TRADUCTION
C'est moi qui suis Mesa, fils de Camosgad, roi de Moab, le
Daibonite. | Mon père a régné sur Moab trente années, et moi j'ai régné après mon père, | Et j'ai construit ce bämat pour Camos dans Qarha, ..... car il m'a sauvé de tous les agres-
MONUMENTS MOABITESe x |
seurs el m'a permis de regarder avec dédain lous mes ennemis. | L
Omri fut roi d'Israël et opprima Moab pendant de longs jours, car Camos était irrité contre sa terre. | Et son fils lui succéda, et il dit, lui aussi : « J’opprimerai Moab, | en mes jours, je lui commanderai, et je l'humilierai, lui et sa maison, » | Et Israël fut ruiné, ruiné pour toujours. | Et Omri s'était emparé de la terre de Me-deba, | et il y demeura [lui et son fus, et] son fils vécut quarante ans, et Camos l'a [fait périr] de mon temps. |
Alors je bdtis Baal Meon, et j'y fis des....., et je construisis Qiriathaïm.|
Et les hommes dé Gad demeuraient dans le pays d'[Atarolth depuis un temps immémorial, et le roi d'Israël avait construi. pour lui la ville d'Ataroth. | J'attaquai la ville et je la pris, | et je luai tout le peuple de la ville, en spectacle à Camo: et à Moab, | et j'emportai de là l’Ariel de David (?}, et je le trainai à terre devant la facz de Camos, à Qerioth, | et j'y transportai les hommes de Saron et les hommes de Maharouth (?). |
Et Camos me dit : « Val prends Nébah sur Israël » | Et j'allai de nuit, et je combattis contre la ville depuis le lever de l'aube jusqu'à midi, | et je la pris : et je tuai tout, savoir sept mille [hommes], et les maîtresses, [et les femmes libres], et les esclaves, que je consacrai à Astar-Camos; | et j'emportai de là les vases de Jéhovah et je les traënai à terre devant la face de Camos. |
Et le roi d'Israël avait bâti Yahas et y résidait lors de sa guerre contre moi. | Et Camos le chassa de devant sa face : je pris de Moab deux cents hommes en tout. | Je les fis monter à Yahas, et je la pris pour l'annexer à Daibon. |
C'est moi qui ai construit Qarha, le mur des forêts et le mur de..... | J'aibélises portes, et j'ai bâti ses tours. | J'ai bdti le pulais du roi et j'ai construit les prisons des..... dans le milieu de la ville. |
Et il n'y avait pas de puits dans l'intérieur de la ville,
ans Qarha; et je dis à tout le peuple : « Faites-vous un
puits chacun dans sa maison, » | et j'ai creusé les conduites d'eau pour Qurha, [avec des captifs?] d'Israël. |
C'est mor qui ai construit Aroër, et qui ai fait la route de l’Arnon. | C'est moi qui ai construit Beth-Bamoth, qui était détruite (?) | C’est moi qui ai construit Bosor, qui... Daibon..... cinquante, car tout Daibon m'est soumis. | Et J'ai rempli le nombre de cent avec les villes que j'ai ajoutées à la terre (de Moab). |
Et c'est moi qui ai construit... ... Beth-Diblathaïm, ot Beth-Baal-Meon, et j'ai élevé là le.... la terre. | Et Horonaîm, où residait..... | Et Camos me dit : « Descends et combats contre Horonaïm. » | ..... Camos, dans mes jours..... l'année...
Basalte noir tiès-compacte.
Trouvé, en 1869, au pied d'un monticule, près des ruines de Dhibän (l’ancienne Dibon), à l'orient de la mer Morte, à environ trois journées de marche à l’est de Jérusalem.
Cette découverte fut une véritable conquête pour la science archéologique. Au mois de février 1870, M. Renan ne craignit pas de dire dans le Journal des Débats qu'il la considérait comme la découverte la plus importante qui ait jamais été faite dans le champ de l'épigraphie orientale. M. le comte de Vogüé qui l’annonça le premier à l’Académie, a résumé d’une façon claire et précise les circonstances qui l'ont accompagnée :
« Dans le courant de l’année 1869, M. Ch. Clermont-Ganneau, « drogman chancelier du consulat de France à Jérusalem, avait « appris qu'il existait à Dhibân un gros bloc de pierre noire couvert « decaractères : il l’envoya d’abord reconnaitre par un Arabe de « Jérusalem qui copia grossièrement quelques lignes ; cette copie, « malgré son imperfection, suffit pour lui faire comprendre la « haute antiquité et l'importance du monument; il fit alors « prendre un estampage par un jeune Arabe très-intelligent ; .« mais, dans une querelle qui faillit coûter la vie au messager, « l'estampage fut très-maltraité : arraché encore humide de -« dessus la pierre, il fut déchiré en sept morceaux et froissé en « beaucoup d’endroits. M. Ganneau entra alors en négociations « avec les Bédouins pour l'acquisition de la stèle; mais une « nouvelle quorelle surgit et, par suite d'événements difficiles à « éclaircir la pierre fut brisée en morceaux. Tout esnoir d’avoir
De RS
‘« l'original paraissant perdu, M. Ganneau se mit bravement à
« l’œuvre, n'ayant pour tout élément de travail que son informe « copie et son estampage en lambeaux. À ce moment (25 no- « vembre 1869), M. le comte de Vogüé traversait Jérusalem : il « put constater lui-même les grandes difficultés de déchiffrement a que M. Ganneau avait à vaincre. Heureusement, au commen- « cement de janvier, un des Bédouins dressés par M. Ganneau « lui apportait l’estampage bien fait de deux gros fragments et « quelques petits morceaux de la pierre elle-même. Ces nou- « veaux matériaux lui permirent de reconstituer le texte presque « en entier. »
Plus tard, au prix de mille fatigues, de démarches actives et de longues négociations, M. Ganneau parvint à se procurer les deux principaux fragments de Îa pierre originale et un grand nombre de petits morceaux qu'il rapporta en France (1). Le Musée s’empressa d’acquérir ces précieux débris (1873), heureux de devoir à un Français un texte d’une pareille valeur. Les membres de la société anglaise Palestine eæploration fund, et spécialement le capitaine Warren, avaient pu, de leur côté, retrouver en Palestine quelques petits fragments : en apprenant l'arrivée an Louvre de la portion la plus iportante du monument, ils les offrirent généreusement au Musée.
A l’aide de l'estampage (exposé ci-contre), presque tous les morceaux ont retrouvé leur place primitive et les lacunes ont pu être comblées. Le travail de restitution des parties absentes a été exécuté en plâtre et d’une façon qui permet de ne point les, confondre avec la pierre originale.
Ce texte, véritable bulletin de victoire du roi de Moab délivré du joug du roi d'Israël, est conçu tout à fait dans le style biblique. « Mesa y parle, presque comme David, de ses ennemis « vaincus, et Camos, véritable Jéhovah Moabite, y joue exac- « tement le même rôle que le Dieu des Hébreux prenant la paa role pour faire connaître ses volontés, demandant le sang des « vaincus, les dépouilles des divinités rivales; tantôt accordant «a à son peuple la victoire comme récompense, tantôt lui infli- « geant la défaite comme châtiment. » Il soulève, en outre,
(1) Le 1 avril 1870, M. Ganneau avait entre les mains .vingt morceaux de la pierre : d’abord les deux grands fragments dont l’un perte 358 lettres et l'autre 150; puis dix-huit fragments moins important dont le plus gros porte 38 caractères. et le plus petit une seule lettre.