‹ Notice des principaux monuments exposés dans les galeries provisoires du Musée d'antiquitiés égyptiennes de S. A. le Khedive á Boulaq /Chapitre 308 sur 386 · Memphis. -Saqqarah. Calcaire · texte numérisé non relu

Memphis. -Saqqarah. Calcaire

Longueur totale 3 21 Hauteur 1 45

Monument célèbre connu sous le nom de Table de Saqqarah.

Un prêtre de Memphis, nommé Tounar-i, mourut sous Ramsès II, et fut enterré dans un des puits qu’on trouve au milieu du plateau situé auSud de la Pyramide à degrés de Saqqarah. Selon l'usage , on éleva au-dessus de ce puits un édicule funéraire, orné de légendes et de basreliefs. Le monument que nous allons décrire provient de cet édicule.

La table de Saqqarah est gravée sur les deux faces.

A la face principale, Tounar-i est représenté faisant une adoration à Osiris et à Horus, et récitant une longue prière au premier de ces dieux.

La face postérieure nous montre un tableau d’un autre genre. Selon le Rituel , les âmes justes admises à pénétrer dans le séjour éternel y jouiront de la société des rois. Tounar-i a été proclamé juste, et il entre dans l’auguste assemblée.

Tel est le sens général de la Table de Saqqarah.

Mais l’édicule entier de Tounar-i n’aurait pour ainsi dire pas suffi s’il avait fallu y faire figurer la série de tous les souverains qui, depuis Ménès jusqu’à Ramsès II, ont successivement gouverné l’Egypte. Le scribe chargé

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de la décoration du tombeau fera donc un choix parmi eux, et, guidés par des motifs qui nous échappent, réduira à 58 noms la liste des pharaons dont la mémoire est plus spécialement évoquée.

Aucun choix, du reste, ne pourra être plus heureux. Que la table de Saqqarah, malgré ses omissions, ait été calquée sur l’original qui a servi de fond aux listes de Manéthon, c'est ce qui est évident. Des deux côtés le parallélisme est constant. Les rois que Manéthon place à leur rang chronologique sont énumérés dans le même ordre sur la Table. Nulle part, la Table ne contredit l’a-r rangement des dynasties, tel que nous le trouvons dans Manéthon. Il y a plus. Les deux listes dérivent si bien d’une source commune que leurs deux rédacteurs semblent s’être entendus à mille ans de distance pour appuyer plus spécialement sur certaines dynasties dont les rois sont tous nommés, et pour passer absolument sous silence celles qui, plus obscures ou moins glorieuses, n’ont pas donné à l’Egypte des rois dignes de l'attention de la postérité. Aucun choix, je le répète, ne pouvait être fait dans de meilleures conditions. On sait que, jusqu’ici, notre guide le plus sûr pour nous conduire dans le dédale des dynasties égyptiennes est encore Manéthon. Tout ce qui infirme l’autorité de Manéthon épaissit autour de nous les ténèbres; au contraire, tout ce qui exalte l’œuvre de l'historien national consolide notre point de départ et affermit nos résultats. Or, par la comparaison de Manéthon avec la Table de Saqqarah, nous sommes maintenant de plus en plus certains que ces interminables séries de rois qui effraient l’historien sont celles-là mêmes que les monuments publics de l’Egypte exposaient à tous les yeux. Manéthon sort donc victorieux de l’épreuve. Ses abréviateurs l’ont mutilé et dénaturé; on n’y trouve pas moins çà et là quelques jalons solides, et on peut affirmer que dans leur ensemble ses listes appartiennent à l’histoire officielle de l’Egypte.

Je ne pousserai pas plus loin les réflexions que suggèrent les 58 cartouches de la Table de Saqqarah, renvoyant ceux des visiteurs qui voudraient avoir plus de détails sur ce précieux monument à un article publié, il y a quelques années , dans la Revue Archéologique } nouvelle série, tom IX. p. Ififf.

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917. — Napata.-Gebel-Barkal. (soudan). Granit gris. Hauteur 1 80 Longueur 1 81 Epaisseur O 43

Un intérêt exceptionnel s’attac lient aux cinq monuments que nous allons décrire. Bien qu'ils soient couverts d'inscriptions hiéroglyphiques, bien qu'on y rencontre à chaque pas des hommages aux dieux vénérés de l’Egypte, bien que Memphis et Thèbesy soient fréquemment nommées, ils ne sont cependant pas égyptiens. Ils appartiennent en effet à une civilisation, fille de l'Egypte, qui depuis la XXIIl,,e dynastie jusqu'aux Empereurs, a lleuri de l’autre côté des cataractes.

L'ambition de conquérir ces contrées fertiles que nous connaissons aujourd'hui sous le nom un peu vague de Soudan paraît avoir été en Egypte aussi ancienne que la monarchie elle-même. Sous la XVIII'“C dynastie, l'œuvre était consommée, et le soin de gouverner les provinces nouvellement acquises était réservé à de hauts fonction- . naires qui, sans être de sang royal, recevaient le titre de prince. Sous les derniers Ramsès, l'Egy pte épuisée par ses dissensions intestines laissa-t-elle son autorité s’affaiblir, et l’Ethiopie secoua-t-elle alors le joug égyptien ? lTn des princes de Kousch, profitant de l'éloignement et de ces mêmes discordes, posa-t-il sur son front la couronne? Nous ne le savons pas. Ce qui est certain , c’est que sous la XXlIme dynastie, l'Ethiopie nous apparaît tout-à-coup constituée en royaume indépendant.

C'est sur les destinées de ce royaume, sur son organisation intérieure, sur ses relations avec l’Egypte, que les stèles deGebel-Barkal donnent quelques éclaircissements. Nous venons de dire que la civilisation éthiopienne fut la fille de la civilisation égyptienne; nous pouvons ajouter maintenant qu’elle fut aussi sa rivale. A partir de la XXII,lle dynastie, l’Egypte perdit en effet pour jamais ces lointaines frontières que les Thoutmès avaient portées jusqu'au cœur du Soudan. Bien plus, l’Ethiopie fut assez forte quelquefois pour s'imposer à l'Egypte elle-même et lui donner des rois.

Le rapide examen que nous allons faire des cinq stèles de Gebel-Barkal mettra en lumière quelques-uns des faits de cette curieuse histoire.

La plus importante par ses dimensions, par la longueur du texte qui y est gravé (lo9 lignes), par le style des hié-

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roglyphes'; aussi bien que par la nature des évènements dont le souvenir y est consigné, est la grande inscription historique de Piankhi Meri-Amen que les lecteurs de la Revue A rchéologique connaissent déjà par le beau travail de M. de Rongé.

Piankhi Meri-Amen est un roi couschite. Sa capitale est Gebel-Barkal, la Napata de Strabon, la Noph de la Bible. 11 règne à la fois sur l’Egypte et l’Ethiopie, et peut, comme Tahraka et Sabacon , orner son front des deux vipères, symboles de sa double royauté.

Mais les provinces septentrionales de l’Egypte échappent encore à son autorité. Là gouvernent quelques rois confédérés à la tète desquels se place celui que notre texte appelle Tef-naklit-ta.

Tef-nakht-ta et les chefs avec lesquels il partage le pouvoir représentent-ils dans l’histoire les légitimes possesseurs du pays ? l’éthiopien Piankhi ne fut-il pour eux qu’un usurpateur? on doit le supposer. Quoi qu’il en soit, en l’an 21 de son règne, Piankhi apprend tout-à-coup que Tef-nakht-ta s’est emparé des villes du Délia occidental, et que non content de menacer à leur tour les villes du Delta oriental, il nourrit le dessein d’attaquer la Haute- Egypte où déjà li' roi Nemrod qui réside à Ha-our s’est prononcé pour lui.

L’intérêt de la stèle est dans les évènements qui suivent. Piankhi envoie à ses généraux établis en Egypte l'ordre d’attaquer le chef des révoltés, de s'emparer des villes occupées par lui et d'attendre le secours des troupes éthiopiennes. Lui-même va les amener.

Les généraux exécutent l’ordre de leur souverain. Des engagements ont lieu. Les révoltés sont vaincus et se replient sur Héraeléopolis. Battus encore une fois d’après le récit officiel dont la stèle nous a conservé le texte, ils trouvent cependant le moyen de s’échapper en grand nombre et de s’enfermer dans Hérmopolis.

Sur ces entrefaites. Piankhi, peu satisfait de la lenteur des opérations, annonce sa prochaine arrivée. A cette nouvelle, les généraux éthiopiens sentent leur courage renaître. Ils s’emparent successivement (Y Aphroditopolis , ù'Oxyt Injnchus, de Habennou. Mais ces succès ne désarment pas la colère du roi dont le premier soin, en arrivant sur le théâtre de la guerre, est de réprimander ses guerriers.

Les révoltés, en effet, tiennent bon dans Hérmopolis. Le siège commence. Hérmopolis se défend bravement, mais finit par succomber. Le roi entre en vainqueur dans

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la ville. Une reine, femme et fille de roi, nommée Nesatmt-mehi, s’interpose et essaie de fléchir la colère du souverain. Celui-ci impose à la ville des tributs qu’il destine au trésor d’Ammon de Thèbes. Il se prosterne devant le dieu Tliotli d'Hermopolis. En même temps se présente le prince d’Héracléopolis qui vient faire sa soumission.

Piankhi s’empare ensuite des villes Pi-khem-khêper-ra, Pi-toum, et Tétasi. Il attaque Memphis. Grand assaut du côté du port de Memphis. Prise de la ville et des bourgs qui l’environnent.

Piankhi pénètre dans la capitale, non en conquérant dévastateur, mais en souverain qui vient prendre possession de ses droits. Il honore les dieux par des sacrifices, il rend aux prêtres leurs prérogatives, il établit des fondations pieuses.

En même temps, il reçoit ceux des chefs ennemis qui viennent faire leur soumission. Quelques révoltés occupent encore des villes du Delta : il envoie contre eux des troupes qui les dispersent. Tout le pays est enfin pacifié. Tef-nakht-ta lui-même se présente en suppliant devant le vainqueur. Rien maintenant ne retient Pianki qui retourne à Napata, emportant avec lui le butin fait sur les ennemis.

Cette esquisse suffit pour mettre en évidence la valeur du monument de Gebel-Barkal. Quant à la date à laquelle les évènements que nous venons de raconter appartiennent, elle est difficile à déterminer. De fort bonnes raisons ont poussé M. de Rougé à faire du roi éthiopien le contemporain de la XXIII,ue dynastie des listes officielles. Cependant l’anarchie qui règne en Egypte, le nom de Tef-nakht-ta qui rappelle le Stéphinathès de Manéthon d’aussi près que le Tnephachtos de Diodore, l’étude des stèles du Sérapéum qui, sous Tahraka, nous font trouver une foule de personnages Memphites qui s’appellent précisément comme nos rois coalisés, ces rois coalisés dont l'alliance se rapporte si bien à la dodécarchie d'Hérodote et de Diodore, un Piankhi qui intervient et fait immédiatement penser au mari de la reine Amêniritis et au père de la princesse épouse de Psammétichus 1", tout engage de prime abord à placer la campagne dont la stèle a gardé le souvenir vers la fin de la XXVme dynastie, à l’époque où, probablement, Psammétichus était déjà exilé dans les marais. La date du monument de Gebel-Barkal ne sort donc pas toute seule de l’examen du texte qui y est gravé, et nous devons d’autant plus éviter de nous

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prononcer d’une manière définitive que dans les quatre stèles encore inconnues dont il nous reste à parler, nous trouverons peut-être quelques éléments nouveaux de discussion.

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