le Mercure, surtout par lésa petites léles antiiiucs en l'orme de médailles, » que nous voyons intervenir dans la décoration du cadenas de la reine.

La cadenas du roi, qui appartient plus franchement au style de Ch. Le Brun, est établi sur le même pria-

(1) Cabinet <lcs Cblanipes. Recueil, cùlû. Le a.

(2) GazeUe da Beaux-Arts^ t. X, p. 131. PauJ Manti. Recherches iur

ORFÉYRBIUB.

cipe et décoré des drmes, des ordres et du chiffre de Louis XIY, et la même main a dessiné des projets d'une salière, poivrière» d'un plateau octogone sur pied et d'un couvert, composé de la cuillère, de la fourchette et du couteau, à manche ondulé, accompagnés de la mention que ces projets ont été approuvés par le roi et

Ear S. A. S. Hs^ le duc, qui doit être le duc de Bouron, chef héréditaire de la maison du roi. Tandis que Louis XIV se livrait à ces ruineuses prodigalités, sous le prétexte d'empêcher ses sujets de faire mauvais usage de l'or et dé l'argent, et d'absorber en profusions le patrimoine de leurs familles, il prenait contre l'orfèvrerie les mesures prohibitives qui étaient un digne pendant à celles qui avaient frappé les bâtisses au temps où il conlruisait le Louvre.

D'abord, le 31 mai 1G72, il avait frappé d uii droit de 30 sois par once d'or et de 20 sols par marc d'argent les matières mises en œuvre par les orfèvres : droU de seigneuriage, qui fut doublé en février 1074.

11 fut sursis à cette déclaration, il est vrai, mais en septembre 1677 les nécessités de la guerre obligèrent d'y donner suite.

En même temps qu'il décrétait ces mesures fiscales, Louis XIV proclamait une loi sompiu^iiiL' qui éuil la plus violente antithèse de ses propres actions.

Défenses étaient faites à tous orfèvres et ouvriers de fabriquer, d'exposer et de vendre aucune vaisselle d'or servant à riisaue do la taljle, de quelque poids que ce fût, et pareiiiemcjit do fabriquer, exposer etde vendre aucuns bassins d'argent, ni plats, ni autres vaisselles et pièces d'argenterie excédant un certain poids par chaque espèce. 11 était égaleiiiiMiî défendu de fabriquer, exposer et de vendre des buires, seaux, cuvetfes et autres vases servant d'ornement de buffet, ni chenets, feux d'argent, brasiers, chandeliers à branches, girandoles, plaques à miroirs, miroirs, cabinets, tables, guéridons, paniers, corbeilles, vases, urnes, et tous autres ustensiles d'argent massif ou appliqué sur bois, cuir et autres matières. Les ornements d'argenterie d'église étaient seuls exceptés de la défense.

QBFÉTASBIB.

De plus, tous ceux qui possédaient de l'orfèvrerie du poids et de la qualité défendus étaient contraints de les porter, dans les six mois, à la Monnaie pour les y convertir en espèces.

Mais bientôt une mesure plus grave fit détruire toutes ces belles choses qui avaient tant coûté, et cela pour n'obtenir qu'une niisérablc somme de trois niilllons. Pendant six mois, du 12 décembre 1689 au 19 mai 1690, le mobilier somptueux créé aux Gobelins et au Louvre passa parle creuset, ne laissant qu'un triste inventaire et les gravures de Tépoque pour tout souvenir. Non content de détruire ce qui lui appartenait et de pousser au sacrifice les courtisans empressés, Louis XIV prétendit obliger tout le monde à rimiter par ses édils somptuaires de 1689 et 1700.

Celui du 14 décembre 1689 limite le poids des objets d'or ou d'argent qu'il est permis de posséder, sous peine d'une amende de 6,000 livres.

L^édit de mars 1700 limite également le poids de ce . qu'il est permis de fabriquer, punissant les infractions à l'édit d'une amende de 3,000 livres, de la déchéance de tous les bénéfices de la maîtrise pour les maîtres, et de tout droit à l'obtenir pour les apprentis. Il fallait une autorisation du roi afin de pouvoir fabriquer les croix des archevêques et évéques^ abbés et abb^ses.

Tandis que rorfévrerie était marquée d'une em-

Sreinte si particulière par la féconde volonté de Ch. Le frun, la bijouterie , qui échappait à son action, conservait sa physionomie traditionnelle* Il n'y a guère de différence, en effet, entre les inventions proposées par les dessinateurs des commencements du XV!!*" siècle et celles des premières années du xvin^.

Quanta la joaillerie, Vabondance des pierreries rapportées d'Oriciit par Tavernicr en 1668 , par Chardin en 1(170 et 1G77, en faisait peu à peu disparaître le niélal; aussi Gilles TÉ^'aré, — sur lequel on connaît deux dates : 1663 et li>U2, — ne iigure-t-iL dans ses comiiositioûs, que des nœuds et des entrelacs puar^ses

agrafes et ses pendeloques formées de diamants et de

ferles. Tontes traces d architecture et d'ornements de ijouterie ont dispara.

Pour les modèles de bijouterie, il en est autrement. Ses cachets, ses anneaux, sont décorés de chiffres et d'emblèmes, et parfois même d$ têtes de mort; ses chaînes sont formées, le plus souvent, de nœuds qu'il affectionne singulièrement, et que Ton retrouve combinés avec la feuille d'aclianle dans ses colliers; mais les nielles qu'il dessine encore pour décorer les médaillons, les montres et les croix, ii-iirent des semis de fleurs qui ont encore conservé quelque chose d'arabe dans les contours de leurs feuilles.

A côté de cet art tradiiiunnel, il en montre un autre plus personnel, qui consiste à couvrir la pièce de fleurs naturelles, tournesols, jacinthes, roses, tulipes, etc., semées avec beaucoup de goût et heureusement agencées sur leurs tiges.

Les modèles que Simon Griblin publia à Londres en 1697 sont tout à fait dans le senliiiH ni do Gilles l'Égaré, ainsi que ceux de Jean Bourg, datés de 1702.

Les Essais de grarinr publiés place T)aupiiine, en 1703, par P. Bourdon, de Coulommiers, et d(istinés aux horlogers, aux orfèvres et aux ciseleurs, sont surtout composas de ces disques repercés à jour qui couvrent le balancier, et que Fou appi-lb? des coqs : de cadrans et d'aiguilles, avec quelques bordures de plateaux et des caprices. Tous ces dessins sont symétriques, composés de fouilles d'arlKuite à extrémités arrondies, combinées avec des masf|iies coi (Tés d'une palmetle,ou avec des palraettes seules, ou avec des entrelacs. Quelques-uns sont rayonnants, comme le décoi des faïences rouennaises. Il y a enfin des cartouches en ovale allongé, garnis de cuirs à contours mous et arrondis en place de ceux si nettement découpés que le XVII'' siècle avait encore hérités du xvi®.

Avec les compositions de Briceau, maître orfèvre à Paris, en 1709, nous nous avançons un peu plus vers de nouvelles moditlcations. Le dessin est toujours symétrique, mais les rinceaux qui en forment le tissu

s'arrêtent brusquement dans leur courbe, s'échappent à angle aigu en un trait droit» ^ui s'arrête brusquement lui-même pour donner naissance à une courbe nouyelle.

Ce motif se retrouTO fréquemment dans les compo-* sitions de Daniel Marot, qui , chassé de France par Fédit de Nantes, porta dans les Pays-Bas le style français de Ch. Le Brun.

Les inventions de J. Bérain durent exercer une aussi grande influence sur rorfévrerie des commencements du xviii^ siècle que sur les autres arts décoralifs. Ce ivcst point ici le lieu de rappeler ces vastes composilions où une scène de la comédie italienne est abritée par un pavillon que supporte un léger porii([ue l'orme de termes, de colonnes ou de balustres, placé au milieu de grotesques , dont les éléments principaux sont des sphinx coquets coiiïés d'un toquet avec l'aigrette sur roreillc , et accroupis sur de gros soubassements, des bustes de femmes qui se cambrent sur leurs gaines terminées en puinies, des masearons, des masques, des singes, des divinités, des jets d'eau, etc., le tout symétriquement distribué au milieu de filets enlacés, de rolounes irrôles, supportant des fonds quadrillés à conlûurs arrondis, et de tous les caprices de la ligne contenus par un certain respect de la règle et du compas.

Nous en avons un exemple dans le recueil de Du Vivier, intitulé : Manière et façon dont les tabatières sont faites en 1719 et 1720, avec cette remarque : « Il s'en est fait un plus grand nombre pendant ces deux années que depuis qu'on i\ commencé à en porter. »

Ces tabatières de Du Vivier, carrées, ovales ou contournées, qui peuvent être exécutées en or ciselé ou en incrustations d'or et d'argent sur écaille, sont ornées d entrelacs, de rinceaux, ou s'encadrent quelques personnages.

Mais un descendant de J. Bérain lui-même, qui a signé ses compositions G. Bérain, se souvenant de loin des caprices d'Ëtienne De Laulne , a dessiné dans le même genre un certain nombre de bottes, dont le

ORFiVRBBIE.

Ui

décor est tout composé de cartouches entourés d'enlacements et de quelques rinceaux.

On peut dire que le style du p:rand roi lui survécut, et que la régence ne fit que le prolonger. CcLlc régiuice, qui le croirait, poussa l'imitation jusqu'à publier des lois somptuaires l

Le 4 décembre 1719, l'on reproduisit les édits de 1700, et le 4 février suivant Ton défendit de porter des diamants, des perles et des pierres précieuses ; mais il fallut, Tannée suivante» mitiger la trop grande sévérité de ces ordonnances.

L'un des orfèvres le plus en renom était encore le vieux Nicolas Delauney, que nous avons vu si fort en faveur auprès de Louis XIV.-Après avoir fait, en 1678, le cadenas de Marie-Thérèse, en 1697 la toilette de la duclicsse de Bourgogne ; il fit encore, en 1722, la toilette de rinfante, et mourut en 1727.

Claude Baliiii (né en 1661 -f 1754], neveu et élève du vieux BalUn avait, en 1708, fabriqué pour Téglise Notre-Dame un sokil, dessiné par Robert de Cotte et modelé par Bertrand, qui passa pour une merveille et qui semble être devenu le type de tous ceux que Ton fabriqua depuis lors. Il était composé d'un soubassement sur lequel se tenait debout un ange supportant le livre aux sept sceaux, sur lequel était couché Tagneau. Audessus, une gloire formée de nuages, de tètes de chérubins et de rayons, entourait les disques en cristal de roche qui protégeaient l'hostie. Quatre vieillards adoraient, posés sur la gorge du pied.

En 1722, il fut charge de monter la couronne du jeune roi, et par la suite il exécuta trois surtouts de table, qui prouvent quelle était sa réputation, car Tun, qui représentait une l'élc de Conius, alla à Milan (1726); l'autre, (|ui IjLiurait une ciiasse avec des bougies placées sur les branches des arbres, alla réjouir la cour d'Espa.ane (1745), et le troisième, en 1751, fut exécuté pour l'ambassadeur de cette puissance. Il représtniait

oaFi?itsiujB.

une scène de mythologie marine avec Neptune sur une conque « arlistcment rocaillce. » (l)

Lerocaillé triomphait alors, et Claude Ballin, sur la fin (](' <a rari'ifM'c, dut sacriller à la mode que Thomas Germain scinble avoir rapportée d'Italie en rexa^érant.

Ce Tliomas Germain, qui eut une grande inlluencc sur la transformation de l'orfèvrerie au commencement du xvm^ siècle, était lils de l'orfèvre Pierre Germain, dont la conrte carrière avait jeté un grand éclat. Ne en 1673, il alla, dès Tâge de quinze ans, faire le voya,u-e d'Italie. Il séjourna douze années à Rome, où il apprit si bien à modeler sous le sculpteur Legros, qu'il exécuta un saint Ignace en argent pour les Jésuites, et de vastes bassins pour le grand-duc de Toscane.

Il revint à Paris en 1704, et, en 1708. fabriqua pour Notre-Dame un soleil qui devait rivaliser avec celui de Claude Ballin. Il y introduisit un élément décoratif qui est également resté depuis ce temps dans la pratique de l'orfèvrerie religieuse ; ce sont les épis et les raisins qui devinrent les symboles les plus habituels des deux espèces du pain et du vin.

En 1726, il fabriqua la toilette de la reine Marie- Leczinska, qui, dans le temps, passa pour une merveille, et, en 1734, Tépée que la ville de Paris offrit au dauphin. Toutes les cours demandaient ses œuvres à Tenvi et s'empressaient de sacrifier à ce qui était le bon goût du jour.

Ce qu'était ce bon goût et ce qu'étaient ces œuvres. Th. Germain a pris soin de nous le montrer dans les Éléments d'orf€f3rerie qu'il publia chez lui, place du Carrousel, à l'orfèvrerie du roi, en 1748, Tannée, même de sa mort. Ce recueil , divisé en deux parties : orfèvrerie d'église et orfèvrerie de table, est bien la réunion des plus réjouissantes fantaisies que Ton puisse.rèver.

Germain qui, dans un court avant-propos, annonce qu'il procédera toujours du simple au composé, semble

H) Gnzetlc. des Fraiix-Art$, t. XI, fk. 115 Cl 116. Paul Mamz, RC' cherches sur i'orfévreiis française»

onrAfiiEiiiB. 443

avoir tonjoiirs en grand souci des contour^. Ceux-ci sont presque toujours roulants et arrondis, malgré les rocaillcs au ton mat dont le fond poli des pièces est surchargé, et il est rare qu'une moulure solide vienne en interrompre la ligne serpentante.

En môme temps que ses propres compositions , Th, Germain a publié quelques pièces du service que Jacques Koettiers (1707 + 1784) exécala pour le Dauphin, pièces qai ne se distinguent de celles du maître que par an emploi plus grand de la figure humaine ; mais ce sont toujours les mêmes formes contournées, le même abus de ce style qu'un seul mot suffît à carac* tériser et qu'on appelle « rocaille. »

Dans l'œuvre de T. Germain, l'on devine Texéculant. Les nécessités de la fabrication maintiennent sa main dans une certaine mesure; mais en feuilletant Foeuvre de Meissonnier, Ton voit que Ton n'a affaire qu'à un décorateur, bien qu'on y trouve une foule de modèles pour vaisselle religieuse, vaisselle de table, et bijouterie, comme tabatières, pommes de canne à cannelures en spirale et poignées d'épées. Cependant, la nécessité, triste contrainte pour des gens de cette trempe, de fournir aux exécutants des modèles qu'ils pussent mettre en œuvre, et aux acheteurs des pièces dont ils pussent se servir, a réfréné parfois Tintempérance de Meissonnier. Il y a une imagination presque assagie, eu égard au goût de l'époque, dans la cuvelle et la nef composées pour le roi, et dans le modèle d'un seau à rafraîchir dont deux sirènes forment les anses^ qu'il dessina en 1723.

Ce[)endanl, nous devons noter comme des modèles d'exlravaganre dans le jet des rocaille» qui se hérissent autour des pièces, trop scnildables h des amas de rocs et de iiUu ons, le surtout composé en 1735 pour le duc de Kensington.

Pour cette orfévi 1 1 ic, où Ton sent une recherche si extravagante de la nature que les qualités du métal y disparaissent, sinon dans Texérulion, qui est généralement fine et précieuse, du niuiiis dans la composition, il laliail des ornements pris sur le vif des choses. Aussi

ORFÉTBIBn.

Meissonnier a-t-il publié un « Livre de légumes » disposés en irroupe,tels qu'on les retrouve encore servant de l)outon au couvercle des casseroles à légumes et des

soupières.

Une remarque ét range ressort de Texamen des œuvres dp Th. Germain et de Meissonnier, c'est qu'au lieu de suivre de loin l'architecture, comme elle Tavait toujours fait dans le passé, l'orfèvrerie devance celle-ci dans la transformation de Tart qui a marque les commencements du xviii** siècle. Lorsque tout y est rocaille, la décoration elle-même s'eu tient encore au style de J. Bérain, dans le salon des médailles de VarsaiileSy exécuté après Tannée 1736, et même dans les appartements de rhôtel de Soubise que Germain Boffrand décora entre les années 1735 et 1740.

L'orfèvrerie et la bijouterie s'ingéniaient à fournir à tons les caprices de la mode, et à imaginer une foule d'accessoires anx habillements ci For et Targentétaient tissés en même temps que la soie, sans songer qu'elles fabriquaient une foule de choses non préyues par les édits de jadis. Aussi, au lieu de songer à des restrictions inutiles, un arrêt de la Cour des Monnaies, du 24 mars 1734, soumit-il au poinçonnage obligatoire tout ce qui se façonnait en dehors des anciennes nomenclatures.

Hais il n'entrait pas que de Tor dans la composition de tous ces caprices dont le hasard nous a conservé quelques rares épaves.

Les ors de plusieurs couleurs, l'argent, le nacre, les émaux, se mariaient de la plus heureuse façon pour produire des boîtes , par exemple , chefs-d'oeuvre de grâce et d'éclat, dont le prix résidait surtout dans la main-d'œuvre. Mais la réfriementation n'avait point prévu cela, et ces choses cliannantes n'avaient pas le droit d'exister. Aussi un arrêt de la Cour des Monnaies, du 2 décembre 1755, leur permit-il de vivre (ont en pi oliihant ce qu'on appelait alors le fourré, qui lut autorisé par le Conseil d'Etal le 30mars 1756, à la condition que le mot garni y serait gravé distinctement.

Du reste, Ifô alliages de métaux imitant l'or étaient

depuis longtemps déjà trouvrs. — Un certain Renty, de Lille, avait obtenu, en 1729, un brevet pour la découverte « d'un métail qui imite Ter et en conserve toujours la couleur. » En 1732, Le Blanc, fondeur du roi, trouva paiement un suppléant de l'or propre à faire boucles, pommes de canne, etc. Le roi offrit luimême, en 1742, des bassins en smilor à l'ambassadeur de Turquie (1).

Un peu plus tard, en 1758, TAllemand Strass s'était établi à Paris, quai des Orfèvres, où il vendait avec grand succès de faux diamants fabriqués avec un cristal qui a conservé son nom. Les concurrences s'établirent vite, et un nommé Ghéron, dont les produits étaient plus solides, donna aussi son nom, pendant quelques temps, aux diamants faux sortis de sa boutique. ' Enfin, en 1767, celte industrie du faux était assez considérable pour que Ton eut établi la corporation des joaillier s- faiissetier s.

Celte iiidiislrie du faux de toute espèce était nécessaire pour salislaire mu luxe qui était alors descendu de la noblesse dans la bourgeoisie, et pour réparer les brèches qu'avait faite dans les services de table une fonte des vaisselles ordonnée par Louis XV, en 1759, qui donna l'exemple en envoyant à la Monnaie 5,400 marcs d'argent. Un quart de la valeur en poids était donnée immédiatement, le surplus étant réglé en bons à 6 7o*

Tandis que nous étudions les transformations que la mise en œuvre des pierres et des métaux précieux subit en France pendant la première moitié du xviii^ siècle, il ne faut point omettre que la bijouterie fut pratiquée en Saxe avec un grand succès, et qu'elle y prit un aspect tout particulier.

(1) Gateite des Bmufi-ÀrtSf U XI, p. 128. Paul llANti. Beeherehes sur i'orjfévrerie»

ORFÉVRBMK.

Un nommé Jean Melchior Diglinger, né à Biberach, près Ulm, en 1065, après avoir travaillé à Augsbourg et avoir visité l'Italie, fut appelé à Dresde par Auguste le Fort, en 1702, et y travailla jusqu'à sà mort en 1731. Pendant la durée d'une trentaine d'année, Melchior Diglingler, aidé de ses fils et de quatorze ouvriers» a mis en œuvre Tor, les pierres précieuses, les perles et rémail pour réaliser les caprices les plus baroques du roi, son maître (1).

Toutes ces œuvres, conservées aujourd'hui dans une des salles de la Grune-Gœwelbe, forment le plus éclatant y mais le plus bizarre assemblage de merveilles de matières et d'exécution. Ce n'est point le rococo qui domine, mais le baroque. On ne voit que perles de formes hétéroclites montées en personnages empruntés aux caprices de Callot et formant des scènes compliquées. L'une des plus vastes est la réception d'un ambassadeur à la cour du grand Mogol, en or émaillé, fruit (le luiit années de travaux. Ces œuvres ont foi lué une croie de bijouterie qui a répandu en Europe ses boites de pierres dures, montées en ors de plusieurs couleurs, qui sont des modèles d'exécuiiun.

Au plus fort du triomphe de toutes ces extravagances, un fait important, qui semble bien étranger cependant à rhistoire de Torfévrerie, la découverte d'Herculanum ; le retentissement qu'eut dans le monde la nouvelle d'une ville retrouvée; les voyages que firent alors en Italie et à Naples les artistes*^ français, avec cette préoccupation nouvelle de Tari antique, surtout celai de SoufiQot et de Gochin. qui, en 1750, accompagnèrent le marquis de Vandières, frère de M*"^ de Pompadour ; l'atelier que de Wailly ouvrit au retour du sien ; puis enfin la lassitude du contourné, du rocaillé, du rococo enfin, et le caprice de la mode, transformèrent peu à peu Torfévrerie et la bijouterie, comme le reste des

1} Comte L.-Cléiiient de Rii. La CuriotUêt la 6rane*G«weU»e, pw M.

ORFÂVR&RUI.

autres arts décoratifs. Le style de Tépoque de Louis XVI fut créé.

Les ouvriers en métaux précieux ou en pierreries qnl créèrent ou suivirent la mode furent d'abord le bijoutier Lempereur, dont quelques-unes désœuvrés ont été p^ravées par Pouget, son élève, en ITGT et 1 Tfii.

Les formes antiques, même telles qu on les comprenait alors, se montrent d'une façon très-discrète dans ces bijoux de formes balancées d'aillenrs, où les ors de diverses couleurs devaient se marier aux pierres précieuses en ligurant encore les attributs des bergerades si chères à Tépoque précédente. Quelques grecques introduisent seules, parfois, leur ligne géométrique au milieu des rubans et des guirlandes de lauriers. L'émail redevint à la mode, et nous le voyons couvrir de sa glaçure transparente et des tons les plus fins l'or guillocliô des boites.

Quant aux formes de Torfévrerie proprement dite, elles durent être celles que les bronziers, ciseleurs alors si habilis . donnèrent aux œuvres dont les estampes de Forty (1765 et 1767), de Delafosse et de tant d'autres, nous ont conservé le souvenir. Boullier, élève de l'école gratuite de dessin dirigée par Bachelier, et ayant gâ]gné la maîtrise, en 1774, par suite d'un concours, fut le représentant le plus déclaré de Torfévrerie nouvelle dont les recueils de Tépoque vantent les formes pures et la simplicité. Cheret, Âu^ste, aui avait fabriqué la couronne du sacre de Louis XVI , et son fils , sont encore cités pour les œuvres qu'on avait pris l'habitude d'exposer avant que de les livrer aux souverains et aux grands seigneurs de tous pays qui les avaient commandées.

Le plaqué d'argent, imitation du « fourré, » dont le régent avait réglementé la fabrication, nous revint d'Angleterre vers 1774. Une fabrique s'était établie à Paris, que Louis XVI prit sous sa protection et déclara manufacture royale en 1785. ?^on-seulement l'orfèvrerie de table, mais la ])ijoulerie en doublé d'or et d'argent sortait de cet atelier qui, ne pouvant suffire au luxe économique que sollicitaient le paraître et le bon

marché, trouva bientôt une redoutable cuncurrenco dans les bijoux d'acier.

De 177G à 1778, la réforme des jurandes ol des maîtrises, provo quée parTurgot, modifia proloiidément l'organisa liou du corps de l'orfèvrerie de Paris. D'abord, les tireurs et les batteurs d'or furent réunis aux orfèvres, et le nombre des maîtres fut porté à 500, de 300 qu'il était auparavant, et le di oit de maîtrise fut abaissé ae 2,400 livres à 800; puis huit gardes du métier rem- ])lacèrent los trois de l'ancien régime. Enhn, le nombre dos maîtres fut illimité, et, en 1781, les lapidaires furent réunis aux orfèvres.

Bientôt la révolution abolit jurandes et maîtrises, et doinia la liberté à la fabrication ûc l'orfèvrerie, tout en la soiimeitant, d'ailleurs, au conlruie de garantie.

Ici nous devons nous arnMer, craignant d'en avoir trop dit et d'en avoir omis plus encore.

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