‹ Notice des peintures sculptures, gravures et lithographies de l'écoleChapitre 4 sur 77 · INTRODUCTION. VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VII

Ces réflexions judicieuses por ôrent leurs fruits, et si le projet d*un musée au Louvre ne fui réalisé cumplélement que longtemps après les vœux exprimés par La Font de Saini Yenne, le public, du moins, ne tarda pas è jouir de la yu^ <|e peiiilures dont il ignorait pour ainsi dire Texistmce. Une partie des tnbleaux du Cabinet du roi fut exposée pour la première fois au Luxembourg le 14 octobre 1750. L'avertissémétit qui précède la Notice publiée alors nous apprend que : « Sa Majesté a permis qu*une partie de ces tableaux fût transporiéie à Paris pooi d^outer dans sou palais du Luxembourg Tappartement qu'occupait ci devant la reine d'Espagne, afin qoe les amateure de la peinture et ceux qui cherchent à se perfectionner dans cet art si subiimepuissent avoir la liberté de faire de$ remarques utiles sur les belles choses qui leur seront exposées, a L^6y.*rtissefiient est accompagné de cette note caractéristique : « Il en fut question dans l'année 1747, nuis cela n*a pu s*al;rangi*r qu'en 17ôO. » Il est èv dent qu'où évita de recoijoaltre officiel lemeiii le mérite de rinitiati\e prise dans cette occasion par LaFoot de Saint-Yenne, qui, dans une deuxième édition de son Kvre publiée en 17â2, établit de neuveju son droit d'inventeur dam* uiie phrase élogieuse remplfe de tact et de finesse : « De quelle reconnaissance le public n*esl>ilpas redevable envers M. de Tournehem d'avoir bien voulu exécuter cette idée et remplir les vœux de tout Paiis et <res étrangers en exposant les tableaux du Cabinet du roydaiis le palais du Luxembourg, et arrangés dans un très bel ordre! » Remarquons en passant que si M. de Tournehem eut le mérite d'exécuter l'idée du critique La Font, M. de Marigny, qui lui succéda, s'appropria à snii tour le mérite d'a\oir ordonné l'arraniiement, ainsi qu*0D le peut voir dans la préface du catalogue imprimé en 1761.

L'exposition des peintares au Luxembourg était diîisée en deux parties :

L'une comprenait les 21 tableaux représentant .l'histoire de Marie de Médicis, depuis sa naissance jusqu'à l'accommodement qui se fit à Angers entre elle et le roi Louis XIII, en 1()20, chefsd'œuvre exécutés par Rubciis de 1621 à 1023, et qui occupaient encore leur emphcemeni primitif, c*e:»t-à-dire la galerie située au premier étage de Taile 4roiie» détruite en partie et remauiée coin-

VIII INTBODUCTION.

plétement pour IViab]i.csempnt de re^calier d'honneur construit par Chalgrîn, lorsque le S(^iial conservateur nul otcupei le palais.-La galerie de Rubeiis était otnerte les mêmes jours, que le Cahinet du roi» placé dans une autre local it(^, et celte exhiJi)iiion publique fut sans doute le salut de ces inestimables peintures livrées depuis longtemps à une honteuse destruction, ainsi que nous rapprend en(*ore La Font de Saini-Yenne : « Ils sont cependant, dit-il. du côté de la cour, presque détruits par la négligence des concierges, qui laissent les vitraux des croisées ouverts dans les jours les plus brûlants, et dévorer à Tardeur du soleil depuis le midi jusqu'à ce qu'il soit entièrement couché, ces tableaux sans prix, ces beautés que toutes les richesses du souverain ne pourraient aujourd'hui reniplarer; » et « il était temps, ajoute- t-il dans une note, d'arrêter un si grand dommage et de garantir ces tableaux d'un plus grand dé[iéns$QmenU» {Béflejrions sur quelques causes de Vétat jtrésent de la peinture en France, 1752, p. 233.)

La deuxième partie de l'exposition, formée de tableaux choisis dans le Cabinet du roi, était placée dans l'appartement de la reine d'Espagne, Louise-Élisrtbetb d'Orléans, ûUe du régent, qui, mariée à Louis 1er d'Espagne, fils aine de Philippe Y, revint en France en 1725, après la mort de son mari, et habita le Luxembourg depuis cette époque jusqu'en 1742, année où elle mourut. Outre l'appartement de U reine d'Espagne, les tableaux occupaient encore la grande galerie où l'on voit maintenant les ou\ rages des artistes vivants, et qui était restée inachevée jusqu'en 16)0. Cette galerie, parallèle à celle renfermant Thistoire de Marie de Médicis, devait être également décorée par Rubens, qui fut chargé d'y retracer les principaux événements de la vie du roi Louis XIII; mais ce projet ne recotqu'uncommencementd'exécuiion. Quelques esquisses, la Bataille d'Ivry et le Triomphe d'Henri IV, compositions ébauchées et conservées à Florence, une Marie de Médicis sous les traits de la France couronnée par des génies, tableau terminé, qui fait rornemeni de la riche collection de M. L. Lacaze À Paris, tels sont, à peu près, les seuls ouvrages entrepris par Tillustre artiste pour l'histoire du grand roi.

L'arrangement de cette partie de l'exposition fut fait par Jacqaes Bailly, qui avait succédé à son père, Nicolas fiailly, dans l'emploi

urntOBucTiON. v^

de garde des tableaux du roi (1), Le Cabinet du Luxembourg ouvrit ses perles pour la premi'Te fuis au public le 14 octobre 1750. On y était admis jusqu'au mois d*oclobre les mercredis et samedis, depuis dii heures du matin jusqu*à une heure après midi, et du mois de mai au mois d'octobre, les mêmes jours, mais de quatre beures après midi jusqu'à sept heures du soir. Parmi les 96 tableaux exposés, on admirait :— de Raphaël : laBelle Jardinière; saint Georges combattant le dragon; le saint Mt'c/iel ; — d'Aii- PRè DEL Sabte : la Charité, que Picault venait de transporter de bois sur toile par un procédé tout nouveau alors, et qui parut tellement extraordinaire qu'on plaça à côté de la peinture rancien panneau, afin de ne laisser aucun doute sur un fait aussi intires' sont pour les amateurs et pour les artistes ; — de Titien : Jupiter et Antiope; saint Jérôme dans le désert; la Vierge^ TËnfant* Jésus, sainte Agnès et saint Jean ; la Vierge au lapin ; — de Paul YÉROifÈSE : le Martyre de saint Georges (ce tableau ne figure plus sur les inventaires); Moïse sauvé des eaux (qui se trouve au Musée de Lyon); TAdoration des mages (M.) ; la Vierge , rEnfant- Jésus , saint Georges, sainte Catherine et un religieux de l'ordre de Saint-Benoit; — de GoRRtsGB : Jupiter et Antiope; — de Poussin : les quatre Saisons; MoYse sauvé des eaux; la Peste; TEnlèvement des Sabines; la Manne; le Triomphe de Flore; la Vierge au pilier; une Bacchanale; le Ravissement de saint Paul ; — de Claude Lorrain : un Soleil couchant ; le Débarquement de Cléopâtre ; un paysage ; une marine; — de Rubens : la Vierge aux anges (que le catalogue dit être les saints Innocents); la Ker< messe; le Paysage à Tarc-eii-ciel ; — de Caratage : le portrait d*Alophe de Vignacourt; — de van Dyck : le portrait d'une dame avec sa fille ; le portrait d*un homme avec son fils ; un portrait en buste ;'de Berghem : deux paysages ;— de Rembrandt : Tobie et sa famille prosternés devant Tange du Seigneur qui disparaît ; — de WouwERM ANS : une femme en habit de chasse accompagnée de plusieurs cavaliers; une Écurie^ — etc.

(1) Sylvain Bailly, qui joua un rôle si important au commencement de la révolalion, était flls de Jacques Bailly, et devait également succéder i son père. On a imprimé de lui, en 1810, un volume in-8o intitulé : Keeueil de piècet intérenantei twr les wrtt^ U» icienees et la littérature, ouvrage posthume.

X WTROBUCTIOn.

Plusieurs dessins, dont quelques-uns de Raphaël, que les amo" teurs verront avec plaisir, comou raient à la beauté de la décoration des pièces^ mais ncfi^uient pas au catalogue parce que Ton compte les changer de temps en temps. Une autre édition de cette même Notice ''ait observer qu*on n*a pas mis sur ces dessins de numéros ni les noms des auteurs , pour laisser aux amateurs éclairés l'avantage de décider.

Cette exposition , sans autres changements que Taddition de quelques tableaux et de quelques dessins, continua jusqu'au régae de Louis XVI: mais lorsque le Luxembourg, au mois de décembre 1779, fut donné eu apanav'e par le roi h eon Trère Monsieur^ comte de Provence, plus lard Louis XYIII, on enleva du palais non-seulement le Cabinet du roi, mais encore la galerie de Rubens» pour ne pas laisser une propriété de l*Élat Hans un édifice devenu une possession particulière. Nous ne connaisfions pas la date exacte de cette translation, mais elle était opérée longtemps avant 1787, ainsi que le prouve ce passade du Guide des amateurs de Thierry (t. II, p. 424), publié cette même année : « 11 y avait autrefois dans la galerie qui règne sur Taile droite de la cour 20 grands tableaux peints par Rubens, etc. Tous ces tableaux, ainsi que ceux de Tapparlement qu'occupait la feue reine <iouairière d*£spagne, ont été retirés de ce palajs depuis qu*il appartient à Monsieur, et doivent faire partie de la collection qui enrichira le Muséum du Louvre, n

Quelque temps avant la révolution de 1789, M. d'Angiviller avait fait transporter tous les tableaux du Luxembourg au Louvre pour y être restaurés. Ils étaient en fori mauvais état, et restèrent empilés et cachés, à Texception de quelques-uns qui plus tard furent exposés au Muséum central décrété par TAssemblée constituante.

Depuis fort longtemps le Luxembourg était tombé dans un état de dégradation qui exigeait d'importantes restaurations. Elles ne furent décidées cependant qu*au mois de brumaire an IV (octobre 1795), lorsque le Directoire eiécutif prit possession de ce palais. Les travaux, poussés avec vigueur pen'iant les années Vï et VII (1797, 1798), suspendus après les événements du 18 brumaire^ ne reprirent que lorsque le Sénat conservateur succéda

INTRODUCTIOIf. Xï

au Birecfoire. Tous les changements opérés par Tarchitecte Chalgrin étaient terminés en 1804, Dés 1801, sur la demande des pn-i leurs du Sénaf, M. Chaptal, alors ministre de rintérieur» arrêta, pour rendre au palais où siéjçeait la prcmièie autorité de rÊial, une partie de sa splendeur, qù*un musée, dpnt la galerie «'le Ruben$ formerait le plus riche ornement , serait Installé dans la iQ^ÇHî^ et dans les pièces nouvellement disposées.

ï?it ronséquence, le 5 germii^al (aOtnar!^), Îel7 flortFal (7 mai)Jft 3 Hiermtdor an X ( â2 juillet 1802)1 le musf^e central livra pour le» Luxembourg les tableaux de Rdbbns; >- le Repas du pharisien;' leiictîl tableau de lia Cène; une Noite-Dame de pitié; une pelitç^ Fiffej oignant tes mains; un Christ venant des chartreux, de Phi-» Li'i^'pè 6e CHATtfpXiGNRî — TAdorailon des mages, de Pocssitc; -* leî Pél^rlîîs d^Emmaûs (dont legraiid'rejrt'a au'lWâsée) , de Rem^ BRATnir; — 'saFnte Anne, la Vieific, sainte r.aiberine cl saint Jean, tableau provenant du palafs PMti, de Raphaël; - iin paysage ciYilré de Hebmaïi d'Italie; — une petite marine de vaw det» VfeLDEr— 2 tableaux formés de plusieurs panneaux en mauvais état, faisant partfe du cloitie des chartreUx, représentant, Tun le' plan de la chartreuse et une vue de Paris; l'autre, dont i) m*an(i^ue plusieurs parties, Ta Dédicace dé TÉglIse, dé Lescëur; — phis, dlx-sept volets et trois parties qui couvraient tes tableaux du cloître des chartreux. Entin la collection s'accrut encore Je 3 nivôse an XI (24 décembre 1802), de la collection des ports de France de Vernet et de Hue, placés au ministère de la marine, et des tableaux de la ^ie de saint Bruno, peints par Lesueur pour le cloître dès chartreux, extraits du Musée de Técole française installé à Versailles.

Arexception de quelques additions, tellesqu'uneDanaë de Titien, un paysage de RvIsdael, une Halle d'IsAAC Ostade, la Leçon de musique de Terburg, le Musée du Luxembourg, ou>ert en 1803 , resta ainsi cou.siitué Jusqu'en 1815, époque où une ordonnance rqyale attribua ces di\erses collections au domaine de la couronne, pour remplir dans le Musée du Louvre les lacunes existant par suite de rcnlèvcnicnt des tableaux que les puissances élrangcrcs avaient repris.

XII IHTRODUCTION.

Louis XVITI voulant, d'un autre côt^ que le palais de la Chambre 4es pairs ne Tût pas d(^pouii!é de coUeclions qui contribuaient à son importance, ordonna la formation dans le même local d'un musée consacré spécialement aux artistes nationaux vivants. Afin de réaliser ce projet, on choisit dans les résidences royales et dans les magasins du Louvre tout ce qu'on put trouver de remarquable de l'école française moderne pour remplir la nouvelle galerie.

Ce fut le 21 avril 1818 qu'elle s'ouvrit pour la première fois. Le catalogue nous apprend qu'elle renfermait alors 74 tableaux d'ar» tistcs vivants et 17 tableaux de différents maîtres anciens, qui furent retirés le 23 mars 1821 , et transportés au Musée royal.

Cette collection, incompl(^ie à son origine, acquit peu à peu une grande valeur par d'importantes additions. On y vit bientôt figurer, de lUviD : U Mon de Socrate; les Amours de PÂrisct d'Hélène ; les Sabincs; le Léonidas , acheté au peintre alors en exil à Bruxelles; — de Gbos : les Pestiférés de JafTa ; la Bataille d'Aboukir; — de Gérard: la Psyché; la Corinne; obtenues d*abord à titre de prêt des propriétaires de ces tableaux ; — de Girodbt : le Déluge, etc. — Enfin à la suite de chaque salon la liste civile et l'État se rendirent possesseurs des ouvrages jugés les plus remarquables, et n fut décidé que dix ans après la mort de leurs auteurs on choisirait parmi ces mêmes ouvrages les plus saillants pour leur donner un dernier et honorable asile dans les galeries du Louvre, où ils viendraient prendre place à côté de ceux de leurs illustres prédécesseurs et continuer l'histoire de Tart français.

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