I. Bijoux de la Reine Aah-hotep
Le Cercueil de momie qu'on aperçoit à droite en entrant dans la Salle des Bijoux est celui qui contenait les deux tiers des objets précieux conservés sous la cage vitrée placée au centre de la salle. La cuve peinte en gros bleu sans aucune décoration n’ayant pas d'intérêt et prenant, d'ailleurs, une place considérable, nous n’avons exposé que le couvercle.
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Ce couvercle est momiforme, et doré tout entier extérieurement. L’urœus, symbole de la royauté, se dresse sur le fond. Les yeux et les oreilles sont rapportés. L’enveloppe des yeux est en or, le blanc est en quartz, la prunelle en pâte de verre noir.
Les dessins qui les couvrent sont tracés à la pointe. Un collier cache les épaules et la poitrine. Sous le collier sont placés l’urœus et le vautour, groupe qui exprime la souveraineté sur la Haute et la Basse-Egypte. Une inscription verticale descend le long des jambes jusque sous les pieds, où l’on voit deux images d’Isis et de Nephthys dans l'attitude des pleureuses. En tin, par dessus ces ornements de détail, un système de grandes ailes enveloppe la momie tout entière.
Si l'on demande à l’inscription verticale dont nous venons de parler le nom du personnage dont ce cercueil a contenu les restes, on y voit, après les formules d’invocation à Phtath-Sokar-Osiris et à Hatlior, que ces restes sont ceux de la royale épouse principale , celle qui a reçu la faveur de la couronne blanche, Aah-hotep, vivante pour V éternités
Notre cercueil contenait donc la momie d’une reine, et si l’on se rappelle :
1° Que les cercueils des rois Entef (XIme dynastie) conservés au Louvre et au Musée Britannique sont dorés par les mêmes procédés et couverts, comme le nôtre, du même système d’ailes tracées à la pointe ;
2° Que les uns et les autres portent sur la poitrine le groupe emblématique formé de l’urœus et du vautour, et sous les pieds les deux pleureuses agenouillées ;
3U Que des deux côtés la cuve est peinte en gros bleu, et taillée dans un tronc d’arbre évidé ;
4° Que le nom (TA ah-hotep est un nom commun pour les hommes et pour les femmes sous ces mêmes rois Entef ;
B° Que notre reine Aah-hotep est revêtue d’un titre (celle qui a reçu la faveur de la couronne blanche) qui appartient de préférence à la XIme dynastie ;
6" Qu’elle n'est pas dite la justifiée , omission qui est la règle sous l'Ancien-Empire et qui, sous les contemporains des Entef, est le cas le plus fréquent ; on conclura à priori que, commë les Entef de Paris et de Londres, la Aah-liotep appartient à la XIme dynastie.
A l’ouverture, la momie semble justifier ces prévisions. Sous la XIme dynastie, l’emmaillotage proprement dit est rare; les morts sont plutôt entourés de linges en forme
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de linceuls que serrés dans des bandelettes; entre ces linges sont placés des objets de toute sorte en rapport avec les usages de la vie privée ; d’autres objets de même nature adhérent à la peau, ou bien encore sont déposés dans les vides du cercueil. Or l'embaumement de la reine Aah-hotep s’est fait exactement dans ces conditions. Deux barques d’or et d’argent, des haches de bronze, de gros bracelets de jambes ont été trouvés à côté d'elle, sur le bois du cercueil. Entre les linges mal noués étaient déposés, comme au hasard, des poignards, une hache d'or, une chaîne garnie de trois mouches d'or, un pectoral. Enfin le cadavre lui-même était revêtu d’une autre chaîne d'or ornée d'un scarabée, de bracelets, d’un diadème, etc. En un mot l’intérieur du cercueil ne démentait pas l’extérieur et tout jusqu’ici nous porte à conclure que si les Entef de Londres et de Paris sont des rois de la XImc dynastie, l'Aali-hotep de notre Musée sera une reine du même temps.
Mais dès qu’on interroge les inscriptions tracées sur les monuments divers dont je viens d'indiquer l'origine, le doute commence. La barque d’or massif, les haches de bronze portent le nom du roi Ra-oual'-Kheper Kamès ; les plus riches des autres objets sont marqués au nom de Ra-neb-pehti Ahmès-mklit; quant au cartouche de la reine, on ne le retrouve plus une seule fois. Or Ahmès, ou Amosis, est un des rois les plus connus, et tout le monde sait que le vainqueur des Hycsos est le premier roi de la XVlIIme dynastie. Les ressemblances de style (dont les tombes de Drah-abou’l-neggah nous ont fourni mille autres exemples) nous ont donc trompés; comme je l’ai expliqué autre part, l’Egypte est revenue sous la XVIIme dynastie avec la plus singulière persistance au style de la XIme, et la reine Aah-hotep sera désormais pour nous une contemporaine d'Amosis.
Restent à expliquer les liens de famille qui l’unissent aux deux rois nommés dans son cercueil. De ces deux rois Amosis est le plus récent, d’où l’on peut conclure que notre princesse sera morte sous son règne. Mais Aah-hotep était-elle sa rouait' épouse principale, ou celle de Kamès '? Notons que nui le part Aah-hotep n'est dite soit la mère de l’un, soit l’épouse de l'autre. D'un autre côté, à moins que Kamès ne soit un de ces rois éphémères comme la XVlIme dynastie a dû en produire, le prédécesseur d'Amosis est, non pas Kamès, mais Raskenen. La lumière est donc loin d’être faite sur les problèmes que soulèvent ces
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questions compliquées. Ce qui est probable, c’est qu’Aahhotep était la femme de Kamès, et qu’elle sera morte sous le règne d’Amosis, soit que celui-ci ait été son fils (conjecture que semble autoriser le soin tout filial dont témoigne le luxe vraiment extraordinaire de la tombe*), soit que, rex noms et sans généalogie connue, il ait voulu laisser à la femme de l'un de ses prédécesseurs son titre d’épouse royale.
Quoi qu’il en soit, voici la description des bijoux exposés dans la cage vitrée qui occupe le centre de la salle dans laquelle nous pénétrons. Je rappellerai que ces bijoux, contemporains du premier roi de la XVIlIrae dynastie, sont antérieurs de dix-sept cents ans environ à l’ère chrétienne et par conséquent comptent aujourd’hui un peu plus de trente-cinq siècles de durée. Pour plus de clarté, je divise la cage en Face antérieure (côté de la porte d’entrée), Face postérieure , Face latérale droite et Face latérale gauche.
Face antérieure.
810. — Bracelet d’or à double charnière. Figures d’or finement gravées sur fond de pâte de verre bleu imitant le lapis. Amosis est à genoux. Devant lui et derrière lui le dieu Seb et les génies de la terre dans l’une des postures de l’adoration. Style très-fin. Un des meilleurs morceaux de la collection.
811-812. — Deux bracelets d'or et de perles. Les perles sont d'or, de lapis, de cornaline rouge et de feldspath vert. Elles sont enfilées sur des fils d’or. L’ensemble forme un damier dont chaque case est de deux couleurs. Une lame fendue en deux parties qui se séparent et se ferment au moyen d’une aiguillette d'or opère la. fermeture. On y lit le nom d’Amosis.
813. — Un bracelet composé de deux parties réunies par une charnière.
(*) Le cercueil et les bijoux d'Aah-hotep présentent d’ailleurs des anomalies si grandes que le titre de royale épouse principale (de Kamès), au lieu de royale mère (d’Amosis) peut à peine nous arrêter, surtout si Kamès était encore vivant à l’époque de la mort de celle que nous croyons avoir été sa femme.
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La partie extérieure représente un vautour, les ailes éployées. Le jeu des plumes a été imité par des pierrettes de lapis, de cornaline et de pâte de verre de la couleur du feldspath, enchâssées dans des cloisons d’or. Ce travail est celui que faisaient le plus communément les orfèvres égyptiens.
La partie postérieure, plus mince, est formée de deux bandeaux parallèles ornés de turquoises dont un dessin seul pourrait faire connaître la disposition.
Si ce bracelet a servi, il n’a pu, à cause de ses dimensions, être porté qu’à l’humerus.
814. — Un beau diadème. Si ce bijou n’avait pas été trouvé sur le sommet de la tête de la reine en partie engagé dans ses cheveux, j’y verrais plutôt un des plus magnifiques spécimens de bracelet d'bumerus que l’on puisse voir.
La décoration est très-riche. Une boîte en forme de cartouche royal gardé de chaque côté par deux petits sphinx affrontés en forme le motif principal. Le couvercle de la boîte reproduit le cartouche d’Amosis, or sur fond de pâte bleue imitant le lapis. Les deux sphinx sont aussi en or. Si petits qu'ils soient, les yeux sont rapportés par le procédé dont nous avons parlé à propos du cercueil de la reine. Le reste du diadème ne saurait être bien décrit sans le secours d’un dessin.
815. — Une magnifique chaîne à laquelle est appendu un scarabée. Elle a 0U190 de longueur, et se termine à chaque extrémité par une tête d’oie recourbée. D'autres exemples nous entraînent à dire que cette chaîne ne se fermait pas autrement qu’en liant des deux têtes d’oies au moyen d'une ficelle. Ici encore le nom d’Amosis se lit sur le cou de ces animaux.
Le scarabée mérite toute l’attention du visiteur. Les pattes qui sont d'un travail si fin qu’on les croirait moulées sur nature, sont soudées au corps qui est d’or massif. Le corselet et les élytres sont en pâte de verre bleu tendre, rayée par des lignes d’or. La flexibilité de celte chaîne atteste une habileté de main-d’œuvre vraiment surprenante.
816. — Une hache. Le manche est en bois de cèdre recouvert d'une feuille d'or. Des hiéroglyphes y sont
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découpés à jour. Ces hiéroglyphes sont précieux pour la science en ce qu’ils révélent pour la première fois, au complet, le protocole royal d’Amosis. Des plaquettes de lapis, de cornaline, de turquoise et de feldspath y sont encastrées, et en rehaussent l'éclat.
Le tranchant est de bronze , orné d'une épaisse feuille d'or. Ce tranchant est enrichi sur ses deux faces de représentations. D'un côté sont des bouquets de lotus dessinés en pierres dures sur un champ d’or. De l’autre , sur un fond bleu sombre donné par une pâte si compacte qu elle semble être de la pierre , se détache la figure d’Amosis, les jambes écartées , le bras levé pour frapper un barbare qu’il a saisi par les cheveux. En dessous de cette scène est une sorte de griffon à tète d’aigle. Dans les récits de batailles, les rois sont souvent comparés au griffon pour la rapidité de leur course quand ils se précipitent au milieu des ennemis. En effet le griffon est ici appelé Montli que nous savons déjà être le dieu des combats (voy. Salle du Centre , 174). L’expression aimé de Month qui accompagne son image s’applique à Amosis.
Le tranchant de notre hache adhère au manche au moyen d’une simple entaille dans le bois , consolidée par un treillis en or.
817. — Un poignard d'or etson fourreau également en or. Monument sans égal pour la grâce et l'harmonie de formes. Quatre têtes de femmes en feuilles d'or repoussées sur le bois forment le pommeau. La poignée est décorée d’un semis de triangles or , lapis , cornaline et feldspath, arrangés en damier. La soudure de la lame au manche est artistement cachée par une tête d’Apis renversée.
La lame est la partie la plus remarquable de ce magnifique monument. Le pourtour est en or massif. Une bande d'un métal dur et noirâtre occupe le centre. Sur celte bande sont des figures obtenues par une sorte de damasquinage.
D'un côté est l’inscription : le dieu bienfaisant, seigneur des deux pays, Ra-neb-pehti , vivificateur comme le soleil à toujours. Cette inscription est suivie par une représentat ion très-rare qui n’est pas exempte d’une certaine inlluence asiatique, celle d’un lion se précipitant sur un taureau. Quatre sauterelles qui vont en s’amincissant jusqu’à l’extrémité de la lame terminent la scène.
De l’autre côté on lit près de la poignée : le pis du soleil
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et de son (lune , Ahmès-mkht , vivificaleur comme le soleil à toujours. Quinze jolies fleurs épanouies qui, comme sur l'autre face , se perdent vers la pointe, complètent l'ornementation.
818. — Un bracelet. Perles cUor, de lapis, etc., enfilées sur des fils d'or assez espacés pour que le jour se voie à travers. Sur le fermoir, légende d’Amosis.
819. — Un poignard. La lame est de bronze jaunâtre très-pesant. Le pommeau est un disque lenticulaire d’argent.
On se sert de cette arme en appuyant le pommeau sur la paume de la main fermée, et en laissant passer la lame entre l'index et le médium.
820-821. — Deux mouches or et argent. Décoration de collier (voy. plus bas, n° 829).
822. — Un bracelet en or massif, épais, sans aucune décoration.
Face latérale droite.
823. — Un magnifique collier ousekh. Le collier ousekh est déposé sur les momies en vertu d’une prescription du Rituel. 11 s’agrafe sur les épaules et ne couvre que la poitrine qu’il cache complètement.
Celui que nous avons sous les yeux est d’une composition aussi riche qu’inusitée. Des cordes enroulées, des Heurs à quatre pétales épanouies en croix, des lions et des antilopes courant, des chacals assis, des éperviers, des vautours, des vipères allées, en forment le dessin. Les deux agrafes, selon l’habitude, sont à tète d'épervier.
Tous ces ornements sont en or repoussé. Ils étaient cousus aux linges de la momie par le moyen de petits anneaux soudés par derrière.
824. — Ce pectoral est, avec le bracelet à fond bleu et le poignard damasquiné, l’un des trois objets les plus précieux de la collection. La forme générale du monument est celle d'un petit naos, ou petite chapelle. Au centre, Arnosis est représenté debout sur une barque. Deux divinités, Ammon et Phré, lui versent sur la tête l'eau de purification. Deux éperviers planent au-dessus de la scène comme des symboles du soleil vivifiant.
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Le travail de ce beau monument est tout-à-fait hors ligne. Le fond des figures est découpé à jour. Les figures elles-mêmes sont dessinées par des cloisons d’or dans lesquelles on a introduit des plaquettes de pierres dures (cornaline, turquoise, lapis, pâte imitant le feldspath vert). Ainsi disposée, cette sorte de mosaïque, où chaque couleur est séparée de celle qui l’avoisine par un brillant iilet d’or, donne un ensemble aussi harmonieux que riche.
Par la finesse et la netteté de sa gravure, l’envers du naos d’Amosis, qui est d’or simple, est aussi remarquable que la face principale.
825. — Un collier formé de plusieurs rosaces auxquelles sont suspendus des ornements en forme d’amande. Les rosaces sont en or avec incrustations de pierres entre cloisons. Les amandes sont également en or. Les couleurs bleu et rouge qui les distinguent sont obtenues cette fois par des pâtes de ces deux nuances imitant l’émail.
826. — Les petits rectangles d’or où l’on aperçoit encore çà et là quelques perles enlilées sont les débris de bracelets que nous avons trouvés détruits.
827-828. — Deux anneaux creux en or, ayant probablement servi de bracelet, comme l’armille dont se paraient les femmes dans l’antiquité classique, particulièrement en Grèce. Il est sans ornements. La collection des bijoux de la reine Aah-hotep en comprend plusieurs de ce modèle.
Face postérieure.
829. — Une chaîne d'or. Trois mouches en or massif y sont suspendues. Cet ensemble constitue une sorte d’ornements de poitrine qui se portait passé au cou.
Des preuves plus solides seraient nécessaires pour bien établir que la mouche était, comme on l’a prétendu, une décoration honorifique.
830-831. — Deux têtes de lion. L’une est en bronze, l'autre en bronze revêtu d’or. La tête du lion est l’hiéroglyphe du mot peh , qui signifie vaillance. Nos deux monuments ont sans doute été introduits parmi les objets précieux dont était enrichie la momie de la reine parce qu'ils font partie du cartouche-prénom d’Amosis ( Ra-neb -
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pehlî). On remarquera l’attitude fière de la tête de lion en or.
832. — Un bâton de bois noir, recourbé à son extrémité et entouré d’une large feuille d’or en spirale. Spécimen unique. Peut-être, à l’époque de Kamès et d’Amosis, étaitil un signe de commandement. On le trouve aujourd’hui, exactement sous la même forme, entre les mains de la plupart des Nubiens et des Soudaniens, pour lesquels il n’a plus aucune signification symbolique.
833. — Un beau poignard à manche d’or massif, à lame de bronze pâle.
834. — Une hache. Le manche est de corne, rehaussé d’or à son extrémité inférieure. Le tranchant est d’argent.
835. — Un chasse-mouche ou flabellum. Le manche et le couronnement sont de bois recouvert d’une feuille d’or. Au pourtour du couronnement on voit encore les trous dans lequels s’agencaient les plumes d'autruche qui formaient l’éventail proprement dit. Des représentations assez grossièrement sculptées s’y font voir. Le dieu Chons debout, suivi d’un urœus dressé, reçoit une offrande du roi Kamès. Celui-ci est casqué: il tient en main la croix ansée, et à son tour il est suivi de son nom d’enseigne ( s-l’af-leti ) surmonté de l’épervier.
S-Vuf-teti signifie Y approvisionneur des deux mondes. Vers le temps où Kamès régnait à Tlièbes, Joseph recevait dans la Basse-Egypte de l’un des rois de la dynastie des Pasteurs (voy. Eusèhe dans Manéthon) le nom de TsaphnaUi Ilanêa’h (les Septante l’écrivent Psonlhom-phanech) . On remarquera que Tsaplmath reproduit avec une scrupuleuse fidélité l’égyptien T’af-en-to, r approvisionneur du monde (*). Il ne faut cependant rien conclure de ce rapprochement, si ce n’est que le nom d’enseigne adopté par Kamès a pu être porté comme nom propre par des particuliers, à l’exemple de Sam-teti et autres. •